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Orson Welles et Shakespeare en livre et Blu-ray chez Carlotta

Parmi les trois grands réalisateurs shakespeariens qu’aura connu le cinéma jusqu’à maintenant, Orson Welles, Laurence Olivier et Kenneth Brannagh, c’est le premier que Carlotta a choisi de mettre à l’honneur en cette fin d’année. Après avoir restauré et montré en salles MacBeth (1948) et Othello (1952) au mois d’avril, voici les deux films pour la première fois en Blu-ray en France et accompagnés de nombreux suppléments. Mais l’éditeur ne s’arrête pas là puisqu’il en profite pour faire paraître son premier livre. Il s’agit d’un très bel ouvrage, volumineux et sobre, constitué d’une nouvelle traduction des deux pièces de Shakespeare signée Patrick Reumaux, également poète et romancier, et introduit par deux courts essais d’Antoine de Baecque et du traducteur. Le tout est imprimé sur papier glacé et richement illustré de photographies des films de Welles. En somme un très beau cadeau de Noël pour tous les amateurs du dramaturge.

MacBeth Othello Carlotta Welles

Mais revenons aux films.

MacBeth fût, à l’époque, un échec aux États-Unis et un énorme succès ailleurs. Le film reprend des éléments des deux mises en scène que Welles fît au théâtre en 1936, sa version « Vaudou » avec uniquement des acteurs noirs, et en 1947. Il en modifiera quelque peu le contenu, l’idée étant d’adapter la pièce pour le cinéma et surtout d’éviter le théâtre filmé. Il renforce ainsi l’importance des sorcières, il ajoute un personnage et change quelques dialogues.  Il en ressort un film brillant qui puise dans l’expressionnisme allemand ses lumières, ses décors et son jeu pour faire ressurgir avec d’autant plus d’intelligence le mélange qui se joue entre drame et fantastique. Alors que pour sa sortie US, le studio Republic a tronqué quelque peu la version de Welles, une copie d’origine non coupée fût retrouvée en 1980 et c’est elle qui est depuis montrée.

macbeth Welles
Othello n’a par contre pas bénéficié de cette chance et peut être considéré comme une des bêtes noires du cinéaste, malgré la palme d’or qu’il reçut pour le film en 1952. Les aventures du maure de Venise ont mis des années à être tournées, dans plusieurs pays et subissant des arrêts souvent longs faute d’argent pour poursuivre. Welles a trouvé le moyen de réduire les 3 heures de la pièce en un film d’un peu plus d’1h30 en modifiant de nombreux éléments mais une fois encore sans en trahir l’esprit, lui conférant une indéniable dimension cinématographique et évitant un théâtralisme facile. Mais le pire restait à venir puisque de la version européenne, les américain en ont tiré en 1955 une version remontée, et en 1992, la fille de Welles a proposé sa propre « restauration » en se servant de cette version US. Si elle pouvait paraitre appréciable au niveau de l’image, malgré quelques coupes depuis rajoutées, elle est considérée au niveau du son comme hautement discutable et discutée des spécialistes du réalisateur. Tous confirment le non-sens de son travail, totalement irrespectueux des indications de son père. Pour couronner le tout, elle a interdit la diffusion des autres versions, alors qu’une copie de l’originale subsistait à la Cinémathèque Française. C’est donc sa restauration « officielle » qu’on nous oblige à voir, et surtout à entendre. (Cf. cet article du Monde)

Othello Welles
Pour ces deux films, d’un point de vue technique on ne peut que féliciter Carlotta pour le travail effectué car les deux Blu-ray sont d’excellente facture. Bien sûr il reste quelques poussières ci et là, dû à l’âge ainsi qu’aux mauvaises conditions de tournage (surtout pour Othello) et de conservation des films, mais rien de bien gênant. Les lumières sont magnifiquement restituées, les ombres sont de toute beauté et le noir et blanc est à chaque fois très travaillé et impressionnant – un gros point positif à ce propos pour le nouvel étalonnage d’Othello par Carlotta et Deluxe par rapport au charcutage trop lumineux de 1992. Si la définition est correcte et agréable, elle perd toutefois quelque peu en qualité dans les scènes extérieures de MacBeth, notamment lorsque la brume est fort présente, et sur Othello dans des arrières plans moins bien définis. Enfin, le lissage bien trop visible dans le DVD de MacBeth chez WildSide a quasiment disparu de la restauration HD qui propose un grain de type pellicule bien plus proche de l’original.

La qualité technique (à défaut de l’artistique sur Othello) est aussi au rendez-vous sur les pistes son. Les deux films sont proposés dans un DTS HD-MA mono (1.0 pour MacBeth et 2.0 pour Othello) et leur dynamisme comme leur profondeur sont intéressants. Les musiques et voix sont bien mises en valeur et on n’entend quasiment aucun souffle ou bruit parasite.

Cliquez sur les captures ci-dessous pour les visualiser dans leur format natif

Othello

Othello WellesOthello 1 Welles

MacBeth

MacBeth 2 WellesMacBeth Welles

Côté suppléments, c’est également un sans faute pour l’éditeur.

Pour MacBeth, les modules des disques 2 et 3 de l’édition collector Wildside ont tous été repris par Carlotta qui leur a adjoint une interview passionnante de Denis Lavant où l’acteur se révèle fin connaisseur autant du dramaturge que du réalisateur. Les autres suppléments sont des analyses menées par deux spécialistes de Welles, Jean-Pierre Berthomé et François Thomas, coauteurs de l’ouvrage Orson Welles au travail (Ed. Cahiers du cinéma). On a droit à un historique complet et fouillé de la genèse du film dans Les deux MacBeth d’Orson Welles, une étude très intéressante sur la relation étroite de Welles à Shakespeare, une introduction aux rares images du MacBeth « vaudou » que Welles monta au théâtre en 1936, quelques analyses fines et pertinentes des décors de la Landes et d’une séquence du point de vue de l’image et du son. Puis on pourra embrayer sur deux suppléments historiquement intéressants et un troisième anecdotique : la version cinéma tronquée de 1950 du film de Welles pour ceux qui voudraient la comparer à l’originale, une version de la pièce enregistrée à la radio en 1940 par le Mercury Theatre sur une musique de Bernard Hermann (sans sous-titres) et un entretien assez banal avec Stuart Seide, directeur de théâtre qui a plusieurs fois (mal) monté Shakespeare.

MacBeth Bonus Welles
Othello est lui aussi bien servi. On a tout d’abord, sur un DVD à part, l’excellent et indispensable documentaire Shakespeare & Orson Welles. Il date de 1975 et pendant près de 55 minutes on peut donc écouter Welles discuter du dramaturge anglais, de ses adaptations et de ses choix techniques et scénaristiques. Puis on embrayera sur une longue interview de Joseph McBride, qui a connu Welles, travaillé avec lui et écrit une excellente biographie du cinéaste. Il a le temps d’évoquer tous les éléments du film, de sa genèse à sa conception, avec de courtes analyses, jusqu’à la restauration fumeuse de 1992 et le documentaire depuis invisible Filming Othello. Le court-métrage proposé ensuite, Return to Glennascaul, est plus anecdotique mais intéressant puisqu’il a été filmé lors d’une des pauses forcées du tournage d’Othello par l’un des acteurs du film. Welles campe son propre rôle dans une banale histoire de fantômes irlandais. Le tout est présenté par Peter Bogdanovich, cinéaste et excellent connaisseur de Welles avec lequel il a écrit un long livre d’entretiens. Enfin, pour ceux qui veulent poursuivre, et pour les enseignants qui voudraient du contenu pour un cours, Carlotta propose un très riche contenu interactif avec le script du film, de nombreuses images et différentes études et analyses.

Othello Bonus WellesOthello                                                         Macbeth

Image : 4/5                                                Image : 4,5/5

Son : 4/5                                                     Son : 4,5/5

Bonus : 4,5/5                                           Bonus : 5/5

Coffret Macbeth Othello Welles

Coffret MacBeth Othello Orson Welles (Carlotta)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Format image : 1.33 – Résolution film : 1080, 24p
Format son : Anglais DTS HD Master Audio mono 1.0 (MacBeth) et mono 2.0 (Othello)
Durées : 119 min et 93 min

Les deux films sont également disponibles à l’unité.

4 réflexions sur « Orson Welles et Shakespeare en livre et Blu-ray chez Carlotta »

  1. Parmi les réalisateurs shakespeariens, il ne faut pas oublier celui qui a signé une autre adaptation de MACBETH à savoir Akira Kurosawa : LE CHATEAU DE L’ARAIGNEE.

  2. Et ne pas oublier non plus Roman Polanski, MACBETH (1971) qui estimait (injustement) que ni Welles ni Kurosawa n’avaient réussi à adapter correctement la pièce originale. En fait, il y a eu bien d’autres adaptations de MACBETH au cinéma que celles de Welles, Kurosawa ou Polanski mais ce sont ces trois-là qu’on retient dans l’histoire du cinéma parlant moderne.
    Concernant OTHELLO, à part celle de Welles, il existe une version soviétique parlante que je n’ai jamais vue. Sans oublier la très curieuse séquence OTHELLO dans THE BOSTON STRANGLER [L’Etrangleur de Boston] de Richard Fleischer.

    Le livre est plastiquement somptueux mais je regrette qu’on n’y trouve pas davantage de photos d’exploitation (je ne parle pas des photos de plateau ni des photogrammes). La traduction prend quelques libertés que les notes justifient plus ou moins mais elle s’appuie sur une connaissance cultivée des tentatives précédentes. Cela dit, la collection Shakespeare des Belles-lettres demeure l’édition bilingue de référence chez nous.

    Les éditions bluray sont exemplaires tant pour MACBETH que pour OTHELLO.

  3. J’avais effectivement pensé à Kurosawa et Polanski voire Zeffirelli ou Lurhman dans un autre style même s’ils n’ont pas adapté MacBeth ou Othello, mais je n’ai jamais eu l’impression que Shakespeare hantait leur œuvre comme celle des trois réalisateurs cités.
    Évidemment ça reste discutable, notamment pour Kurosawa, comme l’explique si bien cet article ci :
    http://thetfs.ca/2013/10/21/akira-kurosawas-quite-shakespearean-adaptations/#.VG1G08lAYgI
    mais je ne voulais pas non plus que mon texte devienne une liste.

    Et je suis d’accord, des photos d’exploitations auraient été les bienvenues pour le livre, notamment pour diversifier un peu l’iconographie.

  4. Stricto sensu, on voit 2 photos d’exploitation : une de MACBETH et une de OTHELLO, au début de chacune des deux traductions. Mais je me demande si certaines photos qu’on pourrait croire être des photos de plateau ne sont pas des photos détourées d’exploitation, donc des photos auxquelles on a retiré le bandeau informatif ou les mentions graphiques. Le doute est toujours possible…

    Sinon oui bien sûr Laurence Olivier et K.B. ont été davantage « hantés » par Shakespeare quantitativement. Le MACBETH de Welles me semble la version classique (Antoine de B. explique dans sa préface historique qu’elle avait surpris les critiques mais aujourd’hui, elle paraît parfaitement théâtrales, sauf expressionnisme et touches baroques wellesiennes), celle de Kurosawa est un alliage stupéfiant entre théâtre Nô et théâtre anglais, celle de Polanski introduit l’écran large et la couleur, ainsi qu’un réalisme moins théâtral. Il faut de toute manière commencer par celle de Welles, qui peut aujourd’hui servir de point de référence historique, devenue classique.
    Concernant OTHELLO, Welles n’a pas eu de postérité. Le film est plus original plastiquement que MACBETH.

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