Milou en Mai

Milou en Mai : En Blu-ray fais ce qu’il te plaît

Quand Louis malle s’attelle à Milou en Mai, il sort du succès phénoménal d’Au Revoir les enfants qui l’avait vu revenir en France après une quasi décennie passée aux États-Unis où il commit entre autres films, le très beau et poétique Atlantic City ou le magnifique et très épuré My Dinner with Andre. On peut affirmer que le solaire Milou en Mai s’est fait en réaction au très sombre Au Revoir les enfants. Les films se répondent aussi sur le versant autobiographique même si pour Milou il s’agissait plus d’éléments disparates piochés de-ci de-là dans la vie du réalisateur que de raconter un épisode concret et marquant de son enfance. Pour autant, Milou en Mai continue de mettre en avant certaines des thématiques chères à son auteur et reste à tous égards son dernier film remarquable.

Milou en Mai - Affiche

Le seul film solaire de Louis Malle

Dans une grande maison entourée de vignes perdue au fin fond du Gers vivent Milou, la cinquantaine bien tassée, et sa mère. Quand celle-ci décède brutalement d’une crise cardiaque, le reste de la famille revient au domaine familial pour rendre un ultime hommage mais surtout pour parler d’héritage. En toile de fond, la société française s’enfonce dans la révolte estudiantine de Mai 68. D’emblée, Milou en Mai nous raconte une France qui périclite. Celle d’une certaine bourgeoisie terrienne issue de la révolution française qui a de plus en plus de mal à s’adapter à un présent aux valeurs traditionnelles qui se délitent. Chacun des personnages qui compose cette famille dessoudée brosse en creux une France non pas rance mais dont les édiles sont dépassées. De cette France vue d’en haut qui ne regarde que très rarement en bas sinon par obligation ou complaisance.

Mais Milou en Mai n’est pas un film qui donne la leçon ou qui se drape dans une dignité nauséabonde puisque Louis Malle est issu quelque part de cette fratrie sociale. Son père n’était-il point l’un des directeurs de l’usine de sucre Béghin-Say ?  Et d’ailleurs si le regard qu’il porte à ses créations (il a écrit le film avec Jean-Claude Carrière)  est certes distancié, moqueur et un tantinet critique, il semble surtout chaleureux, d’une mélancolie surannée et d’une rare justesse tant Louis Malle a une nouvelle fois préparé son film avec méticulosité. Au demeurant, Milou en Mai s’apparente à une délicieuse chorégraphie avec pour personnage central cette grande demeure où se balade le fantôme de la mère jouée par une Paulette Dubosc forcément trop rare.

C’est d’ailleurs l’autre réussite du film. Cette maîtrise de la choralité où chaque acteur dispose du temps qu’il faut pour s’épanouir et prolonger un métrage en apesanteur où les moments de grâce se disputent à ceux plus provocateurs pour un résultat d’1h45 entre fragilité de chaque instant et épicurisme retrouvé. Car Milou en Mai c’est aussi cela. Le temps qui s’étire alors que la France retient son souffle et que le Général de Gaulle a disparu. Quelques jours où chacun se laisse aller à refaire le monde en vivant de tomates fraîches tombées du camion ou d’écrevisses pêchées dans le ruisseau avec pour seul appât les extrémités de ses doigts. Quelques jours où l’on se prend à rêver d’une autre société débarrassée de ses contingences morales rigoristes.

Photo d’exploitation

Milou en Mai

Milou en Mai est une sorte de parenthèse enchantée bercée par la musique jazzy de  Stéphane Grappelli et la photo lumineuse de Renato Berta. Même la mise en scène habituellement proche de l’ascétisme chez Malle se laisse aller ici à quelques rondeurs du bourgeois rêveur d’après pique-nique à la panse bien remplie. La farce n’est aussi pas très loin. Surtout lors de la dernière partie qui voit la joyeuse troupe prendre le maquis de peur de se retrouver devant un peloton d’exécution politiquement orienté rouge vif. Les masques tombent aussi, sans que pour autant on ne veuille jeter l’opprobre sur qui que ce soit. Toujours cette fragilité décrite plus haut menée plus que jamais ici d’une main de maître. On sent le cinéaste comme libéré d’un poids, celui d’Au revoir les enfants, et heureux d’extérioriser son cinéma autrement. Ne serait-ce que le temps d’un film quasi testament.

Milou en Blu-ray

On se souvient de l’excellent DVD paru chez Arte Vidéo en 2005 (putain 10 ans). Celui-ci reste d’ailleurs plus que recommandable ne serait-ce que pour ses compléments dont seul le formidable document d’époque montrant la session d’enregistrement de la musique du film par Stéphane Grappelli a traversé la décennie. Certainement que Gaumont, qui a récupéré les droits de ce film (ainsi que plusieurs autres Louis Malle eux aussi édités en leur temps par Arte comme Le Souffle au cœur, Ascenseur pour l’échafaud, Zazie dans le métro, Au revoir les enfants, Lacombe Lucien), n’a pas voulu les reprendre préférant en produire en propre. Ce qui donne un unique document plutôt intéressant car assez bien balancé entre témoignages directs (Dominique Blanc, François Berléand, Jean-Claude Carrière ou le chef opérateur son Jean-Claude Laureux) et intervenants contextualisant le film.

Photo d’exploitation

Milou en Mai

On reste toutefois sur sa faim. C’est que les deux suppléments produits à l’époque par Arte étaient bien plus complets et passionnants. D’un côté l’on avait un long entretien d’une demie-heure avec un Jean-Claude Carrière davantage cadré qui dès lors donnait des réponses bien plus incisives et beaucoup moins diplomatiques. On y apprenait ainsi avec force et détail toutes les phases de l’écriture qui ne furent pas de tout repos. Carrière donnant aussi avec précision ses apports et ce qu’il n’appréciait pas dans le métrage final. De l’autre, on avait un mini commentaire audio de Dominique Blanc qui analysait avec un talent inné, certaines séquences choisies du film tout en profitant pour rappeler combien le tournage fut un bonheur partagé par l’ensemble de l’équipe. Si l’on a l’habitude d’entendre ce genre de propos à longueur d’année, ici cela transpire par tous les pores de la péloche. Il y a en effet une osmose à l’écran qui ne pouvait que s’affirmer en coulisses. Louis Malle avait tout fait pour, à tel point que Carrière l’avais mis en garde contre ce confort de tournage qui pouvait tourner au désastre à la découverte des rushes. Un peu de tensions voire de tragédies sur un tournage ne font en effet pas de mal pour imprimer une âme à un film.

Bref, le DVD n’a pas à finir sa vie sous la forme d’un frisbee que l’on offrirait à son chien pour son anniversaire. Au contraire, il sera le complément idéal d’un Blu-ray qui dispose par ailleurs d’atouts techniques qui le met hors d’atteinte. Ainsi, si l’image proposée par le DVD était fièrement annoncée comme étant restaurée sous la direction de Renato Berta, elle avait toutefois du mal à véritablement s’épanouir. On avait droit en effet à un master issu d’un télécinéma peu convaincant, même pour un DVD,  qui n’arrivait pas à cacher ses limites intrinsèques sinon en boostant anormalement les couleurs chaudes de sa photo initiale. Le Blu-ray semble corriger toutes ses scories même s’il n’est notifié nulle part que le master soit issu d’une restauration et encore moins que Berta fut une nouvelle fois consulté. Pour autant, on a droit ici à quelque chose de plus équilibré où l’encodage révèle une définition plaisante laissant de côté artifices numériques et autre DNR pour booster une image qui de toute façon n’en a pas besoin. Un petit comparatif ci-dessous pour s’en convaincre.

Cliquez sur les captures ci-dessous pour les visualiser dans leur format  natif respectif

Milou en Mai - Capture DVDDVD Arte

Milou en Mai - Capture Blu-rayBlu-ray Gaumont

Milou en Mai - Capture DVDDVD Arte

Milou en Mai - Capture Blu-rayBlu-ray Gaumont

Milou en Mai - Capture DVDDVD Arte

Milou en Mai - Capture Blu-rayBlu-ray Gaumont

Milou en Mai - Capture DVDDVD Arte

Milou en Mai - Capture Blu-rayBlu-ray Gaumont

Le son reste en mono mais le DTS-HD MA encodé en 2.0 laisse entendre un gap certain entre présence des voix plus immédiate et respect plus prégnant du mix d’origine quant aux ambiances mais aussi à la musique qui joue du coup ici à plein son rôle d’accompagnement visible / invisible.

De la belle ouvrage comme qui dirait l’autre.

Image : 4/5
Son : 4/5
Bonus : 3/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Milou en maiÉdition Blu-ray

Éditeur : Gaumont Vidéo
Date de sortie : 30 septembre 2015

Milou en Mai - Jaquette - 2D Blu-ray

Spécifications techniques Blu-ray :
– Image : 1:66:1 encodée en MPEG-4 AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD MA 2.0 mono
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants, Anglais
– Durée : 1h46
– 1 BD-50

Bonus :
Le Temps de l’utopie : Documentaire réalisé par Pierre-Henri Gibert, avec les témoignages de François Berléand, Dominique Blanc, Jean-Claude Carrière, Philippe Collin, Johan Faerber et Jean-Claude Laureux (33min08s, HD)

Milou en Mai - Bonus BRD

Milou en Mai - Bonus BRD

Milou en Mai - Bonus BRD

Milou en musique : L’enregistrement de la musique du film par Stéphane Grappelli (SD, 12min59s)

Milou en Mai - Bonus BRDStéphane Grappelli

– Bande annonce (HD, 1min58s)

 

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