Les Deux cavaliers - Image Une Test Blu-ray

Les 2 Cavaliers de John Ford en Blu-ray chez Sidonis

Quand John Ford réalise Les Deux cavaliers, on est en 1961 et si ses meilleures années sont dorénavant derrière lui, viendront encore le chef-d’œuvre L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance – 1962) et le fascinant Les Cheyennes (Cheyenne Autumn – 1964) car prenant littéralement à contre-pied une filmographie qui jusqu’ici n’avait pas toujours été tendre avec l’indien considéré tour à tour forcément sauvage, bien souvent cruel, alcoolique sur les bords, kidnappeur d’enfants et arriéré. Les Deux cavaliers est un film mineur dans la carrière de Ford. Même pas un film malade comme le laisse entendre Brion dans son intervention au sein des bonus de cette édition. Juste mineur mais qui recèle tout de même quelques fulgurances et une vision de l’Ouest désabusée.

Les Deux cavaliers - Affiche FR

Elle prend les traits d’un Shérif qui n’a plus rien à prouver et qui entretient sa légende en officiant au sein d’une petite ville dorénavant sans histoires dont il tire ses revenus grâce à l’impôt qu’il perçoit sur toutes les transactions effectuées dans son comté. On est là bien loin de cette image idéalisée et véhiculée deux décennies plus tôt avec La Poursuite Infernale (My Darling Clementine – 1946) où le shérif joué par un Henry Fonda magistral entretenait cette légende de l’Ouest alors si chère à Ford. James Stewart dont c’était la première collaboration avec le cinéaste est en effet très loin de tout cela. Son personnage apparaît tout de suite comme cynique et vénal. Quand le lieutenant de cavalerie Jim Gary (Richard Widmark), ami de longue date, vient le chercher pour l’emmener au fort du coin sans rien lui signifier du pourquoi de la chose, sa décision de le suivre n’est motivée que par la volonté de briser la routine luxueuse à laquelle ressemble dorénavant son quotidien.

Les Deux cavaliers - Lobby Card

Quand il apprendra ce qu’on attend de lui, négocier la restitution d’enfants blancs devenus grands maintenant, enlevés par les Comanches qu’il connaît bien, son refus initial ne sera altéré que par la perspective de négocier 500 dollars par tête auprès des familles qui se sont agglutinées autour du fort voyant en ce shérif leur dernier espoir. Les Deux cavaliers apparaît dès lors comme une forme de remake à peine voilée de La Prisonnière du désert (The Searchers – 1956). Mais un remake très fade dont Ford a d’ailleurs lâché les rennes en cours de réalisation. C’est en effet une chose connue que le cinéaste ayant appris la mort de l’acteur et ami indéfectible Ward Bond bâcla la fin du tournage et se remit à boire. Ford a d’ailleurs déclaré après coup que ce film était « la pire merde que j’ai tournée en vingt ans » (In le formidable bouquin À la recherche de John Ford signé Joseph McBride). Sans aller si loin, il est évident que Les Deux cavaliers souffre d’un rythme pour le moins hiératique, de personnages qui évoluent par saut de puce sans que l’on comprenne très bien leurs motivations, d’indiens de pacotille dont un méchant joué par l’acteur noir (Sic) Woody Strode que John Ford avait déjà embauché dans l’excellent Sergent Noir (Sergent Rutledge – 1960). La mise en scène de sa mort symbolise à elle seule le désamour patent du film par le cinéaste. C’est Tavernier, au sein là encore des bonus, qui en parle le mieux. C’est la nuit, Stonecalf (c’est son nom) avance à pas de loup en direction des chariots pour buter du blanc et si possible le shérif. Un plan plus tard il meurt d’un coup de fusil en pleine lumière (costaudes les lampes à huile de l’époque). C’est pour le moins expédié et d’une crédibilité à toute épreuve.

Les Deux cavaliers - Lobby Card

Pourtant, tout n’est pas à jeter. Il y a d’abord cette fameuse et magnifique scène où le shérif et le lieutenant de cavalerie papotent en plan séquence les pieds dans l’eau. Le plan est frontal, simple, d’une douceur à la limite élégiaque et dure plus de 4 minutes. Tavernier nous rappelle que Ford avait obligé que toute son équipe technique soit elle aussi dans l’eau histoire d’être au plus proche de comédiens attifés de perruques mais surtout tellement durs de la feuille qu’ils avaient du mal à entendre les consignes du cinéaste qui prenait d’ailleurs un malin plaisir à les donner le plus faiblement possible. Il y a aussi une autre séquence très fordienne celle-ci qui intervient en toute fin de film. Quand le shérif s’emporte publiquement face à la bonne société du fort lors d’un bal organisé en son honneur. S’étant amouraché d’une métis qu’il a extirpé du camp des Comanches et qui est sa cavalière (jouée par l’actrice d’origine argentine Linda Cristal de son vrai nom Marta Victoria Moya Burges), il fustige alors le rejet latent à l’encontre d’une femme élevée en dehors des traditions chrétiennes pour laquelle on est seulement compatissant mais dont on en fera jamais une des leurs. Le discours est certes maladroit, brouillon et peut-être même naïf, mais il fait montre comme souvent chez Ford d’une prescience et d’une humanité à nulle autre pareille. Et puis comment ne pas mentionner l’épisode du lynchage qui en quelques plans d’une sécheresse et d’une dureté incroyable font passer un film au ton jusqu’ici un tantinet badin pour ne pas dire potache, dans une dimension insoupçonnée au jugement moral quant à ses contemporains sans concession.

Les Deux cavaliers - Lobby Card

Au final ces Deux cavaliers n’a certes pas l’aura des meilleurs Ford mais il n’en demeure pas moins instructif quant à l’inclinaison d’un homme secoué dans ses convictions les plus profondes. Lui, l’irlandais d’origine, a toujours tenté de renvoyer avec ses films, l’image du migrant venu apporter sa pierre à l’édifice d’un pays dont il pensait pouvoir épouser les ramifications historiques et la destinée profonde. Les Deux cavaliers est un film trouble et forcément plus complexe qu’il le laisse entendre. Il est plus que jamais le reflet d’une âme définitivement tourmentée que L’Homme qui tua Liberty Valance viendra un an plus tard stratifier de la plus brillante des manières.

Un Blu-ray aux prestations techniques et éditoriales habituelles chez l’éditeur

Outre les deux compléments rituels déjà évoqués (interventions de Tavernier et de Brion), ce Blu-ray offre un aspect technique des plus satisfaisants. Le master utilisé par Sidonis pour cette édition ne prête en effet le flanc qu’à peu de critiques. Tout juste pourra-t’on regretter un rendu un peu trop écrasé. Un petit manque de contrastes qui n’est pas dû à l’utilisation intempestive d’un éventuel réducteur de bruit mais plutôt au rendu normal d’un master devant se confronter au passage en numérique. Un sentiment certainement renforcé en l’occurrence par la vision toute récente du film en 35MM à la Cinémathèque lors de la rétrospective John Ford. La pellicule proposée était assez abîmée mais quel bonheur de voir un film projeté ainsi plutôt que via un DCP issu d’une restauration watmillion K (ou pas d’ailleurs). Celle-ci ne pourra de toute façon jamais rendre compte de la chaleur toute organique d’une projection pelloche (oui dis comme cela, ça fait un peu vieux con mais on assume).

Les Deux cavaliers - Lobby Card

Le doublage d’époque est épatant bien que le rendu au niveau des voix soit quelque peu nasillard. La VO, elle aussi encodée en DTS-HD MA 2.0 mono, apparaît du coup beaucoup plus ronde, dynamique et surtout bien plus équilibrée. Les sous-titres français sont imposés sur la VO avec impossibilité donc de changer de langues à la volée. Pour ceux qui s’en plaindraient, il faut savoir qu’un éditeur indépendant comme Sidonis doit acheter les droits d’un film à chaque fichier son. La VOST et la VF l’obligent donc de passer à la caisse deux fois (on présume toutefois que tout cela doit se négocier au mieux en fonction du nombre de films acquis). On peut dès lors comprendre que rajouter une VO seule sans sous-titres (qui en terme d’authoring permettrait du coup le changement à la volée d’une langue à l’autre) équivaudrait à un nouveau défraiement et donc à un coût supplémentaire pour le moins superflu.

Notes :
– Image : 3,5/5
– Son : 3,5/5
– Bonus : 3/5
Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Les Deux cavaliers - Recto Blu-ray 3DLes 2 Cavaliers (Two Rode Together) Édition Blu-ray – de John Ford (USA – 1961) – Sidonis Calysta – Sortie le 21 septembre 2016

Le lieutenant Jim Gary et le sergent Darius Posey se présentent à Guthrie McCabe, le shérif de Tascosa. Ils sont venus sur l’ordre du commandant Frazer pour le persuader de négocier avec les Indiens Comanches la restitution des prisonniers blancs qu’ils ont capturés au cours des dix dernières années…

Spécifications techniques :

  • Image : 1.85:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
  • Sous-titres : français
  • Durée : 1h49
  • 1 BD-50

Les Deux cavaliers - Recto Verso Blu-ray

Bonus :

  • Entretien avec Patrick Brion (13min02s, HD)
  • Entretien avec Bertrand Tavernier (31min41s, HD)
  • Galerie photos (1min05s)
  • Bande annonce (3min09s, VO, HD)

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