Lost, Lost, Lost… so Lost City of Z.

James Gray réalisant enfin qu’il existe un monde hors de New-York, nous entrainant dans un film d’aventure au fin fond de l’Amazonie, tiré de l’histoire vraie de Percy Fawcett, soldat anglais en mission entre le Brésil et la Bolivie, tombé amoureux de la région et pensant avoir découvert la preuve d’une civilisation précolombienne disparue. C’est The Lost city of Z. Voilà qui promet énormément. On imagine un Fitzcarraldo – on a d’ailleurs un orchestre – nord-américain, un souffle épique qui sortirait du huis-clos urbain habituel où le cinéaste de La Nuit nous appartient ou de Little Odessa à dorénavant ses aises.

The Lost City of Z - Affiche

Mais, plus on avance dans le film, moins il répond à ses promesses, devenant juste peu à peu le nouveau produit hipsters sur la découverte d’un nouveau monde. On y voit par exemple des aventuriers s’extasiant sur le fait que les tribus sont merveilleuses car elles ne tuent que ce qu’elles consomment. Ah, l’apologie du bien consommé sur les rives de l’Huds… (oups) Amazonie ! Et puis, les années 2010 obligent, le féminisme étant revenu à un état larvaire, il n’est guère surprenant que son apologie de la famille (on est James Gray ou on ne l’est pas) passe par la remise à sa place du rôle de la femme. Elle, forte, indépendante, avec de vraies idées originales au début du film, devenant peu à peu la mère au foyer docile, qui crie deux secondes mais accepte lorsque son mari part quelques années au loin et fini par revendiquer que tout ce pour quoi elle se bat ce sont ses enfants.

Évidemment, lui peut bien aimer la terre qu’il arpente en long et en large pour y consacrer sa vie. C’est d’ailleurs son destin selon une médium venue hanter les paysages de la Somme pendant la première guerre mondiale au milieu des tranchées. Il peut également se réveiller, à moitié gazé en pleurant – première pensée – qu’il ne reverra jamais plus l’Amazonie, pendant qu’elle… se tait, accepte et fait ce que la société attend d’une femme actuelle : la potiche pseudo-forte. Ah, Lost city of Z, un grand film bio et féministe où on s’aperçoit aussi qu’il faut traiter comme ses égaux les natifs réduits en esclavage par l’homme blanc car ils ont quelque chose à apporter. C’est-à-dire que oui, on ne le savait pas encore, ce n’est pas comme si Hollywood l’avait déjà sorti 2477 fois dans ses derniers films. Original donc.

Heureusement, visuellement c’est splendide. Les très beaux paysages s’écoulent lentement… mais où est la quête ? Les allers sont toujours pénibles avec les obligatoires attaques de piranhas et de tribus indigènes et le manque de nourriture, et la maladie, et la drogue, et les serpents, et tout le reste. En même temps, on peut difficilement demander à un film américain de ne pas épuiser toute la panoplie du mourant lorsqu’on tourne en Amazonie. Et puis, après avoir fait comme si nul n’en réchapperait, faire des ellipses si grandes qu’on a l’impression que le chemin du retour fût une jolie balade toute simple.

En fait, le film entier a finalement l’air d’une ellipse entre quelques grands moments vides, pas simplement lents mais surtout inexploités. Peut-être une métaphore de la forêt qui l’était encore non plus à l’époque… (il faut essayer de sauver quelque chose). Et puis, tout ceci filmé avec ces lumières ocre, cet aspect jaunâtre qui ne quitte jamais l’image comme si le soleil était toujours en train de se coucher sur un monde malade. Ce n’est pas comme si on avait l’impression que Darius Khondji avait signé le film, comme il le fait depuis Delicatessen avec un travail de direction de photographie époustouflant qui compense bien souvent une réalisation qui va à vaux l’eau quand elle n’est pas inexistante ou poussiéreuse (a-t-on besoin de rajouter que c’est le ressenti qu’on a avec ce Lost City ?).

Bon. Quand est-ce qu’un gentil distributeur acceptera de ressortir L’Étreinte du serpent de Ciro Guerra qu’on puisse oublier ce pensum pseudo-indé et finalement très américain, bien caricatural et pas vraiment subtil ?

The Lost City of Z (2016) de James Gray – 2h21 – 15 mars 2017

Résumé : Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

Note : 2/5 (pour être gentil)

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