Macabro - Image une test brd

Baiser macabre en Blu-ray chez The Ecstasy of Films

Premier long en tant que réal pour le fils Bava, Macabro est sans conteste une réussite dans le genre. Il est aussi le témoignage flagrant d’un cinéma italien du début des années 80 encore bien vivant sachant puiser à droite à gauche ses inspirations qui n’enferment aucunement le film dans les ghettos que l’on connaît aujourd’hui. Baiser macabre en français est issu de ce que l’on appelle le bis qui a tant bercé la génération dite des vidéo-clubs mais qui a eu ensuite pour conséquence de le reléguer peu à peu à la marge d’un système et d’une production A pourtant déjà agonisante. Lamberto Bava signe ici un film parfaitement maîtrisé tant dans l’histoire que dans sa mise en scène qui n’a rien à envier à d’autres longs du moment à commencer par ceux d’un certain Dario Argento alors au pic de sa carrière.

Macabro (Baiser macabre) - Affiche FR

Macabro raconte l’histoire d’une femme au foyer et mère de deux enfants qui s’ennuie. Pour pimenter son existence, elle s’envoie en l’air avec un beau ténébreux qu’elle retrouve au sein d’une maison dont elle loue le second étage. Les occupants habituels sont une vieille femme et son grand fils aveugle. Il faut préciser que tout cela est censé se dérouler à la Nouvelle Orléans mais aussi que la « desperate housewife » n’hésite pas à laisser sa fille à peine adulescente en charge de son petit frère le temps de ses escapades sexuelles. Les choses partent en sucette quand la grande sœur décide de noyer son frère pour apparemment se venger d’une mère qui l’abandonne au quotidien. On peut aussi légitimement penser qu’elle est déjà mûre pour l’hôpital psychiatrique. Dans la foulée, elle appelle sa mère pour lui faire part de son acte. Oui, il semblerait que la maman a eu tout de même la présence d’esprit de lui laisser un numéro de tel en cas d’urgence (sic). Rappelons aux plus jeunes qu’au début des années 80, le portable n’était qu’un objet de SF au même titre que la téléportation dans Star Trek. Bref, la mère devient hystérique, demande à son boyfriend de la ramener daredare chez elle et c’est le deuxième drame. Dans la panique, le gars fait une sortie de route et s’empale pleine poire une poutre qui le décapite sous les yeux de sa belle et tendre dont on se demande bien à ce moment là comment elle va pouvoir s’en remettre.

Macabro

C’est quelque part ce que le reste du film va s’employer à faire. Ou devrait-on dire, ce que Lamberto Bava va se faire un malin plaisir à dérouler sur la grosse heure qui va suivre. Précisons que le fils de Mario qui est à l’origine entre autre du scénario avec Pupi Avati, ne devait être une nouvelle fois qu’assistant réal. C’est en arrivant sur le plateau au premier jour de tournage qu’il fut propulsé réalisateur par le producteur. Sans préparation aucune Lamberto Bava va toutefois réussir le tour de force de proposer un film à la mise en scène aboutie dont la première chose qui saute aux yeux est cette latitude à prendre son temps et à faire monter la sauce d’un suspense que l’on peut qualifier d’hitchcockien. Les seules séquences qui font un peu plaquées sont celles qui furent tournées en contrebandier dans les rues de la Nouvelle Orléans. On est dans le style « Mondo Cano » avec une musique lancinante signée Ubaldo Continiello qui si elle est totalement raccord et efficace avec le reste du métrage est drôlement hors sujet ici. Les puristes rétorqueront que le décalage amplifie le malaise. Mouais, nous on y voit des prises de vues muettes qu’il fallait bien habiller d’une manière ou d’une autre.

Tout le reste, c’est à dire les intérieurs, ont été tournés en Italie. On apprend par exemple au sein des bonus de cette édition que la demeure où se situe le nœud gordien de l’intrigue n’était autre que la villa de Clara Petacci, la maîtresse de Mussolini. C’est ici que Lamberto Bava est le plus à l’aise de toute façon. Dans la manière qu’il a d’associer le côté anxiogène de son histoire avec l’atmosphère d’une maison au décorum chargé et au style plus que baroque à la limite du gothique. C’est que un an après l’accident et autant passé en clinique psychiatrique, voici la mama de retour au sein de la demeure mais cette fois-ci comme étant sa résidence unique. Elle y retrouve l’aveugle devenu réparateur d’instruments de musique mais pas la vieille denrée qui est morte entre-temps. On ne la sent pas en pleine possession de ses moyens psychiques d’autant que la chambre qui fut en son temps le témoignage de ses ébats torrides se transforme très vite en mausolée à la gloire du défunt queutard. Par contre, de photos de son fils aucune trace.

Macabro

Au-delà de l’intérêt réel du film dont on vous laisse découvrir le climax final, twist et autre évanescence érotique, cette édition recèle trois entretiens exclusifs qui permettront de se faire une idée assez précise des coulisses de la production. Sans conteste, le plus intéressant est celui avec Lamberto Bava qui parle avec passion de la genèse du film mais pas que puisqu’il ne se fait pas prier pour revenir sur sa carrière, des premiers jours pour le moins compliqués sur le tournage ou encore de sa rencontre avec les frères Avati. Le tout sans jamais reprendre son souffle. Les frères Avati justement qui font l’objet ici d’un deuxième entretien dédié. Où l’on y apprend que leur père a été décapité dans un accident de voiture provoquant quelque part l’origine de l’histoire de Baiser macabre. Antonio (scénariste et producteur) livre aussi des anecdotes de tournages précieuses comme celle du choix de la demeure (précisée plus haut) se situant dans la ville de Salò qui historiquement fut le cadre à la fin de la Seconde Guerre mondiale de la république fasciste fantoche fondée par un Mussolini moribond installé par des nazis qui venaient de le délivrer après un exploit commando qui restera dans l’Histoire sous le nom de Opération Eiche. Enfin, le troisième entretien nous convie d’écouter l’autre scénariste Roberto Gandus qui lui revient sur la genèse du scénario où les thématiques de l’enfant pervers et cruel, la cécité ou la nécrologie faisaient déjà bien partie de l’ossature de l’histoire. Il donne aussi un point de vue peu entendu par ailleurs de la jeune garde italienne de l’époque qui se connaissaient tous donnant l’impression d’une génération habitée des mêmes envies et obsessions. Que l’on aurait aimé pour clore cette déjà très belle interactivité un entretien avec l’actrice Bernice Stegers qui sortait tout juste de La Cité des femmes de Fellini, preuve s’il en est encore que les acteurs / actrices italiens n’étaient à cette époque là point ostracisés.

Macabro - Lamberto Bava

Outre la BA italienne et une galerie d’affiches et de photos d’exploitation internationales, le dernier morceau de choix de cette édition n’est autre que le livret rédigé par un très inspiré Marc Toullec dont on a pu de par le passé regretté des travaux similaires chez Sidonis par exemple indignes de sa culture et de son style. Ici, il est comme un poisson dans l’eau utilisant en fil rouge le déroulé de la carrière de Lamberto Bava pour donner ses avis incisifs et des anecdotes très pertinentes le tout saupoudré d’interventions de Bava et d’autres via des extraits d’interviews. En tout cas pour un néophyte c’est du pain béni.

Un petit mot sinon sur l’aspect technique qui fleure bon l’excellence. L’image d’abord qui à part quelques scènes montrant une luminosité pas toujours étale (effet de pompage) n’a rien à se reprocher. Le master est excellent et l’encodage fait montre d’un rendu respectueux de son matériau d’origine. Pour s’en convaincre il faut juste considérer que le film est souvent filmé dans la pénombre et que jamais l’on ne remarque de quelconques problématiques de compression dans les arrières-plans par exemple ou de noirs bouchés. On précisera que le générique est italien. On est donc bien ici à la source. The Ecstasy of Films propose enfin deux pistes sonores. Entre la française et l’italienne, toutes deux encodées en DTS-HD Master Audio 2.0 mono, on préférera la transalpine ne serait-ce que pour l’équilibre dialogues / musique bien plus naturel. La VF étant en effet très timide niveau bande originale avec une sur-présence des dialogues.  On notera que le film fut tourné en anglais. Chose qui ne gêne absolument pas les habitudes en la matière chez nos amis italiens qui redoublent de toute façon tout en post prod.

Voilà donc une édition qui suinte la passion et l’amour du travail bien fait dont beaucoup d’éditeurs plus « mainstream » feraient bien de s’inspirer. Vœux pieux on le sait mais heureusement The Ecstasy, comme d’autres indépendants, sont là pour pérenniser la flamme. Qu’ils en soient ici remerciés.

Notes :
– Image : 4/5
– Son : 4/5
– Bonus : 4,5/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Macabro - Jaquette Blu-ray 3DBaiser Macabre – Édition Combo Blu-ray + DVD de Lamberto Bava (Italie / 1980) – Sortie le 24 juin 2016 – The Ecstasy of Films

À La Nouvelle-Orléans, Jane Baker délaisse ses deux enfants pour rejoindre son amant, Fred Kellerman. Lucy, la fille aînée de Jane, qui ne supporte pas le comportement de sa mère, tue son frère en le noyant dans la baignoire. Jane croit à un drame domestique. Elle demande à Fred de vite la raccompagner. Sur le trajet, ils sont victimes d’un tragique accident qui coûte la vie à son amant. Traumatisée, elle perd la raison.

Spécifications techniques Blu-ray :

  • Image : 1.85:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Italien et Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
  • Sous-titres : Français
  • Durée : 1h30
  • 1 BD-50

Bonus (VOST et HD) :

  • Nécromantique : Entretien avec Lamberto Bava (23min18s)
  • Une femme une tête : Entretien avec Pupi (scénariste) et Antonio Avati (scénariste et producteur) (21min01s)
  • Danse macabre : Entretien avec le scénariste Roberto Gandus (23min03s)
  • Bande-annonce originale (1min23s)
  • Galerie photos (1min20s)
  • Livret de 20 pages écrit par Marc Toullec, journaliste, critique et co-rédacteur en chef de 1985 à 1998 de la revue « Mad Movies ». Marc Toullec revient sur la filmographie de Lamberto Bava avec des extraits d’entretiens appuyant son analyse de la carrière du réalisateur. Un complément essentiel à la découverte de cette œuvre.
  • Boitier amaray Blu-ray avec jaquette réversible.

 

Une réflexion sur « Baiser macabre en Blu-ray chez The Ecstasy of Films »

  1. Je garde un assez bon souvenir de BAISER MACABRE vu au Brady. C’est le titre de Lamberto Bava qui me semble le plus correspondre esthétiquement comme sur le plan de l’écriture, à ce que faisait son père Mario. L’argument nécrophile impressionnant a peut-être été inspiré par celui du BLUE HOLOCAUST [Buio omega] (Ital. 1979) de Joe d’Amato mais il faudrait, pour s’en assurer, comparer précisément les dates de production et de sortie en Italie. Il me semble que le d’Amato est antérieur au Lamberto Bava mais à confirmer… A quand une édition collector de DEMONI et DEMONI 2 chez le même éditeur puisqu’ils connaissent Lamberto Bava, sans oublier quelques titres mineurs mais savoureux tels que APOCALYPSE DANS L’OCEAN ROUGE ?
    Cela dit, parlant du fils, on peut reparler du père : qui nous donnera en France une édition collector au format scope 2.35 respecté de ERCOLE ALL CENTRO DELLA TERRA [Hercule contre les vampires] (Ital. 1961) de Mario Bava ?

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