Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle - Nintendo Switch

Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle – Mariage magique

Après des mois de bruits de couloir, l’annonce officielle d’un jeu réunissant l’univers de Mario et des Lapins Crétins fut faite au cours de l’E3 2017 avec une sortie juste à temps pour la rentrée de septembre. Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle est-il pour autant un jeu destiné uniquement aux plus jeunes. Éléments de réponse…

Lapin Mario sous contrôle de Nintendo

Dans les faits, la genèse du projet remonte quelques années plus tôt, en 2014 pour être précis, lorsque Ubisoft présenta le tout premier concept de Mario + The Lapins Crétins à Shigeru Miyamoto, le « papa » de Mario et accessoirement directeur créatif de Nintendo, qui donnera son approbation quelques mois plus tard. Comment la réunion de ces deux univers allait-elle être possible ? C’était sans compter sur les idioties des célèbres léporidés qui vont causer un grand trouble dans le continuum espace-temps par l’entremise… d’une machine à laver !!! Dès lors, les lapinous débarquent dans l’univers du célèbre plombier moustachu, mettant sens dessus-dessous le Royaume Champignon. Et voilà comment une longue séquence d’introduction (comptez 6 à 7 bonnes minutes) nous résume ce cross-over aussi improbable qu’attendu.

Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle - Nintendo Switch

La chose qui surprend (agréablement) dès les premières déambulations au sein de l’univers du jeu, c’est son incroyable richesse visuelle. Conçu à l’aide de Snowdrop, moteur développé par Massive Entertainment (studio passé sous l’égide d’Ubisoft en 2008) pour les besoins de Tom Clancy’s The Division (2016), Mario + The Lapins Crétins ne déroule pas tant sous nos yeux ébahis l’univers cartoonesque chamarré de Mario qu’un impressionnant travail de design jusque dans les moindres pixels. Il faudra ainsi prendre le temps de s’attarder sur la foultitude de petits détails visuels (de la faune et de la flore) qui viennent se nicher au sein du décor. Un boulot qui s’appréciera d’autant plus qu’il est possible de pivoter à 360° autour de votre équipe. À cet impressionnant travail graphique s’ajoute des partitions signées par le compositeur britannique Grant Kirkhope aussi enjouées que référentielles de l’univers Mario. Et si le personnage de premier plan, affiché comme tel dans le titre et sur la jaquette, est indubitablement le célèbre plombier moustachu, ce n’en sont pas moins les lapins facétieux qui assurent le show. Sages et obéissants lors des phases de gameplay, ces derniers ne perdent en effet jamais une occasion pour foutre le dawa à la moindre cinématique. À condition de ne pas être réfractaire à leur humour « sales gosses » qui fait le bonheur des niards de tous bords, ces lapins-là parviendront toujours à trouver LA connerie pour nous faire marrer, avec une mention spéciale à Lapin Peach, véritable prima donna reine du selfie en toutes occasions qui volerait presque la vedette à la véritable princesse Peach. Ainsi la cinématique qui clôt le premier monde, référence pleinement assumée à un certain King Kong, est à pleurer de rires (et accessoirement aura valu à l’auteur de ces lignes des regards suspicieux dans les transports alors qu’il se tordait de rires).

Toutefois, il ne serait nullement question d’usurper le trône du seigneur Mario. Et pour aussi délurés soient-ils, difficile de ne pas déceler comme une certaine retenue dans les blagues potaches et graveleuses des Lapins Crétins. Il suffira en effet d’aller jeter un œil sur leurs précédentes facéties vidéoludiques ou bien quelques épisodes de la série éponyme lancée en 2013 pour constater une différence dans l’art satirique. Mario + The Lapins Crétins met ainsi le doigt sur le principe même du crossover : celui qui consiste à ne froisser aucun inconditionnel des deux univers. Et à ce petit jeu-là, le plombier semble en partie avoir dicté ses règles comme le souligne Xavier Manzanares, producteur de Mario + The Lapins Crétins, qui précise avoir passé jusqu’à six heures par semaine en visioconférence avec Nintendo au cours des trois années de développement afin que ces derniers « valident absolument tout, le moindre mouvement de Mario, le moindre geste, la direction de son regard dans une cinématique, les dialogues dans chaque langue ». De là à dire que l’omnipotence des instances nippones aura quelque peu assagit les déliriums des lapins…

Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle - Nintendo Switch

Mario + The Lapins Crétins : XCOM pour les gosses ?

L’association des deux n’en demeure pas moins une belle réussite dans l’art de combiner deux jeux en un. D’un côté se trouvent les phases exploratoires. Soit un joli petit parcours fléché (au sens littéral du terme) qui consistera la plupart du temps à collecter des piécettes (indispensables pour améliorer son équipement), différents artefacts visibles ensuite au sein du musée ou encore à résoudre des mini-puzzles. Non content de nous convier à une promenade dans ce qui s’apparente bien vite à un gigantesque décorum à l’effigie des deux mascottes, ce premier pan du gameplay regorge également d’une myriade de choses à découvrir et de secrets à débloquer. De quoi donner un avant-goût du futur parc à thème qu’Ubisoft ouvrira à Kuala Lumpur en Malaisie à l’horizon 2020.

L’autre pendant de Mario + The Lapins Crétins consiste en des affrontements à base de stratégie au tour par tour qui, sur le papier tout du moins, semblaient lorgner ouvertement du côté d’un certain XCOM et de sa suite, le remarquable XCOM 2 sorti début 2016 (sur PC). Même système de couverture (partielle ou totale), de contournement des ennemis, d’avantage en cas de position surélevée, de tirs de vigilance et tutti quanti, le tout comprenant toutefois quelques simplifications. Tel le pourcentage de réussite d’un tir, calculé avec précision dans le cas d’XCOM et remplacé ici par trois paliers : 0, 50 ou 100% selon le degré de couverture de l’ennemi visé. Soit le genre de simplification qui laissait craindre un XCOM au rabais. Si les premières confrontations se révèlent en effet assez faciles (d’autant que le jeu ne propose aucun réglage de la difficulté… ou presque, on y revient juste après), Mario + The Lapins Crétins se distingue assez rapidement du titre de Firaxis Games pour proposer un gameplay aussi velu que jouissif. Sitôt franchies ces premières arènes « d’entraînement », le joueur se verra en effet doté de nouvelles compétences (via un « arbre » dédié), de nouveaux persos (Luigi en guise de « sniper), de nouvelles armes (moyennant finance via les fameuses pièces collectées en amont) disposant de capacités spécifiques : le miel pour engluer ses adversaires, les rebonds pour les renvoyer à leur position précédente, etc.

Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle - Nintendo Switch

C’est alors que s’ouvre un éventail des possibilités bien plus large en termes de préparation stratégique pour chaque enchaînement d’actions : se faufiler par une canalisation à proximité (voire même deux canalisations l’une après l’autre) pour aller tacler un adversaire situé à l’autre bout de la carte avant d’enchaîner avec un bond dans les airs avec l’aide de l’un de ses équipiers situé à proximité pour mieux atterrir sur la tête d’un deuxième ennemi et rebondir derrière un abri. Tout ceci laissant ensuite le champ libre pour décocher un tir avec son arme principale (ou secondaire) avant de conclure par un overwatch. Lors de l’exécution, ledit enchaînement sera matérialisé par une succession d’animations là encore des plus réussies où les bullet-time sanglants d’un XCOM 2 laissent ici la place à des effets cartoonesques tout aussi élégants et bien souvent à mourir de rires une fois encore. Il sera en effet bien difficile de ne pas esquisser un sourire en voyant un adversaire projeté dans les airs ou bien détaler tel un lapin (sans jeu de mots) avec le feu aux fesses (au sens propre).

Si tous ces upgrades viendront enrichir fort à propos le gameplay de Mario + The Lapins Crétins, on restera en revanche plus circonspects sur un ou deux points. D’une part l’obligation d’embarquer systématiquement Mario comme leader du groupe ainsi qu’au moins un lapinou (toucherait-on là encore un des engagements contractuels entre Ubisoft et Nintendo ?), le tout pouvant parfois mener à des situations délicates avec Mario dont le niveau de vie tend dangereusement vers zéro. À tout le moins un titre comme XCOM 2 propose-t-il au joueur de laisser ses vaillants soldats gravement blessés reprendre des forces au Q.G. pendant que d’autres troufions frais et dispos embarquent pour la bataille suivante. De cette obligation découle sans doute (en partie tout du moins) la possibilité de basculer à tout moment du combat en mode facile (ce qui aura alors pour effet de regonfler les jauges de vos personnages). Un changement à la volée loin d’être infamant tant certaines phases risqueront bien de désarçonner les joueurs les plus chevronnés de par leur difficulté en décalage totale avec le reste du jeu. Comme si tout à coup Marion + The Lapins Crétins basculait du mode « débutant » à « légendaire » de XCOM 2 (niveau de difficulté oh combien implacable dans le jeu de Firaxis, croyez-moi sur parole !).

Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle - Nintendo Switch

Enfin, le dernier reproche concerne cette fois un personnage à part entière, à savoir Beep-0, sorte de robot aspirateur qui vous sert de guide tout au long de l’aventure. Car c’est en réalité lui que le joueur contrôle, les autres personnages de l’équipe se contentant de le suivre à la queue leu-leu. De par sa petite taille, le Beep-0 en question se révèle d’une part difficilement visible (surtout si vous jouez en mode « nomade » avec la Switch) et d’autre part a tendance à complexifier la maniabilité lors des phases exploratoires. Il ne sera ainsi pas rare de passer à côté de pièces à collecter (entraînant alors la perte de précieuses secondes lors des épreuves chronométrées) ou de se retrouver coincé dans un recoin du décor. Ce Beep-0 a toutefois la bonne idée de ne pas interférer lors des phases de combat.

En dépit de quelques réserves çà et là, Ubisoft a donc réussi son pari de marier l’une des figures vidéoludiques les plus emblématiques avec sa propre mascotte maison. Et si chaque phase de jeu, exploration ou combat, excède rarement les 15/20 minutes de jeu, Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle se révèlera bien vite aussi réjouissant que hautement addictif.

Les plus :
  • Un mariage réussi de deux univers vidéoludiques
  • Visuellement foisonnant
  • Des animations très réussies et souvent bien tordantes
  • Une myriade de choses à explorer
  • Des combats stratégiques et dynamiques
  • L’humour omniprésent des lapinus crétinus…
Les moins :
  • … bien que partiellement assagi
  • Une difficulté hiératique
  • Beep-0 plus gênant qu’utile
  • Certaines obligations (contractuelles ?)

Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle - Nintendo Switch (Packshot)Note : Mario Crétin + Lapin Peach = Mariage magique

  • Testé sur Nintendo Switch à partir d’une version commerciale (version 1.1.384237 : oui, on sait, ce chiffre est très long mais c’est le bon numéro de version !)
  • Sortie le 29 août 2017 sur Nintendo Switch
  • Trailer de lancement
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