Blu-ray Gaumont Découverte – Deuxième vague

Fidèle à la ligne éditoriale qu’il a lancé il y a quelques mois tel un gros pavé dans la mare du pouvoir d’achat, Gaumont nous propose aujourd’hui une deuxième vague de Blu-ray « découverte », toujours vendue au prix très étonnant de 10 euros la galette. Dix euros, dix nouveaux titres, dis-nous tout Tonton BDM…

Le premier bon point à relever – bien sûr, à dix bons points l’éditeur aura droit à sa grande image – c’est que Gaumont se fait fort d’imposer à nos yeux ébahis une sélection de titres de catalogue à nouveau très variés, faisant la part belle aussi bien aux inédits et curiosités naphtalinées qu’aux films populaires vus et revus à la télé. Le packaging est simple (boitier blanc, jaquettes privilégiant généralement les couleurs claires), et côté maquette, l’éditeur a fait le choix, comme pour la première vague, de mettre en avant un photogramme du film plutôt que les sympathiques affiches d’origine ou un boulot de graphiste un peu plus élaboré. C’est dommage pour les amateurs, qui regretteront sans doute les visuels harmonisés de leur collection Lautner en DVD (ou les jolies jaquettes minimalistes des films de Pierre Richard sortis il y a quelques années), mais c’est plutôt dans l’air du temps, et il s’agit, à n’en point douter, d’une concession destinée à proposer cette vague de Blu-ray « découverte » à un prix modique. Les esthètes grincent des dents, mais nos porte-monnaies respirent.

Dans le même état d’esprit d’économie à tout crin, tous les titres de la collection ne proposent qu’un menu fixe et muet, et les films ne sont agrémentés que de suppléments encodés en définition standard. Une sobriété qui colle plutôt bien à certains films, mais nettement moins à d’autres (on pense surtout au très psychédélique Quelques messieurs trop tranquilles, dont la folie et l’exubérance formelle s’accordent finalement assez mal à son menu clair et pastel).

Ma biiiiiiiche ! Vous reprendrez bien un peu de Fufu

Trois films mettant en scène Louis De Funès, ça fait presque un tiers de cette nouvelle vague consacrée au comique préféré des français. On ne vous fera pas l’outrage de revenir en détail sur Hibernatus ou sur le génialissime Oscar, car tout le monde ou presque les connaît par cœur. Bien plus inspirées et drôles que, au hasard, la série des Gendarmes, ces deux comédies sont devenues des classiques du cinéma français, et fonctionnent toujours à plein régime, si tant est que vous soyez sensibles aux mimiques débridées du père Fufu.

Blu-ray Gaumont découverte : Hibernatus

Moins connu du grand public, Carambolages a été réalisé en 1963 par Marcel Bluwal, dont il s’agit du seul film de cinéma avec Le monte-charge, adapté du roman de Frédéric « San Antonio » Dard. Alerte, rythmé, slalomant avec aisance entre la satire féroce et le non-sens absolu, le film bénéficie de l’agilité de plume des talents couplés de Pierre Tchernia (scénario) et de Michel Audiard (dialogues), et permet à Louis de Funès de peaufiner le personnage de patron canaille qu’il entretiendra durant toute sa carrière. En l’état, Carambolages s’avère une excellente « petite » comédie, apparaissant avec le recul des années comme un brouillon à Oscar qui sera réalisé quatre ans plus tard, avec Jean-Claude Brialy en lieu et place de Claude Rich (et inversement).

Lautner et Cayatte à l’honneur

Avec chacun deux films au compteur, Georges Lautner et André Cayatte sont également bien représentés dans cette nouvelle vague Blu-ray « découverte » de nos amis de chez Gaumont.

Le premier film de Lautner fait partie de la veine « fantaisiste » du cinéaste : il s’agit de Quelques messieurs trop tranquilles. Très profondément ancré dans son époque de tournage (1972), en mode psychédélique et amour libre, le film reprend la trame de La nuit des grands chiens malades, polar signé du romancier d’extrême droite A. D. G., pour en faire une sympathique comédie. Lautner et son dialoguiste Jean-Marie Poiré s’amusent du contraste entre France profonde et babas cool, et le film fait régulièrement mouche, provoquant rires et sourires à intervalles réguliers.

Blu-ray Gaumont découverte : Quelques messieurs trop tranquilles

Tourné un peu plus de quinze ans plus tard (1988), La maison assassinée est, en revanche, un film dramatique, très sérieux. Nous narrant une sombre histoire de vengeance sanglante (Patrick Bruel va traquer et tuer les responsables de la mort de ses parents), cette Maison est malheureusement un peu desservie par des acteurs pas toujours très convaincants : Bruel manque en effet un peu de carrure pour endosser un rôle aussi badass, et Ingrid Held s’avère une bien piètre nymphomane, souvent ridicule tant son jeu est figé (le « métier » ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque ladite actrice n’a visiblement plus rien tourné depuis 1992). En revanche, le rythme du film est bien géré, et certaines séquences de meurtres ne sont pas sans rappeler les outrances gothiques d’un Dario Argento (toutes proportions gardées bien sûr). Deux films très différents donc !

Les deux films signés André Cayatte sont également très différents l’un de l’autre. Réalisé en 1955, Le Dossier noir est, à l’image de Nous sommes tous des assassins (1952), une charge féroce à l’encontre du système judiciaire français. Démontrant par l’exemple un dysfonctionnement flagrant de la « machine » judiciaire, le film fait froid dans le dos et dénote peut-être d’un certain cynisme, ou, tout du moins, d’une absolue désillusion quant à la « justice » de l’époque.

Blu-ray Gaumont découverte : Le dossier noir

En 1958, Cayatte abandonnait néanmoins les films à charge pour signer avec Le Miroir à deux faces une romance contrariée aux accents sociaux et réalistes. Reposant essentiellement sur le jeu extraordinaire de son duo d’acteurs principaux utilisés à contre-emploi (Bourvil dans un rôle pathétique et loin du comique habituel, Michèle Morgan jouant le rôle d’une femme… laide !), Le Miroir se permettait tout de même, au détour d’une ou deux séquences, de tirer à boulets rouges sur certaines dérives de l’époque. On se rend ainsi compte que la chirurgie esthétique « d’agrément », si décriée de nos jours, était déjà en vogue au tournant des années 60. En bref, on découvre donc deux facettes tout à fait différentes du talent d’André Cayatte, cinéaste controversé et finalement encore un peu mésestimé en France, du fait de ses accointances avec les allemands de la Continental durant la seconde Guerre Mondiale.

Le retour du cinéma populaire

Vous comptez bien : il reste donc trois films inclassables au cœur de cette deuxième vague Blu-ray « découverte » Gaumont. On notera tout d’abord le film ayant marqué la rencontre au sommet de deux titans du Septième Art en France, Lino Ventura et Francis Perrin : La Gifle de Claude Pinoteau (3,4 millions d’entrées en 1974). Tout le monde sera ravi d’apprendre que quarante ans après la sortie du film dans les salles obscures, Isabelle parle toujours mal, travaille, danse et grandit toujours aussi mal ; mais rassurez-vous, elle se prend toujours une bonne mornifle dans le grognon, et elle l’a pas volée. Blague à part, les amateurs de bluettes et les fans transis d’Isabelle Adjani pourront se replonger dans le tourbillon de leurs tourments adolescents.

Les amateurs de comédie française se réjouiront peut-être de la sortie de La Carapate de Gérard Oury (3 millions d’entrées en 1978). Si la plupart des films mettant en scène Pierre Richard demeurent toujours aussi drôles aujourd’hui, il faut admettre que cette cuvée Oury 78 n’a pas grand chose de réjouissant (allez, trois ou quatre sourires, tout au plus…). Au point que l’on finisse par se demander par quel mystère ce laborieux buddy movie à la française est parvenu à devenir un grand succès populaire : peut-être coïncidait-il avec les premières diffusions TV du Grand blond avec une chaussure noire ? Ou peut-être surfait-il vaguement sur le succès de Je suis timide mais je me soigne, sorti moins de deux mois avant celui-ci ?

Blu-ray Gaumont découverte : La carapate

Et cette sélection Gaumont ne serait pas complète sans un bon petit « grand film de guerre » des familles : le choix du jour va vers l’attachant film de Vadim, Le Vice et la vertu (1,5 million d’entrées en 1963). Pas subtil pour deux sous, mais vénéneux comme il faut, et pour cause ! Vadim adapte à sa manière le Marquis de Sade, et les aventures de Justine et Juliette en France occupée s’avèrent finalement absolument recommandables.

Verdict technique

Globalement, et comme le disent nos collègues américains, Gaumont delivers the goods. Aussi bien côté image que côté son, les masters proposés par l’éditeur sont de bonne tenue ; les films sont tous proposés au format respecté et encodés en 1080p. Les pistes audio sont en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine), claires et nettes, comme deux lots de roches me souffle un ami pétrologue. Bien sûr, l’éditeur a parfois la main un peu légère sur le réducteur de bruit (manque de textures franches) et l’étalonnage des couleurs peut parfois surprendre. Côté suppléments, tous les Blu-ray reprennent les bonus déjà présents sur leurs équivalents DVD (et en SD). Les deux films d’André Cayatte ainsi que le Roger Vadim s’offrent même des entretiens inédits, et en HD, spécialement destinés à leur exploitation sur support Blu-ray.

En deux mots comme en cent, on est globalement satisfait de la qualité de cette fournée Gaumont, et on est impatients de découvrir la prochaine, qui nous offrira, entre autres, les formidables Coup de tête (Jean-Jacques Annaud) et La Chèvre (Francis Veber).

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