Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Blu-ray 4K Ultra HD

Jurassic Park : Bienvenue dans la 4K

En 2018, Jurassic Park fête son 25ème anniversaire. Et quel meilleur moyen pour célébrer pareil évènement qu’une petite ressortie sur le meilleur support home-cinéma disponible à date ? Mais pour aussi attendue et bienvenue que soit cette édition Blu-ray 4K Ultra HD, celle-ci ne nous a pas totalement convaincue. Explications.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Packshot Blu-ray 4K Ultra HD
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Jurassic Park (1993)

Réalisateur : Steven Spielberg
Éditeur : Universal Pictures Vidéo
Sortie le : 22 mai 2018

Notes :
– Image (Blu-ray 1080p) : 4/5
– Image (Blu-ray 4K UHD 2160p) : 4/5
– Son : 5/5
– Bonus : 4/5

 

NB : Les captures de cet article sont issues du Blu-ray 1080p.

Welcome to Jurassic Park

Cette réplique mythique est bien entendue celle prononcée par Richard Attenborough sitôt apparu à l’écran le tout premier dinosaure en images de synthèse de pied en cape sous le regard médusé et la mâchoire pendante du trio Sam Neill / Laura Dern / Jeff Goldblum. Une apparition qui ne venait pas seulement de faire entrer la scène en question dans les annales mais avec elle le film Jurassic Park tout entier. La face du Septième Art venait à jamais, pour le meilleur et pour le pire, de basculer pour de bon dans l’ère du numérique, deux ans seulement après les effets spéciaux déjà époustouflants d’un certain Terminator 2 (1991). Cette prouesse technique, on la doit au dénommé Dennis Murren et son équipe d’ILM, lui qui avait déjà œuvré sur le film de James Cameron ainsi que sur des séquences similaires sur Abyss (1989). À l’issu d’un test dont on peut (re)découvrir les images dans le documentaire L’aube d’une nouvelle ère proposé au sein des bonus, Phil Tippett, maître ès effets spéciaux en stop-motion considéré comme le digne héritier du grand Ray Harryhausen, aurait déclaré : « Je suis en voie d’extinction » comme nous le rappelle Steven Spielberg dans le making of d’époque. L’outil informatique était déjà à ce point si avancé que le documentaire intitulé Faire la préhistoire pointe du doigt un autre trucage, assurément passé inaperçu celui-là : le remplacement du visage de la cascadeuse par celui de la comédienne Ariana Richards pour un plan de la scène finale avec les raptors.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

Une séquence aussi réussie que flippante, tout comme celle de la première apparition du Tyrannosaure Rex, plus communément appelé T-Rex. Ce même reportage revient d’ailleurs sur la conception de cette séquence entrée elle-aussi dans les annales, depuis la phase du story-board jusqu’au design sonore et cette fameuse onde à la surface d’un verre d’eau. Une idée qui vint à Spielberg lorsqu’il fut témoin d’un phénomène similaire dans le rétroviseur de sa voiture alors qu’il se rendait au studio en écoutant du Earth Wind & Fire. L’impressionnante réplique grandeur nature conçue par Stan Winston n’est pas oubliée pour autant, elle qu’il fallait sécher entre deux prises car non prévue à l’origine pour évoluer sous une pluie battante (une décision de dernière minute de Spielberg). Un Spielberg qui fut si satisfait de la séquence en question qu’il décida de faire du T-Rex LA star du film en modifiant la fin initialement prévue et dont on peut d’ailleurs découvrir une version à l’état de story-board. Les vélociraptors ne seraient donc plus mis hors d’état de nuire par notre petite troupe sus-citée mais par celui qui allait subséquemment devenir l’emblème de toute la saga Jurassic Park.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

La prémonition de Phil Tippett n’allait toutefois pas devenir réalité, à tout le moins pas sur ce film. Dans la section « documentaires d’archives », on trouve en effet les premières réunions de pré-production au cours desquelles Spielberg envisage déjà des mouvements et des angles de caméras bien spécifiques à l’aide de simples modèles réduits pour véhiculer la peur à l’écran. Tout ceci en compagnie de Stan Winston, Phil Tippett, Dennis Murren et Michael Lantieri. C’est peu dire que de (re)découvrir les images d’époque de ces géants de l’ombre réunis autour d’une même table sur un projet commun filent de sacrés frissons de cinéphiles. Si Spielberg fera moult ajustements lors de la post-production alors qu’il tournait La Liste de Schindler à Cracovie (un double emploi du temps qu’il ne réitérerait pas, de son propre aveu, si c’était à refaire) au cours de nombreuses réunions par satellite avec les équipes d’ILM, le cinéaste n’en rappelle pas moins que ces références remontaient à une autre époque. En l’occurrence celle des mythiques Le Monde perdu (1925) et autres King Kong (1933). Spielberg ne voulait par ailleurs pas uniquement réaliser un film de monstres visuellement époustouflant mais aussi scientifiquement crédible (d’où la présence sur tous les films de la saga d’un dénommé Jack Horner, paléontologue spécialisé dans les dinosaures) et conçu « avec l’état d’esprit d’un enfant ». D’où la place prépondérante occupée par les deux bouts de chou du milliardaire interprété par Richard Attenborough.

À sa sortie en salles, Jurassic Park enthousiasmera bel et bien petits et grands. Pour autant, il ne sera pas interdit d’y voir comme un certain décalque du long-métrage qui fit entrer Steven Spielberg dans la cour des grands en 1975 : Les Dents de la mer. Difficile en effet de ne pas voir dès cette première séquence comme une transposition de la scène d’ouverture de Jaws où une nageuse est charriée en tous sens par une bête qu’on ne voit jamais à l’image. Et si 25 ans plus tard, Jurassic Park fonctionne toujours aussi bien en tant que divertissement de haute volée (le sous-texte sur les danger de la science et de l’Homme jouant à Dieu étant finalement éclipsé par le spectacle offert), ce grand huit se situe tout de même un (bon) cran en deçà de son illustre prédécesseur.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

Jurassic Park entre dans l’ère de la 4K (ou presque)

En attendant de redécouvrir (bientôt espérons-le) en Blu-ray 4K Ultra HD le long-métrage que d’aucuns considèrent toujours à date comme le véritable chef-d’œuvre de la filmographie de Spielberg, c’est donc Jurassic Park qui a les honneurs d’une parution sur le support. Commençons d’abord par la bonne nouvelle : pour cette sortie, Universal s’est fendu d’un tout nouveau master 4K et cela se voit et s’apprécie dès la scène d’ouverture évoquée précédemment. Encodée dans son format d’origine 1.85:1 en HEVC 2160/24p HDR10, jamais l’image de Jurassic Park n’était apparue avec un rendu vidéo aussi pointu dans ces tous premiers gros plans sur les faciès anxieux. Le reste du métrage sera à l’avenant quel que soit la séquence concernée, depuis la luxuriante végétation hawaïenne (le tournage a eu lieu sur l’île de Kauai juste avant d’essuyer un bon gros ouragan relaté dans les bonus) jusqu’à l’attaque nocturne, boueuse et sous une pluie battante du T-Rex. L’apport du HDR permet de surcroît de bénéficier d’un boost colorimétrique plus qu’appréciable sur toutes ces scènes sans pour autant tomber dans la luxuriance outrancière.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes s’il n’y avait pas un « mais ». Ou plus exactement deux « mais ». Le premier concerne précisément cette révolution numérique évoquée dans la première partie de notre article. Attendez-vous à un petit choc en (re)découvrant la fameuse séquence avec les brachiosaures car si celle-ci faisait merveille à l’époque, 25 ans plus tard, à l’aune de ce nouveau master 4K, elle prend (un peu) du plomb dans l’aile. Et avec elle quasiment toutes les autres séquences en CGI. Soit environ une cinquantaine de plans (dixit le making of d’époque) qui passent plus ou moins bien le cap de l’Ultra Haute Définition. Y avait-il mieux à faire ? Sans doute. Comme retravailler les plans en question comme a pu le faire Ridley Scott lorsqu’il a ressorti son Blade Runner en version Final Cut en 2007. Certes, les plans n’étaient pas informatiques mais toujours est-il qu’une fois visionné en 4K, le résultat est pour le moins bluffant. Il y avait donc assurément manière à faire de même pour les trucages numériques de Jurassic Park. Moyennant finance bien sûr. Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant car tous les autres trucages du film, non numériques cette fois, à savoir tous les effets conçus par feu Stan Winston, s’en sortent à merveille.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

Le second « mais » concerne quant à lui un point qui a hélas été déjà constaté à maintes reprises en matière de nouveau master / restauration : le grain. Ou plus précisément son absence. Car dès cette même scène d’ouverture, la perplexité est de mise en découvrant des visages et une image dont le rendu nous a semblé un chouia trop lisse. Le DNR n’est certes pas poussé à l’extrême au point d’en devenir totalement rebutant mais les amateurs d’image granuleuse risquent sans doute de tiquer un peu (beaucoup) en découvrant pareil rendu pour un tournage qui, faut-il le rappeler, s’effectua sur une bonne vieille pelloche. Pour expliquer ces deux grosses réserves, le très respectable et respecté The Digital Bits émet l’hypothèse qu’Universal ne serait pas reparti du négatif original pour produire ce nouveau master 4K. Une supposition qui semble tenir la route eu égard au résultat observé. Toujours est-il qu’il y avait assurément matière à trouver un juste milieu entre cette image 4K trop lisse et l’image 1080p trop bruitée.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

Un constat d’autant plus facile à faire que le Blu-ray 1080p inclus dans cette édition Blu-ray 4K Ultra HD n’est ni plus ni moins que la même galette qui avait vu le jour dans le coffret trilogie sorti en 2011 et réutilisée depuis pour toutes les autres éditions Blu-ray (y compris le somptueux coffret Steven Spielberg sorti en 2014). En dépit des réserves évoquées ci-dessus, certains auraient sans doute préféré voir le Blu-ray 1080p bénéficier lui aussi de ce nouveau master 4K mais de toute évidence, Universal n’entendait pas investir dans un nouvel authoring forcément coûteux. Et l’image d’être par conséquent inchangée et toujours encodée en VC-1 à l’aide de l’ancien master. N’espérez rien de mieux pour les opus 2 et 3 (sur lesquels nous reviendrons très vite) car là encore les disques 1080p sont identiques aux précédentes éditions.

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

Ce qui signifie in extenso que les bonus, tous présents sur le Blu-ray 1080p, n’ont eux aussi pas bougé d’un iota. Ce qui n’est pas un mal en soi tant ceux-ci sont pléthoriques et très intéressants, aussi bien les sections Documentaires d’archive et les Coulisses du tournage que les trois nouveaux docs datant de 2011 réunis sous l’appellation Retour à Jurassic Park et réalisés par un certain Laurent Bouzereau, spécialiste ès making of des films de Steven Spielberg. Tout ceci est vraiment captivant mais. Car là encore il y a un « mais » et même deux une fois encore. Le premier concerne les musiques signées du compositeur attitré de Spielberg, John Williams, qui sont complètement survolées en l’espace de deux ou trois minutes. Le réalisateur a beau confesser avec regret ne pas avoir pu assister aux sessions d’enregistrement, cela ne justifiait pas pour autant un traitement aussi synthétique d’un thème musical signé John Williams entré depuis dans les annales du Septième Art. Le second « mais » concerne précisément ce 25ème anniversaire pour lequel on aurait été en droit d’espérer un petit doc rétrospectif revenant sur la trajectoire d’une saga dont l’aura perdure et qui va bien au-delà du simple microcosme cinématographique. Qui pour nier le fait que le triomphe de Jurassic Park en 1993 a eu l’effet d’un véritable boom quant à l’intérêt du grand public pour la préhistoire et plus précisément les dinosaures ?

Jurassic Park (1993) de Steven Spielberg – Capture Blu-ray

Refermons cette chronique sur la vraie valeur sûre du film de Spielberg depuis plus d’un quart de siècle : sa bande son qui, faut-il le rappeler remporta, deux Oscars en 1994 (meilleure bande son précisément et meilleur montage sonore avec un troisième Oscar ayant été attribué, sans surprise, aux effets spéciaux). Évoqué là encore très brièvement en sein des bonus, Jurassic Park fut par ailleurs le premier long-métrage à être exploité dans les salles avec le tout nouveau format sonore DTS. Système pour le moins révolutionnaire à l’époque qui consistait non plus à encoder le son sur la pelloche aux côtés de l’image mais sur un CD-ROM séparé, la synchro image-son se faisant à l’aide d’un time-code sur les bords de la pellicule (le jeune padawan cinéphile que j’étais alors ne s’est d’ailleurs jamais remis de la découverte un tel matos dans la cabine de projection de la grande salle de l’UGC du Havre au cours d’une nuit trilogie Star Wars – Édition Spéciale en 1997 !). Depuis son exploitation en salles, ladite bande-son est demeurée une véritable piste de démo au fil des supports : LaserDisc, DVD (en mi-débit), Blu-ray (en DTS-HD Master Audio 7.1) et désormais en Blu-ray 4K Ultra HD avec un nouvel encodage DTS:X. Que dire de plus sinon que le boulot de Gary Rydstrom et de ses acolytes reste une pure merveille acoustique de tous les instants. Et c’est avec des frissons sur tout le corps et une banane jamais démentie que l’on se délecte aujourd’hui encore de cette scène où la surface d’un verre d’eau posé sur le tableau de bord d’une voiture se met à trembler. Prémices d’une séquence acoustiquement (et cinématographiquement) dantesque. En un mot comme en mille : mythique ! À condition bien entendu d’opter pour la VO puisque la VF doit quant à elle se contenter d’une piste DTS 5.1 (mi-débit) qui certes fait le job mais ne parvient pas à égaler, loin s’en faut, la piste anglaise. À ce stade, faut-il encore espérer entendre un jour la VF dans un encodage plus efficient et faisant jeu égal avec la VO ? On en doute très fortement.

En définitive cette édition Blu-ray 4K Ultra HD de Jurassic Park est une belle réussite mais demeure néanmoins imparfaite, notamment en matière d’image. Qui sait si, pour le 30ème anniversaire en 2023, une nouvelle restauration de meilleure qualité ne verra pas le jour…

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Jurassic Park – Édition Blu-ray 4K Ultra HD

Résumé : Après des années de recherches, le milliardaire John Hammond est parvenu à recréer de nombreuses espèces de dinosaures à partir d’une goutte de sang prélevée sur un moustique fossilisé. Il projette d’ouvrir un gigantesque et terrifiant parc d’attractions. Mais la pureté de son rêve se heurte à la cupidité des hommes et à la violence latente et indomptable de la nature…

Disque 1 : Le film en Blu-ray 4K Ultra HD

Spécifications techniques :

  • Image : 1.85:1 encodée en HEVC 2160/24p HDR10
  • Langues : Anglais DTS:X, Français DTS 5.1
  • Sous-titres : Français, Anglais
  • Durée : 2h 06min 27s

Bonus :

  • Aucun

Disque 2 : Le film en Blu-ray

Spécifications techniques :

  • Image : 1.85:1 encodée en VC-1 1080/24p
  • Langues : Anglais DTS-HD Master Audio 7.1, Français DTS 5.1
  • Sous-titres : Français, Anglais
  • Durée : 2h 06min 36s

Bonus (HD et VOSTF) :

  • Retour à Jurassic Park : L’aube d’une nouvelle ère (25min 25s)
  • Retour à Jurassic Park : Faire la préhistoire (20min 16s)
  • Retour à Jurassic Park : La prochaine étape dans l’évolution (15min 03s)
  • Documentaires d’archives
    • Jurassic Park : Le making of (49min 39s)
    • Documentaire original sur le making of du film (4min 50s)
    • Steven Spielberg met en scène Jurassic Park (9min 07s)
    • Documentaire sur l’ouragan à Kauai (2min 09s)
  • Les coulisses du tournage
    • Premières réunions de pré-production (6min 20s)
    • Repérages des extérieurs (1min 59s)
    • Les animatiques de Phil Tippett : Des raptors dans la cuisine (3min 04s)
    • Animatiques : L’attaque du T-Rex (7min 21s)
    • ILM et Jurassic Park : Avant et après les effets visuels (6min 32s)
    • Les bruiteurs (1min 25s)
    • Story-boards
    • Archives de production
  • Bande-annonce (1min 11s)
  • Jurassic Park : Faire le jeu (4min 43s)

Une réflexion sur « Jurassic Park : Bienvenue dans la 4K »

  1. Digital Bits se trompent quand ils expliquent l’aspect lisse de l’image par l’utilisation d’une source éloignée du negatif. Même quand on scanne des élements de 1ere ou 2e gen (en comptant le negatif original comme generation 0), on obtient du grain qui généralement a typiquement la finesse de la résolution utilisée.
    Ici, ce n’est pas le cas du tout, l’image est juste lissée et s’il n’est pas directement possible de savoir à l’oeil quoi a été scanné comment, c’est qu’il y a un problème de fond. C’est le cas ici.

    Nouveau scan 4k ? Je n’y crois pas non plus, tant le résultat est proche en rendu et texture du BR 3D (voire du BR 2D précédent). Si Universal a fait un nouveau scan, alors ils ont éliminé directement la plus value derrière.
    Enfin, cela n’a pas à voir, comme j’ai pu le lire par endroits, avec les SFX, sinon seuls ces plans seraient concernés (ce qui n’est pas le cas).

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