Les Palmes d’or du festival de Cannes - Image une les années 90

Festival de Cannes – Les Palmes d’or en Blu-ray et Blu-ray 4K : Les années 90

Le festival de Cannes dans les années 90 c’est au niveau des Palmes d’or la mainmise de deux sociétés françaises. En effet, Jean Labadie et Bac Film trustent pas moins de 5 Palmes d’or en ce début de décennie avec pour apothéose le triomphe de Pulp Fiction en 1994. L’autre société emblématique de la décennie c’est Ciby 2000. Créé de toute pièce par Francis Bouygues dont l’anagramme rappelle Cécil B. De Mille, elle avait pour ambition de produire des films populaires rentables afin de permettre la faisabilité de films indépendants où l’auteur / réalisateur avait une grande latitude de création. La mort de Francis Bouygues en 93 a mis fin à cette vision qui aura tout de même permis 4 Palmes d’Or (La Leçon de piano, Underground, Secrets et mensonges et Le Goût de la cerise). Cannes dans les années 90 est donc moins une fenêtre sur le cinéma mondial que le reflet d’une politique des auteurs bien assimilée et comprise par l’économie française du cinéma. Un raccourci certes mais pas plus scandaleux que certaines Palmes d’or de l’histoire du festival. Quant aux Blu-ray, à part Rosetta chez Criterion et La Leçon de Piano chez TF1 Vidéo, on ne peut pas dire que voici une décennie excellemment bien servie d’autant que l’on cherche encore le début de la queue d’un Blu-ray 4K.

Festival de Cannes 1990

Festival de Cannes - Affiche 1990Le Président du jury est Bernardo Bertolucci qui a du jouer des coudes pour imposer Sailor et Lula, film qu’il adorait, aux jurés. Le film d’ouverture (hors compétition) est Rêves d’Akira Kurosawa dont Steven Spielberg, grand admirateur du maître nippon, en assurera une partie de la production. Parmi les autres films saillants de la sélection ou dont la notoriété a traversé les décennies au même titre que la très belle Palme d’or, on a le formidable Chasseur blanc, cœur noir de Clint Eastwood, Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (Prix d’interprétation masculine pour Gérard Depardieu) et Cry-Baby  de John Waters (hors compétition) qui donnait à Johnny Depp, alors surtout connu des jeunes filles en fleur abreuvées à la série 21 Jump Street, son premier grand rôle au cinéma. Du côté de La Semaine de la critique on pouvait découvrir l’inclassable et toujours aussi hypnotique L’Enfant miroir (The Reflecting Skin), le premier long de cinéma du poète, écrivain et auteur de pièces de théâtre britannique Philip Ridley.

Sailor et Lula - AfficheSailor et Lula (Wild at Heart) de David Lynch – 1990 – USA – 2h04 – Sortie France le 24 octobre 1990 : 953 493 entrées (Bac Films)

La liaison de Sailor Ripley et Lula Pace qui s’appuie sur une passion mutuelle et une relation sexuelle simple et sulfureuse, est insupportable aux yeux de Marietta, la mère névrosée de Lula. Sailor connaît en fait la vérité sur le passé de Marietta, sa relation avec le malfrat Marcello Santos et la mort pas tout à fait fortuite du père de Lula. Afin de « décourager » cette relation, Marietta envoie un détective privé repérer le couple pour ensuite lancer son mari gangster à leurs trousses afin d’éliminer Sailor…

Sailor et Lula - Jaquette Blu-ray Universal 2010Le film de David Lynch a été édité un nombre incalculable de fois en Blu-ray à travers le monde. En France nous avons eu droit à deux éditions. La première, sous la bannière Bac Films, date de 2008. La seconde parait en 2010 chez Universal. Entre les deux, la différence se situe au niveau des bonus qui vont passer de que dalle à plus d’une heure et demi de segments vidéo. Rien d’inédit cependant puisque tous proviennent du double DVD collector de 2003 paru chez Wild Side Vidéo. Enfin, les deux éditions encodent le même master restauré HD supervisé au début des années 2000 par Lynch qui avait servi dès le DVD collector de 2003. Bref, il serait grand temps maintenant de revoir tout ça pour une belle édition Combo Blu-ray + 4K s’appuyant sur un nouveau master restauré ad hoc.
On précise ici à toutes fins utiles qu’entre 2008 et 2010 Bac Films a  vendu son catalogue à StudioCanal qui a licencié ce titre pour un temps à Universal. Quant à la très belle édition collector double DVD éditée chez Wild Side Vidéo déjà mentionnée plus haut, on rappellera que le boss de l’époque, Manuel Chiche, a travaillé quelque temps chez Bac Films dans l’ombre de Jean Labadie qui a fait de cette société dans les années 90 l’épicentre d’une certaine idée du cinéma d’auteur. Qu’il soit français ou étranger. Il faut voir le nombre de films récompensés à Cannes qu’il a accompagné et distribué pour s’en convaincre. Aujourd’hui, Jean Labadie est à la tête du Pacte qui a vu Les Misérables de Ladj Ly être adoubé en 2019 par un Prix du jury. Et Manuel Chiche a vu sa vision du cinéma être récompensée avec sa société Joker Films qui a distribué la Palme d’or Parasite de Bong Joon Ho.

Festival de Cannes 1991

Festival de Cannes - Affiche 1991Festival de Cannes 1991 : Le Président du jury est Roman Polanski qui imposa de toutes ses forces Barton Fink, seul film de la sélection qu’il appréciait, au point de faire boire ses jurés lors du vote et de lui attribuer deux autres prix. C’est depuis cette édition que le festival de Cannes interdit non pas de boire mais d’attribuer deux prix à un même film à l’exception du prix d’interprétation masculine et/ou féminine. Le film d’ouverture (en compétition) est Homicide de David Mamet qui s’était fait remarquer 4 ans plus tôt avec l’époustouflant Engrenages (House of Games). Parmi les autres films saillants de la sélection ou dont la notoriété a traversé les décennies au même titre que la très belle Palme d’or décernée à l’unanimité donc, on a La Belle Noiseuse de Jacques Rivette (Grand Prix du jury) dont on attend toujours une édition Blu-ray en France, Jungle Fever de Spike Lee (Prix du second rôle masculin pour Samuel L. Jackson), Lune froide de Patrick Bouchitey (Blu-ray aux abonnés absents itou alors que la photo en N&B justifierait à elle seule une édition), Van Gogh de Maurice Pialat que l’on préfèrera sans aucun doute à Sous le soleil de Satan récipiendaire de la Palme d’or 1987 et Thelma et Louise de Ridley Scott (hors compétition). Un sacré crû quand on y pense auquel il faut rajouter la Caméra d’or Toto le héros de Jaco Van Dormael (un Blu-ray est – enfin – annoncé chez Arrow au Royaume-Uni pour le 3 août 2020) présenté à La Quinzaine des réalisateurs.

Barton Fink - AfficheBarton Fink de Joel Coen – 1991 – USA – 1h56 – Sortie France le 25 septembre 1991 : 475 531 entrées (Bac Films)

New York, 1941. Auteur engagé ayant rencontré le succès à Broadway, Barton Fink attire désormais l’attention d’Hollywood. Sollicité pour écrire un scénario sur le catch, il quitte la grisaille new-yorkaise pour les fastes du cinéma. L.A. s’entiche de Barton Fink qui découvre l’angoisse de la page blanche. Avec l’aide de son assistante Audrey et de son aimable voisin Charlie Meadows, il trouve l’inspiration qu’il recherche dans un registre des plus sinistres…

 

Barton Fink - Jaquette Blu-ray UniversalUn Blu-ray édité par Universal existe depuis 2012. Mais l’encodage en VC-1 et l’absence total de bonus le relègue de suite vers une voie de garage en attendant qu’une édition digne de ce nom voit le jour. Ou alors se rabattre sur l’excellent double DVD édité par Wild Side dès 2004 (se reporter à notre laïus sur Sailor et Lula plus haut). Bien que se basant sur le même master un peu défraîchi, le Blu-ray édité en 2017 par Kino Lorber aux États-Unis est de bien meilleure facture ne serait-ce que pour son encodage AVC qui permet une image plus stable et en générale d’une bien meilleure tenue. Malheureusement, l’absence de VF et/ou de STF réserve cette édition aux puristes de chez puristes. D’autant qu’au final on reste assez loin des standards attendus en Blu-ray. Une restauration doublée d’une nouvelle édition ne seraient donc pas du luxe tout en permettant pourquoi pas (soyons fous), l’émergence d’un Blu-ray 4K.

Festival de Cannes 1992

Festival de Cannes - Affiche 1992Marlène Dietrich, icône de ce 45ème Festival de Cannes, meurt le 6 mai, veille de son ouverture

Festival de Cannes 1992 : Le Président du jury est Gérard Depardieu. Le film d’ouverture (en compétition) est Basic Instinct de Paul Verhoeven. Parmi les autres films saillants de la sélection ou dont la notoriété a plus facilement traversé les décennies à la différence de la Palme d’or, on a The Player de Robert Altman (Prix de la mise en scène et Prix d’interprétation masculine pour Tim Robbins), Retour à Howards End de James Ivory (Prix du 45ème festival de Cannes), La Sentinelle d’Arnaud Desplechin ou encore Twin Peaks: Fire Walk with Me de David Lynch. C’est du côté de la sélection d’Un Certain regard que l’on trouvera en fait le film choc du festival. Bad Lieutenant d’Abel Ferrara reste en effet encore aujourd’hui une expérience de cinéma sulfureuse, malaisante, très noire et qui va jusqu’au bout de son propos. Ferrara n’a jamais fait mieux depuis. À (re)découvrir via la très belle édition Blu-ray chez Wild Side. Et que dire de C’est arrivé près de chez vous présenté à la Semaine de la Critique ? Le film de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde est matriciel de tout ce que devrait être le cinéma sans que pourtant il n’ait d’alter ego dans le temps ou l’espace. Ce pur OFNI disponible en Blu-ray chez Universal France le restera à jamais et pour tout dire, on n’y voit pas d’inconvénient.

Les Meilleures intentions - AfficheLes Meilleures intentions (Den Goda viljan) de Bille August – 1992 – Danemark – 3h00 – Sortie France le 18 novembre 1992 : 91 503 entrées (Bac Films)

Dans une société suédoise en pleine mutation, la vie passionnée des parents d’Ingmar Bergman, de leur rencontre à la naissance de celui-ci.

 

 

Les Meilleures intentions (The Best Intentions) - Jaquette Blu-ray Film MovementUn Blu-ray existe depuis 2016. Il est édité aux États-Unis par Film Movement dont la ligne éditoriale est de proposer une fenêtre sur le cinéma du monde à l’attention du cinéphile américain. Nous n’avons pas eu l’occasion d’y poser nos mirettes mais il est annoncé Region Free et avec des sous-titres français. En France il n’existe qu’un DVD édité en 2013 par Blaq Out. Mais sa particularité est de proposer aussi sur un second disque la mini série originelle de 4 épisodes et 330 minutes qui a servie au montage des 180 minutes du film. Un peu comme le fut au début des années 80 Fanny et Alexandre d’Igmar Bergman dont on précisera au passage que ce film narre la jeunesse de ses parents sur un scénario qu’il a lui-même signé.

Festival de Cannes 1993

Festival de Cannes - Affiche 1993Cary Grant et Ingrid Bergman dans Les Enchaînés d’Alfred Hitchcock

Festival de Cannes 1993 : Le Président du jury est Louis Malle dont on rappelle au passage qu’il est avec Costa-Gavras et Jacques Deray le créateur en 1969 de La Quinzaine des réalisateurs. Le film d’ouverture (en compétition) est Ma saison préférée d’André Téchiné dont on attend toujours que StudioCanal le sorte en Blu-ray. Parmi les autres films saillants de la sélection ou dont la notoriété a traversé les décennies au même titre que les deux magnifiques Palme d’or, on a Body Snatchers d’Abel Ferrara que l’on aime beaucoup malgré ses défauts évidents, Chute Libre (Falling Down) de Joel Schumacher qui se prit dans la tronche le même genre de critiques oiseuses que (au hasard) Joker en tant que film incitant soit disant au désordre public, Le Maître de marionnettes de Hou Hsiao-hsien (Prix du Jury) et Cliffhanger de Renny Harlin (hors compétition). À noter qu’avec plus de 2,5M d’entrées en France, La Leçon de piano se situe à la 10ème position des Palmes d’or les plus lucratives au Box-office français. Seul Pulp Fiction l’année suivante fera (un peu) mieux au sein de cette décennie. Sinon, à La Semaine de la critique émergeait un certain Guillermo del Toro avec Cronos, son premier long qui reste pour beaucoup un premier coup de maître et à La Quinzaine on peut affirmer la même chose avec Menace II Society des frères Hughes.

La Leçon de piano - AfficheLa Leçon de piano (The Piano) de Jane Campion – 1993 – Nouvelle-Zélande – 2h01 – Sortie France le 19 mai 1993 : 2 664 718 entrées (Bac Films)

Ada, une jeune femme muette, a deux passions : sa fillette et son piano. Elle s’apprête à partager la vie d’un inconnu. À son arrivée, son mari refuse son bien le plus précieux, un piano, qui échoue chez un voisin. Ne pouvant se résigner à cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier : regagner le piano, touche par touche, en se soumettant à ses désirs…

 

Adieu ma concubine - AfficheAdieu ma concubine (Bàwáng biéjī) de Chen Kaige – 1993 – Chine – 2h45 – Sortie France le 27 octobre 1993 : 679 335 entrées (UGC)

Des années 20 aux années 70, des Seigneurs de guerre à la Révolution Culturelle, de l’invasion japonaise au communisme, le destin de deux acteurs de l’Opéra de Pékin et d’une concubine dans les cinquante années qui ont changé la Chine.

 

La Leçon de piano - Jaquette Blu-rayLa Leçon de piano dispose en France d’un joli Blu-ray édité en 2013 par TF1 Vidéo (devenu TF1 Studio). L’image est issue d’un master restaurée en HD qui tient encore plutôt bien la route aujourd’hui. Les pistes VO et VF sont en DTS-HD MA 5.1. Même si on a forcément une préférence pour la version originale plus réaliste et plus fidèle au mixage d’origine, le doublage français de bonne facture permet de (re)découvrir le film dans des conditions acceptables. Deux bonus (déjà présents sur le DVD collector datant de 2003 du même éditeur), dont une interview de plus d’une heure avec la seule femme réalisatrice à avoir remporté la Palme d’or à ce jour, complètent cette édition plus que recommandable. Encore faut-il la trouver.

Adieu ma concubine - Jaquette Blu-rayAdieu ma concubine est aussi sorti en France en Blu-ray mais chez D’Vision, un éditeur qui ne sort plus rien depuis fin 2011. De fait, et encore plus que pour La Leçon de piano, c’est plutôt coton pour arriver à se le procurer à un prix raisonnable. D’autant que l’on sera bien en peine de vous en donner un avis car on n’a jamais eu la possibilité de jeter un œil à cette édition. Attention tout de même, encodage en 1080i. On peut juste vous dire que D’Vision n’avait pas une réputation au-dessus de tous soupçons en la matière. Pour la petite histoire, D’Vision avait été créée à la suite des déboires économiques chez Opening (comme Aventi d’ailleurs) afin de pouvoir continuer à exploiter le catalogue de films détenu par Jean-François Davy. On notera que Épouses et concubines, l’autre film majeur de cette sélection en provenance de Chine est aussi sorti chez D’Vision en Blu-ray à la même date.

Festival de Cannes 1994

Festival de Cannes 1994 - Affiche Le Président du jury est Clint Eastwood. Le film d’ouverture (en compétition) est le faiblard Le Grand Saut (The Hudsucker Proxy) de Joel et Ethan Coen qui doit certainement cette sélection à l’envie d’honorer à nouveau les frères Coen sur la Croisette après leur Palme d’or obtenue pour Barton Fink en 91. Parmi les autres films saillants de la sélection ou dont la notoriété a traversé les décennies au même titre que la Palme d’or, certainement l’une des plus emblématiques du festival (Weisten / Miramax / tout ça, tout ça…), on a Journal intime (Caro diario) de Nanni Moretti (Prix de la mise en scène) qui a définitivement installé le cinéaste italien en France auprès du grand public, Grosse Fatigue de Michel Blanc (Prix du scénario), Vivre ! de Zhang Yimou (Prix d’interprétation masculine pour Ge You), La Reine Margot de Patrice Chéreau (Prix du jury et Prix d’interprétation féminine pour Virna Lisi) et Les Patriotes d’Éric Rochant (aucun prix et cela reste un pur scandale). On peut aussi citer depuis la Quinzaine de réalisateurs Petits arrangements avec les morts de Pascale Ferran (Caméra d’or) ainsi que Salé Sucré qui confirmait après Garçon d’honneur qu’il fallait dorénavant compter avec un certain Ang Lee. À un Certain Regard était montré Priscilla, folle du désert de Stephan Elliott devenu depuis un film phénomène et culte pour bon nombre de personnes. Enfin, à la Semaine de la critique on pouvait découvrir Clerks de Kevin Smith et Regarde les hommes tomber, le premier long derrière la caméra de Jacques Audiard. Autant dire que la cuvée 94 avait de la gueule.

Pulp Fiction - AffichePulp Fiction de Quentin Tarantino – 1994 – USA – 2h34 – Sortie France le 26 octobre 1994 : 2 864 640 entrées (Bac Films)

Pulp Fiction décrit l’odyssée sanglante et burlesque de petits malfrats dans la jungle de Hollywood, ou s’entrecroisent les destins de deux petits tueurs, d’un dangereux gangster marié à une camée, d’un boxeur roublard, de prêteurs sur gages sadiques, d’un caïd élégant et dévoué, d’un dealer bon mari et de deux tourtereaux à la gâchette facile…

 

Tarantino dans les bras de Weinsten / Tarantino remercie à sa façon une personne du public pas d’accord avec cette Palme d’Or

Pulp Fiction - Jaquette Blu-ray StudioCanalDes deux Blu-ray parus en France, on peut dire que l’image du StudioCanal sortie en 2019 est un cran au-dessus de celle encodée en 2009 par TF1 Vidéo même si toutes les deux sont issues du même master. La colorimétrie y semble plus juste et la définition permet un rendu argentique un peu aux abonnés absents chez TF1. Et puis pour l’anecdote, Uma Thurman retrouvait sa cigarette qui avait été photoshopée sur la jaquette du Blu-ray TF1. Pour autant, ne pas le jeter si on en avait fait l’acquisition du fait d’une pléthore de bonus non repris chez StudioCanal à part le making-of. Ou alors vous aviez eu le bon goût d’acquérir l’édition collector 2 DVD parue chez Wild Side en 2004 qui reste la référence ultime en matière de compléments sur ce film en France. Enfin, côté son on est dans le kif-kif puisque VO comme VF sont proposées en DTS-HD MA 5.1. Inutile de préciser que la VO est à privilégier tant les dialogues tarantinesques perdent le plus souvent de leur double sens savoureux une fois traduits. Et même si vous ne bitez rien à l’anglais, le flow, le rythme et la logorrhée qui n’ont plus rien à voir du côté de chez Molière devraient vous convaincre de faire pour une fois l’effort de la langue.

Festival de Cannes 1995

Festival de Cannes 1995 - AfficheLa Présidente du jury est Jeanne Moreau qui pour l’anecdote a été maîtresse des cérémonies d’ouverture et de remise des prix lors des deux précédentes éditions. Le film d’ouverture (en compétition) est La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro. Underground n’est certes pas une Palme d’or au rabais mais il nous semble tout de même que du même réal Papa est en voyage d’affaire déjà primé de la Palme en 1985 et Le Temps des Gitans en 1989 (Prix de la mise en scène) lui sont bien supérieurs. Il faut dire aussi que la sélection de cette année là n’était pas des plus folichonnes. À part La Haine de Mathieu Kassovitz (Prix de la mise en scène mais qui aurait mérité la Palme), N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois (Prix du jury) qui a quand même pas mal vieilli, Dead Man de Jim Jarmusch, Ed Wood de Tim Burton et Kids de Larry Clark dont c’était le premier long, le reste n’est pas à ranger dans le tiroir des oubliés de la cinéphilie mondiale qu’il serait de bon ton de réhabiliter ou de redécouvrir. Ah sinon en hors compet le festival ne présentait que des films yankees dont un certain Usual Suspects de Bryan Singer. On peut ne pas/plus aimer le film parce que (au hasard) y a du Kevin Spacey dedans, mais en voilà un qui a traversé les décennies sans perdre de son aura.

Underground - AfficheUnderground (Podzemlje) d’Emir Kusturica – 1995 – Yougoslavie, France, Allemagne, Hongrie – 2h47 – Sortie France le 25 octobre 1995 : 443 868 entrées (Ciby Distribution)

Avril 1941. Profitant de la déroute générale, Marko entraîne son ami Blacky dans une folle aventure : vols d’armes, trafics d’or et de bijoux, magouilles et combines en tout genre. Dans une cave, Marko cache des réfugiés auxquels il fait fabriquer des armes qu’il revend ensuite au marché noir. Il n’informera pas ces derniers de la fin de la guerre et continuera ainsi à les exploiter…

Underground - Jaquette Blu-ray TF1 VidéoLe Blu-ray de chez TF1 Vidéo disponible depuis 2014 est loin d’être infâme et ce même si le maous making-of de 75 minutes ainsi que le livret de 50 pages présents sur le double DVD collector édité en 2005 par TF1 Vidéo itou se sont entre-temps fait la malle. Reste quand même l’entretien au long cours avec le fantasque réal serbe qui permet plus que jamais de circonvenir un tantinet la psyché et les obsessions d’un homme dont le travail ne trouverait certainement aucun écho aujourd’hui tant notre époque lisse à tout crin les voix à contre-courant de la doxa dominante. À noter que Kino Lorber aux États-Unis propose depuis 2018 un Blu-ray du film qui reprend stricto sensu les compléments du Blu-ray anglais de chez la BFI de 2016. Pourquoi on vous dit ça ? Parce que l’on peut y trouver au sein de deux DVD les 6 épisodes de la version télé du film. D’environ 50 minutes chacun, ils ont été diffusés en France en 1998 sur Arte. Une prolongation du bonheur pour les amoureux du film. Le tout est bien entendu en serbe sous titré anglais. De fait, Underground mériterait une nouvelle édition Blu-ray en France. Ne serait-ce que pour une mise à jour éditoriale mais aussi en partant d’un nouveau master restauré car l’image TF1, tout comme celles proposées par BFI et Kino, montrent très rapidement leurs limites dans les nombreuses séquences diurnes. Enfin, si vous n’avez pas envie de vous mater Underground en Serbe, le (re)découvrir en VF n’est pas trop préjudiciable tant la bande son où explose dès que possible la musique signée Goran Bregović ainsi que les deux fanfares dont la fameuse Slobodan Salijević Orchestra que l’on retrouvera dans le formidable Chat noir, chat blanc trois ans plus tard, sont fidèlement mises en valeur quelque soit l’encodage tous deux au demeurant en DTS-HD MA 5.1.

Festival de Cannes 1996

Festival de Cannes 1996 - AfficheLe Président du jury est Francis Ford Coppola. Le film d’ouverture (en compétition) est Ridicule de Patrice Leconte. Il y avait du lourd cette année là en compétition. On peut citer Fargo des frères Coen (Prix de la mise en scène), Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin, Crash de David Cronenberg (Prix spécial du jury) ou encore Au loin s’en vont les nuages d’Aki Kaurismäki. Il y avait aussi des films qui ont marqués le festival mais aussi cette deuxième partie de décennie sans pourtant passer le rubicond du nouveau millénaire. On pense à Breaking the Waves de Lars von Trier (Grand prix du jury), Le Huitième Jour de Jaco Van Dormael (Prix d’interprétation masculine ex æquo pour Daniel Auteuil et Pascal Duquenne) et Un héros très discret de Jacques Audiard (Prix du scénario). Ce qui n’est bien entendu pas le cas de Trainspotting de Danny Boyle qui était présenté hors compet et qui va bien au-delà aujourd’hui du film marqueur d’une époque. Tout comme Irma Vep d’Olivier Assayas pourtant relégué à Un Certain regard. Une sélection où figurait aussi La Bouche de Jean-Pierre de Lucile Hadžihalilović et Looking for Richard d’Al Pacino. L’une et l’autre n’ont jamais fait mieux depuis. Enfin, à la Quinzaine on découvrait La Promesse des frères Dardenne qui allaient remporter leur première Palme d’or en 1999 avec Rosetta ainsi que Lone Star de John Sayles dont on attend toujours un hypothétique Blu-ray. Le revoir permettrait en tout cas de rappeler qu’avant le cinéma minéral et terrien à l’ADN fortement yankee de Taylor Sheridan, il y avait celui de John Sayles encore plus abrupte et radical.

Secrets et mensonges - AfficheSecrets et mensonges (Secrets & Lies) de Mike Leigh – 1996 – Royaume-Uni, France – 2h22 – Sortie France le 18 septembre 1996 : 1 471 933 entrées (Ciby Distribution)

À la mort de sa mère adoptive, Hortense, jeune femme noire de 27 ans, décide de partir à la recherche de sa véritable mère. Elle apprend avec stupéfaction que sa véritable mère, Cynthia, est blanche et qu’elle a une fille de 20 ans, Roxanne, avec laquelle elle vit. Quant à Cynthia elle est paniquée quand elle apprend l’arrivée de cette enfant oubliée depuis longtemps…

 

Secrets et mensonges - Jaquette Blu-ray UKOn peut sans trop se fourvoyer dire que voici une Palme d’or fortement oubliée si ce n’est qu’il a révélé deux actrices dont Marianne Jean-Baptiste que l’on a encore pu récemment voir dans In Fabric de Peter Strickland. Pour preuve l’absence de Blu-ray en nos vertes contrées. En Angleterre, on en est fort logiquement à deux éditions. La dernière datant de 2019 (visuel en médaillon) éditée chez l’indépendant Spirit Entertainment qui sur la jaquette préfère mettre « Winner Best Movie » plutôt que Palme d’or. Un effet Brexit sans aucun doute. Mais on ne va pas pouvoir vous en dire beaucoup plus sinon que niveau langue vous n’y trouverez ni VF ni STF. Pour ceux qui veulent tout de même combler un manque dans la filmo de Mike Leigh, ils pourront se rabattre sur le double DVD Collector édité en 2008 par MK2 que l’on peut encore trouver sans trop se ruiner. Il y a aussi la solution des plateformes VOD françaises ainsi que, aussi étonnamment que cela puisse paraître, sur Amazon Prime. Mais on n’a pas été checké la qualité de la copie. Ou alors attendre un éventuel Blu-ray édité soit par Potemkine, soit par Carlotta qui a récemment acquis les droits du catalogue vidéo physique de MK2 pour les prochaines années.

Festival de Cannes 1997

Festival de Cannes 1997 - AffichePour ce 50ème Festival, une Palme des Palmes a été décernée à Igmar Bergman par tous les réalisateurs palmés vivants lors de la soirée d’ouverture. La Présidente du jury est Isabelle Adjani. Le film d’ouverture (hors compétition) est Le Cinquième élément de Luc Besson et Jeanne Moreau revient en tant que maîtresse de cérémonie après avoir été présidente du jury l’année précédente. Pour la petite histoire, Isabelle Adjani souhaitait que De beaux lendemains d’Atom Egoyan remporte la Palme mais Nanni Morretti s’y opposait fermement lui préférant Le Goût de la cerise d’Abbas Kiarostami. Un peu à la façon du personnage de Henry Fonda dans 12 Hommes en colère, il parvient progressivement à infléchir les autres jurés à l’idée d’une double Palme, eux (parmi lesquels on trouvait Tim Burton) dont le vote initial donnait seul vainqueur L’Anguille de Shôhei Imamura. Adjani et Morretti demandèrent une dérogation à Gilles Jacob, alors délégué du festival, qui l’accordât bien volontiers voyant en L’Anguille un film mineur qui s’il avait remporté seule la Palme aurait pu lui être reproché par la presse (sic !). Une fois la Palme sécurisée pour Kiarostami, Adjani pensait que Morretti l’appuierait pour De beaux lendemains. Mais son vote se portera au final sur L’Anguille ce qui lui fera dire plus tard de Morretti qu’il est un véritable « Machiavel ». On la comprend d’autant mieux qu’entre le film d’Atom Egoyan et celui de Shôhei Imamura déjà vainqueur en 1983 avec La Ballade de Narayama, il n’y a toujours pas photo. L’Anguille étant au mieux un feel good movie à la sauce soja aigre douce alors que le film du canadien conserve plus de deux décennies après, toute sa force tragique et poétique. De beaux lendemains obtiendra le Grand prix, lot de consolation s’il en est.
Parmi les autres films saillants de la sélection ou dont la notoriété a traversé le temps, notons Assassin(s) de Mathieu Kassovitz, Happy Together de Wong Kar-wai ou Funny Games de Michael Haneke qui s’il avait littéralement choqué Morretti (petite nature va !) au point de lui refuser tout serrage de paluches pendant de longues années, lui a tout de même filé en tant que Président du jury la Palme en 2012 pour Amour. Côté yankees, deux des films présents n’ont eu droit qu’à monter les marches du tapis rouge. Et pourtant L.A. Confidential de Curtis Hanson et Ice Storm de Ang Lee sont bien à ranger aujourd’hui au rang  d’œuvres majeures de leur auteur respectif mais aussi du cinéma tout court. Notons aussi du côté d’Un Certain regard la présence de Marius et Jeannette qui reste encore aujourd’hui pour Robert Guédigan son plus gros succès public avec 2 655 205 spectateurs. Bien plus que le score des deux palmes réunies. Enfin, à la Quinzaine émergeait Bruno Dumont avec le déjà minéral La Vie de Jésus, le belge Alain Berliner avec Ma vie en rose et Jean-François Richet avec le roublard Ma 6-T va crack-er qui surfait à l’évidence sur le phénomène engendré par La Haine de Kassovitz.

L'Anguille - AfficheL’Anguilles (Unagi) de Shôhei Imamura – 1997 – Japon – 1h57 – Sortie France le 1er octobre 1997 : 238 710 entrées (Films Sans Frontières)

Takuro, après huit ans passés en prison pour le meurtre de sa femme adultère, est mis en liberté conditionnelle. Il ouvre un salon de coiffure mais reste obstinément taciturne ne se livrant qu’à une anguille apprivoisée durant sa captivité. Keiko, une jeune femme qu’il sauve du suicide, devient son assistante et égaie bientôt le salon et la vie tranquille du solitaire Takuro. Mais le passé ressurgit pour chacun d’eux, avec ses démons…

Cherchez pas, il n’existe pas de Blu-ray de L’Anguille. Même pas au Japon. C’est dire si le film d’Imamura a laissé une quelconque  trace. Mais si vous voulez vraiment le découvrir, il reste la possibilité du DVD. Deux éditions existent en France. Autant préciser tout de suite que l’image à chaque fois proposée pique les yeux. Nous avons en effet revu pour ce dossier celui édité par Films Sans Frontières en 1999 dont vous trouverez un aperçu dans la vidéo ci-dessus. Une autre époque quoi !

Le Goût de la cerise (Ta’m e guilass) de Abbas Kiarostami – 1997 – Iran – 1h39 – Sortie France le 29 novembre 1997 : 161 507 entrées (Ciby Distribution)

Qui est vraiment M. Badii ? Un homme désespéré, un sage ? Dans son 4×4, il sillonne les majestueux paysages iraniens dans les environs de Téhéran à la recherche d’une personne disposée à lui prêter main-forte pour une mission particulière, en échange d’une récompense. Toutes les personnes croisées vont réagir à sa proposition de manière différente.

 

Le Goût de la cerise - Jaquette Blu-rayLes fans de Kiarostami on dû s’armer de patience mais celle-ci est enfin récompensée puisque le 7 juillet 2020 (si tout va bien) devrait sortir un Blu-ray édité par Potemkine. Connaissant le soin apporté par cet éditeur à leurs éditions, il n’y a pas de raisons que celle-ci déçoive. Nous y reviendrons (peut-être). Pour les fans hardcores, Criterion aux États-Unis prévoit de même le 21 juillet. Par contre ne pas s’attendre à un comparatif en ces colonnes. Nous ne sommes pas assez fous de la filmo du maître iranien pour nous taper du persan sous-titré anglais. À noter que jusqu’ici un DVD d’assez bonne facture édité par MK2 trustait le marché français. Mais il était quasiment introuvable ou alors à des prix… Il semblerait d’ailleurs que le Blu-ray de chez Potemkine reprenne quelques uns des bonus présents sur ce DVD en plus d’inédits produits exclusivement pour le Blu-ray.  Affaire à suivre comme on dit.

Festival de Cannes 1998

Festival de Cannes 1998 - AfficheLe Président du jury est Martin Scorsese. Le film d’ouverture (hors compétition) est Primary Colors de Mike Nichols et Godzilla de Roland Emmerich (toujours hors compet il va sans dire) fut le film de clôture. D’après la légende urbaine, il a fallu remplacer toutes les enceintes du Grand Palais à l’issue de la projection. On rappellera en effet que le film d’Emmerich fut un Best Seller en Laserdisc avec son label THX doublé du son DTS. Toute une époque ! Pour le reste, le réalisateur des Affranchis n’a pas dû s’éclater tous les jours au regard d’une sélection dont on a pour beaucoup un peu oublié les films. Pour faire bonne figure on retiendra quand même La vie est belle de Roberto Benigni dont on a encore tous en mémoire sa montée sur scène quand il reçut le Grand Prix tout en baisant les pieds de Scorsese. Mais revoir le film aujourd’hui… On a ensuite Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau qui a bénéficié d’une très belle édition Blu-ray chez TF1 en 2018, Las Vegas Parano de Terry Gilliam que l’on aime avec toujours autant de fougue malgré ses défauts, My Name Is Joe de Ken Loach (Prix d’interprétation masculine à l’unanimité pour Peter Mullan) et pas de Blu-ray, La Classe de neige de Claude Miller (Prix du jury) et un Blu-ray chez LCJ à fuir, La Vie rêvée des anges d’Érick Zonca (Prix d’interprétation féminine ex æquo pour Élodie Bouchez et Natacha Régnier) que l’on a bien du mal à revoir surtout que bon, Sans toit ni loi d’Agnès Varda vers lequel le film de Zonca lorgne avait plus que mis la barre très haute. Et puis qui se souvient du Dogme95 qui a fait grand bruit en cette fin de siècle et dont Les Idiots de Lars von Trier et Festen de Thomas Vinterberg se prévalaient ? Si les deux films en question ont gardé un peu de leur « charme », le manifeste en question s’enseigne dorénavant (peut-être) en École de cinéma section histoire. Pour être complet on notera la présence en hors compet du Dark City d’Alex Proyas, autre réal qui s’est un peu perdu depuis mais qui enchaînait là un troisième film qui, comme The Crow en 1994, allait marquer toute une génération.
Dans les autres sélections on notera la présence d’un certain Denis Villeneuve avec son premier long intitulé Un 32 août sur terre (Un Certain regard), Seul contre tous de Gaspar Noé avec le regretté Philippe Nahon (Semaine de la critique), Sitcom qui lancera définitivement François Ozon (Semaine de la critique), Cantique de la racaille de Vivent Ravalec qui a quand même pas mal vieilli (Quinzaine) et enfin Happiness de Todd Solondz (Quinzaine) que nous avions eu la chance de découvrir au festival de Deauville et qui reste sans aucun doute un choc personnel et l’un des meilleurs films de la décennie. Là encore ne cherchez pas car de Blu-ray il n’y a point. Nowhere…

L'Éternité et un Jour - AfficheL’Éternité et un Jour (Mia éoniotita kai mia méra) de Theo Angelópoulos – 1998 – Grèce – 2h12 – Sortie France le 28 octobre 1998 : 168 323 entrées (AFMD)

Aux frontières de l’éternité qui l’attend bientôt, Alexandre, écrivain, sait qu’il vit son dernier jour de vraie vie : demain il entre à l’hôpital pour ne plus en sortir. Dans la maison du bord de mer dont il ferme une dernière fois les volets, il est rattrapé par deux certitudes : il n’a fait de sa vie qu’un brouillon et n’a pas su rendre à sa femme l’amour qu’elle lui portait…

 

L'Eternité et un jour - Jaquette DVD ArteIl existe bien un Blu-ray du film de Theo Angelópoulos. Mais il est édité au Japon et à moins que vous compreniez le grecque (ou le japonais puisque le Blu-ray propose des sous-titres en provenance du pays du soleil levant), on ne saurait trop vous le conseiller. Il faudra donc se contenter du DVD édité il y a près de 20 ans par Arte Vidéo (en médaillon). Enfin, pour les plus riches d’entre vous puisque au moment où nous griffonnons ces quelques lignes, les prix vont de 80 (DVD d’occase) à 230 euros (DVD neuf). Quant à l’espoir de le trouver en démat légale, peine perdue là aussi. Pourtant, voilà un film qui mériterait d’être (re)découvert et qui s’inscrit au demeurant parfaitement dans les obsessions de Scorsese. Cette poésie visuelle associée à la thématique du sens de la vie et surtout de cette réflexion sur le passage de la vie à la mort rappellent furieusement La Dernière Tentation du Christ ou encore Kundun que Scorsese venait d’ailleurs juste de réaliser, l’aspect théologique en plus. Scorsese prolongera d’ailleurs en 1999 cette réflexion avec le furieux À tombeau ouvert (Bringing Out the Dead) qui reste encore aujourd’hui son film le plus insaisissable, passionnant et jusqu’au-boutiste. Quant à L’Éternité et un Jour, il clôturait chez Theo Angelópoulos une trilogie commencée en 1991 avec Le Pas suspendu de la cigogne suivie en 1995 par Le Regard d’Ulysse. Deux films multi récompensés dans le monde et à Cannes. Cette Palme d’or venait ainsi adouber le travail d’une décennie. L’absence d’une édition Blu-ray n’en est donc que plus désolante.

Festival de Cannes 1999

Festival de Cannes 1999 - AfficheLe Président du jury est David Cronenberg. Le film d’ouverture (hors compétition) est Le Barbier de Sibérie de Nikita Mikhalkov qui s’est perdu dans les limbes du cinéma. Parmi les autres films saillants de la sélection ou dont la notoriété a traversé les décennies au même titre que la 1ère Palme d’Or (une deuxième leur sera attribuée pour L’Enfant en 2005) décernée à l’unanimité aux frères Dardenne pour Rosetta, on a Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Prix de la mise en scène), L’Humanité de Bruno Dumont (Grand Prix) qui est certainement son film le plus abouti dans sa radicalité et sa force toute terrienne, Ghost Dog, la voie du samouraï de Jim Jarmusch qui est loin d’être son meilleur mais certainement le plus connu, L’Été de Kikujiro de Takeshi Kitano dont le Blu-ray édité par La Rabbia n’est pas à la hauteur du film (master douteux), Une histoire vraie de David Lynch qui est sans aucun doute son plus beau film et qui attend toujours son Blu-ray français à l’instar de Limbo de John Sayles (voir ce que l’on pense du réal dans la bafouille sur Cannes 96). En hors compet, on avait découvert Ennemis intimes de Werner Herzog sur les relations tumultueuses qu’il entretenait avec sa vedette de Klaus Kinski. Toujours aussi magistral et invisible en Blu-ray (mais aussi en DVD vu que l’édition de chez Arte date de 2000). Mais finalement cette année là (comme souvent d’ailleurs), c’est à la Quinzaine que l’on pouvait découvrir les films les plus excitants ou qui sur la durée restent dans la mémoire collective. Un pedigree qui sied sans aucun doute au Projet Blair Witch dont la projection à Cannes en première mondiale allait lancer officiellement la mode du found footage tout en permettant à Daniel Myrick et Eduardo Sánchez d’être pendant longtemps les auteurs du film le plus rentable au monde. On pense aussi à Virgin Suicides de Sofia Coppola dont on se demandait bien pourquoi il ne figurait pas en compétition officielle (rengaine bien connue). Quant à Summer of Sam, c’est le dernier très bon Spike Lee Joint avant BlacKkKlansman, soit presque 20 ans de perdu en films de commande et racisme viscéral anti-blanc. Un retour aux (bonnes) affaires qui lui permet certainement d’être le Président du jury du 73ème festival de Cannes qui aura maintenant lieu en 2021. Enfin, dans un tout autre registre on citera Les Convoyeurs attendent de Benoît Mariage qui mériterait une revoyure (mais pas de Blu-ray) en forme de mise au point. Oui c’est une comédie belge, oui C’est arrivé près de chez vous avait mis la barre à un niveau dantesque, mais quand même… Enfin, le grand public se souviendra surtout du discours totalement azimuté de Sophie Marceau lors de la cérémonie de clôture. Elle sera d’ailleurs sèchement interrompue par Kristin Scott-Thomas, maîtresse de cérémonie, qui demandera directement à David Cronenberg d’annoncer le nom des deux gagnants de la Palme d’or.

Rosetta - AfficheRosetta de Jean-Pierre Dardenne et Luc Dardenne – 1999 – Belgique – 1h30 – Sortie France le 29 septembre 1999 : 705 171 entrées (ARP Sélection)

Chaque jour, Rosetta part au front à la recherche d’un travail, d’une place qu’elle perd, qu’elle retrouve, qu’on lui prend, qu’elle reprend, obsédée par la peur de disparaître, par la honte d’être une déplacée. Elle voudrait une vie normale, comme les autres, parmi les autres…

 

Rosetta - Jaquette Blu-ray CriterionLe Blu-ray paru chez Criterion aux États-Unis est sans conteste celui qu’il faut avoir. Il date certes de 2012 mais l’image issue d’une restauration 2K surpasse à bien des égards celle de chez ARP éditée chez nous en 2015 qui part pourtant du même master. En ce sens que le Criterion adapte son encodage et sa compression à cette mise en scène caméra vérité des frères Dardenne. Le grain est ainsi bien présent et le rendu craspec de l’ensemble préservé. Une gageure pour de l’image vidéo à l’aune du 1080p habituellement DNRisée. Niveau bonus, l’édition ARP propose l’excellent doc  Il était une fois Rosetta diffusé sur Arte et trouvable en VOD chez eux. Le Criterion se défend aussi avec un passionnant entretien au long cours des frères Dardenne qui répondent en français. Les deux bonus reviennent bien entendu sur la polémique de l’époque quant à l’attribution du Prix d’interprétation féminine à Émilie Dequenne alors totalement inconnue et dont c’était la toute première expérience d’actrice. On aimerait bien connaître l’avis de ces lanceurs de polémiques à la con aujourd’hui. Dernière chose, le Criterion est un Zone A donc illisible sur les platines non dézonnées.

  Lâchez-vous !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

deux × 1 =