Walt Disney – Le Mouvement par Nature

L’Art des studios d’Animation Walt Disney – Le Mouvement par Nature au musée Art Ludique

Jusqu’au 5 mars 2017, le musée Art ludique accueille une exposition sur les studios Disney intitulée « L’Art des studios d’Animation Walt Disney – Le Mouvement par Nature ». Pour rappel, le musée s’inscrit dans la continuité de la galerie ArtLudik. Il a pour vocation de mettre en avant l’œuvre au travail, c’est-à-dire la genèse des films d’animation, bande-dessinées ou jeux-vidéo. C’est donc l’occasion de découvrir esquisses, brouillons, concept-arts, essais que le public habituellement ne voit jamais. L’intérêt de ce type d’exposition n’est plus à prouver car on y repère les influences, les inspirations. En outre, le travail artistique préalable est parfois plus original et inventif que l’œuvre achevée. Dans une volonté de mettre le résultat final en avant, ces prémisses sont souvent mises de côté, cachées et rangées dans des tiroirs, sinon détruites et en tout cas rarement vues.

Walt Disney – Le Mouvement par Nature

Cet effort de redécouverte du monde d’avant le film, le musée le fait d’abord avec les grands studios. Logique puisque plus les sociétés de production sont grandes, plus le nombre d’artistes y travaillant l’est et plus ils sont fondus dans la masse. Cette fois, c’est donc Disney qui a les honneurs du musée et la chose n’était pas évidente ou naturelle. En effet, le studio a tendance à surprotéger ses documents à tel point que, malgré son nom, peu de chercheurs ont accès à la Disney Animation Research Library et tout ce qui est écrit est ultra-contrôlé. C’est donc une des rares occasions de voir réunies en un seul lieu un éventail de 400 pièces uniques.

Art ludique a opté pour un ordre chronologique plutôt que thématique. On commence avec l’apparition de Mickey à la fin des années 1920 puis on continue par quelques points sur les courts-métrages et les récompenses gagnées avant de s’attarder sur les longs, en choisissant quelques un des principaux films jusqu’à nos jours. Forcément avec plus de 50 longs-métrages, il était impossible de tout couvrir. Certains regretteront donc de ne pas voir de documents issus de leur film préféré mais c’est aussi logique.

Walt Disney – Le Mouvement par Nature

Dans l’ensemble l’exposition vaut le détour, notamment pour y découvrir les concept-art d’Eyvind Earle, Ken Anderson, Walt Peregoy ou Mary Blair. Tous sont de véritables artistes peintres et mériteraient plus de reconnaissance encore. D’ailleurs, à l’exception de Mary Blair au Japon en 2009, pratiquement aucun artiste made in Disney n’a connu les honneurs d’une exposition majeure. On ne peut qu’être ravi que ces talents soient enfin mis en avant. Car les véritables découvertes de l’exposition, ce sont eux bien plus que les films.

L’exposition propose des vidéos. Anecdotiques, elles sont représentatives de la volonté de réalisme du studio. Elles expliquent, par exemple, l’animation des bulles de lave ou sur le dessin à partir d’animaux réels. On apprécie aussi la mise en avant des principes de l’animation auxquels tous ont dû se conformer pour avoir le droit de créer au sein du studio. Ou encore la découverte des story sketches et des essais d’animation. Il est également surprenant d’assister à la transformation des premiers croquis au résultat final vu sur grand écran. Visuellement laissé au directeur de l’animation – souvent l’un des piliers du studio – on a l’impression d’un amoindrissement. C’est comme si ce passage formatait la matière première afin de la rendre plus malléable et reconnaissable pour le grand public.

Walt Disney – Le Mouvement par Nature

Toutefois, certains éléments de l’exposition nous ont laissés perplexes. D’une part, cette impression d’assister à une hagiographie de Saint Walt, l’unique et le parfait. Mais aussi de ses neuf disciples qui transmettront sa pensée afin que tous chantent ses louanges encore aujourd’hui. Les aspects plus obscurs du personnage ou de ses collaborateurs sont quasiment évacués. En effet, tout est beau au royaume de Mickey… Disney aurait tout amené et l’apport d’Ub Iwerks, proche collaborateur, par exemple est minimisé.

On nous répliquera que l’exposition parle des films plus que de l’homme. Ou que la conception naturaliste du mouvement, de son rapport au réel est première. Mais alors pourquoi omettre la rotoscopie utilisée dans Blanche-Neige ? Les grandes inventions issues des studios Disney sont présentées, de la caméra multiplane au procédé Xerox, mais l’impasse est faite sur celle des frères Fleisher pourtant centrale dans la pensée d’un réalisme du mouvement. De plus, la rotoscopie fût décisive dans la création de leur premier long.

Walt Disney – Le Mouvement par Nature

Enfin, il fallait passer outre certaine œuvres mais pourquoi laisser de côté près de 25 ans des studios Disney ? Entre Le Livre de la jungle (1967) et La Petite sirène (1989), c’est comme si le temps s’était envolé. Si le choix est supposé être fait sur les films majeurs, sur ceux qui ont marqué un tournant, il s’en est aussi passé des choses pendant ce quart de siècle. Notamment les débuts de l’utilisation de l’informatique sur Taram, en 1985. Certes, il s’agit d’une période « maudite » pour le studio et elle est régulièrement oblitérée. Toutefois, ne pas en parler revient à admettre qu’il s’agit une fois encore de consacrer Disney. Faire plaisir au studio au détriment de la liberté des choix.

Reste une exposition sympathique et riche, qui met en valeur des artisans et artistes souvent malheureusement oubliés. Mais elle est réalisée dans un but de béatification de Disney. Et le public qui s’y s’aventure ne s’interroge pas forcément sur ce qu’il regarde…

Walt Disney – Le Mouvement par Nature

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