Alien, le 8ème passager (1979) de Ridley Scott

Alien Anthologie : Les bonus d’Alien

À tout seigneur tout honneur, débutons l’exploration des bonus du coffret Alien Anthologie avec le long-métrage à l’origine du mythe : Alien, le 8ème passager (1979) réalisé par un certain Ridley Scott qui, dès son deuxième long-métrage en tant que réalisateur, signait là non seulement l’un des summums de sa carrière – l’autre étant bien entendu Blade Runner (1982) – mais également l’un des films les plus mythiques du Septième Art.

Comme pour chaque opus du coffret, le gros ouvrage interactif est assuré par le duo commentaires audio / making of (près de 3h pour ce dernier) qui couvre déjà le projet de A à Z à la perfection tandis que les contenus additionnels (des vidéos d’une poignée de minutes) servent avant tout aux nouveaux bonus intitulés MU-TH-UR. Le 6ème disque fait quant à lui la part belle aux nombreuses galeries photos en tous genres depuis les storyboards jusqu’aux différents concepts (décors, costumes, etc.) en passant par les clichés de tournage.

Pour le reste, ce 6ème disque renferme également plusieurs scènes coupées ainsi que l’ensemble des archives du LaserDisc (hélas uniquement rédigées en anglais) ainsi que le documentaire Alien Legacy, version très condensée (66min) de l’imposant making of susnommé. La session de questions / réponses à la cinémathèque en 2001 en présence d’un Ridley Scott d’humeur badine (sans doute pour tenter de détendre l’atmosphère compte-tenu des circonstances puisque nous sommes alors trois jours après un certain 11 septembre 2001) vaut surtout pour les quelques perles lâchées ici et là par le réalisateur : « [Alien est] un film de série B réussi » ou encore, à propos du budget serré du film, « On devient malin quand on a très peu d’argent. Ça fait réfléchir. Il y a une leçon à en tirer ». Mais puisque le plus important réside dans le triplet director’s cut / commentaires audio / making of, en voici les détails.

Alien, le 8ème passager (1979) de Ridley Scott – Capture Blu-ray

Alien : La director’s cut (2003)

Les changements pour cette director’s cut, de 48 secondes plus courte que la version cinéma de 1979, sont pour le moins subtils. On trouve tout d’abord des « ouvertures » de scènes plus courtes, dixit le réalisateur lui-même lors de ses interviews à l’occasion de la ressortie du film, mais aussi deux changements plus flagrants. D’une part, la disparition de la séquence où Dallas (Tom Skerritt) interroge Mother, redondante avec une scène identique mettant en scène un peu plus tard le personnage de Ripley (Sigourney Weaver). D’autre part, l’apparition de la scène dite « du cocon » où Ripley découvre le lieu où l’alien a entreposé les corps de l’équipage. Par ailleurs, cette séquence est visible au sein des scènes coupées dans une version légèrement plus longue et verbeuse qui dessert quelque peu son impact émotionnel.

Alien : Les commentaires audio

Alors que sur la version salles, Ridley Scott est seul derrière le micro pour un résultat riche et soutenu, le commentaire audio de la director’s cut est beaucoup plus polyvalent puisqu’il réunit rien moins que Ridley Scott (réalisateur), Dan O’Bannon (scénariste), Ronald Shusett (producteur et coscénariste), Terry Rawlings (monteur) ainsi que les acteurs Tom Skerritt (Dallas), Veronica Cartwright (Lambert), Harry Dean Stanton (Brett), John Hurt (Kane) et bien sûr Sigourney Weaver (Ripley).

Cette dernière est surtout audible au cours du dernier tiers du film puisqu’il n’y a alors plus que son seul personnage à l’écran (ou presque). Les renseignements fournis sont pour le moins riches et variés depuis les inévitables anecdotes (de la part des acteurs surtout), les problèmes rencontrés sur le tournage (le producteur) notamment avec les scaphandres, les thèmes sous-jacents du scénario (sexualité de l’alien et entre les personnages : Dallas et Lambert) ou bien encore d’où vient l’idée d’un humain-hôte. Ridley Scott intervient quant à lui essentiellement dans les domaines plus techniques, visuels notamment (décors, éclairages, positions et angles des caméras, etc.), les trucages (la recette complète d’un œuf d’alien), l’historique de la création des aliens (avec l’aide ô combien précieuse de H. R. Giger) mais aussi l’importance du mixage sonore et de la musique de Jerry Goldsmith. Dans la rubrique scoop, on pourra également apprendre que Scott fut le cinquième réalisateur contacté ou bien encore que le film devait se conclure sur l’explosion du Nostromo. Avec autant d’intervenants au sein de ce commentaire audio, on pourra toutefois regretter qu’il n’y ait pas une inscription nous précisant celui en train de s’exprimer.

Alien, le 8ème passager (1979) de Ridley Scott – Capture Blu-ray

La bête de l’intérieur : la fabrication d’Alien (177min 37s)

Ce making of est visible, au choix, en intégralité ou bien reportage par reportage dont voici les détails.

Le monstre principal : développement de l’histoire (18min 14s)

Ce premier documentaire nous offre un aperçu des différentes péripéties qu’affrontèrent les scénaristes Ronald Shusett et Dan O’Bannon – ce dernier travailla avec John Carpenter sur son projet de fin d’étude Dark Star (1974) – avant de voir enfin leur histoire transposée à l’écran suite au succès d’un certain Star Wars (1977). Les producteurs du studio, qui jusqu’à cet instant précis ne croyait pas vraiment au potentiel commercial de la SF, sautèrent sur le premier script disponible afin de le mettre le plus rapidement possible en chantier. Ce script se révéla être celui d’Alien.

Les créateurs : réalisation et design (16min 41s)

Venait alors le problème du choix du maître d’œuvre. Hors, tous les réalisateurs contactés refusaient car ils considéraient Alien comme un petit film de monstre. Repéré grâce à son premier long-métrage récompensé à Cannes, Duellistes (1977), Ridley Scott passa trois semaines à storyboarder le film pour en avoir sa propre vision. Des storyboards si convaincants que les producteurs doublèrent le budget alloué au projet, passant ainsi de 4,2 à 8,4 millions de dollars. Désireux de réaliser son Massacre à la tronçonneuse spatial, Scott était très attaché aux détails visuels du film : toute la partie technique (vaisseau, scaphandre…) fut partagée entre l’approche « crédible » de Ron Cobb (concept artist) et une vision plus dépouillée influencée par Moebius et la bande dessinée Métal Hurlant. Mais c’est par dessus tout le design de l’Alien qui resta le plus problématique jusqu’à l’entrée en scène de H. R. Giger. Après que Scott soit parvenu, non sans peine, à l’imposer sur le projet, celui-ci pris en charge la conception de tout ce qui avait trait à la créature : bébé alien, attaque faciale, créature adulte, etc.

Les camionneurs de l’espace : casting (14min 54s)

Dernier point avant de pouvoir débuter le tournage : les acteurs. La moitié du reportage est consacrée à l’attribution du rôle principal à une femme et au choix de Sigourney Weaver. La seconde moitié passe ensuite en revue les autres personnages (aucun ne croyait vraiment à ce film) avec à chaque fois les circonstances dans lesquels ils ont fini par accepter (Jon Finch était prévu à l’origine pour le rôle tenu finalement par John Hurt).

La peur de l’inconnu : studios Shepperton, 1978 (24min 03s)

Un mot ressortira tout au long du tournage : tension. Toujours à la recherche d’un style visuel bien précis, Ridley Scott passa ainsi les quatre premiers jours à effectuer des tests d’éclairage sans rien tourner puis, par la suite, multiplia les prises entraînant bien entendu retard de planning et courroux des producteurs. À cela s’ajoutait des conditions de tournage difficiles pour tout le monde et avant tout pour les acteurs à la limite de l’asphyxie dans leurs combinaisons ou de la claustrophobie dans un Nostromo à décor fermé. Sans compter les autres anecdotes (tendues elles aussi) : le latex du visage de Ash qui rétrécit, le jeu de mains qui dégénère entre Weaver et Cartwright, etc.

Alien, le 8ème passager (1979) de Ridley Scott – Capture Blu-ray

Les profondeurs obscures : Nostromo et la planète Alien (17min 28s)

Deux décors étaient primordiaux : le Nostromo et le vaisseau alien. 120 personnes travaillèrent sur les décors pendant six mois, sept jours sur sept, assemblant des pièces récupérées dans des cimetières d’avions pour aboutir au look rétro du Nostromo et de sa technologie « primaire » auquel s’ajoutèrent quelques trucs et astuces pour faire paraître les coursives plus grandes (miroir) ou bien le vaisseau plus haut (filmer des enfants en scaphandres en vitesse accélérée). Giger puisa pour sa part dans des abattoirs pour donner au vaisseau alien un look intérieur aussi squelettique que possible. Mais Ridley Scott devait à nouveau constamment se battre avec des producteurs inspectant en permanence les plateaux afin de s’assurer que rien n’était construit sans leur accord, ni hors de proportions (budgétaires).

Le huitième passager : conception de la créature (31min 35s)

L’alien, véritable star du film (et de la saga), a droit à son propre documentaire afin de passer en revue aussi bien sa conception que sa mise en image : les œufs, le facehugger (la créature accrochée au visage), le premier puisant ses origines davantage dans la boucherie, le second dans la poissonnerie ! La scène d’éclatement de la poitrine (avec au passage un petit problème de déchirement de T-Shirt) occupe à elle seule le second tiers du reportage, le dernier tiers étant consacré à l’alien parvenu à l’âge adulte avec un acteur costumé pour la version pleine et entière et un certain Carlo Rambaldi (Rencontres du troisième type, 1977) chargé des effets avec la tête même si, à l’arrivée, tout le monde était surpris que Ridley Scott ne filme que si peu la bestiole en question.

Au futur : montage et musique (16min 28s)

Le tournage achevé, arrive ensuite la phase de postproduction (un premier montage de 3h12) qui s’étira sur pas moins de 20 semaines. Le documentaire s’attarde essentiellement sur la musique de Jerry Goldsmith avec un thème principal conçu à contrecœur, le premier ne plaisant guère à Scott car jugé trop baroque et proche de Patton (1970), l’une des précédentes compositions de Goldsmith. Au fil de cette postproduction, les musiques furent donc mises de plus en plus en retrait au profit des effets sonores. Avec la sérénité du recul, Jerry Goldsmith déclare que Ridley Scott pensait davantage le film en des termes visuels et qu’il serait intéressant, avec l’expérience désormais acquise par le metteur en scène, de voir l’approche qu’il en aurait aujourd’hui.

Alien, le 8ème passager (1979) de Ridley Scott – Capture Blu-ray

Les effets visuels (18min 52s)

Comme son nom l’indique, ce reportage s’attarde sur le tournage des effets visuels (sans motion control) laissés aux bons soins de Brian Johnson en parallèle du tournage principal. Éternel « insatisfait », Scott supervisait néanmoins le tout d’un œil attentif et ne cessait de demander des modifications sur les maquettes.

Un cauchemar réalisé : réactions au film (19min 22s)

Enfin achevée, la bête pouvait être lâchée : files d’attentes interminables, spectateurs quittant les salles mais aussi réactions de rejets et de dégoûts pour certaines scènes, à commencer par celle de l’éclatement de la poitrine vis-à-vis des femmes en âge de « procréer ». Croyant son travail délaissé, le scénariste Dan O’Bannon refusa dans un premier temps d’aller voir le film avant de finalement assister à une séance en présence de Warren Beatty et Jack Nicholson qui sursautèrent tout au long de la projection. Le documentaire se conclut sur la très efficace campagne publicitaire du film : l’œuf alien sur l’affiche accompagné de l’une des plus célèbres taglines de l’histoire du Septième Art, reprise et parodiée à l’envie depuis : « Dans l’espace, personne ne vous entend crier ».

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