Top of the Lake Saison 2 - Image une Cannes 2017

Cannes 2017 : Jour 11 – Séries TV et Courts-métrages

Après les prix des sélections parallèles, voilà ceux de l’officielle. Enfin, les hors-d’œuvre en fait. On a d’abord le prix François Chalais, qui comme beaucoup, existe mais on ne sait pas trop pourquoi. C’est 120 battements par minute de Robin Campillo qui en est le récipiendaire. Le film sortira le 23 août 2017 sous la bannière Memento Films. Le prix œcuménique, et donc remis par des représentants religieux, est attribué à Vers la lumière de Naomi Kawase et le prix FIPRESCI, attribué par des journalistes, a auréolé une nouvelle fois le film de Robin Campillo pour la sélection officielle, Tesnota pour Un certain regard et à L’Usine de rien de Pedro Pinho vu à La Quinzaine. Il succède à Grave, de Julia Ducournau et sortira le 23 décembre 2017.

Un Certain Regard s’est également achevé hier et le jury, emmené par Uma Thurman, a choisi de récompensé Un homme intègre de Mohamad Rasoulof. Ont été également distingués Les Filles d’Avril pour le prix du jury, Wind River pour la mise en scène, Barbara pour ses aspects apparemment poétiques et enfin Jasmine Trinca pour son interprétation dans Fortunata de Sergio Castellito. On est content pour ces films mais, comme toujours, ils ne sont que le reflet subjectif de cinq personnes aux goûts différents. Nous n’avons donc rien de plus à en dire. Il en sera de même pour le palmarès officiel ! (Bon ben ça c’est fait ! / Note du gars qui relit en matant la cérémonie de clôture).

Twin Peaks 2017 - Affiche

Aujourd’hui, nous nous intéresserons d’abord aux formes courtes, c’est-à-dire moins de 60 minutes. Cela comprend certes quelques courts-métrages mais aussi les séries TV dont les épisodes durent moins d’une heure. On aurait pu se précipiter voir les deux premiers épisodes de Twin Peaks et finir frustré de ne pas découvrir la suite d’autant que tous les passionnés les avaient sans doute déjà téléchargé ou vu sur Canal + qui en a acquis les droits de diffusion exclusifs en France. Voire même mieux puisque deux épisodes supplémentaires  sont déjà visibles en ligne…

Jane Campion - Top of the lake : China girl

Du coup, on a opté pour Jane Campion et Gerard Lee avec la deuxième saison de Top of the Lake. Les six épisodes de cette mini-série policière ont en effet été projetés à la suite. Et alors que nous prévoyions d’en voir trois, nous n’avons pas pu décrocher. Et ce d’autant plus que Sundance Chanel prévoit une diffusion en septembre et pas avant. Ceux qui n’auraient pas vu la première saison peuvent regarder la deuxième sans trop de problèmes. Seules deux séquences et quelques allusions rappellent ce qui a pu se passer avant sans gêner la compréhension des nouveaux spectateurs. Toutefois, on observe une cohérence et une logique narrative si forte entre les deux saisons qu’il reste préférable de les voir dans l’ordre. Seule la protagoniste reste, Elizabeth Moss, toujours excellente et que l’on peu voir en ce moment dans une autre série : The Handmaid’s Tale. Elle quitte la Nouvelle-Zélande pour revenir à Sidney et tout change. Jusqu’à la situation qui s’inverse : on découvre des personnages esquissés dans les 6 épisodes initiaux et ceux que l’on côtoyait précédemment ne sont qu’à peine évoqués.

(Attention spoilers saison 1) La première saison se concentrait sur l’inspectrice et la résurgence d’un terrible passé, avec une très jeune fille enceinte, de possibles viols et quelques meurtres dans des paysages idylliques à l’opposé des habitants du lieu (fin spoiler saison 1). La seconde la montre en pleine reconstruction. Et l’ensemble de la nouvelle saison tourne autour de questions relatives à la famille et à la maternité. Elle va rencontrer sa fille et les parents adoptifs de celle-ci. En outre, sa nouvelle collègue est enceinte, et l’enquête de Moss gravite autour d’un réseau de prostitution lié à la procréation médicalement assistée et à la gestation pour autrui. Que du très joyeux en perspective, d’autant que les épisodes sont régulièrement entrecoupés de moments oniriques plutôt cauchemardesques avec fœtus agonisants, etc.

La noirceur est un des aspects notables de cette saison qui parvient habilement à entremêler l’intime à l’investigation. Les deux entrent en collision, font écho au point qu’on se demande si l’enquête n’est pas plus une quête intérieure permettant au personnage principal de démêler certains fils de son existence tout en se créant quelque autre trauma pour le futur. La fin ne résout pas tout et c’est appréciable sans être frustrant, laissant un peu de désespoir transparaître dans une once de joie. On retrouve aussi le côté misandre de la première saison, trait caractéristique particulièrement réussi qui apporte une touche encore plus sombre à l’ensemble. Une fois encore, à une exception près, tous les hommes sont les créatures les plus monstrueuses, viles, et horribles possibles. Et ce n’est pas si irréaliste ! (Ok c’est bon je fais une pause et je reviens / Note du gars…).

Outre celui de Kristen Stewart à propos duquel nous avions écrit précédemment, nous avons vu quelques courts-métrages. La plus belle séance du festival par ailleurs est probablement celle réservée aux courts de Cannes Classics. Elle fût aussi une réussite en termes de public car pour des courts réalisés entre 1949 et 1999 alors que la compétition battait son plein, réunir environ 150 personnes dans la salle relevait de l’exploit.

Parmi les sept films présentés, six ont remporté la palme et un aurait dû être projeté en 1968, année où le festival a été annulé. Les deux plus anecdotiques sont ceux de Xavier Giannoli, autour d’une histoire racontée par un critique qui rate sa rencontre avec Ava Gardner (Putain mai j’adore ce CM bordel. Cela s’appelle L’Interview et cela montrait une époque révolue du métier de critique de cinéma / Note du gars qui repart faire une pause), et de Jane Campion dont le Peel a plus l’air d’être un extrait de long-métrage à venir qu’un vrai film court.

La Seine a rencontré Paris - Cannes 2017La Seine a rencontré Paris

Deux documentaires particulièrement poétiques qui semblent d’ailleurs se répondre y ont été aussi programmés. Les deux ont été faits par des cinéastes hollandais. Joris Ivens parcourt Paris au gré de la Seine, montrant les gestes quotidiens de travailleurs ou de promeneurs alors que Serge Reggiani récite le poème de Prévert qui donne au film son titre : La Seine a rencontré Paris (1958). Quant à Miroir de Hollande (1951) de Bert Haanstra, il nous emmène découvrir son pays de façon musicale à travers les reflets visibles de ses cours d’eau. Plus on approche des villes, plus les vaguelettes sont fortes, déstabilisant le calme campagnard et créant un effet accordéon qui déforme les perspectives. Un vrai jeu de miroirs !

Mais les trois meilleurs films étaient les courts-métrages d’animation. Si sur un petit écran ils sont déjà magnifiques, sur un écran de cinéma, avec tous les détails ad hoc, ils deviennent impressionnants. Deux d’entre eux proviennent de l’ONF/NFB au Canada. Le premier, Pas de deux (1968) de Norman McLaren, est un chef-d’œuvre. En créant une pièce musicale et dansée, le réalisateur pose une réflexion autour de l’acte d’animer en revenant aux origines du cinéma et en interrogeant la décomposition du mouvement image par image. Tout est noir et blanc, sans gris. Les silhouettes de danseurs vêtus de blanc sont éclairées et jouent avec leurs empreintes photographiques, devançant leurs gestes, les magnifiant dans des chorégraphies qu’on croirait venir de compositions florales et de photographie de Marey. Le film est visible gratuitement ici ou alors vous pouvez le mater ci-dessous.

Vient ensuite Harpya (1979) de Raoul Servais, l’un des plus importants cinéastes d’animation. L’informatique étant trop onéreuse et trop peu performante à l’époque, le court-métrage utilise des techniques d’incrustation manuelles et originales. Dans ce film d’horreur, un être mi-oiseau, mi-humain s’incruste dans l’existence d’un homme, le terrorise et l’empêche de se nourrir. L’animation joue sur le jeu d’acteurs réels, étrangement éclairés, tout en offrant une animation moins fluide qui offre au film un aspect angoissant. On peut découvrir le film ici.

Enfin, When the Day Breaks (1999) de Wendy Tilby et Amanda Forbis est l’une des grandes créations en dessin animé de ces vingt dernières années. Après une ouverture assez musicale, une truie voit un accident de la route. À travers le chaos de la ville, elle s’interroge sur la vie et la mort. L’idée est simple, la manière est impressionnante. Les deux réalisatrices associent des objets ordinaires dessinés de manière ultra-réaliste comme un grille-pain ou un citron, à des personnages d’animaux anthropomorphisés pour mieux représenter la condition humaine et la fragilité de l’existence. Leur style, qui fait penser à de la lithographie, permet de travailler sans détour les questions des souvenirs et de ces actions quotidiennes qui nous définissent. L’ONF met le film à disposition en cliquant ici ou ci-dessous.

Difficile de faire plus long dans ce papier (oui d’ailleurs en rentrant tu passeras à la rédac que l’on cause justement de la longueur de tes papiers cannois / Note du… non rien). Pour terminer, nous ne donnerons pas notre « palmarès idéal », n’ayant pas vu l’ensemble de la sélection. Toutefois, ce qu’on retient du cru 2017 de la compétition cannoise est dans l’ordre de préférence :

Et la plus grosse purge est probablement Okja. Demain nous reviendrons d’ailleurs sur le Bong Joon ho, le Lynne Ramsay et le film des frères Safdie avant d’annoncer le palmarès (te fatigue pas, on le connaît le Palmarès au moment où je finis de relire / Note du gars qui ne va pas se faire un CM ce soir).

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