Gone With the Wind - Image Une Oscars

Les Oscars en Blu-ray (1929 – 1945) : Les années rugissantes

La saison des Oscars est souvent l’occasion de s’écharper entre amis sur les oublis du Palmarès ou autour de paris quant aux futurs gagnants ou encore de veiller pour suivre les commentaires oiseux du grand échalas aux vannes grasses dont les connaissances en matière de cinéma se réduisent à la portion congrue quand Didier Allouche fait ce qu’il peut pour relever le niveau et ne pas toujours rire jaune. Tiens, on verrait bien d’ailleurs notre grand escogriffe se grimer en black comme au bon vieux temps du cinéma muet histoire d’en remettre une couche sur l’absence d’afro-américains dans la liste des nominés cette année. On applaudirait des coudes en tout cas.

Mais on s’égare car tel n’est pas notre propos ici. Quelque part on s’en fout un peu des Oscars (depuis quelques années d’ailleurs). Ben parce que l’on a passé l’âge de s’endormir comme une petite crotte sur son canapé, que l’on n’a plus de copains et que l’on préfèrera en cas d’insomnie se mater en Blu-ray un des récipiendaires de la statuette dans la catégorie meilleur film. L’occasion donc pour nous de lister ce qui existe dans le domaine en pointant le meilleur choix histoire de vous guider dans le cas où la soirée serait trop naze, que vos amis imaginaires dormiraient ou que l’autre derrière son micro serait trop bourré / jetlagué.

Ah et puis si vous voulez continuer l’aventure, il y a une deuxième partie à cet excellent dossier qui se nomme Les Oscars en Blu-ray (1946 – 1960) : L’âge d’or des Studios.

1929 : Wings (Les Ailes)
1930 : The Broadway Melody
1931 : All Quiet on the Western Front (À l’Ouest, rien de nouveau)
1932 : Cimarron (La Ruée vers l’Ouest)
1933 : Grand Hotel
1934 : Cavalcade
1935 : It Happened One Night (New York-Miami)
1936 : Mutiny on the Bounty (Les Révoltés du Bounty)
1937 : The Great Ziegfeld (Le Grand Ziegfeld)
1938 : The Life of Emile Zola (La La Vie d’Émile Zola)
1939 : You Can’t Take It With You (Vous ne l’emporterez pas avec vous)
1940 : Gone With the Wind (Autant en emporte le vent)
1941 : Rebecca
1942 : Qu’elle était verte ma vallée (How Green Was My Valley)
1943 : Madame Miniver (Mrs. Miniver)
1944 : Casablanca
1945 : La Route semée d’étoiles (Going My Way)

Wings (Les Ailes – 1927) de William A. Wellman – 2h20 (Paramount)

Oscar facts : Film muet américain sur le thème de la Première Guerre mondiale sorti en 1927. Produit par la Paramount Pictures, le film raconte la bataille de Saint-Mihiel où les troupes américaines ont été fortement engagées en septembre 1918. Il est le premier long-métrage à recevoir l’Oscar du meilleur film en 1929.

Carlotta l’a distribué en salles le 5 novembre 2014 dans la très belle copie restaurée qui a été utilisée pour les  Blu-ray édités par Paramount aux États-Unis et Eureka en Angleterre. Celui-ci a d’ailleurs notre préférence pour la qualité supérieure de son transfert même si chez Paramount on trouve des sous-titres français et qu’il est free zone. Inédit chez nous même en DVD. Quant au film, il demeure d’une étonnante modernité grâce à une mise en scène d’une rare liberté qu’il faudra par la suite, avec l’arrivée du parlant, bien des années pour en retrouver la teneur.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, on peut citer le très beau 7th Heaven (L’Heure suprême) de Frank Borzage qui est disponible dans un magnifique Blu-ray édité chez nous par Carlotta.

The Broadway Melody (1929) de Harry Beaumont – 1h50 (Metro-Goldwyn-Mayer)

Oscar facts : Également appelé Amours de danseuses, il s’agit du premier long métrage entièrement sonore. Le film a reçu l’Oscar du meilleur film lors de la 2e cérémonie des Oscars en avril 1930.

On sait que c’est son tournage très compliqué qui inspirera plus tard Chantons sous la pluie qui abordait magistralement les déboires techniques des premiers films parlants. Il est d’ailleurs marrant de remarquer comment The Broadway Melody s’améliore au niveau du son au fur et à mesure que le film avance. Patrice Brion, dans son magnifique bouquin sur Les Comédies musicales, précise que The Broadway Melody a été produit en réponse au Chanteur de jazz de la Warner qui, comme on le sait, est rentré dans l’histoire du cinéma comme étant le premier film parlant.

Il n’existe sinon qu’une vielle édition DVD en zone 1 (import US avec une piste VF et des sous-titres français) qui reste ceci dit tout à fait recommandable. Pas de Blu-ray à l’horizon de prévu. Pourtant, le film reste un témoignage vibrant d’une époque où le Code Hays n’était pas encore en vigueur. Il y souffle un vent de liberté mutine que la robe de chambre toute en transparence de l’actrice Anita Page symbolise à merveille.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, on peut citer  In Old Arizona, un western signé Raoul Walsh et Irving Cummings qui est disponible en Blu-ray chez la Fox aux États-Unis (region free mais uniquement en VOSTA). Raoul Walsh fut en effet remplacé par Irving Cummings car c’est lors de ce tournage qu’il perdit son œil à cause d’un accident de voiture où un lapin fracassa son pare-brise. C’est un western important dans l’histoire du genre car c’est son premier parlant et le premier film parlant tourné en extérieur (Cf Patrice Brion dans L’encyclopédie du western). Warner Baxter qui joue le rôle de Cisco Kid obtint l’Oscar du meilleur acteur ce qui donna lieu à d’autres films autour de son personnage.

All Quiet on the Western Front (À l’Ouest, rien de nouveau – 1930) de  Lewis Milestone – 2h11 (Universal)

À l'Ouest rien de nouveau - Recto Blu-ray FranceWiki facts et résumé : A remporté l’Oscar du meilleur film, ainsi que l’Oscar du meilleur réalisateur, devenant ainsi le premier film à empocher ces deux statuettes. Le film est adapté du roman éponyme d’Erich Maria Remarque publié en 1929. Il raconte comment tous les lycéens allemands d’une classe harangués par leur professeur fanatiquement patriotique s’enrôlent avant l’appel pour aller se battre au début de la Première guerre mondiale. Ils y découvriront une discipline absurde, la désorganisation du front, la perpétuelle sous-alimentation, l’attente insupportable sous les bombardements meurtriers, les combats cruels et les pertes énormes. Après trois ans dans cet enfer, le seul survivant revient dans sa ville pour constater que son professeur persévère dans sa vindicte nationaliste. Il essaie de prévenir les jeunes mais passant pour un défaitiste, il retourne au front qui est devenu sa seule raison d’être.

Film important s’il en est, À l’Ouest, rien de nouveau traverse les décennies et le siècle sans encombres. Film pacifiste au même titre que Les Croix de bois de Raymond Bernard (1932) ou Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957), il symbolise aussi l’entrée de plain-pied de l’art cinématographique dans l’ère du parlant avec une interprétation qui abandonne déjà significativement les codes souvent ostentatoires des films muets. Surtout, le film de Milestone reste poignant et d’une rare efficacité alors qu’il montre, fait inédit à l’époque, la guerre du côté allemand sans jamais les décrire comme des barbares bellicistes. Ce qui aura pour conséquence que le film sera interdit dans l’Allemagne de Weimar à l’initiative des Nazis déjà sur le pied de guerre et en Pologne qui le considérait comme bien trop pro-allemand (sic !).

Universal a édité en 2012 pour le monde entier un Blu-ray un peu frustrant au niveau des compléments (la qualité des infos distillées y est rarement au rendez-vous) mais qui techniquement bénéficie d’une image très joliment restaurée avec pistes VF et VOSTF.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, on peut citer The Love Parade (Parade d’amour) réalisé par le grand Ernest Lubitsch. Pour la petite histoire, il fut nommé six fois (un record pour l’époque) sans rien gagner in fine. Le film est visible au sein d’un coffret DVD dans la collection Eclipse (Series 8 – Lubitsch Musicals) édité par Criterion aux États-Unis. Ce qui implique uniquement une VO et des sous-titres anglais mais aussi un code zone qui vous obligera à vérifier que votre lecteur DVD soit bien dézonné.

Cimarron (La Ruée vers l’Ouest – 1931) de Wesley Ruggles – 2h11 (RKO Pictures)

Oscar facts : La Ruée vers l’Ouest qui a remporté l’Oscar du meilleur film en 1932 est le premier western à accomplir cet exploit et cela ne se reproduira plus avant Danse avec les loups en 1990. Il obtint aussi l’Oscar pour la meilleure direction artistique (Max Rée) ainsi que pour le meilleur scénario adapté (Howard Estabrook).

Le film signé Wesley Ruggles raconte sur 40 ans la vie d’un aventurier forcément intrépide qui va à sa manière symboliser l’âme de cette toute jeune nation que sont les États-Unis à la fin du XIXème siècle. Depuis le temps des pionniers jusqu’à celui du machinisme et du capitalisme. Mais il dessine aussi en creux le portrait d’une femme (son épouse interprétée par Irene Dunne qui fut nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice) qui doit gagner sa place au sein de cette société faite de bruits et de fureur. Le film a un peu vieilli du fait de son interprétation quelque peu théâtrale et a été l’objet d’un excellent remake signé Anthony Mann en 1960.

Pas de Blu-ray. Juste un DVD édité par Warner aux États-Unis (donc region free) en 2006 qui comporte une VF et des sous-titres français. La copie y est pour info plus que fatiguée. De par son importance dans l’histoire du cinéma, La Ruée vers l’Ouest mériterait une restauration digne de ce nom avec une édition Blu-ray dans la foulée.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, on peut citer The Front Page de Lewis Milestone. Si les autres adaptations de cette pièce à succès sont plus connues et plus abouties (La Dame du vendredi / His Girl Friday de Howard Hawks en 1940 et Spéciale Première / The Front Page de Billy Wilder en 1974), il n’en reste pas moins un film à découvrir ne serait-ce pour la dynamique de ses dialogues hilarants et le comique de ses situations jamais démenties. En plus il existe un excellent Blu-ray édité par Kino Lorber aux États-Unis (par contre uniquement en VO et sans aucun sous-titres même anglais).

Grand Hotel (1932) de Edmund Goulding – 1h52 (Metro-Goldwyn-Mayer)

Oscar facts : Grand Hotel est le seul gagnant de l’Oscar du meilleur film à être nominé uniquement dans cette seule catégorie.

C’est à l’origine un roman allemand écrit par Vicki Baum qui se transformera en pièce à succès à Berlin puis à Broadway en 1930. Le célèbre producteur Irving Thalberg pour la MGM décide alors d’une adaptation sur grand écran. C’est aujourd’hui un grand classique d’Hollywood où on y retrouve Greta Garbo, John Barrymore ou encore Joan Crawford. C’est aussi le précurseur du film chorale, un genre qui sera très prisé Outre-Atlantique, qui raconte les destins et les rencontres d’hommes et de femmes au sein de ce palace berlinois. On y note aussi une mise en scène faite de ruptures et de plans séquences qui restent à ce jour très modernes.

Warner a édité un Blu-ray d’excellente facture pour le monde entier. Irréprochable d’un point de vue technique (très belle restauration image), elle l’est tout autant sur le versant des compléments avec, entre autre, un excellent commentaire audio mené par un ancien archiviste de chez MGM et un historien du cinéma. Tous deux reviennent sur les coulisses passionnantes du tournage que l’on pourra si l’on est une feignasse retrouver par ailleurs en 12 minutes via un petit doc  fort synthétique et de surcroît sous-titré en français. Ce qui, pour rappel, n’est jamais le cas pour un commentaire audio chez Warner.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, aucun n’a eu encore les honneurs d’une sortie en Blu-ray. Et pourtant, on trouve dans la liste quelques pépites comme The Champ de King Vidor ou Shanghaï Express de Josef von Sternberg avec l’immense Marlene Dietrich.

Cavalcade (1933) de Frank Lloyd – 1h50 (Fox Film Corporation)

Oscar facts et résumé : Outre l’Oscar du meilleur film, Cavalcade remporta en 1934 la statuette dans les catégories meilleur réalisateur pour Frank Lloyd et meilleure direction artistique pour William Darling. Diana Wynyard fut nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice.  Cavalcade est une chronique qui retrace la vie des Maryott, une famille de la grande bourgeoisie londonienne, entre 1899 et 1933, caractérisée par une éducation stricte mais une certaine unité familiale, complétée par une fidélité des domestiques. La famille est témoin de grands évènements de son temps comme la guerre des Boers, le naufrage du Titanic, la mort de la reine Victoria et évidemment la Première Guerre mondiale.

En ce sens Cavalcade pourrait s’apparenter à une sorte de préquelle de la série Downton Abbey. On se souvient en effet que le premier épisode de la toute première saison se déroulait le jour où l’Angleterre se réveillait avec l’annonce du naufrage du Titanic. On y retrouve aussi cet aspect concernant les relations de classe entre maîtres et domestiques traitées ici assez frontalement pour l’époque.  Mais au-delà, ce film signé Frank Llyod n’aurait certainement pas traversé les décennies s’il n’avait été multi récompensé aux Oscars. La mise en scène est pataude, les dialogues sonnent creux et l’interprétation a bien du mal à faire oublier les origines théâtrales du film. Reste tout de même en tête les 15 dernières minutes assez glaçantes car annonçant avec beaucoup de lucidité les tragédies à venir. Cavalcade qui raconte finalement comment le monde est parti dans une fuite en avant incontrôlée,  se termine en effet l’année où le parti Nazi arrive au pouvoir en Allemagne.

Fox a édité en 2013 un Blu-ray qui reste circonvenu aux territoires US et canadien. De surcroît, le disque étant bloqué sur la Region A, il ne peut donc être lu que sur des platines dézonées. Deux contraintes qui une fois apprivoisées vous permettront de découvrir le film issu d’une restauration plutôt probante avec des sous-titres en français. Ce sera de toute façon les seules satisfactions car rayon suppléments on trouve un commentaire audio peu informatif et débité par un Richard Schickel au phrasé atone ainsi que des actualités d’époque d’une durée d’à peine une minute. À noter que cette édition comporte aussi un DVD. Après, c’est de toute façon la seule façon de découvrir le film aujourd’hui car il reste inédit sur tous supports vidéo chez nous.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là qui bénéficient d’une édition Blu-ray, on peut citer le suranné mais matriciel à la comédie musicale  42nd Street de Lloyd Bacon (import US chez Warner Archives, même pas un DVD chez nous) ou le magnifique A Farewell to Arms (L’Adieu aux armes) de Frank Borzage disponible en France uniquement en DVD chez WildSide et en Blu-ray aux States chez Kino Lorber (attention pas de ST même en anglais).

It Happened One Night (New York-Miami – 1934) de Frank Capra – 1h45 (Columbia Pictures)

Wiki facts : New York-Miami est, avec Vol au-dessus d’un nid de coucou de Miloš Forman et Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, la seule œuvre cinématographique à avoir reçu les cinq trophées les plus importants de la cérémonie : Meilleur film, meilleur scénario adapté, meilleur réalisateur pour Frank Capra, meilleur acteur pour Clark Gable et meilleure actrice pour Claudette Colbert.

Capra réalise ici une pure comédie. La dernière puisque par la suite elle sera souvent accompagnée d’une critique sociale sans concessions ou d’un message politique très orienté. New York-Miami ne juge pas. Le milieu des affaires qu’il décrit n’est pas soumis à la compromission et celui de la presse ne relaye aucune information sans vérifier ses sources (une utopie de nos jours). Capra laisse ici dérouler son histoire de couple improbable qui flirte tout le long avec l’adultère sans jamais se départir d’une belle énergie communicative contribuant certainement à en faire encore aujourd’hui cette référence dans le genre. Pour la petite histoire, Clark Gable qui était sous contrat à la MGM, fut envoyé quelques semaines à la Columbia, un Studio à l’époque bien moins prestigieux, en guise de punition pour avoir décliné de bien trop nombreux scripts. Il y tournera donc mais à contre-cœur ce New York Miami pour lequel il obtiendra son seul et unique Oscar.

Le film bénéficie d’un Blu-ray techniquement aboutit (master issu d’une restauration 4K) qui a été récemment édité chez nous (et dans pas mal de pays européens) par Sony Pictures. Même si le recto de la jaquette ne le précise pas, cette édition est pourvue de nombreux compléments tous repris du DVD sorti en 2001 ainsi que d’un livret pour une fois très informatif. On notera qu’aux États-Unis, Sony a laissé Criterion se charger d’éditer le film en Blu-ray. Un choix étonnant mais qui permet à ceux que le film passionne de découvrir d’autres suppléments que nous n’avons pas vu. Attention toutefois, qui dit Criterion, dit region A, un prix exorbitant, pas de STF et pas de sous-titres du tout sur les suppléments.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, on peut citer l’époustouflant Cléopâtre (Cleopatra) de Cecil B. DeMille qui dispose d’une toute aussi remarquable édition Blu-ray chez Eureka en Angleterre. Claudette Colbert (oui encore elle) y joue une Cléopâtre lascive à la limite de l’érotisme. Il faut dire Le code de censure Hays, dont le but était de mettre un terme aux nombreux scandales entachant l’image d’Hollywood en apportant notamment des restrictions sur la nudité et la violence au cinéma, venait tout juste d’être voté ; le réalisateur Cecil B. DeMille en a profité pour « pimenter » son film tant que cela lui était encore possible (sources Wiki).

Mutiny on the Bounty (Les Révoltés du Bounty – 1935) de Frank Lloyd – 2h12 (Metro-Goldwyn-Mayer)

Oscar facts : Les Révoltés du Bounty recueillit  huit nominations (réalisation, acteurs, scénario, montage, musique) pour ne remporter que la seule récompense de meilleur film.

Des trois films qui ont été réalisés sur le sujet, c’est sans aucun doute encore aujourd’hui la meilleure version. Il est porté par un duo d’acteurs incroyable d’où Charles Laughton, en féroce capitaine William Bligh, sort gagnant d’une courte tête. Marlon Brando donnera dans la version de 62 sa revanche au personnage du lieutenant Fletcher Christian en en faisant un homme à la folie obsessionnelle contenue et glaciale qui éclipse sans conteste la partition irréprochable d’un Trevor Howard au rendu tout autant psychopathe. Ces Révoltés du Bounty a par ailleurs pour lui un réalisateur chevronné qui a déjà un Oscar à son actif avec Cavalcade. Mais il a surtout à sa tête un producteur de génie en la personne de Irving Thalberg qui va d’ailleurs en profiter pour mettre le pied à l’étrier en tant que producteur associé sur ce film à un certain Albert Lewin qui réalisera plus tard le chef-d’œuvre absolu qu’est Le Portrait de Dorian Gray ou encore le non moins définitif Pandora.

Film d’aventure dans ce qui deviendra la grande tradition hollywoodienne, Les Révoltés du Bounty est aussi l’une des rares œuvres de cinéma qui donne à voir avec autant de véracité et d’acuité la vie à bord d’un navire à voile de la marine anglaise. Il faudra attendre Peter Weir et Master and Commander en 2003 pour retrouver un tel sens du détail au quotidien et une telle réussite dans ce domaine. Cette version des Révoltés du Bounty s’attache enfin à donner à son histoire le plus beau des écrins. Ainsi, le navire en lui-même fut bâti à l’identique selon les plans originels du Bounty fournit par l’Amirauté britannique. Un second, qui n’était pas prévu pour naviguer,  fut construit en cas de mauvais temps pour filmer les intérieurs (Sources : Le Cinéma d’Aventure par Patrick Brion).

Plus de 80 ans après, ce qu’il reste surtout de cette grosse production de l’époque (2M de dollars) est sa propension à ne jamais verser dans la caricature. La rudesse et la discipline de fer qu’imposent par exemple le personnage du Capitaine n’est que l’application, certes stricte, du règlement militaire en usage sur ce genre de bateaux. Ils sont souvent compensés par des traits de caractère qui trahissent une répugnance à les appliquer ou des doutes dans la façon de commander. Des subtilités au demeurant gommées dans la version de 62 et aux abonnés absents dans celle de 85 où Anthony Hopkins n’est plus que la caricature de Laughton justement.

À redécouvrir au sein d’un Blu-ray Digibook du plus bel effet édité en 2010 par Warner aux États-Unis qui propose une très belle image issue d’un master restauré tout en reprenant l’intégralité des bonus présents sur le DVD édité en son temps. Warner oblige, il n’y a pas de Region Code et peut-être donc lu par n’importe quel lecteur Blu-ray. Il serait donc inutile de s’en priver d’autant que sont présents une piste en VF ainsi que des sous-titres français et que de par chez nous, il faille de toute façon se contenter d’un DVD édité il y a maintenant 12 ans.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, un seul d’entre eux a eu aussi les honneurs d’une édition Blu-ray. Il s’agit de L’Extravagant Mr Ruggles (Ruggles of Red Gap) du grand Leo McCarey où Charles Laughton y tient là encore le premier rôle dans un film qui n’a pas pris une ride. Il est édité par le label Eureka en Angleterre qui semble excellemment noté par le site DVDBeaver. Attention si pas de problématique de zone ici, on y trouvera cependant que des sous-titres anglais. Il faudra cela dit s’en contenter car le DVD édité en 2008 chez nous par Bac films est indisponible sur tous les sites de e-commerce traditionnels et ne sera pas réédité (car n’étant plus détenteur des droits).

The Great Ziegfeld (Le Grand Ziegfeld – 1936) de Robert Z. Leonard – 3h05 (Metro-Goldwyn-Mayer)

Oscar facts : Le film fut nominé 7 fois et reçu trois Oscars : celui du meilleur film, celui de la meilleure actrice pour Luise Rainer et celui de la meilleure chorégraphie pour Seymour Felix.

En ce temps là, tous les grands Studios se battaient année après année pour monter la plus fastueuse des comédies musicales. Et à ce petit jeu Warner sortait souvent vainqueur jusqu’à ce que la MGM décide de retracer la vie tumultueuse du célèbre producteur américain Florenz Ziegfeld, qui a commencé sa carrière dans le cirque, et qui grâce à son génie de la publicité et sa technique de la scène a créé les shows les plus spectaculaires de Broadway. Trois oscars à la clé et un film dont le faste et le génie des chorégraphies restent d’une richesse inouïe. Et puis ce biopic, comme on l’appellerait aujourd’hui, n’en oublie pas de restituer cette vie riche et tumultueuse dans un contexte historique qui s’achèvera avec la Grande Dépression économique que Ziegfeld subit, comme beaucoup d’autres, de plein fouet. Essentiel pour qui aime le genre de la comédie musicale qu’Hollywood a créé et porté à son firmament.

Pas de Blu-ray malheureusement. Ni ici, ni nulle part ailleurs. On se demande quand même bien pourquoi. On ne peut alors que se rabattre pour l’instant sur un DVD que Warner avait édité en 2004. L’image y est certes fatiguée mais les numéros musicaux restent tellement extraordinaires que la magie opère encore et encore.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, aucun n’a eu jusqu’ici les honneurs d’une édition Blu-ray. Toutefois, on voudra mettre en avant le toujours aussi fringant et accessoirement classique Mr. Deeds Goes to Town (L’Extravagant Mr Deeds) de Frank Capra qui ne devrait pas tarder à sortir en Blu-ray chez Sony Pictures compte tenu de la politique éditoriale actuelle chez eux qui nous a permis de redécouvrir récemment en bleu du même réalisateur Mr. Smith Goes to Washington (Mr. Smith au Sénat – le 8 mars chez nous), You Can’t Take it With You (Vous ne l’emporterez pas avec vous – le 8 mars itou – Oscar du meilleur film en 1939) ou encore It Happened one night (New York – Miami / déjà dispo. On vous en parle d’ailleurs plus haut).

The Life of Emile Zola (La La Vie d’Émile Zola – 1937) de William Dieterle – 1h56 (Warner Bros.)

Oscar facts : La Vie d’Émile Zola est le premier film à recevoir 10 nominations et le deuxième biopic à être gratifié de l’Oscar du meilleur film avec celui du meilleur scénario (Heinz Herald, Geza Herczeg et Norman Reilly Raine) et celui du meilleur second rôle masculin pour Joseph Schildkraut qui interprétait le Capitaine Alfred Dreyfus. À noter que l’Académie remit cette année là un Oscar d’honneur à Walt Disney (en fait une statuette et sept autres taille mini) pour Blanche Neige et les sept nains afin surtout d’éteindre la polémique qui naquit du fait que ce premier film d’animation considéré par beaucoup comme un classique instantané, n’obtint à l’époque qu’une nomination dans la catégorie meilleure musique.

Après la comédie musicale, l’autre genre qu’Hollywood affectionnait à cette époque étaient les biographies. D’ailleurs, ce qui permit à William Dieterle de faire produire ce projet par la Warner fut le succès rencontré par La Vie de Louis Pasteur qu’il réalisa l’année précédente. Le titre est toutefois trompeur car La Vie d’Émile Zola se focalise en fait sur la fameuse Affaire Dreyfus qui défraya la chronique en France à la fin du XIXème siècle et pour laquelle Zola se fendit du célèbre article intitulé J’accuse qui lui valu par la suite d’être condamné à l’exil. Longtemps, le film de Dieterle, réalisateur américain d’origine allemande, fut considéré comme l’un des premiers à aborder et à critiquer l’antisémitisme ambiant qui régnait alors à Hollywood et par ricochet le régime Nazi dorénavant bien en place en Allemagne.

Mais cette approche a été récemment battue brèche par l’universitaire et historien Ben Urwand dans son livre Collaboration : le pacte d’Hollywood avec Hitler qui documents à l’appui montre qu’Hollywood ne voulait pas tant contrarier une Allemagne même nazifiée pour l’importance que représentait encore son parc de salles de cinéma. Il s’agissait à l’époque du marché le plus important hors de ses frontières. De fait, à revoir La Vie d’Émile Zola on pourra se rendre compte que l’Affaire Dreyfus est transformé en une simple erreur judiciaire. Le mot « juif » lui-même n’apparaît qu’une seule fois. Il n’est d’ailleurs jamais prononcé. Ben Urwand a d’ailleurs retrouvé un document où Jack Warner demande instamment à ce qu’il ne soit jamais prononcé au même titre que le terme antisémitisme. L’officier Dreyfus étant alors uniquement victime de la jalousie de ses supérieurs.

Une censure d’ordre économique donc qui devait permettre d’exporter coûte que coûte les films produits à Hollywood. Au-delà, les frères Warner, émigrés et juifs de confession (comme beaucoup d’autres à la tête des Studios qui adoptaient d’ailleurs la même ligne de conduite), ne voulaient pas faire de vagues et cherchaient avant tout à s’intégrer au sein d’une société américaine qui ne portaient pas leur Religion en odeur de sainteté. Ben Urwand révèle en outre que le régime Nazi possédait en la personne de Georg Gyssling, le consul auprès de l’Ambassade d’Allemagne à Los Angeles, un représentant qui était régulièrement consulté en amont pour s’assurer que tel ou tel film serait bien distribué en Allemagne.

Pour autant, et justement compte tenu de ces révélations, le film de Dieterle ne doit pas être déprécié. Au contraire, il démontre encore plus un courage exemplaire compte tenu du climat délétère de l’époque. Dieterle l’a de toute façon maintes fois démontré au sein de sa filmo militante (donc gauchiste) jusqu’à devenir un des parias d’Hollywood au temps du Maccarthysme. Faut-il rappeler au demeurant que La Vie d’Émile Zola fut censuré en France jusqu’en 1952. Une précision utile pour ceux qui penseraient que nous, français, sommes en position de juger.

Quoi qu’il en soit, il n’existe pas de Blu-ray pour ce film mais juste un DVD édité aux États-Unis en 2005 que nous n’avons pas vu. Il reste inédit en France.

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, seule la comédie musicale A Star is born signée  William A. Wellman a été éditée en Blu-ray chez Kino Lorber aux États-Unis (VOSTA et Region A). On précisera que le film est aussi disponible au sein d’un coffret intitulé The David O. Selznick Collection, du nom du fameux producteur qui permit entre autre qu’un film comme Autant en Emporte le vent, Oscar du meilleur film en 1940, ait pu voir le jour. Pour être complet, on précisera qu’au sein de ce coffret on trouve aussi La Joyeuse Suicidée (Nothing Sacred – 1937), L’Adieu aux armes (A Farewell to Arms 1932) qui fut nominé en 1934 dans la catégorie meilleur film), L’Oiseau de paradis (The Bird of Paradise – 1932) et Le Petit Lord Fauntleroy (Little Lord Fauntleroy 1936).

You Can’t Take It With You (Vous ne l’emporterez pas avec vous – 1938) de Frank Capra – 2h06 (Columbia Pictures)

Oscar facts : En plus de l’Oscar du meilleur film généralement attribué au producteur, Vous ne l’emporterez pas avec vous a vu aussi son réalisateur empocher la statuette. Ce qui pour Frank Capra  était la troisième fois en cinq ans. Une première. L’autre fait notable de cette 11ème cérémonie est la deuxième statuette d’affilée glanée par Spencer Tracy avec Des hommes sont nés (Boys Town). Il l’obtenait en effet déjà l’année précédente avec Capitaines courageux (Captains Courageous). Seul Tom Hanks en 1994 avec Philadelphia et en 1995 avec Forrest Gump fera aussi bien.

Avec Vous ne l’emporterez pas avec vous, Capra prolonge sa réflexion et reprend ses thèmes de prédilection qui irriguent toute sa filmographie. Il oppose une nouvelle fois l’argent et le pouvoir qui en découle à ceux qui n’ont rien ou presque mais dont l’existence est bien plus riche et jalonnée de valeurs oubliées par les nantis. C’était ce que rappelait la fable politique Mr. Smith au sénat qu’il réalisera dans la foulée, c’est ce que cette fable sociale réitère sur le ton de la screwball comedy aussi parfaitement aboutie, inventive, bourrée de vraies moments d’émotion et tout simplement très drôle. Finalement, le seul reproche que l’on peut faire à ce classique doublé d’un chef-d’œuvre jamais démenti dans le temps est justement l’universalité et l’atemporalité de ce qu’il dénonce. Rien n’a bougé depuis 1938, bien au contraire.

Le 8 décembre 2015 est sorti aux États-Unis le très attendu Blu-ray de Vous ne l’emporterez pas avec vous édité par Sony Pictures. Issue d’une restauration 4K, l’image est juste superbe portée par un encodage idéal (magnifique grain et étalonnage tout en contraste du N&B incroyable). Idem pour le son où l’on précisera que l’éditeur y a adjoint en plus de la VOSTF, une VF issue du doublage d’époque. Enfin, on y retrouve tous les excellents bonus présents sur le DVD édité en son temps.  C’est cette édition qui sera disponible le 8 mars 2016 en France (ou qui est disponible si vous lisez ces lignes après la sortie). Ce sera comme pour New York – Miami un digibook où nous aurons droit en plus de l’édition US, à un livret spécialement rédigé pour l’occasion. Que demande le peuple ?

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, c’est la première fois qu’un film en langue étrangère est nommé. Et ce n’est autre que La Grande illusion de Jean Renoir. Cet incontournable de notre patrimoine cinématographique s’est vu gratifié en 2012 d’une édition quasi définitive en Blu-ray chez Studio Canal. Inutile d’ailleurs de vouloir comparer avec les parutions aux États-Unis, Angleterre, Allemagne et Japon puisque c’est la même à chaque fois étant entendu que SC détient les droits monde. L’autre grand film de cette année là à bénéficier d’une édition Blu-ray qui n’a pas pris une ride puisque édité en 2008 n’est autre que Les Aventures de Robin des Bois réalisé par Michael Curtiz.

Gone With the Wind (Autant en emporte le vent – 1939) de Victor Fleming – 3h58 (Columbia Pictures)

Gone With the wind - Recto Coffret 70ème anniversaire Bllu-ray

Oscar facts : Autant en emporte le vent reçu 13 nominations et remporta 8 Oscars : meilleur film, meilleur réal, meilleur scénario adapté pour Sidney Howard (récompense posthume), meilleure actrice pour Vivien Leigh, meilleure actrice dans un second rôle pour Hattie McDaniel (premier oscar attribué à un acteur ou une actrice noire), meilleure photographie pour un film en couleur pour Ernest Haller et Ray Rennahan (Oscar scindé en deux catégories, couleur et noir et blanc, à partir de 1939 jusqu’en 1967), meilleur montage pour Hal C. Kern et James E. Newcom, meilleure direction artistique pour Lyle Wheeler. Autant en emporte le vent avait également été nommé dans les catégories Meilleur acteur pour Clark Gable, Meilleure musique de film, Meilleur son et Meilleurs effets spéciaux. Le film remporta également deux prix spéciaux : Récompense technique spéciale pour le décorateur William Cameron Menzies et récompense scientifique ou technique collective pour d’importantes contributions en faveur du développement de nouveaux matériels et procédés d’éclairage.

Est-il besoin d’apporter son obole sur ce monument du cinéma mondial ? Ceux qui ne l’ont pas encore découvert ratent forcément quelque chose et quelque part on les envie. Ceux qui l’ont vu ne peuvent que se prosterner devant ce spectacle grandiose qui a su mêler comme peu de films par la suite fresque hystérique, mélodrame turgescent (oui oui) et drame intime flamboyant. Avec Autant en emporte le vent, Hollywood rentre définitivement dans une autre dimension à la fois artistique et économique et ne sera plus jamais rejointe. Au moins sur le second versant même si la seconde guerre mondiale qui commence va toutefois lui fermer la quasi totalité des marchés extérieurs et freiner pour un temps cette inexorable expansion.

Côté Blu-ray, il y a l’embarras du choix tant ce titre fait partie chez Warner d’un fond de catalogue sans cesse réédité. Pour se faire plaisir, on pourra opter sur la dernière dite 75th Anniversary Collector’s Edition au packaging magnifique uniquement disponible sur le territoire US. En France nous n’avons en effet droit qu’à une sorte de coffret au look classique qui reprend toutefois l’intégralité des bonus. Mais quelque soit votre choix (édition simple, collector, prestige, France ou US), la partie technique reste la même avec une magnifique image restaurée au format respecté d’origine (en 1.33 donc) accompagnée entre autre d’une piste VF doublée d’une VOSTF.

1939 fut une année faste expliquant certainement la profusion de Blu-ray édités parmi les 10 autres nominés au titre de meilleur film. On commence par La Chevauchée fantastique (Stagecoach), le western matriciel signé John Ford disponible aux US chez Criterion dans une édition définitive (Region A en VOSTA uniquement). Il y a aussi Monsieur Smith au Sénat (Mr. Smith Goes to Washington) de Frank Capra qui récolta 11 nominations pour ne remporter que l’Oscar de la meilleure histoire originale. Sony l’a rendu disponible aux States en décembre 2014 dans un Blu-ray proposant une image issue d’une magnifique restauration 4K. C’est d’ailleurs celle-ci qui est éditée en mars de cette année chez nous. On trouve aussi Ninotchka d’Ernst Lubitsch et Victoire sur la nuit (Dark Victory) d’Edmund Goulding chez Warner (très belle image à chaque fois) mais disponibles uniquement aux États-Unis (Region free – VF et VOSTF). Et puis il y a l’autre monument de l’année avec Le Magicien d’Oz réalisé lui aussi par Victor Fleming (truc de dingue quand on y pense) qui bénéficie lui aussi d’une foultitude de Blu-ray avec comme pour Autant en emporte le vent, une édition 75ème anniversaire au packaging de toute beauté réservée uniquement au territoire nord américain.

Rebecca – 1940 d’Alfred Hitchcock – 2h10 (Selznick International Pictures)

Oscar facts : Rebecca reçu 11 nominations mais ne remporta que deux Oscars : Meilleur film et meilleure photo (en N&B puisque une autre catégorie existait pour les films tournées en couleur). David O. Selznick fut le premier producteur indépendant à remporter deux fois de suite l’Oscar du meilleur film (Autant en emporte le vent et Rebecca donc). C’est aussi la dernière fois qu’un film remportant l’Oscar du meilleur film ne glane pas celui du meilleur réalisateur ou du meilleur scénario alors qu’il a été nominé dans ces deux catégories. C’est enfin le seul Oscar jamais remporté par Alfred Hitchcock dans la catégorie meilleur film. Un comble.

C’est donc le producteur d’Autant en emporte le vent, David O. Selznick, qui fait venir Hitchcock à Hollywood. Sa renommée aux États-Unis y est en effet déjà forte surtout après le succès d’Une femme disparaît. Rebecca est une nouvelle adaptation d’un roman de Daphné du Maurier, la deuxième de suite après La Taverne de la Jamaïque qui restera le dernier long de fiction réalisé par le maître du suspens dans son pays natal (il y reviendra toutefois en 1943 pour réaliser des films de propagande). On y retrouve déjà son goût pour le baroque, cette photo en N&B inspirée de l’expressionnisme allemand (rappelons que Hitckcock travailla dans sa jeunesse aux studios de Babelsberg à Potsdam, près de Berlin) et cette propension à jouer sur les apparences afin de continuellement brouiller les pistes de la vraisemblance. Premier film américain, Rebecca est déjà un coup de (du) maître.

Rebecca bénéficie d’un Blu-ray édité aux États-Unis par Warner (Region Free). L’image y est somptueuse et on a droit à des bonus de qualité que l’on pourra compléter, si on est un collectionneur compulsif, par le DVD édité en son temps par Criterion. On précisera toutefois que le Blu-ray Warner ne propose ni VF, ni de sous-titres français. Chez nous, à part un DVD infâme sortit en 2007 chez un éditeur aujourd’hui disparu, il n’y a rien. Autant dire que le film reste inédit en France alors que nos voisins limitrophes européens sont tous très biens servis.

Un autre film signé Hitchcok fut nominé dans la catégorie meilleur film cette année là. Il s’agit de Correspondant 17 (Foreign Correspondent) qu’il réalisa dans la foulée de Rebecca et qui se positionnait déjà comme un vibrant plaidoyer pour l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne. Le film dispose d’une magnifique édition Blu-ray concoctée par Criterion aux États-Unis (Region A en VO avec des sous-titres anglais uniquement).

Parmi les autres nominés au titre de meilleur film cette année là, il y a Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath), qui est sans aucun doute supérieur à Rebecca, et le plus dispensable Les Hommes de la mer (The Long Voyage Home), tous deux signés John Ford qui obtint au passage la statuette dans la catégorie meilleur réalisateur avec le premier. Les deux films disposent d’éditions Blu-ray aux qualités bien différentes. Les Raisins de la colère est édité par la Fox en France. Il reprend l’intégralité des suppléments de l’édition ricaine plus un livret dispensable (une manie chez nous) et il propose surtout une image de toute beauté issue d’une restauration qui fit date en 2012. C’est à L’Atelier d’images, un éditeur indépendant français, que l’on doit le seul Blu-ray existant des Hommes de la mer. Constat suffisamment rare pour être souligné mais que l’on sera toutefois bien en peine d’en conseiller l’achat du fait d’une image encodée en 1080i issue d’un master assez fatigué et de suppléments pour le moins inintéressants. Que l’on aurait aimé écrire le contraire.

Enfin, on s’en voudrait de ne pas signaler Le Dictateur (The Great Dictator) de Charlie Chaplin. Le film n’est plus à présenter tant il fait partie de l’Histoire du cinéma. On voudra juste signaler qu’il dispose d’éditions Blu-ray dans beaucoup de pays tous proposant le même master restauré par MK2 qui détient les droits monde sur l’intégralité des longs-métrages de Chaplin. Toutefois, Criterion aux États-Unis propose la plus belle des éditions avec à la clé un nouveau travail en profondeur de l’image.

Qu’elle était verte ma vallée (How Green Was My Valley – 1941) de John Ford – 1h58 (Twentieth Century Fox)

Oscar facts : Avec Quelle était verte ma vallée (10 nominations / 5 Oscars), John Ford devient le deuxième réalisateur avec Capra à remporter trois statuettes au titre de meilleur réalisateur et le premier à accomplir l’exploit d’en glaner deux de suite. Avec Soupçons (Suspicion), Joan Fontaine est la seule actrice à remporter un Oscar dans un film signé Alfred Hitchcock. Enfin, La Vipère (The Little Foxes) de William Wyler est l’un des quatre seuls films dans l’histoire des Oscars (dont La Couleur Pourpre de Spielberg) à obtenir 11 nominations sans obtenir une seule statuette. 

Avec le recul, Quelle était verte ma vallée n’est certainement pas l’un des meilleurs films de John Ford. On pourra en effet lui en préférer une foultitude d’autres de son auteur qui n’ont même pas eu les honneurs d’être nominés aux Oscars d’autant que cette année là il y avait en face un certain Citizen Kane considéré depuis comme le meilleur film de tous les temps. S’il faut bien entendu toujours se méfier de ce genre de label, il reste indéniable que le film d’Orson Welles lui est supérieur dans bien des domaines, à commencer par l’inventivité continuelle de sa mise en scène procédant d’expériences visuelles et techniques devenues depuis lors le b-a ba de la grammaire cinématographique.

Il ne faut cependant pas enterrer ce Quelle était verte ma vallée qui est certainement ce que Ford a proposé de plus intime avec L’Homme tranquille. Des films sur ses racines irlandaises aux accents mélodramatiques et nostalgiques que l’on aime à (re)voir avec un paquet de mouchoirs à ses côtés.

Il existe deux éditions Blu-ray en France du film. Et c’est la Fox qui s’y est collée. C’est la première qui a nos faveurs du fait d’un packaging sous la forme d’un digibook + livret du plus bel effet. Au-delà, il s’agit des mêmes compléments un peu décevants et de la même très belle image restaurée que ce que l’on trouve au sein de l’édition ricaine.

Parmi les autres nominés au rang de meilleur film cette année là, il y a donc Citizen Kane qui s’est fait coffrer par Warner en Blu-ray aux States depuis 2011. Elle propose une image issue d’un master sublime restauré 4K. Elle est par contre plus décevante au niveau des bonus qui sous la pléthore de documents et goodies mis à dispo n’offrent in fine aucune analyse rétrospective ou même historique du film. C’est bien entendu celle-ci qui a été localisée en 2015 par Warner France.

Autre film définitif nominé dans la catégorie la plus prestigieuse est Le Faucon Maltais de John Huston qui lui aussi dispose d’un Blu-ray à l’image divinement restaurée. L’édition française proposée par là aussi Warner est stricto sensu la même que celle disponible aux States, jusqu’à l’absence de sous-titres français sur le commentaire audio. On y déplore aussi la disparition des deux versions précédentes du film que les DVD Collectors du début du siècle avaient incorporé avec bonheur.

Enfin, Hitchcock était une nouvelle fois nominé avec le maîtrisé, nerveux et toujours surprenant Soupçons (Suspicion) dont le Blu-ray est attendu en France pour le 20 février 2016 toujours chez Warner. Chose rare, nous serons le premier territoire à le proposer dans ce format alors qu’aux States, il n’y a toujours pas de date de sortie.

Madame Miniver (Mrs. Miniver – 1942) de William Wyler – 2h14 (Metro-Goldwyn-Mayer)

Oscar facts :  Madame Miniver fut nominé 11 fois et remporta 6 Oscars. Meilleur film, meilleur réalisateur pour William Wyler, meilleure actrice pour Greer Garson, meilleure actrice dans un second rôle pour Teresa Wright, meilleure photographie (noir & blanc) pour Joseph Ruttenberg, meilleur scénario adapté pour Arthur Wimperis, George Froeschel, James Hilton et Claudine West. Madame Miniver a valu le premier de ses trois Oscars à William Wyler qui sera nommé dix fois en tant que réalisateur et trois fois comme producteur. Un autre record est le discours de Greer Garson qui dura 6 minutes. L’Académie veille depuis à ce que cela ne se reproduise plus. Extrait ci-dessous.

La guerre est bien là et avec elle ses films exhortant à l’effort de guerre tout en exaltant héroïsme et patriotisme. Madame Miniver raconte comment le quotidien d’une famille bourgeoise anglaise est bouleversée par l’entrée en guerre de son pays contre l’Allemagne. Hollywood se lâche enfin sur le teuton et Mrs Miniver de symboliser la défense héroïque de la perfide Albion. Rappelons en effet que la production et le tournage du film débutèrent bien avant l’attaque de Pearl Harbor en décembre 41. Et que très clairement il s’agissait là de motiver les américains à filer leur bas de laine pour que leur gouvernement puisse ravitailler par mer l’Angleterre qui lutte toute seule face aux Nazis. Mais avec l’entrée en guerre des États-Unis acquise, certaines scènes furent réécrites dans le but de durcir encore la vindicte à l’encontre du dorénavant ennemi direct. Ce fut par exemple le cas avec la séquence du pilote allemand abattu qui se retrouve dans la cuisine de l’épouse Kay Miniver. Scène plusieurs fois réécrites pour se terminer par la diatribe ultra guerrière du pilote et la gifle assénée par madame Miniver.

Le film garde aujourd’hui des qualités indéniables entre un storytelling ingénieux pour toujours tenir le spectateur en haleine et des acteurs aux interprétations impeccables. Il reste aussi un témoignage passionnant de ce que pouvait être la machine de guerre hollywoodienne quand elle se met en branle. Churchill dira d’ailleurs du film que « Sa propagande vaut bien plusieurs cuirassés » et Roosevelt fit imprimer des tracts avec le fameux discours de fin du pasteur qu’il fera parachuter sur toute l’Europe occupée.

Il existe un excellent Blu-ray édité uniquement aux États-Unis paru en 2013. Excellent pour sa partie technique où l’on a droit à une très belle image issue sans aucun doute d’un master restauré. Les suppléments proposent entre autre deux petits films de propagande efficaces que l’on devait diffuser dans les salles en première partie de programme. Il y a aussi le génial Blitz Wolf du non moins génial Tex Avery. Tout cela est sous-titré français.

Parmi les autres nominés au rang de meilleur film cette année là, trois d’entre eux ont eu droit à des upgrades en Blu-ray. La Glorieuse Parade (Yankee Doodle Dandy) de Michael Curtiz (un biopic musical toujours aussi magique sur l’artiste George M. Cohan, connu pour avoir conquis en son temps Broadway) chez Warner Archive qui s’est fendu pour la peine d’une restauration image et son tout en reprenant l’intégralité des bonus du double DVD ricain que Warner avait édité en 2005. Attention toutefois, il n’y a qu’une VOSTA. Quant à la France, nous n’avons eu droit en 2006 qu’au premier disque du DVD sans les bonus donc. Alors pour le Blu-ray, on pourra se brosser apparemment.

La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons), le deuxième film d’Orson Welles déjà sous le joug de la censure qui ne le laissera dorénavant plus jamais en paix, semble bénéficier d’un Blu-ray japonais annoncé pour le 29 janvier 2016. Le Site DVDBeaver nous en dit plus ici. Ils sont assez circonspects et surtout ne sont pas tendres avec la (non) politique éditoriale de Warner sur leur catalogue RKO qu’ils ont récupérés il y a peu. Et franchement, c’est justifié. En France, on a le DVD édité par Les Éditions Montparnasse. Une autre époque.

Enfin, 49e Parallèle (49th Parallel) de l’anglais Michael Powell qui raconte la traque de sous-mariniers allemands, ayant survécu à la destruction de leur U-Boot, dans les grands espaces canadiens. Le film est sorti en Blu-ray uniquement en France chez Carlotta. Si l’on n’y retrouve pas les excellents bonus du DVD édité en son temps par L’Institut Lumière qu’il faut donc garder précieusement, le bond en avant effectué par l’image fait tout de même de cette édition un incontournable.

Casablanca 1942 de Michael Curtiz – 1h42 (Warner Bros. et First National Pictures)

Casablanca - Recto Blu-ray US

Oscar facts : Casablanca s’est distingué lors de la 16e cérémonie des Oscars, qui s’est déroulée le 2 mars 1944, en remportant trois récompenses : l’Oscar du meilleur réalisateur pour Michael Curtiz, celui du meilleur scénario adapté pour les frères Epstein et Howard Koch et enfin l’Oscar du meilleur film décerné à Jack Warner. S’ajoutent également les nominations de Humphrey Bogart pour l’Oscar du meilleur acteur, de Claude Rains pour celui du meilleur acteur dans un second rôle, d’Arthur Edeson pour la meilleure photographie, d’Owen Marks pour le meilleur montage et de Max Steiner pour la meilleure musique pour un film dramatique ou une comédie. On notera sinon que La Souris part en guerre (The Yankee Doodle Mouse), une petite merveille de  cartoon signée William Hanna et Joseph Barbera faisant partie de la série Tom et Jerry, remporta le premier de ses six Oscar (dont trois d’affilé par la suite) dans la catégorie Meilleur court métrage d’animation.

Est-il vraiment besoin de revenir sur ce monument du cinéma mondial ? Casablanca reste pourtant un film atypique. On lui préfèrera, et de beaucoup, Le Port de l’angoisse de John Huston réalisé deux ans plus tard qui grosso modo reprend un peu la même trame avec cette fois-ci le couple devenu mythique Bacall / Bogart. Les dialogues y sont plus incisifs, la trame moins pompeuse et l’histoire d’amour plus sulfureuse. Et pourtant Casablanca fait montre d’une alchimie magique et irréelle qui reste difficile à décrypter encore aujourd’hui. La mise en scène de Curtiz y est certainement pour beaucoup entre maîtrise des enjeux techniques, caméra en apesanteur et direction d’acteurs miraculeuse (un domaine qui n’était pourtant pas le fort de Curtiz). Incontestablement, le film frappe encore l’imaginaire avec sa photo en N&B très contrastée inspirée de l’expressionnisme allemand et son côté élégiaque qui lui a donné sa patine intemporelle.

Casablanca fait partie de ces titres issus du catalogue Warner qui sont sans cesse remis en avant. La France n’échappe pas à ce constat avec pas moins de trois éditions en Blu-ray depuis 2009. La dernière a nos faveurs avec son packaging en coffret métal assez luxueux. Mais c’est surtout parce que l’on y trouve une image issue de la dernière restauration 4K opérée par Warner qui franchement enterre tout ce que l’on avait bien pu voir jusqu’alors. La piste VO a aussi bénéficié d’un upgrade passant d’un DD 1.0 à un DTS HD MA 1.0. Et puis en terme de compléments c’est l’avalanche. Tout n’y est pas passionnant mais certains documents comme You must remember this : un hommage à Casablanca qui fut réalisé pour la télévision revient avec force de détails historiques sur ce classique du cinéma américain. Il s’agit là de la copie conforme du coffret Blu-ray dit 70th Anniversary Edition paru aux States qui a notre préférence ne serait-ce que pour son packaging (un grand coffret rectangulaire) impossible à ranger dans sa Bluraythèque qui permet de caser des goodies inutiles mais aussi qui donne un peu plus de place au poster français (le même qui illustre l’en-tête de ce chapitre) et au livre relié richement illustré en photos de productions et autres dessins de préparation. On est collectionneur ou on ne l’est pas.

Parmi les autres nominés au rang de meilleur film cette année là, trois d’entre eux ont eu droit à des éditions Blu-ray. Ceux qui servent en mer (In Which We Serve) de Noël Coward et David Lean, film de pure propagande anglais qui replacé dans son contexte historique reste plus que regardable, est édité par Elephant Films chez nous au sein d’un Blu-ray plus que recommandable et aux States chez Criterion mais uniquement au sein d’un coffret ceci dit incontournable intitulé David Lean Directs Noël Coward (Region A en VOSTA).

Le Chant de Bernadette (The Song of Bernadette) de Henry King, récit hagiographique assez lourdingue fondé sur l’histoire de Bernadette Soubirous, qui aurait eu plusieurs visions de la Sainte-Vierge, que l’éditeur US indépendant Twilight Times a édité dans un Blu-ray sans bonus certes mais doté d’une image virginale (désolé, c’était plus fort que nous).

L’Étrange Incident (The Ox-Bow Incident) de William A. Wellman, western hargneux et profondément lucide dénonçant la justice expéditive et la rumeur publique qui condamne sans juger, est disponible en Allemagne chez Koch Media (VOSTA, image à l’encodage convaincant mais issu d’un master un peu fatigué) et en Espagne (pas vu, pas pris). En France tout comme aux Etats-unis, il faudra pour l’instant se contenter d’un DVD édité par la Fox au début du siècle à l’image d’un autre âge.

Pour qui sonne le glas (For Whom the Bell Tolls) de Sam Wood, adapté du fameux roman d’Ernest Hemingway qui se déroule durant la guerre d’Espagne avec une Ingrid Bergman coupée à la garçonne au sommet de sa beauté, est édité depuis juillet 2015 en Allemagne chez là encore Koch Media dans un Blu-ray apparemment de toute beauté. Le film est toutefois d’un tel classicisme assez pompeux que l’on passera la main.

La Route semée d’étoiles (Going My Way – 1944) de Leo McCarey – 2h10 (Paramount Pictures)

Oscar facts : Le film de Leo McCarey remporta six Oscars (meilleur film, meilleur réal, meilleur acteur pour Bing Crosby, meilleur second rôle masculin et meilleure chanson originale). C’est la première année que la cérémonie est retransmise dans son intégralité à la radio. C’est aussi la première fois que la catégorie Meilleur film ne comporte que cinq nominés. C’est enfin la première et la dernière fois qu’un comédien est nommé à la fois dans la catégorie meilleur acteur et meilleur second rôle masculin pour le même film. Il s’agit de Barry Fitzgerald qui remporta l’Oscar du meilleur second rôle pour son personnage du père Fitzgibbon dans La Route semée d’étoiles.

Film très difficilement regardable aujourd’hui tant il suinte le cul-bénit à des kilomètres à la ronde. Leo McCarey et Bing Crosby ne vinrent-ils d’ailleurs pas au Vatican, une fois que les canons de la seconde guerre mondiale se turent, pour  présenter le film au pape Pie XII ? Vous me direz qu’un film adoubé par le Vatican n’en fait pas forcément un mauvais film mais quand on sait que la ligne directrice de l’Église catholique durant la guerre fut de fermer le yeux pour ne pas dire plus face à la Shoah et de s’aplatir devant les gesticulations de Mussolini, oui, Going My Way a du mal à passer aujourd’hui. Et puis, on ne peut s’empêcher de penser à Spotlight, le film de Tom McCarthy qui raconte comment l’Église a pendant des décennies protégé ses ouailles suspectés d’abus sexuels. Du coup,  cette histoire de prêtre aux méthodes modernes qui arrive dans une paroisse des quartiers pauvres de New York afin de lui redonner vie sous le regard sceptique du vieux pasteur auquel il doit succéder, ne peut pas se visionner sous le même angle bienveillant de l’époque.

Universal ne semble pas voir en ce film un incontournable à éditer à tout prix en Blu-ray. Résultat, deux DVD indigents datant de 2007 (Universal) et 2009 (MEP) strictement identiques à celui paru aux États-Unis. Compte tenu du pedigree somme toute d’un autre âge du film, pas certain que les choses bougent d’ici la mort du medium. Edit 19/10/19 : Que c’est bon de se tromper parfois. À l’occasion du 75ème anniversaire du film, l’éditeur indépendant américain Shout Factory propose un Blu-ray avec quelques bonus gadgets et un commentaire audio (uniquement en VO forcément) de l’historien en Pop Culture (sic !) Russell Dyball. C’est le dernier film a avoir obtenu la plus belle des statuettes qui se voit attribuer une édition Blu-ray. Enfin pourrait-on dire même si niveau image on est face au minimum syndical via une copie issue certainement du coffre-fort Universal mais sans aucun travaux de restauration. Quant à ceux qui sont réfractaires à la langue de Shakeaspeare et bien c’est mort car à part une piste en VO et des sous-titres idoines, on passera son chemin.

Going my Way - Jaquette Blu-ray

Parmi les autres nominés au rang de meilleur film cette année là, on pourra regretter qu’Assurance sur la mort (Double Indemnity) n’ait glané aucune statuette alors que le film de Billy Wilder fut nommé dans sept catégories et non des moindres (film, réal, actrice pour Barbara Stanwyck, scénario, photo, son et musique). Personne en effet ne pourrait affirmer aujourd’hui que Going My Way lui est supérieur. Sommet du Film Noir pour ne pas dire matriciel au genre, Assurance sur la mort nous décrit un peu en avance cette après-guerre faite de désillusions et de stress post-traumatiques que la société américaine déniaisée voudra soigner en se plongeant à corps perdu dans une consommation capitalistique effrénée qui annonce déjà en creux la profonde crise identitaire des années 60.

C’est Carlotta chez nous qui a édité le film dans un Blu-ray non définitif mais plus que recommandable. L’éditeur français utilise en effet le même master que le Blu-ray anglais édité par Eureka qui n’était pas exempt de tous reproches. La faute à l’impossibilité de se procurer un master issu du négatif original certainement perdu ou brulé par la Paramount à la fin des années 50 au moment où le studio cédait une partie de son catalogue à Universal. Ces deux éditeurs ont donc nettoyé ce qu’ils ont pu et encodé une source parfois peu stable ou présentant des pompages de noirs et de blancs assez préjudiciables pour un film jouant à ce point sur sa photo faite de zones d’ombres et de lumières à la fois tranchées et diffuses. L’image présentée par le Blu-ray édité aux États-Unis par Universal corrige beaucoup de ces imperfections, le Studio disposant sans aucun doute de tirages plus proches du négatif original, mais reste imparfait tant l’encodage appuie beaucoup trop sur les noirs qu’il double d’un dégrainnage intempestif. Côté suppléments, le collectionneur compulsif fera l’acquisition des trois éditions pour leur complémentarité mais pourra aussi se rabattre uniquement sur l’édition française qui donne à voir une présentation de l’œuvre somme toute assez complète.

3 réflexions sur « Les Oscars en Blu-ray (1929 – 1945) : Les années rugissantes »

  1. Dans la version de 1962 (signée Lewis Milestone, version très supérieure selon moi au film de Lloyd qui a le mérite historique de lui avoir servi d’ébauche) Marlon Brando n’est pas opposé à Richard Harris (qui interprète un simple marin) mais à Trevor Howard (qui interprète le capitaine Blight).

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