Archives de catégorie : Critiques Ciné

Ce qui nous lie : Un air de famille

La trilogie des aventures de Xavier Rousseau devenant (enfin) de l’histoire ancienne, Cédric Klapisch pouvait s’atteler à autre chose. Car il faut bien l’avouer, entre L’Auberge espagnole, Les Poupées russes et Casse-tête chinois, on cherche encore l’inspiration détonante. De celle qui permettait de dire que le bonhomme pouvait passer de l’un à l’autre sans coup férir. D’autant que si L’Auberge espagnole a marqué de son empreinte, les deux autres films se diluent plus dans une filmo rattrapée par les convenances alors même que Casse-tête chinois, son dernier long métrage en date, constituait plutôt le haut du panier. On se souvient d’ailleurs encore de la très belle séquence entre le père (Benoît Jacquot) venu visiter son fils (Romain Duris) dans ce New-York devenu le temps de quelques scènes, le réceptacle d’une filiation certes fragile mais bien réelle. Le spectacle « de générations qui ne se comprennent pas toujours mais dont les liens inébranlables et profonds permettent d’envisager l’avenir d’une manière enfin plus sereine. » Ce qui nous lie reprend en fait cette incursion alors embryonnaire pour en faire ce film totalement dédié à la transmission mais aussi à la terre.

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Les Fantômes d’Ismaël (Version longue) – La vie des morts… Mais pas trop !

Avec Les Fantômes d’Ismaël, Arnaud Desplechin semble vouloir s’amuser avec sa garde rapprochée de fans tout en laissant sur le carreau les autres. Tout est normal me direz-vous sauf qu’ici la « violence » de la charge propulse le cinéaste en des cieux cinéphiliques dont peu vont s’en remettre. La faute à une introspection doublée d’une psychanalyse pas du tout de bon aloi que Desplechin s’amuse à exploser en un puzzle qu’il ne daigne même pas reconstituer, laissant son monteur et nous-mêmes donc s’en charger (ou non). Pourtant, tout le bestiaire du cinéaste le plus accomplit et adoubé de sa génération est bien là. Entre hommage au film d’espionnage et écriture façon Nouvelle Vague dont il est l’un des derniers dépositaires.

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Have a Nice Day [Cannes 2017 – Marché du film]

Bien qu’on le connaisse peu, le cinéma d’animation chinois possède une longue tradition dans le court ou le long-métrage avec dessin-animés, films au lavis ou marionnettes. Et il fût très clairement l’une des formes artistiques les plus intéressantes du pays des années 1950 aux années 1980. Mais depuis une vingtaine d’années, la production change. Le long s’est développé et la 3D insipide aussi. Le gouvernement, préférant le volume à la qualité, a fait produire en masse des choses informes qui, heureusement, ne sortent pas chez nous. Le meilleur du court-métrage est, quant à lui, devenu l’apanage d’artistes plasticiens dont l’animation n’est qu’une des multiples facettes.

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Faute d’amour de Andrey Zvyagintsev [Cannes 2017 – Compétition officielle]

Cela fait désormais 14 ans et 5 films que Zvyagintsev est le meilleur réalisateur russe de sa génération. Ce n’est pas ce nouvel opus qui va changer la donne. Comme son précédent film LéviathanFaute d’amour commence par une succession de plans fixes sur un milieu aquatique mais nulle déferlante ou colère divine cette fois. Au contraire, c’est à quelque chose de beaucoup plus calme que l’on a affaire, de plus mort également. Une forêt drapée de neige, perdue entre une ville lointaine semblable à mille autres, des branchages noirs, crispés et leur reflet verdâtre. Surplombant ces paysages vides, de vagues notes au piano, de plus en plus fortes, créent une tension à partir de rien avant de l’évacuer dans les bruits de tous les jours. Dès le début Zvyagintsev impose un formalisme ténébreux, macabre mais bien moins clinique qu’un Haneke par exemple. Plus charnel également. Et c’est peut-être cette chair et la manière douce et brutale dont il l’expose, en opposition avec les dialogues, qui impose une autre idée de la violence.

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Alien: Covenant – Scott Free

À la sortie de la projection de presse, un ami mais néanmoins collègue d’infortune au sein de la rédaction de DC, nous souffle fort à propos le véritable titre que devrait adopter ce nouvel épisode de la saga Alien. On vous le garde pour la fin*. Sinon à part ça, elle vaut quoi cette suite de Prometheus ? Opus qui pour être honnête ne nous avait pas du tout convaincu. Mais alors pas du tout. Mais qui à la vision de ce Covenant devient tout de go beaucoup plus regardable. D’ailleurs, on a pu aussi entendre de la part de certains journaleux que le Prometheus autrefois honni prenait de la bouteille à la revoyure. Que la patine du temps tout ça, tout ça. Est-ce à dire que les primo lovers avaient raison d’y voir quelque chose de couillu et de totalement intégré au sein de la franchise ? Une œuvre visionnaire qui excellait à délier la pelote d’une histoire qualifiée à l’époque de tirée par les cheveux ? Pour le moins.

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