Nicolas Stanzick - Midi-Minuit Fantastique

Midi-Minuit Fantastique Volume 2 : Entretien avec Nicolas Stanzick [VIDEO]

On n’allait pas vous laisser avec une « simple » chronique de ce petit bijou de bouquin même si son auteur n’est autre que Francis Moury. On voulait en effet aller un petit peu plus loin et rencontrer son co-auteur (avec Michel Caen qui nous a malheureusement quitté avant la sortie de ce volume 2) dont le travail ici s’apparente plus à une véritable et monumentale entreprise de restauration d’une revue, Midi-Minuit Fantastique donc, devenue mythique. C’est dans notre antre du cinéma Max Linder que Nicolas a bien voulu répondre à notre invitation. C’est un homme cultivé, affable mais surtout passionné que nous avons rencontré et dont nous avions fait l’heureuse connaissance lors de la publication de son excellent premier livre Dans les griffes de la Hammer aujourd’hui épuisé. On vous laisse dès lors en sa compagnie non sans vous préciser que nous avons voulu scinder cet entretien de près d’une heure en un feuilleton de 10 épisodes. À vous de décider si vous voulez avaler cela façon binge watching ou vous laisser des temps de réflexion car tout ce qui est dit est de très haute volée… (oui bon d’accord on exagère un tantinet).

Midi-Minuit Fantastique - Couv - Vol 2

I – Nicolas Stanzick co-auteur

II – Dans les griffes de la Hammer

III – Émergence de MMF / Rencontre avec Michel Caen

IV – Genèse de cette « restauration »

V – Focus sur les rédacteurs de MMF

VI – Le DVD au sein du Vol 1

VII – Le DVD au sein du Vol 2 – Fantasmagorie

VIII – Les autres courts-métrages au sein du DVD

IX – MMF aujourd’hui. Une renaissance envisageable ?

X – Bonus – Sur le tournage de Crimson Peak de Guillermo del Toro

 

Un grand merci au Cinéma Max Linder, à Nicolas Stanzick et à Flavien Bellevue pour sa captation et son superbe montage.

 

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2 réflexions au sujet de « Midi-Minuit Fantastique Volume 2 : Entretien avec Nicolas Stanzick [VIDEO] »

  1. Je suis convaincu que Terence Fisher fut le grand cinéaste de la Hammer Films, que sans son génie, la Hammer n’aurait pas été ce qu’elle fut, que l’âge d’or britannique 1955-1975 du fantastique n’aurait pas vu le jour. Il y a eu d’autres firmes de production et d’autres cinéastes en Angleterre durant cette période qui servirent très bien le genre mais Fisher fut le plus grand d’entre eux, la Hammer la principale d’entre elles. Je suis donc très content d’apprendre dans cet entretien que Nicolas est venu, par Fisher et la Hammer, au fantastique.

    Quelques remarques et souvenirs concernant cet entretien :

    – Michel Caen n’est pas passé directement de MMF à Zoom. Durant une période intermédiaire, vers 1970-1971 notamment, il collabora à CREEPY, EERY et VAMPIRELLA, notamment par un « Dictionnaire du fantastique » qui était un travail collectif inédit, enrichi par une iconographie certes en général recadrée et N&B faute de couleurs mais qui provenait de photos rares, difficiles d’accès. Je remarque au passage que CREEPY, EERY et VAMPIRELLA étaient des éditions françaises de magazines américains homonymes mais qu’elles s’inscrivaient comme les héritières directes de MMF par leur contenu, sinon par leur forme. On me dit qu’on les a rééditées sans leurs sections cinéma : si c’est exact, c’est une aberration éditoriale.

    – Un souvenir personnel sur Michel Caen : lorsque j’ai fait revivre le Midi-Minuit au Bergère la première semaine d’octobre 1985, avec au fronton le visage de Barbara Steele (la photo fut reprise par Stephen Upchurch pour sa programmation d’un cinéma de San Francisco : le dialogue – par voie d’imitation – était en somme permanent entre l’Amérique et la France, concernant ce genre) et à l’écran deux Hammer Films, j’avais naturellement pris soin d’inviter Caen mais il ne se déplaça pas : nous ne nous sommes jamais rencontrés. Il aimait toujours le genre pourtant puisqu’il rendait hommage, la même année, dans L’ORGANE (seconde série : quelques numéros sur papier journal, grand format) à LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN de Fisher, sans oublier LE CRI DE LA CHAIR de Benazeraf. L’érotisme (et sa succursale la pornographie) l’intéressait autant que le fantastique, à cette époque. Je me suis souvent demandé pourquoi il n’avait pas voulu assister à cette première de la renaissance du cinéma et d’un cinéma qu’il avait tant aimés ? Romer, lui, était venu.

    – Je ne pense pas – je m’en suis expliqué dans mon entretien accordé à Nicolas in DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER – que le cinéma fantastique ni la Hammer Film relevaient de la contre-culture, ni a priori ni a posteriori. Fisher était majoritairement méprisé par toute la critique française qu’elle fût de droite, de gauche, ou du centre, qu’elle fût réactionnaire ou libertaire. Seule une poignée d’esthètes et d’intellectuels surent, entre 1960 et 1980 aimer et comprendre son cinéma. Pour les autres, il n’était qu’un commerçant habile qui ressuscitait en couleurs et sous licence anglaise les monstres de l’âge d’or américain du fantastique de 1931-1945. Il mourut dans l’indifférence la plus totale en 1980, la même année que Mario Bava et Alfred Hitchcock. Seul ce dernier eut alors les honneurs de la presse radio-tv-journaux, les deux autres n’eurent pas un mot public de regret. La Cinémathèque française rendit hommage à Fisher une trentaine d’années plus tard.

    – Je pense effectivement, comme Nicolas, que le cinéma fantastique en France est un cinéma d’auteurs. Il n’y a pas un cinéma fantastique français mais il y a une irruption récurrente du fantastique, de l’insolite, du merveilleux dans certains films d’auteurs français. Le traitement télévisé du cinéma fantastique entre 1960 et 1970 fut, pour sa part, un effet de mode, un contre-coup du succès industriel du genre fantastique américain, anglais, italien, japonais mais ne correspondait pas à une inspiration nationale française, autre qu’individuelle. Un Astruc, un Franju, un Rollin connaissaient le succès critique d’estime tandis que André Hunebelle connaissait avec sa série comique FANTOMAS le réel succès commercial. En revanche, je pense que le genre fantastique (et sa succursale nommée science-fiction, comme disait Jacques Sternberg) est un genre permanent de l’histoire du cinéma, indépendant de tout contexte social, politique, économique. Il n’est ni culturel ni contre-culturel, il est tout simplement un genre du cinéma, relevant d’une anthologie permanente.

  2. Une quatrième remarque sur le rôle essentiel de Jean Boullet (1921-1970) dans l’histoire critique du genre comme dans celle de MMF. Boullet avait vu au cinéma les classiques du cinéma fantastique allemands et américains muets et parlants qui étaient, au moment où MMF fut crée, invisibles sauf reprise exceptionnelle. Sa connaissance et sa documentation remarquable furent donc un élément essentiel dans les premiers numéros de MMF : il représentait de facto l’ancienne génération mais, à la différence de Michel Laclos, accepta et admira la restauration et la rénovation des mythes, telle qu’opérées par l’âge d’or anglais de 1955-1975. Le fait que Michel Caen ait été téléspectateur durant un certain temps aux USA l’avait mis relativement au niveau mais Boullet le surpassait certainement en culture cinématographique concernant la période muette à 1950. Sans Boullet, la revue MMF n’aurait assurément pas été ce qu’elle fut. J’avais négligé d’en parler dans mon article mais je suis de plus en plus convaincu à mesure que je relis les premiers n°, de l’importance déterminante de Boullet.

    Cinquième remarque sur le rôle de Eric Losfeld, Le Terrain vague éditions : parallèlement à MMF, Losfeld fut l’éditeur d’un certain nombre de livres d’histoire du cinéma (le Fritz Lang de Francis Courtade, par exemple) sans oublier les belles « Anthologies permanentes de l’érotisme au cinéma » où écrivirent Ado Kyrou (sur Jean Rollin), Paul-Hervé Mathis (sur José Benazeraf) et d’un certain nombre de livres classiques, modernes et contemporaines d’histoire de la littérature fantastique et de science-fiction. Son rôle fut certainement déterminant.

    Sixième remarque : la collusion intéressante entre plumes spécialiste et plumes occasionnelles dans MMF. Elle est très étonnante et riche pour qui s’intéresse à l’histoire de la critique du cinéma fantastique d’une part, à l’histoire de la critique généraliste française d’autre part. MMF fut une plate-forme très curieuse, du point de vue éditorial comme rédactionnelle. Certains rédacteurs de MMF étaient connaisseurs et / ou (l’un n’impliquant pas forcément l’autre) amoureux du genre, d’autres n’y contribuèrent que parce que c’était une revue à la mode ou bien à l’occasion d’un ou deux films isolés qui leur tenaient à coeur et dont le traitement pouvait intéresser la revue, d’autres enfin y contribuèrent avec une étonnante myopie critique que seul le temps a révélée. On s’en rendra encore mieux compte à mesure que l’ensemble sera réédité. Sur les deux premiers volumes, je recommande cependant de les lire en ayant à l’esprit deux livres : le premier (dans l’ordre chronologique) étant René Prédal, Terence Fisher, Anthologie du cinéma, le second étant Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer. On y trouve le matériel critique annexe à celui de MMF, rassemblé et comparé, in-extenso la plupart du temps dans le Prédal à propos de chaque film de Fisher. Le même Prédal avait écrit une étude générale sur MMF qu’il faudrait d’ailleurs rééditer : elle mériterait d’être publiée en annexe au quatrième volume.

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