Il était une fois dans l’ouest : Un Blu-ray rempli de dollars

À l’occasion de la ressortie en salles le 28 septembre 2016 de Il était une fois dans l’ouest, retour sur l’édition Blu-ray parue cinq ans plus tôt et dont le travail de restauration rend magnifiquement justice à ce monument du cinéma signé Sergio Leone.

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Packshot Blu-ray
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Il était une fois dans l’Ouest (1968)

Réalisateur : Sergio Leone
Éditeur : Paramount Home Entertainment France
Sortie le : 14 janvier 2013 (Édition Blu-ray + DVD : 16 juin 2011)

Notes :
– Image : 4,5/5
– Son : 4/5
– Bonus : 4/5

 

Il était une fois dans l’ouest : Le Blu-ray emporte le vent

Ce soin apporté à la restauration ne doit rien au hasard puisque, comme indiqué au lancement du disque, ce boulot est l’œuvre du Festival du film de Rome mais aussi, et surtout, de The Film Foundation, association consacrée à la préservation des (chef d’)œuvres du Septième Art fondée en 1990 par un certain Martin Scorsese aux côtés de plusieurs autres cinéastes renommés parmi lesquels Woody Allen, Francis Ford Coppola, Stanley Kubrick, George Lucas, Sydney Pollack, Robert Redford ou encore Steven Spielberg. Et quand on sait, outre sa cinéphilie dévorante, à quel point Scorsese est un fervent supporter du format Blu-ray, il n’y a alors plus rien de surprenant à se retrouver face à une telle qualité d’image et de son au cours des 2h45 que durent Il était une fois dans l’ouest. C’est d’ailleurs ce même master restauré qui est exploité aujourd’hui pour la première fois à l’occasion de cette ressortie en salles par Splendor Films, contrairement à la précédente ressortie effectuée par Carlotta Films qui datait quant à elle de juillet 2010 et qui n’avait donc pas pu bénéficier du travail de restauration effectuée depuis.

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

Exception faite de quelques petites scories çà et là, le master est d’une qualité remarquable et, conjugué à un encodage 1080/24p AVC, délivre un rendu vidéo en tout point majestueux : le niveau de définition y est plus qu’appréciable, la gestion des couleurs et des contrastes est optimale mais, plus important, le grain argentique est bel et bien présent et le recours au DNR suffisamment modéré pour ne pas venir jouer les trouble-fêtes. Dans son adoubement du format haute-définition, Martin Scorsese déclarait « Le Blu-ray permet d’apprécier les détails les plus subtils tels que les yeux des acteurs ». Autant dire qu’avec les mythiques gros plans léoniens, marque de fabrique s’il en est du cinéaste italien, il y a de quoi être servi à l’image de ce face-à-face final légendaire entre Charles Bronson et Henry Fonda et leurs regards bleus perçants. Si l’image s’offre donc une cure de jouvence aussi vivifiante que la resplendissante Claudia Cardinale, la partie son souffre quant à elle de quelques petites défaillances.

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

Comme nous le rappelle le bonus intitulé Le prix du péché, les longs-métrages italiens de l’époque étaient postsynchronisés. De fait, comme tous les autres westerns de Sergio Leone, Il était une fois dans l’ouest ne comporte pas à proprement parlé de « version originale ». Le documentaire Quelque chose à voir avec la mort nous apprend par ailleurs que la musique de la séquence d’ouverture ne fonctionnant pas au goût du réalisateur, ce dernier eut alors l’idée de recourir à des sons amplifiés, lui qui considérait « qu’un film, c’est du son à 40% ». Et c’est précisément sur ce point que les personnes en charge de la restauration sonore ont, de toutes évidences, fait du zèle, à tout le moins sur la version anglaise. Au cours de cette même séquence d’ouverture, si le bruit du télégraphe, de la goutte d’eau ou encore de l’éolienne grinçante sont bien présents et parfaitement audibles, quid alors du vent, élément sonore récurrent des westerns, chez Leone de surcroît ? En effet, si l’on s’amuse à basculer entre la version anglaise (aussi bien la piste DTS-HD Master Audio 5.1 que celle en mono restaurée) et la VF monophonique, la première a tant et si bien été nettoyée que le bruit du vent a presque entièrement disparu. Une quasi-disparition récurrente d’ailleurs puisqu’on se retrouve confronté au même phénomène à plusieurs reprises par la suite, on pense ainsi à cette 17e minute où le vent est beaucoup moins perceptible sur la version anglaise au moment où les criquets font silence avant le massacre de toute une famille (scène au demeurant en partie censurée au cours de la première exploitation aux États-Unis).

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

À l’opposé, certains bruitages ont désormais été amplifiés dans des proportions à la limite du grotesque, comme par exemple ce tout premier gunfight à la 13e minute où les pistolets prennent désormais des allures de tirs de bazookas sur la version anglaise en DTS-HD MA 5.1. Par-delà ces « atténuations / amplifications » qui ne gâcheront pas outre-mesure le plaisir de visionnage, l’amplitude conférée par cette piste HD fait sens à plusieurs reprises : lorsque les partitions signées Ennio Morricone entrent en scène, dans l’exploitation des basses fréquences (le passage du train à la 9e minute) ou encore dans le recours aux surrounds (l’arrivée du train en gare une minute plus tard). Mais pour le reste, il ne sera pas interdit, loin de là, de privilégier la VF, certes moins expressive sur le plan multicanal, mais qui conserve cependant tous les éléments constitutifs de la bande son originel, à commencer par le vent donc. Une piste qui de plus, aura sans doute la préférence de certains qui connaissent certaines des répliques cultes dans la langue de Molière depuis leur plus tendre enfance.

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

Il était une fois dans l’ouest : Un peu de western et beaucoup de spaghettis (ou l’inverse)

Culte, Il était une fois dans l’ouest l’est assurément. Et populaire il va sans dire. En France, c’est une certitude comme en attestent les 14,8M de spectateurs qui se déplacèrent en salles au cours de l’été 1969. Un chiffre qui positionne, à date, le joyau de Sergio Leone à la première place des westerns au box-office hexagonal. Le genre étant aujourd’hui moribond, on voit mal à l’avenir qui pourrait venir s’emparer de cette couronne. Il faut dire aussi que le réalisateur transalpin avait déjà su s’attirer les faveurs du public français de l’époque comme en témoignent les 6,3M d’entrées engrangées par Le Bon, la Brute et le Truand (1966) lors de sa sortie dans nos salles en mars 1968. Comme nous le rappelle les différents documentaires présents au sein des bonus (tous repris de la précédente édition DVD Collector sortie en 2003 où seules les biographies des acteurs sont passées à l’as), Il était une fois dans l’ouest marque le début de la nouvelle trilogie de Sergio Leone, celle dite des « il était une fois » et que viendront compléter Il était une fois… la révolution (1971) et Il était une fois en Amérique (1984). Pour rappel, la première trilogie du réalisateur est celle dite « des dollars » et constituée des longs-métrages suivants : Pour une poignée de dollars (1964), Et pour quelques dollars de plus (1965) et Le Bon, la Brute et le Truand (1966).

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

Dans un extrait d’interview datant de 1984, Sergio Leone se rappelle ainsi avoir donné naissance à cette nouvelle trilogie à la demande des producteurs américains qui souhaitaient le voir réaliser un autre western avant de s’atteler à Il était une fois en Amérique. Au cours d’un tournage de quatre mois (auxquels s’ajouteront six mois de montage), Sergio Leone, qui avait l’intégralité du film en tête avant même le début de prises de vue mais n’en discutait pas moins avec les différents intervenants (toute la B.O. ayant ainsi été composée avant même le premier tour de manivelle), poussa le perfectionnisme jusqu’à faire venir du sable de Monument Valley sur le plateau d’Almeria en Espagne (mythique studio de tournage de quantité de westerns européens de l’époque) pour ce plan d’une poignée de secondes où les hommes du Cheyenne franchissent une porte. Un souci du détail comme les aimait le cinéaste, à condition que ceux-ci lui conviennent. Dans un autre extrait d’interview datant de 1975, Henry Fonda révèle ainsi être arrivé sur le tournage en arborant une barbichette et des lentilles marrons, soit un grimage qui ne correspondait pas du tout à la vision qu’avait Sergio Leone du personnage.

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

Tout un pan des suppléments est par ailleurs consacré au montage du film. En effet, tel qu’il était parti, la première version aurait culminé à presque 5h ! Scénariste et collaborateur de longue date de Leone, Sergio Donati rejoignit donc le cinéaste en Espagne et tous deux décidèrent de retirer des scènes entières, que celles-ci soient déjà en boîte ou non. Ainsi en fut-il décidé d’une séquence de passage à tabac du personnage interprété par Charles Bronson. On regrettera que les passages en question ne soient pas proposés au sein des bonus. Jugé encore trop long après ce premier « coup de rabot », Il était une fois dans l’ouest fut expurgé d’une bonne vingtaine de minutes supplémentaires pour sa première exploitation dans les salles américaines (parmi les séquences coupées figuraient entre autres celle du bar / étable au milieu de Monument Valley et la scène finale de la mort du Cheyenne). Ce qui n’empêchera pas le film d’être très fraîchement accueilli : « Ennui mortel dans les plaines » titrait ainsi le Times de l’époque. Des médias qui préféraient sans doute se focaliser sur les légendes urbaines qui voulaient que Leone ait pris contact avec le trio Clint Eastwood – Eli Wallach – Lee Van Cleef pour interpréter les trois tueurs qui se fond descendre au cours de la scène d’ouverture ou encore que l’arrivée de Claudia Cardinale à la gare devait dévoiler un personnage dépourvu de sous-vêtements. Si ces légendes courent toujours aujourd’hui, l’appréciation du film a quant à elle belle et bien changée.

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

Le morceau de choix de l’interactivité est toutefois à chercher du côté du commentaire audio, non pas tant en raison de la pléthore d’intervenants de renom (les mêmes que ceux entraperçus dans les différents documentaires) mais par les informations délivrées par Sir Christopher Frayling, auteur d’une biographie de Sergio Leone à qui l’on doit également les passionnants commentaires audio sur la trilogie du dollar. Influences cinématographies et anecdotes de tournage abondent dès que le bonhomme prend la parole. Un véritable plaisir de cinéphile à ne manquer sous aucun prétexte. Quant à ces fameux invités de marque, leur temps de parole excède rarement la poignée de minutes. John Milius (64e minute) évoque sa rencontre avec Sergio Leone qui voulait lui confier l’écriture d’Il était une fois en Amérique. Bernardo Bertolucci (80e et 93e minute) se remémore sa toute première découverte du film et son amour pour les westerns, notamment ceux de John Ford et en particulier La Chevauchée fantastique (1939). John Carpenter se penche sur la mise en scène des deux grands gunfights du film (83e et 120e minute). Alex Cox évoque quant à lui les scènes coupées dans la première version exploitée dans les salles américaines (96e et 132e minute). Enfin, Claudia Cardinale (103e minute) se remémore le tournage de sa scène d’amour avec Henry Fonda en présence de la femme de ce dernier et de journalistes venus du monde entier ! On devine d’ici l’ambiance sur le plateau.

Il était une fois dans l'Ouest (1968) de Sergio Leone - Capture Blu-ray

À l’écran et près d’un demi-siècle après, Il était une fois dans l’ouest demeure une œuvre indémodable, un croisement improbable entre un genre que Leone porta à son firmament, le western-spaghetti, et le western « traditionnel » dans sa vision toute hollywoodienne. Indémodable car elle offre une vision de la conquête de l’ouest forgée sur l’argent, le pouvoir, la sueur, le sang et les larmes ; où les (petites) histoires de vengeance personnelle parviennent à se nicher avec une maestria à nulle autre pareille au cœur de la grande Histoire du Nouveau Monde. En cela, Il était une fois dans l’ouest demeurera à jamais un classique que la présente déclinaison Blu-ray nous permet de redécouvrir à l’envie dans les meilleures conditions possibles à date. En attendant un hypothétique Blu-ray 4K Ultra HD

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Il était une fois dans l’ouest – Édition Blu-ray

Résumé : Un homme à l’harmonica poursuit inlassablement Frank, un tueur à la solde de Morton, le patron des chemins de fer qui, convoitant un point d’eau afin de ravitailler ses locomotives sur une nouvelle ligne, n’hésite pas à faire assassiner le propriétaire du domaine avant de chercher à soudoyer sa veuve et héritière. L’Ouest se civilise, mais la haine des hommes, elle, ne change pas…

Spécifications techniques :

  • Image : 2.35:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, Anglais Dolby Digital 2.0 mono restaurée, Français, Allemand et Espagnol Dolby Digital 2.0 mono
  • Sous-titres : Français, Anglais
  • Durée : 2h 46min 01s

Bonus (SD et VOSTF) :

  • Commentaire audio de Sir Christopher Frayling, Sheldon Hall, John Carpenter, John Milius, Alex Cox, Bernardo Bertolucci et Claudia Cardinale
  • Un opéra de violence (28min 51s)
  • Le prix du péché (19min 36s)
  • Quelque chose à voir avec la mort (18min 17s)
  • Le chemin de fer : la révolution de l’ouest (6min 21s)
  • Les lieux de tournage (4min 28s)
  • Galerie de la production (5min 16s)
  • Bande-annonce cinéma (2min 52s VO, HD)

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