Le Plus sauvage d'entre tous - Image Une

La reco couch potato du week-end : Hud

Profil 1 : Vous n’avez pas envie de bouger. Vous êtes là, assis sur votre canapé à vous demander quoi regarder à la télé. Vous disposez de 150 chaînes dont une vingtaine dédiée au cinéma. Vous zappez. Mais que choisir ?

Profil 2 : Vous êtes toujours aussi flémard. Vous disposez d’une connexion fibre ou ADSL +, vous êtes abonné à une ou plusieurs plateformes VOD légales ou vous avez l’habitude de passer votre temps sur des sites pas trop halal à télécharger comme un porc… Bref l’un dans l’autre le choix est pléthorique et vous ne savez quoi choisir.

Profil 3 : Le canapé est toujours autant votre ami. Vous avez une collection de Blu-ray / DVD qui gonfle votre compagne ou compagnon tellement il y en a partout. Vous aimez posséder mais devant de tels gratte-ciels de boîtiers il vous faut la soirée pour prendre une décision et le temps de revenir, votre moitié s’est bien entendu endormi(e).

Bref, on est tous passé par là. Et ce rendez-vous pas forcément hebdo est là pour vous enlever cette terrible épine du pied qui se résume en une seule et unique question : on regarde quoi ce soir ?

Ô, on ne cherche pas à faire dans l’original mais on va essayer pour le coup de parler de films qui nous causent, qui nous ont marqués ou qui mériteraient d’être (re)vus sans pour autant chercher à faire dans de la cinéphilie de comptoir où le lever du coude est aussi important que de débiter des théories de cinéma fumeuses dans une langue devenue pâteuse.

L’idée est donc de vous conseiller un ou deux films à se mater seul ou en couple, entre potes ou en famille le temps d’un week-end ou plus si affinité. On va aussi essayer de vous guider quant à la meilleure façon de le (re)voir tant en DVD, en téléchargement légale ou illégale (on n’est pas sectaire à DC) ou s’il devait y avoir un passage en téloche. Vous pouvez aussi vous garder cette reco (pour recommandation, un terme de marketeux qui fait florès chez les distributeurs de films branchouilles de la capitale) pour vous la mettre derrière l’oreille et la fumer pour plus tard (oui, la chute n’est pas terrible mais on n’a pas trouvé mieux).

Ce week-end on vous propose de (re)découvrir

Le film

Hud Bannon aime la vie et tous les plaisirs qu’elle peut offrir. Il fait l’admiration du jeune Lonnie, le fils de son défunt frère, mais, très souvent, il se heurte à son propre père, Homer, un homme orgueilleux, maître du ranch. Découvrant qu’une épidémie de fièvre aphteuse menace le troupeau, Hud décide de le vendre au plus vite mais Homer, honnête et fidèle à ses principes moraux, s’y refuse…

On est en 1962 quand Le Plus sauvage d’entre tous (Hud en VO) sort sur les écrans. C’est une période charnière et déjà bouillonnante aux États-Unis. Les années 50 et ses idéaux d’après-guerre sont déjà loin mais Kennedy imprime encore une politique de tous les espoirs doublée d’une fermeté face au communisme qui culmine avec la crise des missiles de Cuba. Au cinéma, La Nouvelle vague française puis italienne n’a pas encore frappé Hollywood bien que l’hégémonie des Studios soit déjà déclinante. Pour autant, le western se fait déjà crépusculaire et ses protagonistes sont désabusés. Ce qui est le cas ici bien que l’histoire soit contemporaine. Les cowboys roulent en Cadillac et deux générations s’affrontent. Celle d’une Amérique représentée par le grand-père (Melvyn Douglas oscarisé) qui s’est bâtie sur des valeurs de travail et d’efforts aujourd’hui perdus mais de toute façon rongés de l’intérieur (la conquête de la Frontière, le génocide des indiens…) et l’autre, le fils joué par un Paul Newman à la beauté crapuleuse, contrite dans une modernité qu’elle veut embrasser mais qui finit par le plonger dans une solitude belliqueuse. Entre les deux, le personnage du jeune adulte interprété par Brandon de Wilde (le gosse dans Shane de Georges Steven, c’est lui) symbolise le futur d’un pays qui ne sait plus à quel saint se vouer mais qui trace crânement sa route avec pour horizon certain, la jungle inhospitalière du sud Vietnam.

Dans ce monde d’hommes, les femmes sont soit des catins (entendre par là des femmes mariées qui se donnent sans compter) ou la bonne que joue avec force et conviction une Patricia Neal dont la prestation sera, elle aussi, récompensée par un Oscar. En témoin privilégié d’une famille en pleine déliquescence, elle est le regard spectateur qui décennie après décennie n’en finit pas de réévaluer ce film signé Martin Ritt au rang de grand classique.

Le Plus sauvage d'entre tous - Affiche originale US

Le réalisateur

Martin Ritt justement ne fait pas partie du gotha des grands cinéastes d’Hollywood. Pour autant, il a à son actif quelques films majeurs dont ce Plus sauvage d’entre tous récompensé par trois Oscars. On signalera aussi L’Espion qui venait du froid (1965) avec un Richard Burton exceptionnel et dont on peut trouver quelques ramifications dans Le Pont des espions de Steven Spielberg. Plus tôt dans sa filmo il y a Cinq femmes marquées que Jeanne Moreau et Silvana Manganno (entre autres) rendent encore aujourd’hui inaltérable. C’est que Martin Ritt est d’abord un excellent directeur d’acteurs. Son intérêt pour la mise en scène viendra sur le tard. Surtout en fait ici où il est accompagné à la photo de James Wong Howe (le troisième Oscar, c’est pour lui) qui propose un Cinémascope en N&B de toute beauté. Les espaces sont écrasés par le soleil, le ciel est délavé et les ombres au sol sont tranchées. Et puis il y a la musique signée Elmer Bernstein à la fois peu présente mais qui donne à la mise en scène sa force interne et monolithe.

Martin Ritt mériterait en fait un intérêt accru ne serait-ce que pour d’autres films tel que Hombre, autre western avec une nouvelle fois Paul Newman qui restera son acteur fétiche et qui traite du génocide des indiens. Ou encore The Molly Maguire (Traître sur commande) avec un Sean Connery qui voulait casser son image jamesbondienne et qui aborde l’histoire vraie des Mollies, société secrète d’origine irlandaise qui à la fin du XIXème siècle en Pennsylvanie provoqua des attentats dans des mines de charbon en réaction aux conditions déplorables de travail des ouvriers. Il s’agit là de l’autre versant d’un homme qui ne supportait pas les injustices sociales et le fit savoir au point d’être d’ailleurs à un moment blacklisté du temps du Maccarthysme.

Le Plus sauvage d'entre tous

Comment le voir ?

Le film était ressorti en salles en 2013 mais dans une seule copie. Autant dire rien. Il n’existe sinon qu’un DVD édité par Paramount en 2006. C’est bien peu pour un film multi oscarisé d’autant que cette édition ne comporte aucun bonus et que le master y est quelque peu fatigué. Ceci dit, on peut le trouver sur les sites de e-commerce pour une somme dérisoire (moins de 5 euros). Pas de Blu-ray de prévu à l’horizon ni chez nous, ni ailleurs au demeurant. À la télé, TCM Cinéma l’a diffusé en HD Native en décembre 2015. Oui on sait on aurait dû vous en parler avant. Ce qui laisse tout de même espérer une sortie en Blu-ray car le master proposé était de bien meilleure qualité sans pour autant issu d’une restauration. Ne cherchez pas non plus du côté des plateformes VOD, c’est la dèche ou alors il faut nous dire où. Même son de cloche via le  téléchargement illégal où l’on trouvera certes la version DVD décrite plus haut (mais à quoi bon ?) et une version 720p qui traîne depuis des mois issue certainement d’une diff télé aux States. Mais ce sera en VOSTA et puis là aussi aucun intérêt en fait.

Solution de repli : Seuls sont les indomptés de David Miller avec Kirk Douglas. Le film traite grosso modo des mêmes thèmes, il est en scope N&B, il est sorti la même année et surtout est disponible dans un superbe DVD édité par Sidonis. Oui on sait, des fois, vaut mieux juste lire le dernier paragraphe ;o)

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