Yojimbo - Sanjuro - Image Une Test BRD

Yojimbo et Sanjuro de Akira Kurosawa en Blu-ray chez WildSide

WidSide Vidéo poursuit, tel un métronome, la sortie en éditions Blu-ray + DVD + Livret de films signés Akira Kurosawa. Au final, la collection sera composée de 17 œuvres majeures pour ne pas dire incontournables et incontestées issues de sa très riche filmographie. Elle compte balayer trois décennies allant de 1943 (Je ne regrette rien de ma jeunesse) à 1970 (Dodes’Kaden). Avec Yojimbo (1961) et Sanjuro (1962), ce sont respectivement les 7ème et 8ème films qui sont édités. Et pour ceux dont la filmographie du maître japonais reste floue ou peu abordée, il s’agirait de la plus belle des entrées en matière tant voici un condensé du « savoir faire » de  Kurosawa qui sous couvert ici de divertissements totalement jouissifs balance ses messages entre dénonciation de la corruption qui gangrène plus que jamais la société (Yojimbo et Sanjuro) et convictions pacifistes / anti-militaristes profondes (Sanjuro).

Yojimbo - Affiche JaponYojimbo

Le dernier Samouraï

On sait ainsi que le grand Leone s’est amoureusement vautré dans la redite en reprenant la trame de Yojimbo pour son Pour une poignée de dollars. Le alors pas une star Clint Eastwood reprenant le personnage de Toshiro Mifune, ce garde du corps (un yojimbo donc et un cow-boy opportuniste dans la version de Leone) sans attaches qui arrive dans un village en proie à une rivalité économique entre deux factions. Mifune ou Eastwood se positionnant alors au milieu, comptant les points et les morts après avoir provoqué l’un ou l’autre camp en un jeu pervers que n’aurait pas renié Machiavel. Mais quelque part, la comparaison s’arrête là car d’un côté on a un cinéaste attaché aux détails et à la beauté des plans pris dans leur jus alors que chez Leone on est plus dans la composition de chaque cadrage que l’on aime dès lors étirer dans le temps et qui force déjà le respect. Et puis dans le fond, les deux « héros » véhiculent une imagerie propre au genre qu’il créé de toute pièce pour l’un (le western spaghetti) ou l’enrichit pour l’autre (le chambara). De plus chez Kurosawa, comme on l’a dit en intro, c’est l’occasion de faire passer en contrebandier quelques thèmes qui lui sont chers comme ici la fin d’un monde (celui des samouraïs) au profit d’une société qui annonce déjà le capitalisme sauvage du 20ème siècle où tous les coups sont permis à commencer par la suppression physique de son concurrent.

Yojimbo

Toshiro Mifune incarne le rejeton d’une caste autrefois flamboyante devenue l’ombre d’elle-même. Mais en apparence seulement. Car si les vêtements et l’aspect général font plus penser à un manant errant sur les chemins perdus d’un Japon en pleine mutation, et s’il semble s’amuser à vouloir profiter financièrement de la rivalité entre les deux factions du village en monnayant ses services au plus offrant, il reste in fine porteur d’une morale humaniste qui tranche radicalement avec la veulerie ambiante. Il va donc sans dire que l’on sait où vont les sympathies d’un Kurosawa alors qu’il faut se rappeler que les samouraïs n’avaient pas bonne presse dans la société nippone de l’immédiat après-guerre. Une mauvaise réputation au demeurant tout à fait légitime tant ils ont exercé sur le Japon une forme de dictature où violences, exactions et injustices à l’encontre des paysans et petites gens furent légions. On peut même dire que Kurosawa a amorcé avec ce film et sa suite non officielle Sanjuro qu’il réalise l’année suivante (ainsi que bien entendu Les 7 Samouraïs de huit et neuf ans leur aîné) une forme de réhabilitation du samouraï que beaucoup de cinéastes japonais ont repris par la suite pour devenir à nouveau aujourd’hui une figure emblématique et tutélaire de l’histoire du pays.

Sanjuro

Mais que l’on ne s’y trompe pas. Si Kurosawa a œuvré ici en ce sens (son père n’est-il pas un descendant direct d’une famille de samouraïs ?), son regard reste lucide pour ne pas dire critique. Il se matérialise à l’écran par l’expression d’un humour noir, parfois à la limite du grotesque, assez ravageur. Pour preuve au début de Yojimbo, quand le personnage joué par Mifune débarque dans le village qui semble désert. Déboule alors un chien errant tenant dans sa gueule une main coupée. Image saisissante qui en une seconde expose les enjeux futurs du film à la façon western spaghetti. Ou plutôt le contraire tant le sous-genre italien a à l’évidence énormément tondu la laine sur le dos de ces deux films. À commencer par la musique composée par Masaru Satō qui par ses envolées lyriques et sa rythmique d’enfer a forcément influencé le grand Morricone. Au sein du livret (on y revient) qui accompagne l’édition de Sanjuro, on peut trouver le sous-titre suivant : Comédie avec cadavres. Une belle trouvaille qui pourrait d’ailleurs s’appliquer en sous-texte à l’ensemble des westerns spaghetti et qui explicite à merveille de quoi est fait le genre.

Sanjuro - Affiche JaponSanjuro

Sanjuro pousse en effet le curseur de la comédie encore plus loin donnant au film une tonalité à la limite de la parodie. La séquence de l’affrontement final entre les deux samouraïs est à ce titre révélatrice d’une volonté chez Kurosawa de lâcher quelque peu les chevaux (mélange d’épure et de grand-guignol) sans forcément oublier de tacler cette fois-ci au passage la caste des seigneurs corrompus jusqu’à l’os uniquement contestée par quelques jeunes nobles fougueux ayant soif de justice sociale mais totalement naïfs. Réalisé dans la foulée de Yojimbo qui fut un succès populaire monstre demeurant encore aujourd’hui comme le mètre-étalon en la matière un peu comme le fut pendant des décennies La Vache et le prisonnier chez nous, Sanjuro est une magnifique leçon de cinéma entre une maîtrise formelle exceptionnelle (la chorégraphie des quelques combats aux sabres suffit à s’en convaincre) et un plaisir évident à dérouler une histoire aux enjeux qui raviront le plus grand nombre.

Deux Blu-ray sabres au clair

Idéalement, on aurait aimé que WildSide ponde un coffret réunissant les deux films (comme le propose, au hasard, l’éditeur new-yorkais Criterion) avec en sus le choix de les acquérir à l’unité comme c’est le cas aujourd’hui. Tant pis, il faudra donc passer à la caisse deux fois mais franchement si cet acte inconsidéré ou réfléchi (ben oui pourquoi pas !) vaut une soufflante de la part de votre banquier… So be it ! C’est que voilà deux éditions franchement incontournables (non, nous n’avons aucune action chez l’éditeur). Au-delà de la qualité technique  (masters issus de restaurations 2K réalisées par la Toho pour le moins probantes qui font oublier ce que l’on avait vu en DVD chez Arte – Sanjuro uniquement – puis déjà chez WildSide) qui nous permet d’apprécier des scopes (on est même en 2.55) en N&B de toute beauté (richesse des noirs sauf dans quelques scènes diurnes, très belle définition globale avec la présence d’un grain argentique de bon aloi) et d’entendre des monos clairs et ciselés encodés en DTS-HD MA 2.0 (1), on pourra encore passer quelques heures à découvrir d’excellents compléments.

Yojimbo - Capture Blu-rayCapture Blu-ray Yojimbo

Le morceau de choix c’est l’intervention raffinée, pertinente et cultivée de Charles Tesson que l’on trouve au sein de l’édition de Yojimbo. En 30 minutes le critique et historien du cinéma met en avant tout ce qu’il faut savoir sur les deux films (ce qui donnera forcément envie aux plus récalcitrants de se procurer Sanjuro) qu’il ponctue le plus souvent possible d’analyses critiques qui font toujours mouches. Sur Sanjuro, on retrouve les bonus déjà présents sur l’édition DVD collector paru en 2009. Soit deux docs, l’un qui est issu des fameux Toho Masterworks produis en 2002 et qui couvrent 21 des 30 films de Kurosawa pouvant durer chacun entre 30 et 60 minutes. Celui consacré à Sanjuro fait 35 minutes et retrace la totalité de la production du film avec quelques intervenants de premier choix comme l’acteur Tatsuda Nakadai qui revient sur son rôle de méchant dans le film et surtout sur la fameuse séquence de sabre finale. L’autre document met en scène plusieurs collaborateurs réguliers de Kurosawa qui prennent le temps de détailler les méthodes de travail du maître comme son incroyable propension à ne jamais rien laisser au hasard et son sens aigu du détail.

Yojimbo - Capture Bonus - Charles TessonCharles Tesson

Et puis Last but not least mais qui font tout le sel « local » (entendre que les anglais et ricains n’ont pas) de ces deux éditions sont la présence des livrets aux petits oignons qui complètent plus qu’à merveille les bonus vidéos. C’est en effet assez complet avec de nombreuses digressions bienvenues, des passages ultra pointus (on pense à celui sur Yoshio Sugino, le maître d’armes sur le tournage de Yojimbo) et dans l’ensemble dans un style plus qu’agréable pour le lecteur qu’il soit profane ou érudit sur la question. Autant dire qu’à l’issue de tout cela, vous serez incollables sur les deux films avec on l’espère l’envie de mordre à pleine rétine sur le reste d’une filmo qui ne demande qu’à être découverte ou redécouverte.

(1) L’éditeur ricain Criterion propose en plus du mono en PCM 1.0 un encodage en DTS-HD Master Audio 3.0 permettant de rendre compte de la stéréo d’origine dite Perspecta audio (Cf les signalétiques en bas à gauche des premières captures des galeries de Yojimbo et Sanjuro ci-dessous). Pour les avoir écouté, la différence avec le mono ne saute pas aux esgourdes sinon peut-être lors des passages avec les BO tonitruantes où là l’apport se fait surtout sentir dans l’ouverture du spectre sonore et de sa dynamique. On aurait certes aimé que WildSide propose ce choix (mais qui dit double encodage, dit certainement petite augmentation des prix) mais encore une fois les monos suffisent à notre bonheur.

Notes (Yojimbo et Sanjuro) :

  • Image : 4/5
  • Son : 4/5
  • Bonus : 4/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous de Yojimbo pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Yojimbo - Jaquette Blu-rayYojimbo – Édition Blu-Ray + DVD + Livret – de Akira Kurosawa (Japon – 1961) – WildSide Vidéo – Sortie le 25 janvier 2017

Sanjuro, un samouraï errant débarque dans un village divisé par deux clans rivaux :celui du marchand de soie et du marchand de saké. Les deux bandes veulent d’adjoindre les services de Sajnuro, un atout indéniable pour remporter la victoire. Il va envenimer la situation en se mettant à tour de rôle au service du plus offrant…

Spécifications techniques Blu-ray :

  • Image : 2.55:1 en N&B encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Japonais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
  • Sous-titres : Français
  • Durée : 1h 50min 47s

Yojimbo - Jaquette Blu-ray ouvert

Bonus :

  • Le Garde du corps : entretien avec Charles Tesson (32min01s, HD)
  • 2 Bandes-annonces d’époque (1min23s et 2min35s, SD, VO)
  • Un livret exclusif de 60 pages

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous de Sanjuro pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Sanjuro - Jaquette Blu-raySanjuro – Édition Blu-Ray + DVD + Livret – de Akira Kurosawa (Japon – 1962) – WildSide Vidéo – Sortie le 25 janvier 2017

Le grand samouraï Sanjuro sauve la vie de jeunes guerriers inexpérimentés. Il décide d’accompagner ces neuf novices afin de leur éviter d’autres désagréments et les aider à déjouer un complot contre le chambellan. Ensemble, ils partent dans une lutte contre la corruption…

Spécifications techniques Blu-ray :

  • Image : 2.55:1 en N&B encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Japonais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
  • Sous-titres : Français
  • Durée : 1h 35min 54s

Sanjuro - Jaquette Blu-ray ouvert

Bonus :

  • Des camélias et un duel : Entretien avec Charles Tesson (34min48s, VOST, SD)
  • Kurosawa Jidai Geki Style 2 : entretiens croisés avec Masahiko Kumada (assistant personnel), Takashi Koizumi (assistant réalisateur), Koichi Hamamura (accessoiriste), Teruyo Nogami (scripte), Kazuko Kurosawa (fille de) et Vittorio Dalle Ore (assistant réalisateur italien) (26min57s, VOST, SD)
  • Bande-annonce d’époque (2min29s, SD, VO)
  • Un livret exclusif de 60 pages
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