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Split : Phénomènes

The Visit ayant rapporté plus de 100 millions de dollars pour un budget d’à peine 5, il était évident que M. Night Shyamalan allait prolonger l’expérience basée sur de l’autofinancement et portée par le producteur Jason Blum, connu dans le milieu pour sa capacité à faire fructifier des films à petit budget pour en faire des succès. Avec Split, cela semble bien parti d’autant que tout le monde s’accorde à dire que le père Shyamalan a retrouvé la gniak. Nous on veut bien, mais si Split s’inscrit à l’évidence dans une volonté pour le réalisateur du Sixième sens de revenir à certains fondamentaux de mise en scène et d’écriture on va dire plus ramassés, il n’en demeure pas moins qu’il en oublie toujours en cours de route l’idée directrice qui faisait la force de son cinéma, on va dire jusqu’à Signes, de prendre par la main son spectateur pour ne plus le lâcher sinon totalement essoré, vidé, repus, heureux. Ici Shyamalan se fait juste plezz et nous ennuie même pas poliment.

Split - Affiche

Autant sur The Visit on avait bien voulu jouer le jeu de l’éventuel renouveau pour un cinéaste qui s’était royalement perdu avec Le Dernier Maître de l’air et surtout After Earth. Autant là c’est vraiment compliqué. La faute on va dire à James McAvoy et à un manque d’empathie total pour son histoire et le reste du casting. Sans parler des enjeux inexistants sinon à développer une thèse sur le trouble dissociatif de l’identité. Un aspect de la psychologie humaine qui a au demeurant toujours tenu en haleine Shyamalan et ce depuis ses études à la NYU. Parce que bon, tenir un film sur les multiples personnalités d’un individu qui vient de kidnapper trois jeunes adolescentes dans le but évident de les zigouiller, nous on dit pourquoi pas. Mais s’en tenir uniquement à la prestation, certes hors du commun, de James McAvoy saoule rapidement.

Car ce qui intéresse Shyamalan, au-delà de la direction d’acteur qu’on lui sait exceptionnel, c’est de démontrer que quand une personne multi schizophrène en quelque sorte s’investit à 100% dans sa personnalité du moment, il croit en sa propre existence. Ainsi, s’il pense avoir du cholestérol, il peut en faire et donc ici s’il pense avoir des pouvoirs surnaturels… Nous encore une fois on dit pourquoi pas, mais pour en arriver à cette conclusion on aura dû se fader nombre de séquences et scènes dialoguées des plus ineptes qui pour le coup n’apporte rien à la construction globale du film. Shyamalan semble naviguer à vue, choisissant à l’envi tel ou tel personnage sans pour autant l’approfondir ou le caractériser. On voit donc défiler à l’écran un McAvoy qui se démène empruntant ici un accent irlandais, là avec un cheveu sur la bouche, ici en se la jouant déluré…

Le bestiaire est immense, le carnaval des animaux est riche et aurait pu s’étendre à l’infini quand Shyamalan décide d’abréger nos souffrances en prenant enfin sa caméra et en nous proposant quelques mouvements et angles de prise de vue bien sentie qui font monter tout de suite la tension d’un cran pour un final certes risible mais en parfaite adéquation avec le reste. Au-moins là-dessus, le cinéaste est cohérent. Jusqu’au twist final attendu en forme de clin d’œil appuyé qui laisse par ailleurs un goût de cendre au fond de la gorge quand on se remémore le film auquel le cinéaste fait allusion qui, petit indice, reste son chef-d’œuvre absolu. En attendant on a bu le calice jusqu’à la lie.

Split (2017) de M. Night Shyamalan – 1h57 (Universal Pictures International France) – 22 février 2017

Résumé : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Note : 2/5

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