La Planète des singes : Suprématie - Image Une critique

La Planète des Singes – Suprématie : Nova Tunes

C’est quand même suffisamment rare pour le souligner. Et de fait, cela doit se compter sur les doigts d’une seule main. On vous laisse d’ailleurs chercher. Mais chercher quoi ? Dans l’histoire du cinéma, quelle trilogie identifiée comme telle a la particularité de se bonifier de film en film ? Les trois premiers Star Wars ? Vous voulez qu’on parle des Ewoks ? Die Hard ? Jouable tellement le premier et le troisième sont rentrés dans le panthéon du genre mais difficile de passer sous silence le « faux-pas » de l’épisode aéroportuaire. Encore que comparé aux 4 et 5, c’est juste un chef-d’œuvre le truc. Les trois premiers Planète des singes (on balaiera diplomatiquement sous le tapis les opus 4 et 5 là aussi) ? Oui mais non. C’est que le film de 1968 réalisé par Schaffner est un monument avec lequel il était juste impossible de rivaliser. C’est d’ailleurs quelque part une des « qualités » premières de ce reboot initié par Rupert Wyatt (qui ça ?) en 2011. C’est que cela partait doucement, très doucement pour être honnête. Et la suite, si l’on puis dire, on la doit à Matt Reeves qui s’il réalise avec un bonheur certain La Planète des singes – L’Affrontement en avait apparemment gardé grave sous le pied pour Suprématie.

La Planète des singes : Suprématie - Affiche

Voilà un titre qui porte bien son nom. Limite un label qui flirte bon avec fascisme, grosse débauche pyrotechnique et bourres-pifs en veux-tu en voilà. Bref on va voir ce qu’on va voir et surtout en prendre plein la gueule. Le blockbuster ultime de l’été en quelque sorte. Ouiiiiii maiiiiis non (bis repetita on sait). Car si ce troisième opus (le dernier, vraiment ?) est certainement la meilleure chose qui soit arrivée cette année au rayon frais des « tentpoles » à plus de 150 millions de boules (faites vous même la conversion soit en dollars, soit en euros), ce ne sont pas forcément pour toutes les raisons évoquées plus haut. Bon, d’abord car niveau bastons, batailles rangées et explosions qui polissent les rebords de l’écran et bien on repassera. Franchement, c’est rare pour une production pareille de ne pas voir la thune vous péter dans le blanc du cristallin. Conditions normalement sine qua non chez les costards cravates des Studios pour vous allouer du budget. Là, à part la courte séquence d’intro (spectaculaire au possible) et une quinzaine de minutes franchement épiques avant l’épilogue, c’est serrage de ceinture. Reste en gros 1h50 de film où Matt Reeves et son compère au scénario Mark Bomback (déjà présent sur L’Affrontement) prennent leur temps pour raconter une histoire.

Mais rendez-vous compte Mesdames et Messieurs, voilà un gros machin hollywoodien s’inscrivant de surcroît au sein d’une franchise, qui déroule une intrigue avec une compréhension à nulle autre pareille de l’héritage laissé par le film de Schaffner. Cela va au-delà des simples clins d’œil (nombreux au demeurant et jamais gratuits). Cela va aussi au-delà de l’envie de bien faire ou de passer des sous-messages au nez et à la barbe du Studio. Non, c’est fait en toute transparence et avec un aplomb qui ne frise jamais la roublardise ou la suffisance. On y trouve même un amour, un respect et une volonté d’apporter sa pierre à l’édifice initié par le roman de Pierre Boulle. L’esprit du livre est d’ailleurs même respecté avec en filigrane une nouvelle approche quant à cette thématique du darwinisme inversé si chère à l’auteur français. L’évolution s’opère en effet sous nos yeux. L’homme dépérit allant déjà jusqu’à perdre la faculté de la parole alors que dans le même temps, l’espèce simiesque s’affranchit de plus en plus de son passé d’animal mais sans jamais le renier. Car le singe selon Reeves et Bomback doit garder ce qui fait sa puissance et ses particularités. Des caractéristiques qui doivent lui permettre d’arriver tout en haut de la chaîne alimentaire même s’il ne s’agit pas là d’une volonté consciente mais plutôt d’une contrainte induite.

N’y a-t’il point là comme un message adressé à l’ensemble de nos concitoyens du monde et plus spécifiquement à ceux tentés par le repli sur soi-même ? Le mélange et l’acceptation des différences mais sans jamais renier ses origines. Pour autant, il n’est pas question ici de faire dans la morale à tout crin d’autant que tout le film est axé sur un réflexe fondamentalement et bassement humain qui n’est autre que la vengeance. Un arc narratif simple mais bougrement efficace permettant au passage une évolution des caractères plus que bienvenue selon l’autre arc de la franchise qui veut que le singe devienne homme et que l’homme devienne… néant. Et puis au-delà de l’aspect formel anti spectaculaire de l’ensemble, il y a aussi le rôle du « bad guy ».  Dilué dans le premier (l’homme en général), un poil caricatural dans le deuxième, il prend ici les traits d’un Woody Harrelson humain… profondément humain. Ses motivations sont compréhensibles et sa démarche, si elle peut prêter à l’opprobre dans un monde « civilisé », ne peuvent l’être dans celui décrit ici. Et c’est bien là aussi tout le talent de Bomback de nous le faire comprendre et surtout de nous le faire admettre.

Quant à Reeves, le sien de talent (entre autre), c’est d’avoir su, par sa direction d’acteurs, donner le coup de grâce même si l’on est persuadé que d’avoir Harrelson avec soi est une chance incommensurable. Si son personnage est doté de plusieurs facettes passionnantes, l’acteur a su jouer avec son physique et son charisme naturel pour insuffler le truc en plus et lui donner cette profondeur inquiétante et perverse qui font à la limite comprendre comment tout un peuple a pu suivre un homme comme Hitler. Passionnant mais surtout tétanisant. La performance de Serkis, bien que plus linéaire, n’est pas à passer sous silence non plus. Il est vrai aussi que le procédé SFX dit du Motion Capture semble avoir atteint ici des sommets dont on peine à imaginer la prochaine étape tant celle-ci frise avec l’ultime perfection. Il faut voir comment les faciès impriment le terriblement humain dans chacun des mouvements jusqu’aux rétines qui font passer tout ce que l’homme a en bagage émotionnel. Ce qui est extraordinaire dans tout cela c’est que le but n’est pas d’en mettre plein les yeux pour en mettre plein les yeux. Il y a une réelle volonté d’aller encore une fois dans le sens de l’histoire de ces singes qui sont forcés d’adopter ce qu’ils ont toujours exécré  pour s’en sortir et par la même de devenir l’espèce dominante. Une forme de dépucelage tragique en quelque sorte.

On ne sait pas encore si la franchise va franchir le rubicond d’un quatrième opus ou si l’on aura droit à un spin-off ou autre chose, mais cela va être compliqué d’aller plus avant dans l’expérimentation sans se fâcher avec les « executives ». Encore que avec Logan sorti plus tôt cette année, on semble battre sa couple du côté de chez la Fox. Du genre quand d’autres font dans la gaudriole interstellaire et Marvelienne, nous on fait dans le brutal et le mature. Mais que l’on ne s’y trompe pas, si cette Suprématie fait moins bien que L’Affrontement (plus de 700 millions de pépètes US worldwide), ce qui semble être la tendance après les 15 premiers jours d’exploitation aux États-Unis, il faudra se faire une raison et continuer à bouffer du Blockbuster estival de plus en plus insipide. Du coup, il serait bien avisé de ne pas passer à côté de celui-ci. Ou alors, il ne faudra pas vous plaindre que d’ici quelque temps nous perdions l’usage de notre cerveau dans le seul but de mieux nous domestiquer et de nous faire gober tout et n’importe quoi. Le début vers l’avènement d’une nouvelle espèce. On dit ça on dit rien !

Ps : Alors ? On en est où de cette trilogie dans l’histoire du cinéma qui peut affirmer s’être bonifiée de film en film ?

La Planète des Singes – Suprématie (2017) de Matt Reeves – 2h20 (Twentieth Century Fox France) – 2 août 2017

Résumé : Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

Note : 4/5

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