Le Convoi sauvage

Le Convoi sauvage de Richard C. Sarafian chez Wild Side

Il est passionnant de constater aujourd’hui comment les générations successives de cinéphiles appréhendent le western. Du temps de Brion, les deux films signés Richard C. Sarafian qui paraissaient chez Wild Side en 2012 dans une luxueuse édition issue de la collection « Classics Confidential », ont tout juste le droit d’être cité en appendice de son magistral bouquin (Ed. De la Martinière) traitant du genre. Quant à Philippe Garnier, que l’on ne présente plus, il semble moins bégueule puisqu’il leur consacre un très beau texte habillé de superbes et rares photos. Le tout est mis en page au sein d’un magnifique livre intitulé L’âme de l’ouest, pierre angulaire de cette édition mais aussi de cette collection. Outre sa richesse en informations, il symbolise aussi par son style et la passion qui s’en dégage comme une volonté de réconciliation entre le classicisme hollywoodien défendu bec et ongle par Brion et l’apologie orchestrée par la génération actuelle de tous les sous-genres déviants ou non. Entre les deux il y a Le Convoi sauvage et Le Fantôme de Cat dancing qui illustrent à merveille ces années 70 où il fallait plus que jamais tuer le père sans pour autant l’enterrer.

Le Convoi sauvage - Affiche FR

Pour mieux le ressusciter d’ailleurs. Ces deux films à la vitalité extraordinaire ne font que le confirmer. Dans la forme d’abord où l’on réinvente les décors de l’Ouest américain par volonté mais aussi par nécessité économique (Le Convoi sauvage est tourné en Espagne et les indiens sont des gitans), où la photo y est plus naturaliste et où la mise en scène se fait plus distante avec son sujet pour ne pas dire déconnectée. Dans le fond ensuite où il n’est question que de rédemption, de rachat, de régénération… en échos à une décennie où valeurs et fondations ont volé en éclat. Le Convoi sauvage revient par exemple sur une légende du temps des premiers trappeurs où un homme laissé pour mort par ses compagnons à la suite de l’attaque d’un grizzly, survit miraculeusement à ses blessures (Richard Harris qui après Un homme nommé cheval réalisé un an plus tôt par Elliot Silverstein, semblait apprécier ce genre de rôle extrême). Se servant de la nature comme alliée et non comme un environnement hostile, il finit par se lancer à la poursuite du convoi (un bateau sur roues tiré par une vingtaine de mules), tout comme les indiens qui suivent eux aussi la piste, pour se venger et récupérer son fusil. Quant au Fantôme de Cat dancing, il utilise une trame éculée du genre (des morfalous dévalisent un train et sont pourchassés par le « posse » local) pour parler de romance (une femme en fuite de son barbe bleu de mari, se retrouve embringuée bien malgré elle au sein de la bande de hors-la-loi) et sublimer la thématique de l’adversité qui permet là aussi de se recréer une identité lavée de ses péchés originels.

Le fantôme de Cat dancing

Juste avant ces deux films, Sarafian avait réalisé Vanishing Point (que Tarantino avait explicitement cité dans son Boulevard de la mort en reprenant la fameuse Dodge Challenger blanche) qui là aussi traitait des mêmes thèmes mais d’une façon moins iconoclastes et plus fleurs au fusil. Les années 60 et son « flower power » n’ayant pas encore totalement laissé la place aux désillusions à venir. De ces trois films, le réalisateur les évoque avec un franc parlé qui fait penser à John Huston dont il se dit entre autre l’admirateur (il le dirige dans Le Convoi sauvage), mais aussi avec la bonhomie de celui qui en sait beaucoup plus qu’il ne veut bien le dire. À moins de lui filer un million de dollars il ne vous dira pas, par exemple, ce qu’il sait sur l’affaire qui a défrayé la chronique durant le tournage de son film Le Fantôme de Cat dancing. Où l’attaché de presse de sa sulfureuse actrice Sarah Miles fut retrouvé mort un beau matin un flacon de médicaments à la main mais aussi avec des traces de coups sur la tête et sur le corps : crime ou suicide ? Aujourd’hui encore le mystère reste entier. Par contre ce que l’on sait c’est qu’il était l’amant de l’actrice qui ne s’en cachait pas et encore moins de son mari puisque les deux hommes vivaient sous le même toit et pouvaient partager en même temps la couche de Miles…

In fine voilà deux entretiens menés par Jean-Baptiste Thoret (autre cinéphile devant l’éternel), un par disque et donc par film, qui sont de parfaits compléments au texte de Garnier rendant cette édition définitivement vivante et passionnante.

Un mot enfin sur la technique des deux DVD : exemplaire ! Les films y sont en effet présentés dans des copies qui leur rendent sans conteste justice (master sans défauts, encodage à l’avenant). Quant à la VO (on laissera le doublage français aux « puristes ») proposé dans un DD mono 2.0, on appréciera sa bonne tenue d’ensemble et le travail intelligent opéré sur la voie centrale permettant des dialogues d’une intelligibilité remarquable.

Le Convoi sauvage

Le Convoi sauvage / Le Fantôme de Cat Dancing – Édition DVD + Livre

Éditeur : Wild Side Video
Date de sortie : 1er février 2012

Le Convoi sauvage - Recto DVD ouvert

Spécifications techniques DVD :
– Image : 2.35:1 encodée en MPEG-2
– Langues : Anglais et français DD mono 2.0
– Sous-titres : Français
– Durée : 1h44 (Le Convoi sauvage) / 2h03 (Le Fantôme de Cat Dancing)
– 2 DVD-9

Bonus (VOST) :
L’âme de l’ouest : livre écrit par Philippe Garnier, illustré par des photos exclusives et des documents d’archives rares (80 pages)
DVD 1 :
L’Ouest sauvage  : entretien avec Richard Sarafian (13min)
– Galerie de photos rares
– Bande-annonce d’époque
DVD 2 :
La danse du destin : entretien avec Richard Sarafian (26min)
– Galerie de photos rares

Edit : À noter que Wild Side sort ce 8 mars 2016 un DVD avec uniquement Le Convoi sauvage. L’édition de 2012 étant quasiment épuisée sans espoir d’un nouveau tirage. Les suppléments du DVD1 y sont repris.

Le Convoi sauvage - Recto DVD 2016

Une réflexion sur « Le Convoi sauvage de Richard C. Sarafian chez Wild Side »

  1. Dans mon souvenir, LE CONVOI SAUVAGE est nettement plus original et inspiré que LE FANTOME DE CAT DANCING.
    Les deux sont plastiquement beaux.
    Ce second titre date de 1973. L’argument de son scénario reprend assez celui du scénario de THE HUNTING PARTY [Les Charognards] (USA 1971) de Don Medford.

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