La Verte moisson - Blu-ray Gaumont Découverte

Collection Blu-ray Gaumont Découverte – Vague n°10 (Octobre 2015)

La dixième et avant-dernière vague Blu-ray Gaumont Découverte de l’année sera à réserver avant tout aux amoureux du beau et grand cinéma en noir et blanc puisque trois des cinq films proposés sont en effet dépourvus de couleurs. Ce qui ne les empêchent aucunement de nous ravir aujourd’hui encore les mirettes, parfois même soixante-dix ans après leur sortie initiale dans les salles.

Car l’éditeur à la marguerite est allé piocher très loin en arrière dans son gigantesque catalogue de patrimoine pour exhumer ce qui constitue, à date, le film le plus ancien à paraître en HD, à tout le moins au sein de sa collection Blu-ray Gaumont Découverte qui, mine de rien, comporte déjà plus de soixante titres depuis son inauguration en juin 2014.

Et la palme de l’ancienneté revient à… La Cage aux rossignols (1945). Si la sortie en salles remonte au lendemain de la fin de la Seconde Guerre Mondiale (et plus précisément le 6 septembre 1945), le tournage quant à lui avait débuté en… mars 1944 avant d’être interrompu en juin de la même année pour cause de D-Day puis de reprendre ensuite en septembre. Il faudra néanmoins patienter près d’un an avant que le film ne débarque dans les salles obscures. Et si la mémoire de Roger Krebs (qui interprète le rôle du jeune Laugier) fait des merveilles, aussi bien dans l’interview que sur l’excellent et très chaleureux commentaire audio où il nous fait partager de nombreux souvenirs et anecdotes de tournage, il peine néanmoins à se remémorer la raison d’une telle attente. Soit deux suppléments repris du DVD qui prennent désormais une nouvelle valeur patrimoniale puisque ce même Roger Krebs, qui prit rapidement ses distances avec le Septième Art, un peu dépassé face à la célébrité soudaine que lui valut le succès fulgurant du film (5 millions d’entrées), s’est éteint en août 2014. Quant à Christophe Barratier qui joue les hôtes attentionnés en posant moult questions à Krebs, il préfère dire de La Cage aux rossignols qu’il constitua une « source d’inspiration » pour ses Choristes soixante ans plus tard (8 millions d’entrées en 2004). Certes, les vingt premières minutes du film sont assez différentes puisqu’elles s’attardent davantage sur le « présent » là où le film de Barratier nous plonge quasi-immédiatement dans le « passé », mais sitôt les portes du pensionnat franchies, la similitude des personnages et des situations entre les deux versions ne sont que  trop évidentes pour ne pas employer le terme de « remake ». À l’heure des (trop) nombreuses réformes scolaires et autres interrogations sur le niveau de l’enseignement et le rôle de l’éducation nationale, il peut s’avérer salvateur de (re)voir un film aussi chaleureux, drôle et émouvant que La Cage aux rossignols, avant ou après avoir vu Les Choristes.

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La Cage aux rossignols - Blu-ray Gaumont Découverte

Beaucoup moins drôle mais ô combien bouleversant et magistral est La Verte moisson (1959) qui traite quant à lui de la France occupée. Ou plus spécifiquement de la résistance face à l’occupant nazi. Dix-huit ans à l’époque, Jacques Perrin, qui jouait là dans son deuxième film, évoque d’ailleurs magnifiquement les innombrables métaphores d’un « film relatant une période mémorable dont il faut se souvenir », déclarant ainsi que « la qualité de l’homme peut apparaitre lorsqu’il est mis à l’épreuve » ou encore que « même dans les périodes difficiles, on peut s’en sortir en se prenant la main » (vl’à les poncifs enfilés comme des perles / NDSG). Inspiré de faits réels (comme il nous est rappelé en ouverture), La Verte moisson remporta un très joli succès à l’époque (2 millions d’entrées). Un score amplement mérité tant le film glisse progressivement de l’insouciance adolescente vers la noirceur à l’issue inévitable avec une sobriété et une simplicité qui décuple son devoir de mémoire si justement mis en avant par Jacques Perrin, entouré d’artistes débutants tout comme lui mais appelés à devenir autrement plus connus : Dany Saval, Jacques Higelin ou encore Claude Brasseur. Ce même Claude Brasseur qui, en voix off, referme un film poignant et à (re)découvrir de toute urgence sur cette lettre adressée à ses parents : « Je meurs pour avoir fait quelque chose d’utile, moi qui me fichait de tout. Il fallait que nous mourrions pour que d’autres puissent vivre heureux ».

La Verte moisson - Blu-ray Gaumont Découverte

Après une bonne dose de noirceur, place à la légèreté avec Bébert et l’omnibus (1963) et dans le rôle-titre un certain Martin Lartigue. Son nom ne vous dit rien ? Et si l’on vous dit : Petit Gibus ? Vous nous répondez : La Guerre des boutons (1961) bien sûr ! Réalisé par le même Yves Robert, Bébert et l’omnibus surfe d’ailleurs très clairement sur le triomphe de ces affrontements en culottes courtes (10 millions d’entrées) et le capital sympathie suscité auprès du grand public par la jolie frimousse de celui dont la mythique réplique fait désormais partie du paysage populaire : « Oh ben mon vieux, si j’aurais su j’aurais po v’nu » ! À tel point que même la bande-annonce d’époque, proposée en guise de supplément, s’ouvre sur la réplique en question tandis qu’une large part de l’interview du comédien revient sur des souvenirs de tournage de La Guerre des boutons et non de Bébert et l’omnibus. Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a rien à retenir de ce nouveau film qui repose, en grande partie, sur le joli minois de Petit Gibus ? Point du tout. Certes, le résultat est loin d’être aussi mémorable que l’affrontement entre les Longeverne et les Velrans mais les innombrables péripéties ferroviaires traversées par le petit bonhomme nous valent néanmoins de bons moments et nous permettent par la même occasion de reconnaître une bien jolie brochette de comédiens adultes : Jean Richard, Pierre Mondy, Michel Serrault, Jean Lefebvre, Grosso et Modo ou encore Pierre Tornade (le temps d’une seule scène au tout début).

Bébert et l'omnibus - Blu-ray Gaumont Découverte

Autre film réunissant une pléiade de faciès bien connus du grand public, Fleur d’oseille (1967) rassemble des comédiens tels que Anouk Ferjac, Maurice Biraud, Henri Garcin ou encore André Pousse autour de Mireille Darc qui, on peut le dire, était véritablement une habituée des longs-métrages de George Lautner sur la période de la fin des années 60 / début des années 70. Pour autant, Fleur d’oseille ne remporta pas, loin de là, le même succès que les autres films du réalisateur avec seulement 700 000 entrées alors qu’il s’agit peu ou prou, de l’aveu même de Lautner, de la même histoire que Laisse aller… c’est une valse (1971) qui engrangea quant à lui le double d’entrées. Le public s’est-il lassé de voir débarquer la même année (1967) deux longs-métrages de George Lautner avec Mireille Darc en tête d’affiche : La Grande sauterelle en janvier (1 millions d’entrées) et Fleur d’oseille en septembre ? Après un démarrage « pouponnière », Fleur d’oseille se transforme assez vite en une relecture comique, Lautner / Audiard oblige, de Fort Alamo aussi plaisante que drôle, à l’image du toujours aussi jovial Paul Préboist et en dépit du fait que Georges Lautner tique un peu sur le final, au même titre que sur celui de Laisse aller… c’est une valse où les voleurs ne peuvent demeurer libres car « c’était contre la politique honnête de la maison Gaumont ».

Fleur d'oseille - Blu-ray Gaumont Découverte

De politique il en est également question de prime abord dans L’État sauvage (1978) avec l’histoire dans les années 60 d’un état africain, colonie française, en pleine crise indépendantiste. Mais rapidement, ce sont les pendants sociaux qui prennent le pas avec pour thématique principale le racisme. Mais comme le précise le réalisateur Francis Girod à qui échue in fine l’adaptation de ce roman signé Georges Conchon, prix Goncourt 1964 après que Clouzot ou encore Gavras se soient penchés dessus, le film traite toutes les formes de racisme : blanc-noir, noir-blanc, noir-noir, etc. Une précision qui a le mérite de recadrer la définition même d’un terme bien souvent réduit à une haine « blanc vs personnes de couleurs ». Michel Piccoli, qui possède également une casquette de producteur sur le film, évoque toutefois un projet difficile à financer, précisément en raison de son thème principal, ainsi que de la présence d’un couple mixte à l’écran. De son côté, Régis Wargnier nous indique qu’aucun pays africain, continent alors en plein mouvement indépendantiste, n’accepta d’accueillir le tournage (qui aura finalement lieu à la Guadeloupe) tandis que Claude Brasseur ne voyait aucun inconvénient à interpréter un personnage antipathique, et en l’occurrence raciste, dès lors que le film n’en fait pas l’apologie. Et si, comme le précise Erik Orsenna dans la préface, L’État sauvage cogne contre tous les clichés (« Ce n’est pas parce qu’on est blanc qu’on est raciste et ce n’est pas parce qu’on est noir qu’on n’est pas raciste ») et que la démonstration est pertinente sur le fond (et su trouver son public à l’époque avec un million d’entrées), sur la forme en revanche, le résultat pourra rapidement s’avérer un brin laborieux. À l’image de Jacques Dutronc et de son franc-parler usuel qui se remémore un vrai calvaire sur le tournage pour cause de climat humide mais en phase avec le rôle qu’il interprète.

L'État sauvage - Blu-ray Gaumont Découverte

En revanche, point de calvaire à l’horizon pour les futurs acquéreurs des films de cette dixième vague Blu-ray Gaumont Découverte qui fait montre, une nouvelle fois, de qualités techniques intrinsèques tout à fait satisfaisantes. Toutes les copies ont une nouvelle fois été restaurées avec le plus grand soin et le résultat à l’écran est en tout point appréciable, même si, dans le cas de La Cage aux rossignols, le rendu un peu moins abouti de certaines scènes serait plutôt imputable au matériel de prises de vue de l’époque. Les contrastes, notamment sur les trois films en noir et blanc, sont suffisamment bien marquées pour que l’ensemble soit lisible jusque dans les nombreuses scènes en basse luminosité (une grande partie de l’action de Bébert et l’omnibus se déroule de nuit tandis que plusieurs scènes de La Verte moisson prennent place en des lieux faiblement éclairés). Même constat de limpidité usuel en matière de son avec comme toujours une seule et unique piste DTS-HD Master Audio 2.0 mono pour tous les films, dépourvue de toutes aspérités inhérentes aux outrages du temps (souffle, craquement, distorsion, etc.). Bref, que du tout bon sur le plan technique. Côté suppléments, on retrouve les usual suspects, à savoir des présentations confectionnées tout spécialement pour les besoins de la sortie Blu-ray dans le cas de La Verte moisson et Bébert et l’omnibus tandis que les trois autres titres reprennent les bonus déjà existants en DVD. Rendez-vous fin novembre pour la onzième vague Blu-ray Gaumont Découverte et accessoirement la dernière de l’année 2015.

Collection Blu-ray Gaumont Découverte – Vague n°10

Éditeur : Gaumont Vidéo
Date de sortie : 28 octobre 2015

La Cage aux rossignols (1945)
Spécifications techniques :
– Image : 1.33:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 31min 36s

Bonus (en SD) :
– Commentaire audio de Christophe Barratier et Roger Krebs
– Qui est Laugier ? (28min 26s)

Captures Blu-ray – La Cage aux rossignols

La Cage aux rossignols - Packshot Blu-ray Gaumont Découverte

La Verte moisson (1959)
Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 37min 26s

Bonus (en HD) :
– Entretien avec Jacques Perrin (10min 37s)

Captures Blu-ray – La Verte moisson

La Verte moisson - Packshot Blu-ray Gaumont Découverte

Bébert et l’omnibus (1963)
Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 35min 02s

Bonus (en HD) :
– Entretien avec Martin Lartigue (11min 30s)
– Bande-annonce (2min 55s)

Captures Blu-ray – Bébert et l’omnibus

Bébert et l'omnibus - Packshot Blu-ray Gaumont Découverte

Fleur d’oseille (1967)
Spécifications techniques :
– Image : 2.35:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 49min 55s

Bonus (en HD) :
– Présentation du film par Georges Lautner (9min 11s, SD)
– Bande-annonce (3min 19s)

Captures Blu-ray – Fleur d’oseille

Fleur d'oseille - Packshot Blu-ray Gaumont Découverte

L’État sauvage (1978)
Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 52min 03s

Bonus (en SD) :
– Préface de Erik Orsenna (7min 55s)
– Entretiens avec : Francis Girod (9min 18s), Georges Conchon (3min 07s), Jacques Dutronc (11min 49s), Claude Brasseur (8min 01s), Marie-Christine Barrault (11min 03s), Umban Ukset (4min 01s), Michel Piccoli (4min 52s), Régis Wargnier (12min 25s)
– Scènes commentées par Francis Girod (19min 02s)
– La légende de Doura Mané (9min 22s)

Captures Blu-ray – L’État sauvage

L'État sauvage - Packshot Blu-ray Gaumont Découverte

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