La Valise - Georges Lautner - Blu-ray

Collection Blu-ray Gaumont Découverte – Vague n°5 (Mars 2015)

La cinquième vague de la collection Gaumont Blu-ray Découverte est, à une seule exception près, placée sous le signe de la comédie. Mais comme bien souvent, les apparences peuvent être trompeuses et derrière leurs apparats de divertissements de masse, ces succès populaires peuvent receler bien davantage que de simples agitateurs de zygomatiques. Leur (re)découverte en Blu-ray et/ou les éclairages présents en bonus nous permet d’en saisir les subtilités et les coulisses de fabrication.

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Ni vu ni connu - Blu-ray

Tiré de L’Affaire Blaireau, nouvelle satirique politique et judiciaire dans la mouvance de l’affaire Dreyfus, Ni vu, ni connu deviendra, sous l’impulsion d’un Yves Robert à la carrière débutante, une fiction plus « légère » dont le titre complet fut un temps Ni vu, ni connu j’t’embrouille. Pour autant, derrière l’apparente simplicité de ce braconnier vivant reclus dans la forêt environnant une petite bourgade bien paisible se cache les prémices d’Alexandre le bienheureux, et in extenso la future carrière florissante du réalisateur. Celle de comédies populaires qui érigent des marginaux au rang de célébrités locales et, se faisant, raille une certaine image de la France profonde. La scène totalement ubuesque avec Pierre Mondy au prise entre Claude Rich qui veut se faire incarcérer après avoir avoué son crime d’un côté et Louis de Funès emprisonné à tort qui souhaite sortir de prison de l’autre est à ce titre parfaitement représentative de tous ces petits travers sociaux dont Ni vu, ni connu se moque tout du long. Un de Funès qui tenait là l’une de ses toutes premières têtes d’affiche (son nom figure en premier au générique), annonçant bien entendu ses futurs et très nombreux succès populaires.

Le Grand restaurant - De Funès - Blu-ray

Car si Ni vu, ni connu remporta un fort joli succès en 1958 (2,5M d’entrées), que dire alors des 3,5M du Grand restaurant en 1966, autre titre de cette cinquième vague Gaumont estampillé « Louis de Funès ». Celui qui allait devenir le comique préféré des français durant deux décennies de triomphes au box office (31 films sortis en salles depuis Pouic Pouic fin 1963 jusqu’à son dernier rôle en 1982 dans Le Gendarme et les gendarmettes pour un total de 147 millions d’entrées), Louis de Funès y taillait un joli costard à une certaine image du patronat, lui qui à l’époque où il se produisait dans les cafés théâtres avait été témoin du traitement infligé par de tels individus sur le petit personnel. Et c’est ainsi que certains de ses partenaires récurrents à l’écran, tel le duo Grosso et Modo ou encore son ami Paul Préboist, lui servent de souffre-douleurs dans ce film bicéphale avec une première partie (en grande majorité) à l’intérieur du restaurant où de Funès se livre à un numéro (y compris dansant) dont il a le secret et une seconde partie plus décousue en forme de pseudo course-poursuite. In fine, de l’aveu même de son biographe dans les suppléments, Le Grand restaurant n’est pas un grand film. Mais il n’en démontrait pas moins déjà à l’époque la véritable mainmise de de Funès sur une certaine frange du cinéma hexagonal où des projets se montaient (entendre par là « trouvaient les financements ») sur son seul nom et où ce dernier était officieusement le véritable maître sur le plateau (deux jours pour tourner une scène de moins d’une minute entre Préboist et lui).

La Valise - Georges Lautner - Blu-ray

Sans être le meilleur de ce que Georges Lautner a lui aussi à nous offrir, La Valise n’en demeure pas moins une comédie fort drôle ou, à tout le moins, divertissante. Le duo Michel Constantin / Jean-Pierre Mariel fonctionne à plein régime, les situations comiques s’enchainent sans temps morts, les running gags nous font toujours autant marrer (le fameux « Aïe ! Aïe ! Aïe ! » de Marielle depuis le fin fond de sa valise) et Mireille Darc, un an après sa robe très échancrée à vous en décrocher la mâchoire du Grand blond avec une chaussure noire, est toujours capable de faire fondre n’importe quel homme d’un simple sourire. D’autant que la précision de la HD nous permet désormais d’apprécier mieux que jamais les formes de la belle dans le plus simple appareil (42min 43s. On s’en voudrait de vous laisser chercher). Moins drôle en revanche est le témoignage de Georges Lautner qui regrette profondément l’accueil que certains réservèrent à ce film (pacifiste dixit le réalisateur) à l’époque du fait de sa toile de fond « israélienne ». Et le cinéaste de déclarer dans la présentation : « Sur mon répondeur chez moi j’ai eu des messages d’injures et tout le temps venant de milieux juifs […] Nos conneries de l’époque étaient malvenues […] Il y a encore beaucoup à parcourir pour leur apprendre l’indulgence […] Quand on voit les choses aujourd’hui, on n’a toujours pas réussi. J’en suis désespéré ». Reposes en paix Georges car dix ans après cette interview reprise du DVD (qui incluait également un bonus consacré à la musique du film hélas non présent ici), la situation ne s’est toujours pas arrangée. Bien au contraire.

Du mouron pour les petits oiseaux - Blu-ray

Plus surprenant sans doute est de voir figurer dans la filmographie du cinéaste à l’origine des Enfants du Paradis et autres Les Visiteurs du soir, œuvres assez peu comiques s’il en est, une amusette comme Du mouron pour les petits oiseaux. Et pourtant, là encore, derrière les portes des différents appartements de cet immeuble parisien se cache une bien réjouissante ébauche des mœurs sociales qui, un demi-siècle plus tard, demeure toujours d’actualité. Entre tromperies, adultères et cachoteries de chaque résident, cette comédie aux relents vaudevillesques prend peu à peu forme pour constituer à l’arrivée une radiographie fort à propos des différentes strates sociales qu’elle nous brosse, nantie d’une dernière partie qui verse davantage dans une comédie policière non moins délicieuse. Du mouron pour les petits oiseaux ne constitue donc pas tant un changement de registre de la part de Marcel Carné (qui envisageait d’autres projets à l’époque parmi lesquels Les Dimanches de ville d’Avray, Germinal ou encore La Dame aux camélias) mais bel et bien une œuvre hautement réjouissante où les comédiens (actrice récurrente de Carné, Arletty ne pût prendre part au film pour cause d’intervention chirurgicale) déclament des dialogues truculents à souhait signés Jacques Sigurd. L’accueil public fut toutefois très mitigé (à peine un million d’entrées) tandis que l’accueil critique fut encore plus glacial, tout le gotha de la presse de l’époque n’ayant déjà plus d’yeux que pour la Nouvelle Vague.

La Septième cible - Claude Pinoteau - Blu-ray

Pour La 7ème cible, seul titre dépourvu de toute connotation comique de cette vague Gaumont, Claude Pinoteau se détournait de l’humour pour le suspense pur jus. À peine sorti du triomphe populaire du diptyque La Boum 1 & 2, le réalisateur devait y retrouver Sophie Marceau qui, à l’époque, n’ayant d’yeux que pour Andrzej Zulawski (avec qui elle eut son premier enfant), accepta de jouer dans L’Amour braque et dû être remplacée au pied levé par Elisabeth Bourgine qui n’en menait pas large face à un Lino Ventura qui tournait là son dernier long-métrage à sortir en salles. De l’aveu même de sa fille, Claude Pinoteau n’était pas satisfait de la dernière partie du film où il plagia Le Silencieux pour la séquence finale. En revanche, tout ce qui précède forme un thriller extrêmement bien ficelé et tendu qui prend la peine de s’attarder sur tous les personnages qui gravitent autour d’un Ventura égal à lui-même, c’est-à-dire irréprochable dans son rôle de prédilection, celui d’un homme impassible qui dans le cas présent se retrouve pris pour cible sans en connaître la raison.

Le Grand restaurant - De Funès - Blu-ray

Gaumont Vidéo poursuit lui aussi dans son registre de prédilection avec sa collection Blu-ray Découverte, à savoir des éditions techniquement très recommandables. Les masters sont une nouvelle fois d’une propreté irréprochable, la gestion des couleurs et/ou des contrastes dans le cas des œuvres en noir et blanc est aussi appréciable que peut l’être la précision de la définition d’ensemble où de rares séquences montrent quelques signes de fléchissement. Tout juste pourra-t-on une nouvelle fois trouver que l’image a été un peu trop dégrainée. Côté son, tous les films sont proposés avec une seule et unique piste DTS-HD MA 2.0 mono, soit là aussi une habitude de la part de l’éditeur pour un résultat toujours aussi propre et agréable à l’oreille. Côté bonus, chaque titre a droit à de courtes présentations d’une dizaine de minutes environ, reprises des précédentes éditions DVD ou bien conçues tout spécialement pour leur parution Blu-ray. À défaut d’être pléthorique, l’interactivité a le mérite de ne pas être désertique.

La Valise - Georges Lautner - Blu-ray

Finissons avec deux petites précisons. Tout d’abord, alors que les trois premières vagues parues en 2014 comptaient 10 titres chacune, Gaumont Vidéo a décidé de réduire quelque peu la voilure en 2015. La quatrième vague parue en janvier ne comportait que cinq titres (les OSS 117 des années 1960) tout comme cette cinquième vague. Et pour conclure, signalons que le prix public conseillé est passé de 10€ à 13€ TTC pour les raisons suivantes recueillies auprès de l’éditeur : Certaines des grandes enseignes commerciales estimaient ne pas pouvoir se faire de marge en les mettant à 10 € . Cependant, les mettre à 13 € permet que ces titres soient éligibles directement dans les mécaniques 3 pour 10€, 5 pour 30 € (les sites de plusieurs grandes enseignes les affichent ainsi en réalité à 9,99€).

Collection Blu-ray Gaumont Découverte – Vague n°5

Éditeur : Gaumont Vidéo
Date de sortie : 25 mars 2015

Ni vu, ni connu (1958)
Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 29min 40s

Bonus (en HD) :
Présentation par Bertrand Dicale (12min 38s)
Bande-annonce (4min 07s)

Captures Blu-ray – Ni vu, ni connu

Ni vu ni connu - Blu-ray - Packshot

Du mouron pour les petits oiseaux (1963)
Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 49min 17s

Bonus (en HD) :
Présentation par Philippe Morisson (12min 21s)
Bande-annonce (2min 55s)

Captures Blu-ray – Du mouron pour les petits oiseaux

Du mouron pour les petits oiseaux - Blu-ray - Packshot

Le Grand restaurant (1966)
Spécifications techniques :
– Image : 2.35:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Anglais, Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 27min 05s

Bonus (en HD) :
La séquence du ballet commentée par la chorégraphe Colette Brosset (7min 41s, SD)
Présentation par Bertrand Dicale (10min 59s)
Bande-annonce (4min 14s)

Captures Blu-ray – Le Grand restaurant

Le Grand restaurant - De Funès - Blu-ray - Packshot

La Valise (1973)
Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 39min 58s

Bonus (en HD) :
Présentation par Georges Lautner (7min 47s, SD)
Bande-annonce (3min 13s)

Captures Blu-ray – La Valise

La Valise - Georges Lautner - Blu-ray - Packshot

La 7ème cible (1984)
Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
– Sous-titres : Anglais, Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h 48min 14s

Bonus (en HD) :
Présentation par Claude Pinoteau (9min 04s, SD)
Fille(s) de Lino : entretien avec Élisabeth Bourgine (12min 57s, SD)
Bande-annonce (2min 16s)

Captures Blu-ray – La 7ème cible

La Septième cible - Claude Pinoteau - Blu-ray - Packshot

3 réflexions sur « Collection Blu-ray Gaumont Découverte – Vague n°5 (Mars 2015) »

  1. Il faudrait que Gaumont restaure en bluray certains films de son catalogue uniquement disponibles en dvd, en raison de leur intérêt historique ou esthétique dans l’histoire du cinéma français :
    – La Vérité sur Bébé Donge de Henri Decoin
    – L’Affaire des poisons d’Henri Decoin
    – Les Salauds vont en enfer de Robert Hossein
    – Le Grand jeu de Robert Siodmak (remake couleur de l’original N&B signé Jacques Feyder mais remake supérieur, il me semble, à l’original)
    – Le Dos au mur d’Edouard Molinaro
    – Cartes sur table de Jess Franco
    – Le Vice et la vertu de Roger Vadim
    – Sept hommes en or de Mario Vicario

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