Strange Days - Ralph Fiennes

La reco couch potato du week-end : Strange Days

Profil 1 : Vous n’avez pas envie de bouger. Vous êtes là, assis sur votre canapé à faire votre couch potato. Vous vous demandez quoi regarder à la télé. Vous disposez de 150 chaînes dont une vingtaine dédiée au cinéma. Vous zappez. Mais que choisir ?

Profil 2 : Vous êtes toujours aussi flémard. Vous disposez d’une connexion fibre ou ADSL +, vous êtes abonné à une ou plusieurs plateformes VOD légales ou vous avez l’habitude de passer votre temps sur des sites pas trop halal à télécharger comme un porc… Bref l’un dans l’autre le choix est pléthorique et là encore vous ne savez quoi choisir.

Profil 3 : Le canapé est toujours autant votre ami. Vous avez une collection de Blu-ray / DVD qui gonfle votre compagne ou compagnon tellement il y en a partout. Vous aimez posséder mais devant de tels gratte-ciels de boîtiers il vous faut la soirée pour prendre une décision et le temps de revenir, votre moitié s’est bien entendu endormi(e).

Bref, on est tous passé par là. Et ce rendez-vous pas forcément hebdo est là pour vous enlever cette terrible épine du pied qui se résume en une seule et unique question : on regarde quoi ce soir ?

Ô, on ne cherche pas à faire dans l’original mais on va essayer pour le coup de parler de films qui nous causent, qui nous ont marqués ou qui mériteraient d’être (re)vus sans pour autant chercher à faire dans de la cinéphilie de comptoir où le lever du coude est aussi important que de débiter des théories de cinéma fumeuses dans une langue devenue pâteuse.

L’idée est donc de vous conseiller un ou deux films à se mater seul ou en couple, entre potes ou en famille le temps d’un week-end ou plus si affinité. On va aussi essayer de vous guider quant à la meilleure façon de le (re)voir tant en DVD, en téléchargement légale ou illégale (on n’est pas sectaire à DC) ou s’il devait y avoir un passage en téloche. Vous pouvez aussi vous garder cette reco (pour recommandation, un terme de marketeux qui fait florès chez les distributeurs de films branchouilles de la capitale) pour vous la mettre derrière l’oreille et la fumer pour plus tard (oui, la chute n’est pas terrible mais on n’a pas trouvé mieux).

Ce week-end on vous propose de (re)découvrir

Le film

Résumé Wiki : Los Angeles, quelques jours avant l’an 2000, Lenny Nero un flic déchu reconverti en dealer de clips prohibés, utilisant la technologie SQUID, capable d’enregistrer les flux du cortex cérébral et de les restituer à l’identique, reçoit un blackjack anonyme : l’assassinat en direct d’une de ses amies…

Pour les plus vieux d’entre nous, on se souvient que Strange Days déboulait sur les écrans français en début d’année 96. Ce qui mine de rien fait tout juste 20 ans. Il est intéressant du coup de revoir un film qui anticipait à sa façon le passage à l’an 2000. Pour ceux qui n’étaient pas nés ou qui étaient trop jeunes pour s’en souvenir, les années qui précédèrent ce « terrible basculement dans l’inconnu » furent l’objet de tous les fantasmes et de toutes les prédictions nostradamusiennes les plus folles. Mais le plus emblématique fut sans conteste ce que l’on a appelé le bug de l’an 2000 et la crainte que les ordinateurs du monde entier allait tomber en rade provoquant une catastrophe humaine sans précédent. C’est sur ce terreau fertile que Strange Days s’est engouffré en imaginant ce thriller futuriste sur fin de siècle foutraque. Une entreprise toutefois casse gueule qui n’a pas semblé convaincre grand monde à l’époque. Le film fut en effet un échec retentissant au box office mondial (160 664 entrées chez nous sur 180 copies) alors que son budget hors promo flirtait avec les 50M de dollars. Loin d’être une bagatelle en 1995.

Capture issue du Blu-ray cliquable pour visualisation au format HD natif 1920×1080

Strange DaysC’est la foule des grands soirs. Celle du passage à l’an 2000.

Visuellement parlant, Strange Days reste pourtant assez bluffant. On y trouve quelques idées de mise en scène qui vont faire leur chemin à commencer par l’intro filmée façon POV (pour point of view aka caméra subjective) en un plan séquence de plus de 4 minutes qui demeure à bien des égards aussi matricielle au cinéma que le « bullet time » introduit par Matrix trois ans plus tard. Les amateurs de films de boules comprendront. Il y a aussi une Angela Basset alors on fire qui  semblait vouloir reprendre le flambeau abandonné deux décennies plus tôt par Pam Grier. À l’inverse, on a toujours autant de mal avec le personnage qu’endosse Ralph Fiennes sans jamais l’apprivoiser. Du coup il en fait des caisses et est toujours over the top. Il y a là certainement un mauvais casting même si l’histoire justifie ce côté anti héros un peu dépassé par les événements. La suite de sa carrière démontrera que l’acteur a su devenir un vrai caméléon embrassant des rôles allant du bad guy dans la saga Harry Potter à celui de l’emblématique « M » dans les deux derniers James Bond en passant par une splendide prestation en diplomate veuf enquêtant au Kenya sur l’assassinat de sa femme (Rachel Weisz) dans The Constant Gardener, jusqu’à être présent à l’affiche du prochain film des frères Coen, Avé César. On rappellera aussi qu’avant Strange Days, Ralph Fiennes avait explosé aux yeux du monde avec sa prestation de fonctionnaire nazi du camp de concentration d’Auschwitz dans La Liste de Schindler de Steven Spielberg. Y a pire comme filmo.

À l’opposé, le film ne raconte pas grand chose, le scénario concocté par James Cameron sonne toujours aussi creux. Surtout si on le met en face du traitement visuel beaucoup plus inspiré. Une gageure d’ailleurs pour un film d’anticipation. Mais au final cela fait peu car Strange Days n’est ni un film culte, ni un film de chevet et encore moins un film que l’on a envie de revoir compulsivement. Pour autant, il aura tout de même marqué l’histoire de son medium et mérite d’être découvert à l’arrivée de chaque nouvelle génération de cinéphiles en herbe.

La réalisatrice

… N’est autre que Kathryn Bigelow qui fut pour la petite histoire épouse à la ville de James Cameron entre 1989 et 1991. Oui c’est peu mais cela ne les empêche donc pas de collaborer sur Strange Days. La carrière de Bigelow dans un Hollywood si masculin est somme toute exemplaire. Certes, sa filmo n’est pas pavée que de chefs-d’œuvre, mais on peut affirmer sans conteste qu’elle est aujourd’hui une artiste qui compte et qui s’est fait définitivement sa place au soleil. On rappellera en effet que c’est elle qui a commis Zero Dark Thirty et Démineurs, deux films qui ont marqués le cinéma mainstream récent de leur empreinte indélébile par les thématiques abordées et par le traitement apporté à des histoires d’une rare cohérence à ce niveau de production où le risque financier est réduit au minimum. C’est en effet la force de son cinéma. Arriver à se fondre dans le moule du moment tout en tirant avantageusement la couverture à soi pour en faire souvent un film plutôt personnel. C’était déjà le cas avec Point Break en 1991 dont le remake déboule d’ailleurs ce 3 février sur nos écrans. Preuve s’il en est que le film aura marqué son époque. Et puis il y a Near Dark, un putain de premier long qu’elle réalise en solo et qui encore aujourd’hui est sans conteste l’un des meilleurs films de vampire jamais réalisé. Un coup de maître devenu avec le temps cultissime. Vous me direz alors que l’on aurait dû commencer par là. Certes et c’est pour cela que l’on y reviendra.

Strange Days - William FichtnerTiens, mais ne serait-ce pas l’agent du FBI Alexander Mahone dans la série Prison Break ?

Comment le voir ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le seul Blu-ray existant pour ce film nous vient d’Allemagne où d’ailleurs ils en sont à la troisième édition depuis 2009. Il faut croire que chez nos amis affublés en toutes circonstances de shorts tyroliens, on apprécie la subtilité proche du Panzer solitaire en rase campagne que dégage les nombreuses scènes d’action du  film de Bigelow. Pour l’avoir zyeuté, on peut dire que la dernière édition parue en avril 2015 est une petite merveille technique avec une image issue d’un master restauré aux petits oignons et un souffle sonore à décorner un cocu multirécidiviste. Seule ombre au tableau, il va falloir maîtriser à mort la langue mother fucker ou réviser vos cours de schleu car la galette en question n’offre en effet que des pistes audio et des sous-titres en anglais et en allemand. Sinon, vous pouvez toujours vous rabattre sur la seule édition DVD française disponible encore à l’achat (à moins de 10 euros) qui date de 2001 mais attention, certifiée THX…

Strange Days - Cover Blu-ray allemand

Niveau dématérialisé il y a queue de chie, nada, walou, peau de zob. Par contre, sur le versant glissant où l’Hadopi aurait son mot à dire, on y trouve le film au format Remux d’un poids fort acceptable de 37.3 Go provenant certainement du Blu-ray allemand. Le tout accompagné de la VF et de sous-titres français. On dit ça, on dit rien mais on le dit quand même tant que Strange Days ne disposera pas d’un berceau digital légal en nos contrées digne de ce nom.

Une réflexion sur « La reco couch potato du week-end : Strange Days »

  1. ahhhh
    Merci!!
    Une éternité ( 20 ans max) que je n’avais pas vu ce film!
    Prochaine soirée Canap il y passe 🙂

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