Tarantula - Image une test BRD

Jack Arnold, le géant de la peur : Tarantula ! – Coffret Combo Blu-ray + DVD

Tarantula !  (USA 1955) de Jack Arnold est un grand classique du cinéma de science-fiction. Notons d’abord que les affiches originales et les photos d’exploitation américaine rajoutent systématiquement le point d’exclamation parfois négligé sur les affiches et photos d’exploitation étrangère. Il n’apparaît pas sur le générique chimique : cas typique, dans l’histoire du cinéma, d’une légère divergence entre titre du générique chimique et titre du matériel publicitaire. On peut, je pense, dans un tel cas, employer indifféremment l’un ou l’autre titre dans la mesure où aucune norme internationale d’histoire du cinéma n’a réussi à trancher la question de savoir lequel des deux serait le plus légitime. Il fut un temps où je pensais que le générique chimique devait avoir la préséance mais la chose ne m’apparaît plus autant évidente aujourd’hui.

Tarantula - Affiche Be

Arnold avait déjà filmé la poésie diurne et nocturne du désert dans It Came from Outer Space [Le Météore de la nuit] (U.S.A. 1953) et c’est encore ce cadre dans lequel évolue Tarantula ! qui s’avère être, encore aujourd’hui, impressionnant en raison de la sûreté implacable de sa progression dramatique et de la qualité de ses effets spéciaux. Secondé par une équipe technique de premier choix (le directeur photo George Robinson et le maquilleur Bud Westmore sont de vieux routiers du cinéma fantastique. Clifford Stine est un excellent technicien d’effets spéciaux, et Russel A. Gausman a conçu les décors de plusieurs très beaux laboratoires pour des films fantastiques d’Universal, notamment ceux d’Erle C. Kenton), Jack Arnold illustre le thème majeur de la science-fiction mondiale des années 50 : la mutation atomique. Aucune originalité sur le fond : l’atome a déjà montré de quoi il était capable l’année précédente dans Them ! [Des monstres attaquent la ville] (USA 1954) de Gordon Douglas ou Goddzilla (Jap. 1954) d’Inoshiro Honda. Mais la forme permet à Arnold de délivrer une histoire très angoissante, qui se déroule du début à la fin dans un climat de terreur cosmique : les dimensions modifiées par transparence, division ou superposition des espaces filmiques sur la pellicule, les portes du cauchemar s’ouvrent et tout devient possible ! La scène nocturne des chevaux est très étonnante pour cette raison et le maquillage de Leo G. Carroll demeure, pour sa part, très inquiétant. Le scénario dont Arnold est, en partie, à l’origine ménage la possibilité de passage du microcinéma au macrocinéma, et ce passage lui-même provoque la terreur : le petit film pédagogique super-8mm ou 16mm, consacré aux araignées en général et à la tarentule en particulier, est visionné par deux hommes que le spectateur sait être dorénavant en danger alors qu’ils l’ignorent encore. Un des ressorts hitchcockiens habituels du suspense est donc appliqué. Notons que Gordon Douglas avait cependant déjà eu cette idée dans son film de 1954. Arnold ne fait que la recopier.

Tarantula

La première partie de Tarantula ! ne révèle l’araignée une fois évadée et devenue gigantesque (on avait pu l’apercevoir fugitivement dans le laboratoire alors qu’elle était déjà monstrueuse mais pas encore gigantesque) que fragmentairement ou par les conséquences terribles de son passage. Lorsqu’elle est enfin révélée dans sa totalité, les surprises dimensionnelles ne sont pas épuisées pour autant : Arnold, Robinson et Stines savent admirablement grader les effets physiques et biologiques de ses apparitions. Cette rigueur provient aussi du passé documentariste de Arnold qui avait été l’assistant de Robert J. Flaherty. Elle est, certes, parfois grossièrement prise en défaut puisque le célèbre gros plan de la tarentule géante artificielle observant Mara Corday par la fenêtre (reprenant l’idée du King Kong de 1933 qui surprenait Fay Wray de la même manière) présente seulement deux yeux alors que la véritable tarentule en possède, comme on le sait, non pas deux mais huit. En revanche, dans la plupart des autres plans, c’est une véritable tarentule qui fut utilisée : faute de langage permettant de la commander, son déplacement était orienté par des jets d’air sous pression.

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La progression plastique globale est celle du recouvrement progressif du paysage réel : la destruction de la maison du savant comme la destruction finale de Tarantula ! y participent. Cette dernière scène en est picturalement l’aboutissement qui engendre paradoxalement une panique totale : le ciel et l’horizon semblent brûler tant l’araignée est devenue gigantesque. Remarquables effets spéciaux de Clifford Stine (A.S.C.), aussi impressionnants durant les scènes diurnes que nocturnes. Le montage de William Morgan est en outre assez nerveux. Solide interprétation de série B d’où ressortent notamment les prestations de Leo G. Carroll et du couple joué par Mara Corday et John Agar, tous trois convaincants. Clint Eastwood, acteur alors encore peu connu, prononce une ou deux lignes de dialogues dans le rôle d’un pilote d’avion de chasse : en dépit du masque à oxygène qui couvre la moitié inférieure de son visage, la sonorité de sa voix et sa diction, si originales toutes deux, sont déjà nettement reconnaissables.

Tarantula

Vers 1970, les éditions Publicness qui publiaient alors des versions françaises (totalement revues et augmentées d’articles originaux rédigés par une partie de l’équipe rédactionnelle issue de Midi-Minuit Fantastique) des revues américaine Creepy le premier magazine illustré d’épouvante, Eery le premier magazine de l’étrange et Vampirella, proposaient à leurs lecteurs cinéphiles collectionneurs d’acheter un extrait (ou un montage d’extraits) d’environ 15 minutes de Tarantula ! en VO, édité par Castle Films en 8mm muet ou sonore, super-8mm muet ou sonore et même en 16mm sonore ! Cet extrait constituait le « N°1 » de leur catalogue et son prix variait de 90 à 310 FF, somme rondelette pour l’époque. Moins poétique et inspiré, dans la filmographie d’Arnold, que L’Étrange créature du lac noir et que L’Homme qui rétrécit, mais doté d’un budget clairement supérieur à Revenge of the Creature ou à Le Monstre des abîmes [Monster on the Campus], Tarantula ! constitue (avec Le Météore de la nuit) l’exemple même du film B solide, inspiré, à l’efficacité régulièrement inquiétante : une sorte d’étalon, en somme. Trois ans plus tard, The Spider [L’Araignée vampire] (USA 1958) de Bert I. Gordon contiendra certaines idées et une séquence finale qui retrouveront quelque chose, en dépit d’un budget inférieur, de l’efficacité impressionnante du classique d’Arnold.

Aspects techniques

Format 1.37 N&B (peut-être un peu élargi car à l’œil, il me semble intermédiaire entre du 1.37 et du 1.66) compatible 16/9 sur le DVD comme sur le Blu-ray. Cette compatibilité est un progrès par rapport à l’ancienne édition française DVD Pal zone 2 Bach films, sortie en 2007, qui était 1.37 mais compatible 4/3 seulement. La Full HD sur le disque Blu-ray du combo apporte un progrès supplémentaire évident de définition. On précisera que l’on peut visionner un Blu-ray proposant une image en 1.85 depuis 2014 chez Koch Media dans une édition qui, pouvant le plus, peut aussi le moins puisqu’elle recelait aussi une version 1.37. Cette oscillation entre format standard et format large dans l’exploitation des films de SF de Arnold s’explique : je renvoie le lecteur intéressé par la question à la section « image » de mon article antérieurement paru sur Le Météore de la nuit. Copie chimique globalement en bon état. Numérisation de bonne qualité sur le DVD et de très bonne qualité sur le Blu-ray. Direction de la photographie signée George Robinson (A.S.C.), l’un des plus robustes dans son domaine du temps de l’âge d’or du cinéma fantastique américain (de 1939 à 1945) mais aussi le seul technicien dont la filmographie Universal fut constamment placée sous le signe du fantastique de 1935 à 1955. NB : le format 1.33 mentionné sur l’étui du coffret est bien entendu erroné

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Côté son, Elephant propose du Dolby Mono d’origine 2.0 VOSTF en DVD et du DTS-HD Master Audio 2.0 mono en BRD Full HD. L’éditeur a tenté de retrouver la VF d’époque qui a, selon les souvenirs de certains témoins de la première exploitation tels que le cinéaste et historien du cinéma Jean-Pierre Bouyxou, existé mais sans y parvenir. La piste technique originale est en bon état et bien sous-titrée. Effets sonores souvent soignés et bien restitués. Musique efficace.

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Concernant l’interactivité, outre l’inévitable présentation de Jean-Pierre Dionnet, basique mais correcte, on a droit à un livret illustré  couvrant brièvement la carrière de Jack Arnold, la production de Tarantula ! et celle de L’Homme qui rétrécit (les deux titres sont réunis dans ce combo contenant 2 BRD + 2 DVD), et enfin sa filmographie. Sur ses 42 pages petit format, environ une quinzaine d’illustrations pleines pages (photos de plateau, affiches, publicités diverses) bien reproduites. Il mentionne certains détails techniques intéressants (qui étaient parfois connus, parfois moins ou uniquement par les anglophones) ainsi que quelques brefs extraits traduits d’entretiens avec Arnold. Sur le plan de l’analyse esthétique, on lui préférera l’entretien avec Jean-François Rauger qui était offert en supplément à l’édition Bach Film DVD zone 2 PAL de 2007. L’édition Blu-ray Koch Media de Tarantula ! présente quant à elle un entretien filmé de 25 minutes avec Arnold datant de 1990. C’est ce supplément qu’il aurait fallu tenter d’intégrer à cette édition, plutôt que tout le reste à vrai dire. On se consolera en visionnant des bandes-annonces rares (celle de Tarantula ! est sur les disques de L’Homme qui rétrécit, celle de L’Homme qui rétrécit est sur les disques de Tarantula !) en état chimique moyen et une vingtaine de documents (photos de plateau, affiches) mais aucun jeu complet de photos d’exploitation (lobby cards) n’est reproduit : décevant là aussi. Enfin d’autres bandes-annonces de la collection Cinéma Monster Club (composée des films fantastiques Universal de 1935 à 1955 environ y compris La Revanche de la créature de Jack Arnold) complètent ces documents d’histoire du cinéma. L’esthétique du coffret est épurée, originale et met en évidence le rapport symétrique entre les arguments des scénarios de Tarantula ! et de L’Homme qui rétrécit.

Notes :
– Image : 3,5/5
– Son : 3,5/5
– Bonus : 3,5/5

Coffret Jack Arnold - Jaquette 3DTarantula ! de Jack Arnold (USA – 1955) – Coffret Jack Arnold, le géant de la peur – Édition Combo Blu-ray + DVD – Elephant Films – Sortie le 11 juillet 2017

Arizona, U.S.A. 1955 : un collaborateur du professeur Deemer est retrouvé mort, en plein désert de Yuma, des suites d’une acromégalie foudroyante. Le shérif et le docteur local enquêtent mais tout s’accélère lorsque la belle Stéphanie, nouvelle assistante du professeur, découvre à ses risques et périls que Deemer vient de synthétiser un aliment radioactif révolutionnaire qui accélère la croissance et la force. Il l’expérimentait en secret non seulement sur l’homme (provoquant un drame qui aboutit à sa propre mort) mais encore sur des animaux, parmi lesquels une tarentule. Déjà monstrueuse, cette dernière s’échappe du laboratoire et, ne cessant de grandir, devient bientôt une gigantesque menace d’abord pour les fermiers voisins puis pour la ville la plus proche.

Spécifications techniques Blu-ray :

  • Image : 1.37:1 encodée en AVC 1080/23.98p
  • Langues : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
  • Sous-titres : Français
  • Durée : 1h 20min
  • 1 BD-25

Coffret Jack Arnold - Verso 2D

Bonus (en HD) :

  • Jack Arnold par Jean-Pierre Dionnet (10 min)
  • Le film par Jean-Pierre Dionnet (10 min)
  • Bandes annonces
  • Livret de 48 pages

 

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