Robocop (1987) de Paul Verhoeven -Stout Poster

RoboCop : 50% Blu-ray, 50% Verhoeven, 100% chef d’oeuvre

En 1987 débarquait sur les écrans (1988 en France après un petit détour par feu le festival fantastique d’Avoriaz) un film à la tagline pour le moins accrocheuse : « 50% homme, 50% machine, 100% flic ». RoboCop était né. Dans Les Méchants de Détroit proposé au sein des bonus de l’édition Blu-ray, l’acteur Kurtwood Smith, interprète de Clarence Boddicker, déclare qu’à l’époque il pensait prendre part à une « amusante série B » tandis que l’agent de Ronny Cox, interprète de Dick Jones, estimait carrément qu’il s’agissait d’un mauvais film.

25 ans plus tard, à l’occasion d’une session de questions / réponses (également visible au sein des suppléments du Blu-ray) en compagnie, entre autres, du réalisateur, des acteurs et des scénaristes qui s’est tenue à UCLA en mai 2012, force est de constater que le long-métrage en question s’est, tel le bon vin, bonifié avec le temps. Et Paul Verhoeven d’amuser la foule en déclarant qu’à l’époque, il ne comprenait rien au scénario ni même à son contenu politique (mais oui, c’est ça mon Paulo, on te croit !) et qu’il ne pensait qu’à mettre de la chair et du sang dedans. Entre ces deux dates, moult déclinaisons du film auront vu le jour sur les différents supports domestiques. Du haut de ses 14 ans à l’époque, votre humble serviteur, néophyte du cinoche, découvrait en VHS en 1989 un long-métrage baptisé RoboCop dont la bande-annonce n’était pas sans rappeler un certain Terminator ; et pour cause, la musique que l’on y entend est celle composée par Brad Fiedel pour le chef d’œuvre de James Cameron. Au cours de la décennie suivante, un coffret LaserDisc Criterion qui coûtait un rein et deux poumons et que possède notre Mr Criterion de la rédac (Sandy pour ne pas le nommer et dédicacé s’il vous plaît) voyait le jour et constitua pendant longtemps le Graal absolu. Puis, en 2003, en plein boom du DVD débarquait une édition Criterion puis une édition Collector MGM encore imparfaite. Cinq ans plus tard, une première sortie Blu-ray indigne du film et surtout du support envahissait nos linéaires, toujours sous bannière MGM.

2014. À l’heure où un remake à l’intérêt très relatif (et sur lequel est revenu tout récemment son réalisateur, Jose Padilha) débarquait dans les salles obscures, une nouvelle édition Blu-ray annoncée comme issue d’un nouveau master 4K atterrissait dans toutes les bonnes crémeries. Et comme MGM reste coutumier encore aujourd’hui d’exploiter les films de son prestigieux catalogue d’une manière que l’on pourrait diplomatiquement qualifier d’erratique, l’annonce de cette ressortie adoubée d’une remasterisation 4K ne nous permettait pas de sauter de joie. Tout juste attendions-nous de juger fiévreusement sur pièce. Et le verdict est sans appel : on a bien fait d’attendre. Car qui dit restauration n’implique pas forcément encodage réussit. Ce qui à l’évidence est le cas ici. À commencer par l’excellente surprise de constater qu’il y a eu une vraie volonté de ne pas dénaturer les effets-spéciaux d’un autre temps où le Matte painting et autres effets d’optiques étaient enregistrés à-même la pellicule. Ce qu’une restauration numérique a plutôt tendance à fausser en stigmatisant les « défauts » et autres scories invisibles jusque-là du fait d’une définition d’image beaucoup moins poussée. Ainsi lors de la première séquence impliquant le robot ED-209, on se surprend à scruter les arrière-plans que l’on sait être un écran où était rétroprojeté en live une prise de vue précédemment effectuée et où était ajoutée l’animation image par image signée Phil Tippett. Le genre de chose qui passe très très mal le gap de l’image numérisée qui se veut plus belle qu’un bœuf. Bonne surprise donc puisque point d’image aplatissant les profondeurs de champs avec de surcroît un respect indubitable de la tessiture style années 80 toujours un peu crade. Verhoeven cherchant avec son directeur de la photo Jost Vacano qui l’a suivi sur plusieurs de ses films hollywoodiens, à coller au plus près à cette imagerie putassière d’une Amérique ultra libérale de l’ère Reagan. Il suffit de voir comment sont traités les flashs infos issus de captations NTSC dégueulasses (oui c’est un pléonasme) pour se rendre compte à quel point les responsables de cet encodage ont compris le film. De fait, le grain est présent mais la définition rarement fluctuante et toujours au service du film et de son message sous-jacent. Très sincèrement on ne voit pas comment on peut faire mieux sans tomber dans les aberrations du type Le Jour le plus long voire Starship Troopers pour rester avec le cinéaste hollandais. Rien de tout cela ici puisque, n’ayons pas peur des mots, jamais le chef d’œuvre de Paul Verhoeven n’est apparu aussi resplendissant, servi par un master magistral associé à un encodage idoine qui débouche sur une image au rendu granuleux comme on les aime, précis et coloré juste ce qu’il faut sans trop en faire pour autant.

Au niveau du son, rien de nouveau puisque l’on retrouve le DTS-HD Master Audio 5.1 en VO de la précédente édition Blu-ray qui semble devenir l’encodage de référence issu du mix original repris depuis la copie 70mm et ses six pistes audio. Là encore, que les habitués aux images immaculées et au gros son qui tâche mais dans une définition toute en finesse ne crient pas au scandale. On est là dans quelque chose d’à la fois typique d’une époque mais aussi complètement à part puisque l’on a affaire ici à une bande originale signée Basil Poledouris (Conan le Barbare) et à un design sonore qui reste dans toutes les mémoires qui fut au passage gratifié d’une nomination aux Oscars. Alors certes la spatialisation est toujours aussi chiche (nantie de surcroît d’une artificialisation un peu trop prononcée au niveau des effets Surrounds) mais de mémoire RoboCop était très frontal en salles, en Laserdisc, en DVD… Et quand celle-ci décide de se mettre en branle, le sourire monte très rapidement aux lèvres. On précisera que nous avons basculé trois secondes sur la VF DTS 5.1 mi-débit (encodée à 768Kb/s). Horrible. Pas l’encodage (encore que) mais ce doublage, mon Dieu… S’ajoute à cela les mêmes « ratés » déjà audibles sur le DVD et demeurés « intacts » en Blu-ray. Qui sait, avec un peu de chance, ceux-ci seront peut-être rectifiés pour une future parution Blu-ray 4K (ah, c’est beau de rêver !). Entre autres exemples :

  • 67’30 » – Lors du face-à-face entre Boddicker et Robocop, ce dernier dit « oui, je suis un policiot » au lieu de « policier robot ».
  • 87’18 » – En anglais, Robocop dit « merci » à Lewis.  En DVD, on n’entendait rien du tout. En Blu-ray, on entend juste « ci ».

Du côté des bonus, bye bye le désert interactif de la première édition Blu-ray parue en 2008 (des malheureuses bandes annonces) puisque la nouvelle édition Blu-ray de 2014 reprend (enfin) l’intégralité des suppléments présents sur le DVD Collector paru en 2003 (seules les galeries photos manquent à l’appel), auxquels s’ajoutent la session à UCLA précitée et trois documentaires datant de 2006 : celui sur les bad guy, un autre, remarquable, sur les effets spéciaux à une époque où le mot CGI était encore méconnu, et un dernier consacré à la confection de l’armure et ses multiples anecdotes de tournage (8 mois de préparation, 10h pour enfiler le costume complet pour le comédien Peter Weller, etc…). Autant dire qu’entre toutes ces nouveautés et les anciens suppléments, l’interactivité est la plus aboutie à ce jour au sommet de laquelle trône un commentaire audio (sous-titré en français, alléluia bis !) de tout premier choix enregistré originellement pour le DVD Criterion en 1998 avec Paul Verhoeven, le scénariste Ed Neumeier et le producteur exécutif Jon Davison. Notons enfin que cette édition Blu-ray 2014 de RoboCop impose tout comme la précédente édition Blu-ray parue en 2008 le visionnage de la version non censurée du film et n’offre pas le choix entre cette dernière et la version découverte en salles, alternative pourtant disponible sur le DVD.

In fine et en dépit de quelques petites réserves (à quand une VF corrigée ?), il aura donc fallu patienter près de 20 ans après la sortie du coffret LaserDisc pour voir débarquer une édition digne de ce nom. Issu d’une décennie qui vit naître plusieurs chefs-d’œuvre de la SF (Blade Runner, Terminator, etc…), Robocop a enfin droit à une édition Blu-ray à la hauteur de son statut iconique. En attendant une hypothétique parution sur support Blu-ray 4K… en 2017, à l’occasion du trentième anniversaire du film ? Pourquoi pas ? Après tout le master 4K est déjà là, il ne « reste plus » qu’à repasser par la case « encodage en HEVC / H.265 2160p » suivi d’un nouveau petit authoring et hop le tour est joué !

Notes :
– Image : 4,5/5
– Son : 3/5
– Bonus : 4,5/5
Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Robocop (1987) de Paul Verhoeven - Packshot Blu-ray SteelbookRoboCop – Édition Steelbook Blu-ray + DVD + Livret – de Paul Verhoeven (USA – 1987) – MGM / United Artists – Sortie le 4 février 2014

À la fin du 20e siècle, Détroit est une ville devenue totalement incontrôlable mise à feu et à sang par les criminels. Pour pallier à cette flambée de violence, financiers et technocrates décident de créer l’arme infaillible : Robocop, flic mi-homme mi-robot conçu à partir du corps d’Alex Murphy, un policier mort en service.

Spécifications techniques :

  • Image : 1.85:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 & Français DTS 5.1
  • Sous-titres : Anglais & Français
  • Durée : 1h 43min 16s

Bonus (en HD et VOSTF) :

  • Le film en version unrated
  • Commentaire audio de Paul Verhoeven (réalisateur), Jon Davison (producteur) et Ed Neumeier (scénariste)
  • Questions au réalisateur (42min 36s)
  • Le Making of de Robocop (36min 55s)
  • Filmer Robocop (7min 59s)
  • Concevoir Robocop (8min 01s)
  • Storyboard commenté par le directeur de l’animation Phil Tippett (6min 02s)
  • 4 scènes inédites (2min 51s)
  • Les Méchants de Détroit (16min 59s)
  • Effets spéciaux : de l’artisanat au numérique (18min 22s)
  • Robocop : bâtir une légende (21min 09s)
  • Le bonus caché de Paul Verhoeven (38s)
  • Bande-annonce (1min 38s, VO)
  • Spot télé (31s, VO)

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