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Quel avenir pour le Blu-ray et le DVD chez TF1 Vidéo ?

C’était une rumeur qui courait depuis la rentrée 2018. Et comme toutes les rumeurs on n’y prêtait que peu d’attention. Pour une fois, on aurait dû. Car qu’elle ne fut pas notre surprise à la réception du planning de TF1 vidéo début janvier. Pas une sortie DVD ou Blu-ray au programme des trois prochains mois. Rien, nada, walou, peau de balle. Il a donc bien fallu se rendre à l’évidence. Nous qui avions déjà bien du mal à l’idée qu’un titre comme Les Aventures de Rabbi Jacob ne sortirait pas comme prévu en Blu-ray et Blu-ray 4K, là c’est carrément tout un département qui met ostensiblement la clef sous la porte. Mais dans l’absolu, faut-il être si surpris par cette décision ? On le sait, le marché dicte sa loi. Et le marché est en berne depuis plusieurs années maintenant. On a quand même voulu en avoir le cœur net et pour cela on a eu la chance de pouvoir poser quelques questions à plusieurs personnes en interne mais qui, tant qu’une annonce officielle n’aura pas été actée, ont préféré garder l’anonymat.

« Nos objectifs en début d’année 2018 étaient peu élevés et tenaient en plus compte du recul programmé des ventes (-16%). Mais quand est arrivé décembre, il a bien fallu se rendre à l’évidence. C’était pire que ce que l’on pensait. » Chez TF1 Vidéo, on a fait le constat que ce qui marche encore en DVD et en Blu-ray ce sont « les blockbusters américains, et encore pas tous et de moins en moins,  les séries TV  que l’on ne trouvera pas forcément sur Netflix comme Le Bureau des légendes que StudioCanal a vendu par wagons et les films de patrimoine qui vont intéresser un public certes restreint mais très fidèle du moment qu’on leur propose des éditions irréprochables. » On l’aura compris, TF1 Vidéo ne rentre que très rarement dans ces cases. En tout cas pas au point de maintenir une task force prête à relever des défis au quotidien qui semblent donc perdus d’avance. Et de toute façon à y regarder de plus près, 2018 fut déjà une année en net repli ne serait-ce que par la variété des titres édités. En guise de « blockbusters », on trouve juste Le Petit Spirou. Un flop en salle avec moins de 500 000 entrées pour un budget annoncé à 15M d’euros. En fait de blockbusters, il n’y a point chez TF1 Vidéo. Et certainement pas ricains. Difficile donc ici de rivaliser avec au hasard Universal Pictures Vidéo France qui ne propose quasiment que ça et dont les équipes ad hoc ont d’ores et déjà été réduites à la portion congrue. UPV qui au passage distribue TF1 Vidéo. En fait, s’il fallait jeter un œil ailleurs pour une comparaison qui ferait sens, c’est vers M6 Vidéo (ou StudioCanal) qu’il faudrait plus tourner la tête. Tout comme TF1 Vidéo, on est face à une entité créée à l’origine pour diversifier et assoir un pôle TV en mini major à la française. Pour autant, on parle ici d’un éditeur où le panel des sorties est bien plus varié. S’y côtoie en effet des titres assez porteurs, quelques séries du même acabit (Z Nation / Kaamelott…) et du cinéma français qui va de la grosse comédie qui tâche au cinéma d’auteur. Et de toute façon là-bas (tout comme chez SC), on nous a assuré que 2019 ne serait pas synonyme de cimetière pour la vidéo physique. Par contre pour 2020… Edit 15/03 : Petit coup de fil de chez  M6 Vidéo qui nous demande de rectifier cette dernière assertion qui fut énoncée sur le ton de la boutade en janvier dernier quand nous les avions joint par téléphone. En effet, il n’est pas question pour eux d’arrêter la vidéo physique que cela soit en 2020 ou après. Simplement, ils n’avaient tout simplement pas de visibilité en janvier 2019 pour janvier 2020. CQFD et dont acte ici même. Et Mea Culpa quant à nous pour avoir laissé entendre le contraire.

Ghostland - jeu concours

Il y a bien chez TF1 Vidéo quelques grosses comédies françaises mais en fait cela fait belle lurette que cela ne fait plus recette en DVD et encore moins en Blu-ray. Il suffit de comparer le million d’exemplaires mis en place par Pathé en septembre 2010 pour Bienvenue chez les Ch’tis aux 50 000 DVD et Blu-ray que ce même Pathé a proposé à la vente pour la Ch’tite famille en juin 2018. Certes la notoriété en salle des deux films n’est pas comparable mais il est évident qu’aujourd’hui un film de Danny Boon qui a cartonné au cinéma ne va plus massivement se consommer à la maison via un DVD mais bien plus en VOD. On est ici dans le cadre d’une consommation rapide comme quand on va chez le Burger King du coin. Et d’ailleurs le dernier « gros » succès enregistré par TF1 Vidéo n’est autre que Ghostland, le film de Pascal Laugier distribué par Mars Films en salles. Sans révéler les chiffres qui nous ont été communiqués, on peut toutefois dire que 60% des ventes proviennent d’un achat VOD. Et de fait pour ce genre de films / productions pourquoi continuer à faire la démarche d’acheter une galette quand il suffit juste de cliquer sur son téléviseur connecté pour commander sa séance cinoche à la maison. Cela prend en plus moins de place. La préoccupation centrale pour TF1 Vidéo est donc de savoir comment dorénavant repérer un film qui mériterait une édition physique. Une réflexion marketing qu’il faut bien entendu associer à l’étude du cœur de cible à qui s’adresse le titre en question.

Les Aventures de Rabbi Jacob (1973) de Gérard Oury – Packshot Blu-ray 4K Ultra HD

Ce qui nous amène tout naturellement sur le versant des films de patrimoine pour lesquels TF1 Vidéo nous a laissé entendre ne pas vouloir les laisser tomber. De fait Les Aventures de Rabbi Jacob en 4K devrait bien sortir pour la fin 2019, quand le marché physique est le plus actif et quand il est encore de bon ton de glisser une galette sous le sapin et non un abonnement Netflix. Dans les faits, cela impliquerait que la collection Héritage ne soit donc pas abandonnée comme on l’a cru dès septembre dernier sans que pour autant nous n’ayons à date une quelconque visibilité sur les titres envisagés. Ce qui est certain par contre c’est que la démarche d’un nouvel entrant comme Coin de Mire Cinéma venu leur proposer de mettre en valeur certains titres de leur catalogue est loin de les avoir laissé de marbre. En ce sens que le scepticisme du début a laissé la place à l’envie de prolonger la collaboration. Soit, pour rappel, un quidam comme vous et moi qui se présente chez TF1 Studio (entité qui chapeaute entre autre la vidéo physique) pour leur demander de lui confier certains titres moyennant finance bien entendu et selon une éditorialisation pour le moins classieuse entre packaging recherché, bonus d’époque et caractéristiques techniques souvent proche de la perfection. Un versant pour lequel TF1 Vidéo a d’ailleurs pas mal contribué en fournissant les meilleures copies possibles quand Coin de Mire Cinéma s’est chargé de certaines restaurations 4K via du financement en propre et/ou du Crowdfunding. Si l’on ne connaît pas les chiffres de vente exactes (chacun des 6 titres a bénéficié d’une mise en place de 3 000 exemplaires), il est évident que chez TF1 Vidéo cela a participé activement à leur réflexion sur la prise de distance définitive avec le marché de la vidéo physique.

Coin de Mire Cinéma

« Nous sommes en effet dorénavant en recherche active pour développer ce genre de partenariats. » Comme si chez TF1 Vidéo, on admettait quelque part que leur cœur de métier ne se situait plus ici. C’est à l’évidence une page qui se tourne et malheureusement bien d’autres éditeurs historiques vont suivre le même chemin pour aboutir très prochainement à un marché dominé par des indépendants qui vont assouvir leur flamme de collectionneurs en quête de la meilleure copie d’un Scorsese ou d’un inédit restauré en 4K d’un Claude-Autant Lara. On glisse forcément vers une cinéphilie de dupes pas loin d’une forme de geekerie un peu détestable. Posséder pour posséder avec l’obsession de la meilleure édition possible pouvant aller même chez certains avec « l’oubli » de (re)voir le film. Mais on pourra aussi nous rétorquer que le téléchargement définitif connu sous le barbarisme EST pour « Electronic Sell-Through » n’est pas fait pour les chiens. Avec toutefois le risque d’une disparition intempestive du fichier de votre Cloud si par exemple vous déménagez à l’étranger ou tout simplement parce que les droits auprès de l’ayant droit ad hoc n’auront pas été renouvelés. Ce qui n’arrivera bien entendu jamais avec une galette (exception faite des Blu-ray qui ont été fabriqués avec de la résine/colle défectueuse et qui ont été recensés ici).

De toute façon chez TF1 Vidéo on n’en est plus là. La réorganisation des équipes s’opère au moment où l’on bricole ces lignes. Certains qui ont été pendant plus de 10 ans chef de produit se retrouvent à animer commercialement la boutique MYTF1VOD. Un challenge certainement passionnant (qui sait ?) mais qui n’a en effet plus rien à voir avec celui de produire des bonus pour accompagner la sortie d’un film en Blu-ray (par exemple). C’est d’ailleurs cet autre aspect saillant qui va refluer dans les limbes de l’ultra niche avec cette disparition progressive et programmée de la vidéo physique. On parle de cette contextualisation par voie de bonus devenue le passage obligé initié par un certain Criterion (pour ne pas citer le fameux éditeur new-yorkais) du temps du Laserdisc. Certes la chose n’a jamais été quelque chose de prescriptrice auprès du grand public. Entendre par là que peu de gens se sont procurés le Blu-ray ou le DVD d’Il était une fois en Amérique pour la seule écoute du commentaire audio de l’historien du cinéma Richard Schickel. On rappellera d’ailleurs que chez Warner, ils n’ont jamais pris la peine de sous-titrer en français ce genre d’exercice. Donc, en plus d’une certaine idée de la diversité cinématographique qui vacille, c’est la compréhension même de certains des enjeux du film (quand cela est bien fait) qui va devenir une rareté.

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Ne disposant pas de films porteurs au regard du potentiel économique dorénavant réduit du médium et encore moins d’une très forte diversité ou d’une véritable profondeur de son catalogue au regard de la concurrence, TF1 Vidéo a donc pris la décision qui s’imposait d’elle-même. Et le reflux ne fait que commencer. On rappellera ainsi que cela fait quand même des lustres que les grands studios US ont abandonné quasiment toutes velléités de faire fructifier leurs films de patrimoine sur support physique laissant cela à des éditeurs tiers et indépendants. Que le CNC a coupé ses subventions pour la numérisation des films de patrimoine en 2019 ce qui va donc provoquer une multiplication des opérations de crowdfunding chez Carlotta / ESC / Bach Films / Sidonis… et un ralentissement chez Pathé ou Gaumont d’éditions mettant en valeur leur très riche catalogue. Que le Blu-ray 4K ne décolle pas vraiment avec dans le même temps deux marques emblématiques qui arrêtent la fabrication des lecteurs ad hoc (Oppo et Samsung). En gros, il n’y a pas une semaine maintenant qui n’apporte pas son lot de mauvaises nouvelles. Quant à TF1 Vidéo, on espère juste les retrouver au détour d’une ou deux éditions prestiges annuelles mais aussi qu’il sache faire valoir leur expertise auprès d’éditeurs tiers qui voudront valoriser leur catalogue. Comme avec Coin de Mire Cinéma en les incitant à proposer au titre de compléments autre chose que les pubs et les actualités de l’époque ? « C’est en effet l’idée » nous dit-on en guise de conclusion. Nous voilà rassuré ? Non. Mais quel choix nous reste-t-il sinon à s’improviser nous aussi éditeur ?

Edit : Universal Pictures France vient de nous communiquer son planning des sorties pour les mois de juin et juillet 2019 et ô surprise on y découvre des titres de chez TF1 Vidéo. En voici le détail ci-dessous. En attendant d’en savoir plus, on peut estimer que la réorganisation chez l’éditeur est terminée et que si sa force de vente a été dissoute ou transférée ailleurs en interne, il reste encore quelques personnes en charge du média physique. Certes, la liste est maigre et peu excitante mais on se réjouit que la chose perdure encore un peu.

  • Lola et ses frères de Jean-Paul Rouve (DVD uniquement) – 1er juin
  • Rémi sans famille de Antoine Blossier (Blu-ray et DVD) – 3 juillet
  • Au bout des doigts de Ludovic Bernard (Blu-ray et DVD) – 3 juillet
  • Un nouveau jour sur Terre de Peter Webber (Blu-ray et DVD) – 3 juillet
  • Pat Patrouille – Vol 24 et 25 – (DVD uniquement) – 3 juillet
  • Miraculous, les aventures de LadyBug et Chat Noir – Vol 9 et 10 (DVD uniquement) – 3 juillet
  • Jusqu’ici tout va bien de Mohamed Hamidi (Blu-ray et DVD) – 10 juillet
  • Profilage – Saison 9 (DVD uniquement) – 10 juillet
  • South Park – Saison 21 (DVD uniquement) – 10 juillet
  • Une famille formidable – Saison 15 (DVD uniquement) – 15 juillet
  • Ma vie avec John F. Donovan de Xavier Dolan (Blu-ray et DVD) – 17 juillet

6 réflexions sur « Quel avenir pour le Blu-ray et le DVD chez TF1 Vidéo ? »

  1. Bonjour,
    Avant d’écrire sur un éventuel ralentissement des éditions chez Gaumont…
    Interrogez nous!!! Avec près de 50 titres en Blu-ray par exemple programmés en 2019 je n’ai pas l’impression que les équipes vont ralentir, loin s’en faut !!!
    Et pour 2020 on est déjà en train de restaurer une quinzaine d’oeuvres.
    Cordialement
    Jérôme SOULET, directeur de Gaumont Vidéo

  2. En étant équipé d’un bon home cinéma chez soi, lire un disque blu-ray UHD ou HD et avoir une image exceptionnelle avec une qualité sonore de cinéma, ce n’est pas encore vraiment possible en VOD, il faut au moins la fibre et encore la qualité sonore n’a rien voir. Ceux qui veulent la meilleure expérience achèteront encore le support physique.
    Regardez les vinyles…il y a de l’espoir…

  3. hum il me semble que le support blu ray 4k marche plutôt bien aux States.
    Personnellement j’en ai plus qu’assez d’entendre dire par certains grands groupes ou faux gourous high tech, que le support physique est voué à disparaître!
    Ce sont les même qui disaient : « la musique maintenant c’est du MP3 à 192k , fini le format WAVE, le CD …. »
    Je pense que pour les cinéphiles que nous sommes, l’objet importe autant que le contenu , idem pour les mélomanes.
    Découvrir un film sur une tablette ? franchement …

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