Dog Day Afternoon - Image Une - Test Blu-ray

Un après-midi de chien : Un Blu-ray US plus complet

Pour ceux qui découvriraient le film de Sidney Lumet, on serait en droit de les envier tant Un après-midi de chien reste plus que jamais une œuvre moderne et visionnaire mais aussi représentative d’une décennie de toutes les désillusions. Pour autant, le revoir en bleu alors qu’il était jusqu’ici resté injustement inédit chez nous dans ce format, demeure une expérience de cinéma riche en émotions et en enseignements. Pour cela, nous avons voulu nous pencher sur ce que proposait l’édition 45ème anniversaire américaine nantie d’une galette DVD de bonus que ne propose pas l’édition française. Volonté de minimiser les coûts, problème de droits… ? Quoi qu’il en soit, la branche française de Warner semble être une nouvelle fois reléguée au second plan de la stratégie mondiale de sortie de ses titres de catalogue.

Un après-midi de chien - Affiche

Sidney Lumet est définitivement un cinéaste à part dans le paysage cinématographique yankee en ce sens qu’il a su sans cesse se mouvoir tel un poisson dans l’eau au sein de chaque décennie où il a œuvré. Ses origines de metteur en scène dans ce que l’on appelle le Off-Broadway ainsi que les centaines d’épisodes qu’il a réalisés en live pour la télévision de la fin des années 50 lui ont certainement donné les outils nécessaires pour être le technicien hors pair qu’il est devenu. Ils lui ont surtout permis d’exprimer une sensibilité à fleur de peau qui s’est souvent traduite à l’image par un style énergique et un ton naturaliste pour ne pas dire documentariste. Sans oublier des thématiques très sociales, une caméra à hauteur du petit peuple où l’injustice doit être sans cesse combattue. Il suffit pour cela de revoir 12 Hommes en colère, son premier long de cinéma, pour s’en convaincre.

Dans les années 70, Lumet poursuivait ses explorations avec toujours en tête de rester dans l’air du temps. Non par conformisme ou effets de mode mais toujours pour y apporter réflexions et prises de position. Un après-midi de chien n’y échappe bien évidemment pas. Il est d’ailleurs certainement le film de la période (1975) qui expose le plus en creux une société déboussolée où les valeurs d’hier sont concassées mais où d’autres émergent déjà. On oublie peut-être en effet trop vite que Pacino joue ici le rôle d’un gay qui par amour pour son conjoint veut dévaliser une banque pour lui permettre de payer son opération de changement de sexe. C’est ainsi la première fois qu’un couple homo est montré sans les excentricités façon Cage aux folles et qu’ils sont décrits sous un jour « normal » avec au final une aspiration au bonheur tout ce qu’il y a de plus légitime. L’une des plus belles séquences restant à ce titre la conversation téléphonique poignante entre les deux hommes (au bout du fil c’est l’acteur Chris Sarandon dont c’était ici le premier rôle au cinéma et dont le geek de base se souviendra surtout de sa prestation en vampire acariâtre dans Fright Night).

Dog Day Afternoon - Cap Bonus - Test Blu-raySidney Lumet et Al Pacino

Bien entendu Un après-midi de chien c’est aussi la maestria hallucinante de Pacino mais plus que jamais la présence inquiétante de John Cazale dont le deuxième disque de cette édition lui est intégralement consacré via principalement un doc de 40 minutes réalisé par Richard Shepard (en VOST ce qui ajoute à l’incrédulité quant à sa non présence sur l’édition française). Acteur de cinq films seulement mais non des moindres (outre le complice du braquage chez Lumet, il est le frère de Pacino dans Le Parrain, l’un des potes de De Niro dans Voyage au bout de l’enfer ou encore le technicien audio et acolyte de Gene Hackman dans Conversation secrète), il a traversé les 70’s avec son physique dégingandé un peu anorexique et son faciès qui auraient certainement plu à un Murnau au moment où il cherchait un interprète pour jouer dans son Nosferatu. Cazale c’est donc une présence mais aussi un jeu d’une précision et d’une profondeur devenues très vite notoires. Ce qui fait dire à beaucoup d’acteurs de sa génération que si la maladie ne l’avait pas emporté si tôt, il serait certainement devenu l’un des plus grands d’entre eux. On appréciera donc les témoignages et hommages d’un Pacino, d’un De Niro ou d’une Meryl Streep qui fut sa compagne lors des dernières années de sa vie… Ainsi que les deux courts-métrages exhumés et complètement frappadingues en complément dont The Box datant de 1968 où le bonhomme officiait en tant que directeur de la photo. Précieux à tous points de vue.

Dog Day Afternoon - Cap Bonus - Test Blu-rayJohn Cazale

Sur le Blu-ray, on retrouve tous les bonus de l’édition DVD collector paru en France en juin 2006 repris depuis sur le HD-DVD et la première édition Blu-ray US. Pour rappel, il s’agit du commentaire audio de Sidney Lumet extrêmement fouillé et jamais redondant avec le reste des bonus. On précisera que comme toujours avec Warner il est en VO, ce qui pour l’édition US que nous traitons ici n’est point critiquable mais qui pour l’édition française l’est beaucoup plus. Il y a aussi le fameux documentaire en quatre parties signé Laurent Bouzereau qui revient sur les coulisses d’un film dont les principaux artisans abondent en informations clés, passionnantes et parfois surprenantes. Mais finalement le document le plus immersif reste cette featurette d’époque qui montre Lumet sur le tournage. D’une énergie incroyable, il place ses techniciens, ses acteurs et jusqu’aux figurants en un ballet virevoltant tout en revenant toutes les 30 secondes derrière la caméra pour apprécier le cadre. Et surtout on l’entend diriger ses comédiens avec conviction mais tout en laissant une place à une certaine forme d’improvisation encadrée par des heures de répétitions en amont du tournage. Où l’on se dit alors que le génie ne tombe pas du ciel, il se travaille.

Dog Day Afternoon - Cap Bonus - Test Blu-ray

Du côté de Warner, si l’édition US comporte donc un deuxième disque DVD en sus, rien n’a été fait pour du côté du Blu-ray en lui-même puisque l’on retrouve au quasi codec près la même galette présente dans la première édition parue outre-atlantique en avril 2007. De fait, il n’y a ici aucune différence à noter au niveau de l’image qui si au début de l’aventure Blu-ray présentait une amélioration notoire par rapport aux précédentes éditions DVD, n’est plus tout à fait aux normes d’une décennie qui ne jure plus que par des restaurations a minima 2K. Attention toutefois à ne pas trop noircir le tableau tant ce master et l’encodage (VC-1, une autre époque) qui va avec tiennent encore la dragée haute à bien des éditions en 2015 de films de patrimoine. Cela reste précis, généreux au niveau de la fluidité numérique avec la présence d’un grain pelloche que l’on aime beaucoup car cela participe au rendu assez chaud et vivant de l’ensemble. C’est lors de la dernière partie diurne que les choses se gâtent un peu en fait. Les noirs sont pas mal bouchés alors qu’apparaissent de temps à autre des artefacts de compression assez disgracieux. Mais finalement là-encore cela ne dénature pas l’aspect roots d’un film que l’on sait produit et filmé à l’arrache.

Dog Day Afternoon - Cap Bonus - Test Blu-ray

Le « quasi » du paragraphe précédent c’était pour les pistes audio. En effet, si pour la VF, on a toujours droit au doublage d’époque, celle-ci est dorénavant proposée en DTS-HD MA 1.0 mono tout comme la VO alors que jusqu’ici nous n’avions droit qu’à du DD 1.0 dans les deux langues. Un gap technique qui s’entend sans trop tendre l’oreille permettant par exemple à la VF d’être beaucoup moins sourde et nasillarde. Mais c’est la VO qui en profite le plus. Le fabuleux générique du début dans un New York caniculaire où Elton John’s chante Amoreena s’offre ainsi une deuxième jeunesse quand par ailleurs les voix paraissent bien plus naturelles et centrées.

En conclusion, le choix est donc vite vu entre l’édition française qui ne fait que combler un vide tout en omettant de proposer le deuxième disque de bonus en DVD présent sur cette édition US dite 40th anniversary lisible sur n’importe quel lecteur ad hoc. Et franchement, on ne dit pas ça parce que celle-ci est proposée à un prix plus que décent au magasin Metalluna qui a eu la gentillesse de nous le confier pour cette chronique ;o)

Image : 3,5/5
Son : 3,5/5
Bonus : 4/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Dog Day Afternoon (Un après-midi de chien) – 40th Anniversary Blu-ray Edition

Éditeur : Warner Bros.
Date de sortie : 21 septembre 2015

Spécifications techniques Blu-ray :
– Image : 1.85:1 encodée en VC-1 1080/24p
– Langues : Anglais DTS-HD MA 1.0 & Français DD 1.0
– Sous-titres : Français
– Durée : 2h04
– 1 BD-50

Bonus présent sur le Blu-ray (VOST sauf indication contraire) :
–Commentaire audio de Sidney Lumet (VO)
– Les coulisses d’Un après-midi de chien écrit, réalisé et produit par Laurent Bouzereau :
1. L’histoire (11min54s, SD)
2. La Polémique autour du casting (13min28s, SD)
3. La reconstitution des faits (21min11s, SD)
4. Après le tournage (11min17s, SD)
– Le regard de Sidney Lumet : featurette d’époque (10min01s, SD)
– Bande-annonce (2min41s, DD 2.0 mono, VO, SD)

Bonus présents sur le DVD (VO sauf indication contraire) :
I Knew It Was You : Rediscovering John Cazale par Richard Shepard (39min57s, VOST)
– Commentaire audio de Richard Shepard
– Al Pacino : réponses non retenues dans le montage final du doc de Richard Shepard (19min47s)
– Israël Horovitz : réponses non retenues dans le montage final du doc de Richard Shepard (22min32s)
The American Way : Court-métrage datant de 1962 avec John Cazale (10min07s)
The Box : CM datant de 1969 où John Cazale officie en tant que directeur de la photo (9min45s)

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