Collection MidiMinuit Fantastique

Midi-Minuit Fantastique Volume 2 : Restauration d’un objet mythique

La revue Midi-Minuit Fantastique fut baptisée en 1962 en hommage au cinéma Midi-Minuit. Midi-Minuit était un cinéma parisien du boulevard Bonne Nouvelle, spécialisé dans le cinéma fantastique et le cinéma populaire : films d’horreur et épouvante, films de science-fiction, péplums, films érotiques, films d’espionnage, westerns américains et européens, films policiers violents, sans oublier des films d’arts et essais expérimentaux distribués ce circuit commercial populaire qui était celui du Midi-Minuit. C’est ce cinéma que j’avais tenté de faire revivre en 1985 au Bergère, après avoir convaincu son propriétaire Roger Boublil – qui venait de céder le véritable Midi-Minuit mais possédait encore les droits du nom – de rebaptiser Le Bergère, ce qui donnait dans le PariScope : Midi-Minuit, ex-Bergère. La résurrection fut brève. C’est encore ce cinéma dont Herbert P. Mathese a dressé la programmation (sélective et non pas exhaustive contrairement à ce que croyaient certains lecteurs) dans sa célèbre note monumentale de quatre ou cinq pages in José Benazeraf, la caméra irréductible (Éditions Clairac, 2007.

Le Cinéma Midi Minuit en 1959Le Cinéma Midi Minuit en 1959

Midi-Minuit Fantastique fut publiée par Eric Losfeld de 1962 à 1971 sous deux formats différents : d’abord petit format jusqu’au N° 13 de 1966, puis grand format jusqu’à sa fin en 1971. Le 10 février 2014 avait donc enfin été publié le premier tome 1 de cette nouvelle édition – et non pas simple réédition, ce qui eût déjà été remarquable – qui comptera quatre tomes au total et un index général tiré à part (au moment de la parution du quatrième et dernier tome : patience donc).

Parution du tome 2 (Octobre 2015)

Sur la revue originale dans son ensemble, que peut-on dire aujourd’hui ? Ce n’était certes pas une revue intellectuelle (sauf exception, au détour d’un article ou d’un entretien, d’une notation poussant l’analyse un cran plus profond que d’habitude) mais factuelle, à la manière anglo-saxonne : elle était avide de filmographies, de documents iconographiques (pavés presse, photos de plateau, photos d’exploitation, affiches, affichettes), de dessins originaux, de textes littéraires parfois inédits, de bandes-dessinées inédites de SF, d’entretiens accordés par des cinéastes majeurs (Roger Corman, Terence Fisher, Riccardo Freda, Jacques Tourneur, Edgar G. Ulmer) ou mineurs (William Castle, Domenico Paolella, Don Sharp) mais presque toujours passionnants.

Midi-Minuit Fantastique - Couv - Vol 2

Ce sont d’abord pour ces entretiens et pour l’iconographie les accompagnant qu’il faut sans doute, aujourd’hui, posséder l’intégrale de la revue dans sa bibliothèque, sans oublier ses archives iconographiques d’histoire du cinéma, parmi les plus belles jamais rassemblées dans une revue française de cinéma. Je crois, par exemple, qu’aucune revue française n’avait jamais consacré au cinéaste William Castle ou à l’acteur Bela Lugosi des articles aussi complets que ceux que lui consacra MMF. Les contributeurs étant très variés, le niveau était inévitablement inégal mais on y trouvait pourtant régulièrement des trésors. Comment oublier, par exemple, les si beaux dossiers Inoshiro Honda et Koji Wakamatsu auxquels le cinéaste Roland Lethem (qui fut aussi le complice de Jean-Pierre Bouyxou pour La Science-fiction au cinéma, éditions UGE, coll. 10/18, 1971) avait contribué ? Le cinéaste Jean Rollin lui-même (dont l’âge d’or coïncida avec la seconde période grand format de MMF) n’avait-il pas publié un dossier remarqué sur Gaston Leroux dans les deux derniers numéros parus, 23 et 24.

Midi-Minuit Fantastique - Couv N°8

Certains numéros spéciaux petits formats sont demeurés fameux, notamment le premier sur Terence Fisher, celui sur King Kong (l’original de 1933 bien entendu), mais aussi celui sur Dracula ou encore  celui sur Les Chasses du comte Zaroff. C’étaient, toutes choses égales d’ailleurs, nos Cahiers de l’Herne : témoignages de première main, iconographie à laquelle des collectionneurs contribuaient passionnément et qu’alimentaient en temps réel les distributeurs et les producteurs, correspondances ou lettres originales reproduites en fac-similé, rien n’y manquait. Le célèbre numéro 8, si prisé des collectionneurs français, sur Érotisme et épouvante dans le cinéma anglais contenait des plans d’orgies, plans coupés au montage ou par la censure des divers pays d’exploitation, de classiques du cinéma fantastique aussi essentiels que Jack The Ripper [Jack l’éventreur] (GB 1958) de Robert S. Baker et Monty N. Berman ou The Flesh and the fiends [L’Impasse aux violences] (GB 1959) de John Gilling, produit par Baker et Berman (1).

Jack The Ripper - Affiche US

Le passage au grand format accentua cette diversification parfois excessive mais qui correspondait aussi à un élargissement de la notion de fantastique : dans le numéro 17 de juin 1967, le cinéaste Jean-Pierre Mocky se retrouvait interviewé à quelques pages de Barbara Steele, ce qui n’avait évidemment aucun sens puisque Mocky venait de trahir Jean Ray – le plus grand écrivain belge de littérature fantastique du siècle dernier – en adaptant en film comique  le roman terrifiant de Ray, La Cité de l’indicible peur ! Le succès venant, MMF pouvait certes distribuer (via Les Films de l’Étoile) et programmer (au cinéma Studio de l’Étoile) des reprises (Freaks de Tod Browning, Island of Lost Souls [L’île du Dr. Moreau] d’Erle C. Kenton, L’Homme léopard de Jacques Tourneur) et des exclusivités (The Premature Burial [L’Enterré vivant] (USA 1962) de Roger Corman d’après Edgar Poe) avec un peu de décalage. Un certain sensationnalisme pouvait toutefois gravement gâter l’événement : Michel Caen n’hésitait pas à inviter un nécrophile se vantant de dormir dans son cercueil afin de poser en sa compagnie, dans le hall du Studio le soir de la première. On était loin de la finesse du film de Corman, de sa profondeur aussi. Mais enfin l’essentiel était bien de le voir (on ne disait pas encore « visionner» : on réservait alors ce terme aux visionneuses de diapositives 24/36) et c’était tout de même bien grâce à MMF, aux Films de l’Étoile et au Studio de l’Étoile qu’on le voyait ! On pouvait donc passer sur ces quelques errements (réservant d’ailleurs des surprises qui sont le propre de l’errance, sa rançon positive : il y avait par exemple un aspect non pas fantastique mais insolite chez Mocky qui était très bien illustré par le dossier cité supra), tant la richesse d’ensemble était grande. Ce n’est pas pour rien, on le voit, que la revue MMF – ainsi qu’on l’abrégeait affectueusement en supprimant le trait d’union entre les deux « M » – était vendue dans la plus ancienne librairie surréaliste parisienne qu’était alors Le Minotaure.

Docteur Jerry et Mister Love par Yves Boisset daéns Midi-Minuit Fantastique

Sur cette nouvelle édition, il faut savoir que l’ensemble de la revue est réédité dans un format unique de reliure sous jaquette. Finie la séparation physique entre la première période du petit format (de 1962 à 1966, du n°1 au N°13) et la seconde période grand format (de 1966 à 1971, du n°14 au n°24), séparation qui était gênante pour l’unité d’une bibliothèque. On découvre un certain nombre de documents photographiques en couleurs pour la première fois, telle cette esquisse dessinée pour King Kong par Willis O’Brien dans le MMF n°3. Les documents photos ont été pour un grand nombre d’entre eux rephotographiés à la source : leur définition et leur précision sont donc nettement supérieures à celles de la première édition. Les couvertures originales sont soigneusement reproduites afin que les collectionneurs retrouvent immédiatement l’ordre de chaque numéro et son esthétique originale au sein du tome, dans l’ordre de parution. Enfin, il y a des inédits. Textes, photos, dessins qui n’avaient pas trouvé place à l’époque mais qui la trouvent à présent, en raison d’une rationalisation de l’espace, gain d’un travail acharné mené en collaboration entre Nicolas Stanzick (Dans les griffes de la Hammer) et Michel Caen, (l’un des rédacteurs en chef de la revue originale, décédé récemment, peu de temps avant la parution du tome 2 de cette nouvelle édition qui n’est donc pas une simple réédition). C’est ainsi que le mythique double n° 25-26 demeuré inédit à cause de l’arrêt de la revue en 1971 devrait enfin voir le jour, avec des articles sur Tarzan, Pierre Mac Orlan, Terence Fisher… Il sera publié pour la première fois dans le quatrième volume de cette nouvelle édition intégrale.

Sans oublier le DVD…

Midi-Minuit Fantastique

Midi-Minuit Fantastique

Midi-Minuit Fantastique

(1) Baker et Berman, grands producteurs et réalisateurs anglais, rivaux de la Hammer films, à qui j’avais consacré un entretien radiophonique sur France Culture, le soir du 16 mars 1986, à l’occasion de la reprise à Paris, en circuit Art et essais avec copies VOSTF, de ces deux titres.

Midi-Minuit Fantastique - Table des matières Vol 2

Pour rappel le tome 1 paru en février 2014 :

Midi-Minuit Fantastique - Couv - Vol 1

N°1 — Mai 1962 : Terence Fisher.
N°2 — Juillet/Aout 1962 : Les Vamps fantastiques.
N°3 — Octobre/Novembre 1962 : King Kong.
N°4/5 — Janvier 1963 : Dracula.

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