La Quinzaine des réalisateurs 2017

Cannes 2017 : La Quinzaine des réalisateurs

Pour sa 49eme édition, La Quinzaine des réalisateurs, section parallèle cannoise dont s’occupe la SRF, La Société des Réalisateurs de Films, a rendu son verdict et voilà donc les 19 longs métrages sélectionnés pour l’année 2017. On reviendra sur les 10 courts-métrages dans un autre papier. On retrouvera presque autant de réalisateurs confirmés, souvent déjà venus au festival de Cannes, que de cinéastes moins connus ou débutants.

La Quinzaine des réalisateurs - Poster

Premier constat dans cette nouvelle quinzaine : un peu moins de diversité que les années précédentes. En dehors de trois pays très présents, le reste du monde ramasse les miettes. La sainte trinité est, bien sûr, la France avec 5 films, les États-Unis avec 4 films, et l’Italie avec 3 films. Ceci sans compter Abel Ferrara, réalisateur américain d’origine italienne qui fait un film en France et qu’on a du mal à situer… À côté de ces derniers, les autres pays en sélection sont généralement peu ou pas représentés, ce qui est donc une bonne chose. On aura droit à un film de Zambie (si peu connue qu’Edward Waintrop, lors de la conférence de presse, a insisté sur le fait qu’il s’agit bien « d’un film de Zambie et pas de zombies »), la Lituanie, L’Indonésie, La Colombie, Le Canada et Israël.

Encore une fois donc, les « séniors » côtoient les plus jeunes. Et on a déjà une idée de qui aller voir et qui éviter lors de cette quinzaine rien qu’en entendant les noms de certains cinéastes. La compétition s’ouvrira sur une comédie de… Claire Denis, qui n’est pas vraiment une habituée du genre : Un beau soleil intérieur. L’idée reste attrayante ! Seront aussi présents Sharunas Bartas avec Frost, un film sur la guerre en Ukraine, certainement plus proche stylistiquement d’Indigènes d’Eurasie que de Peace to us in our Dreams. Mais aussi Bruno Dumont avec un film musical sur la jeunesse de Jeanne d’Arc intitulé Jeannette ou Abel Ferrara donc avec un documentaire sur sa tournée de concerts : Alive in France. Et encore Philippe Garrel avec L’Amant d’un jour et l’impression que ses derniers titres se ressemblent – celui qui remplacera titres par films n’aura peut-être pas tort. Enfin, Amos Gitai s’intéressera aux répercussions actuelles de la guerre des 6 jours qui a eu lieu voilà 50 ans dans West of the Jordan river.

The RiderThe Rider de Chloé Zhao

Face à eux, de jeunes réalisateurs avec cinq premières œuvres et le second film de Chloé Zhao. La réalisatrice sino-américaine avait été remarquée avec Les Chansons que mes frères m’ont apprises. Elle revient avec The Rider, qui tournera encore autour des tribus amérindiennes Lakota. Parmi les premiers longs, on notera la présence d’un film qui a fait sensation à Sundance et qui clôturera la sélection : Patti Cake$ de Geremy Jasper. De plus, trois de ces films ont été réalisés par des femmes. C’est un sujet qui revient tous les ans mais, au fil du temps, la féminisation de cette profession qui reste très masculine se remarque davantage. On verra donc I am not a Witch de Rungano Nyoni, le film venu de Zambie où l’on parle de sorcière et non de zombies donc, La Defensa del Dragon de Natalia Santa, issu de Colombie, et Nothingwood de la journaliste Sonia Kronlund, un documentaire sur un cinéaste afghan.

Enfin, signalons la présence, comme souvent à la Quinzaine de plusieurs documentaires signés Abel Ferrara, Leonardo Di Constanzo et Sonia Kronlund. Malheureusement cette année, aucun film d’animation ou expérimental et peu de films de genre. Année pauvre niveau diversité ici aussi. On se contentera d’un thriller indonésien signé Mouly Surya : Marlina la tueuse en 4 actes et d’un film d’action avec Dave Bautista : Bushwick de Cary Murnion & Jonathan Milott.

Marlina : the murderer in four actsMarlina la tueuse en 4 actes de Mouly Surya

Toute la sélection de la Quinzaine des réalisateurs ci-dessous :
  • Un beau soleil intérieur de Claire Denis – Film d’ouverture : C’est en 1988 que Claire Denis, avec son premier film Chocolat, participe au festival de Cannes. Après de nombreux films dont Nénette et Boni, primé à Locarno et Les Salauds, présenté à Un certain regard, Claire Denis revient cette année en ouverture de la Quinzaine avec Un beau soleil intérieur, une comédie au casting prestigieux : on y retrouve notamment Juliette Binoche, Gérard Depardieu, Xavier Beauvois et Josiane Balasko.
  • A Ciambra de Jonas Carpignano : A Ciambra nous raconte l’histoire de Pio, 14 ans qui aimerait grandir trop vite. Comme son grand frère Cosimo, il boit, fume et apprend l’art des petites arnaques de la rue. Et le jour où Cosimo n’est plus en mesure de veiller sur la famille, Pio va devoir prendre sa place. Jonas Carpignano a passé son enfance entre Rome et New York City. Son premier long métrage, Mediterranea, a été présenté à la Semaine de la Critique avant d’être récompensé du prix de la meilleure première réalisation en 2015 par le National Board of Review.
  • Alive in France d’Abel Ferrara : Après les documentaires Chelsea on the Rocks, présenté hors compétition au Festival de Cannes 2008, et Mulberry St. en 2010, Abel Ferrara viendra pour la première fois à la Quinzaine des Réalisateurs avec son nouveau long métrage documentaire Alive in France dans lequel il donne une série de concerts en France, dédiés aux chansons et à la musique de ses films.
  • L’Amant d’un jour de Philippe Garrel : Après L’Ombre des femmes présenté à la Quinzaine 2015, Philippe Garrel revient avec L’Amant d’un jour, dont Jean-Louis Aubert signe à nouveau la bande originale. Dans ce film intimiste, à la mise en scène élégante et soignée, Garrel explore la complexité des relations amoureuses.
  • Bushwick de Cary Murnion & Jonathan Milott
  • Cuori Puri de Roberto de Paolis : Agnese et Stefano sont très différents l’un de l’autre. Elle, 17 ans, vit seule avec une mère dure et pieuse, fréquente l’église et est sur le point de faire vœu de chasteté jusqu’au mariage. Lui, 25 ans, jeune homme violent au passé difficile, est gardien d’un parking situé à côté d’un grand campement de Roms.
    De leur rencontre nait un sentiment authentique, fait de moments volés et d’aide réciproque. Après deux courts métrages, projeté à la Mostra Internationale du Cinéma de Venise, Roberto De Paolis présente son premier long métrage Cuori Puri à la Quinzaine.

La Defensa del dragonLa Defensa del dragon de Natalia Santa

  • The Florida project de Sean Baker : Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney World, elle y fait les 400 coups avec sa bande de gamins insolents. Créateur de la série Greg the Bunny, Sean Baker dont le dernier film Tangerine a été sélectionné à Sundance en 2015, présente cette année à la Quinzaie The Florida Project. On retrouve au casting Willem Dafoe et Caleb Landry Jones.
  • Frost de Sharunas Bartas : Avec toujours cette capacité inouïe à filmer des visages, le réalisateur lituanien présente un film touchant et puissant et nous embarque avec un couple de jeunes lituaniens dans un van d’aide humanitaire depuis Vilnius jusqu’en Ukraine. En s’approchant de la ligne de front, ils se découvrent l’un l’autre, et appréhendent peu à peu la vie en temps de guerre. Frost se construit autour de l’idée que l’on ne peut comprendre la guerre, en prendre la mesure, que si on l’éprouve, et la voit de près…
  • I am not a Witch de Rungano Nyoni : La cinéaste est née à Lukasa en Zambie et a grandi au Pays de Galles. Réalisatrice de nombreux courts métrages dont The List, qui remporte un BAFTA, elle coécrit The Mass of Men, qui remporte un Léopard d’Or au festival de Locarno. Son dernier film, Listen, a été présenté à la Quinzaine en 2014 dans le programme Nordic Factory. I am not a Witch relate l’histoire d’une fillette de 9 ans accusée de sorcellerie et condamnée à vivre dans un camp de sorcières.
  • Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc de Bruno Dumont : Une comédie musicale électro-pop-rock sur les jeunes années d’une future sainte? Après La Vie de Jésus en 1997 et P’tit Quinquin en 2014, Bruno Dumont revient cette année à la Quinzaine avec Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc un film fou, explosif et beau.
  • L’Intrusa de Leonardo di Constanzo : Après plusieurs documentaires dont Un cas d’école ou Les Sept marins de l’Odessa et une première fiction (L’intervallo, Venise 2012), Leonardo Di Costanzo présente avec l’Intrusa, un beau film émouvant sur la tolérance et le respect. L’histoire de Giovanna, travailleuse sociale combative de 60 ans, qui se retrouve confrontée, telle une Antigone moderne, à un dilemme moral qui menace de détruire son travail et sa vie.
  • La Defensa del dragón de Natalia Santa : Au cœur de Bogota, trois vieux amis passent leurs journées entre le légendaire club d’échecs Lasker, le Casino Caribéen et le café traditionnel La Normanda. Tous trois vivent à l’abri de leurs routines quotidiennes, évitant ainsi soigneusement de faire face à leurs échecs. Leur confrontation avec la réalité va les faire chanceler… Tendre et juste, La Defensa del Dragón dépeint la vie de trois anti-héros qui essayent tant bien que mal de s’en sortir. Il s’agit du premier film de Natalia Santa.
  • Marlina la tueuse en 4 actes de Mouly Surya : Au cœur des collines reculées d’une île indonésienne, Marlina, une jeune veuve, vit seule. Un jour, surgit un gang venu pour l’attaquer et la dépouiller de son bétail. Pour se défendre, elle tue plusieurs de ces hommes, dont leur chef. Décidée à obtenir justice, elle s’engage dans un voyage vers sa propre rédemption et émancipation. Mais le chemin est long, surtout quand un fantôme sans tête vous poursuit. Mouly Surya est considérée comme l’une des cinéastes les plus prometteuses d’Indonésie. Elle met en scène son premier long métrage en 2008 : Fiksi. Son deuxième film What They Don’t Talk About When They Talk About Love a été montré dans de nombreux festivals et en compétition à Sundance. Marlina la tueuse en 4 actes est son troisième film.

I am not a witchI am not a Witch de Rungano Nyoni

  • Mobile Homes de Vladimir de Fontenay : Vivant au jour le jour de trafics divers, deux jeunes marginaux et un enfant de 8 ans, sillonnent les routes à bord de leur van jusqu’à ce que leur chemin croise celui d’une communauté de mobile homes. Mobile Homes est l’adaptation de son court métrage sélectionné dans de nombreux festivals dont Clermont-Ferrand et SXSW. Il réalise en 2015 What Lies Beneath the Sky, avec la voix de Chantal Akerman, et coréalise Memoria, avec Keith Stanfield et James Franco. Émouvant et juste, Mobile Homes dépeint la difficulté d’être dans l’Amérique d’aujourd’hui.
  • Nothingwood de Sonia Kronlund : Productrice depuis 2002 de l’émission quotidienne Les Pieds sur terre sur France Culture, Sonia Kronlund réalise son premier film Nothingwood où elle suit Salim Shaheen, l’acteur-réalisateur-producteur le plus populaire et prolifique d’Afghanistan, venu projeter à une centaine de kilomètres de Kaboul, quelques-uns de ses 110 films et tourner le 111e au passage. Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant.
  • Ôtez-moi d’un doute de Carine Tardieu : Erwan, un solide démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père. Il se met alors à la recherche de son véritable géniteur. Sur son chemin Erwan croise l’insaisissable Ana, qu’il entreprend de séduire. Mais tout va se compliquer.
    Après deux courts métrages Les Baisers des autres en 2002 et L’Aîné de mes soucis en 2004, Carine Tardieu réalise en 2007 son premier long métrage La Tête de maman​. Pour son second film, elle adapte le roman Du vent dans mes mollets​. Ôtez-moi d’un doute sort en France le 6 septembre 2017.
  • The Rider de Chloé Zhao : Après qu’un cheval lui a écrasé le crâne au cours d’un rodéo, Brady un jeune cow-boy voit sa vie basculer. Ne pouvant plus monter à cheval ni pratiquer le rodéo, il décide de se lancer dans une quête identitaire et ainsi comprendre ce qu’implique d’être un homme au coeur de l’Amérique. Après avoir présenté son premier long métrage Songs My Brothers Taught Me à la Quinzaine en 2015, Chloé Zhao revient avec The Rider où elle reprend le thème du destin, de l’enfermement, et fait le portrait en petites touches d’un cow-boy déchu.
  • West of Jordan river (Field diary revisited) d’Amos Gitaï : À la recherche du chemin de la paix, Amos Gitai se rend à nouveau, en Cisjordanie, 35 ans après Field Diary. Dans West of the Jordan River (Field Diary Revisited), il rencontre des organismes de Human Rights tels que B’Tselem בצלם , Breaking the Silence, Forum des familles des victimes de violence et Ta’ayush תעאיוש تعايش. Ces entrevues nous dévoilent une série d’actes de résistances fragiles qui rassemblent des activistes israéliens et palestiniens. Le film par lui-même est une lueur d’espoir dans une période sombre.
  • Patti Cake$ de Geremy Jasper – Film de clôture : « Not since Jennifer Lawrence have I seen a star like this. » The New York Times. Patricia Dombroski (aka Killa-P, aka Patti Cake$) jeune femme de 23 ans, originaire du New Jersey, blanche et obèse, rêve de devenir une star du rap. Porté par l’interprétation époustouflante de la jeune australienne Danielle Macdonald, entourée d’un casting non moins réjouissant, Patti Cake$, le premier long métrage de Geremy Jasper (déjà connu pour ses clips musicaux dont Dog Days Are Over de Florence + The Machine, entre autres), sensation du dernier Sundance Film Festival, viendra clôturer, en musique donc, cette Quinzaine 2017.

BushwickBushwick de Cary Murnion & Jonathan Milott

Séance spéciale
  • A fábrica de nada : « Du Portugal, c’est la question de la désindustrialisation, du chômage et de la lutte des travailleurs, que pose et expose A fábrica de nada de Pedro Pinho. Un film original qui oscille entre le drame intime, la comédie sociale réaliste et parfois même musicale ».  Édouard Waintrop
Sur le même thème :

Laisser un commentaire