Mr. Majestyck - Image Une Test BRD

Mr. Majestyk en Blu-ray : Bronson en a gros sur la pastèque

En cette fin d’année 2016, le cinéaste Richard Fleischer est à l’honneur chez nos éditeurs indépendants. Outre ce Mr. Majestyk qui était jusqu’ici inédit en vidéo (on a retrouvé la trace d’une jaquette VHS locative mais quid d’une VHS à la vente ?), doit arriver dans les bacs le 9 novembre en Blu-ray (mais aussi en DVD) un coffret édité par Carlotta regroupant Terreur aveugle (See No Evil – 1971), L’Étrangleur de Rillington Place (10 Rillington Place – 1971) et Les Flics ne dorment pas la nuit (The New Centurions – 1972). Trois films disponibles aussi à l’unité qui viennent enrichir un catalogue déjà pourvu de deux autres titres essentiels dans la filmo du réal que sont L’Étrangleur de Boston (The Boston Strangler – 1968) et Les Inconnus dans la ville  (Violent Saturday – 1955). Sidonis proposera quant à lui de son côté l’exotique Barabbas (1962) le 2 novembre. Un constat qui en appelle un autre puisque voilà un cinéaste par ailleurs pas trop mal pourvu sur galette bleutée en nos contrées. On avait ainsi la possibilité de se (re)voir de la meilleure des manières possibles des œuvres matricielles comme Soleil Vert (Soylent Green – 1974)  et Le Génie du mal (Compulsion – 1959) ou tout simplement essentielles comme Le Voyage fantastique (The Fantastic Voyage – 1966) et Kalidor (1988). Oui on assume.

Mr. Majestyk - Affiche FR

Tout ça pour dire que Fleischer est loin d’être un inconnu mais que pour qui croyait bien le connaître ou l’avoir cerné, Mr. Majestyk est là pour brouiller encore plus les pistes ou plutôt confirmer que voilà un cinéaste qui a su explorer un spectre on ne peut plus large de son art en abordant moult sujets qui a priori n’ont rien à voir entre eux. Une sorte de touche à tout qui a accouché d’une filmo protéiforme où encore plus qu’ailleurs on y trouve des perles, des chefs-d’œuvre et des ratages. Mr. Majestyk est indéniablement à ranger dans la case pépite. Une appellation fourre-tout qui évolue en fonction des décennies. Aujourd’hui elle a un côté noble bien aidée par cette patine du temps qui pour beaucoup enlumine des films qui lors de leurs sorties ne provoquaient au mieux que quelques lignes souvent pleines de morgue jusque dans la presse spécialisée. Au milieu des années 80, quand Mr. Majestyk entrait à peine dans l’adulescence, la génération Starfix s’en emparait comme d’un bon film de vidéo club. Charles Bronson, qui était alors devenu avec Chuck Norris, Stallone et déjà Schwarzie cette icône reaganienne devant faire table rase d’une décennie de la loose d’où seul surnageait un certain inspecteur Harry Callahan, trimballait encore l’aura particulière de l’homme juste, taciturne, avare en discours en tous genres mais porteur d’une morale stricte.

Ce que symbolise à merveille son personnage de Vince Majestyk, ancien du Vietnam revenu au pays pour faire un tour dans un de ses pénitenciers avant de se racheter une conduite et de devenir un exploitant agricole spécialisé dans la pastèque (Sic). Il y aurait comme un petit air de Rambo avant l’heure. D’autant que les choses ne vont pas filer aussi droit qu’il le souhaite puisque le syndicat du coin fait pression pour qu’il engage lors de la récolte de bon gros rednecks du patelin alors que Majestyk fait plutôt confiance aux wetbacks. Un différentiel de point de vue qui va culminer avec l’entrée dans la danse d’un caïd tueur à gages dont il croise la route lors d’une nouvelle visite à la prison locale. On l’aura compris, Mr. Majestyk ne fait pas dans le scénario dentelle mais celui-ci est suffisamment efficace pour que l’on se foute rapidement d’éventuelles subtilités. D’autant que Bronson n’incite pas non plus à reverser le film dans la catégorie comédie sentimentale même si l’histoire contient bien un sous-plot romantique avec la mexicaine de service (la beauté farouche Linda Cristal dont on vous en disait déjà le plus grand bien au sein de notre récent papier sur Les 2 cavaliers de John Ford) illustré par un unique plan d’insert furtif où les mains se frôlent. C’est que Bronson ne fait pas dans la gaudriole à l’écran. L’excellent texte (une nouvelle fois) de FAL (ex starfixien s’il en est) au sein du livret de cette édition le rappelle. L’acteur réservait les parties de jambes en l’air pour le privé. À l’écran, la seule chose de génitale que l’on pouvait montrer à son sujet, c’étaient ses corones.

Mr. MajestykLinda Cristal

Et dans Mr. Majestyk il en a à revendre bien aidé par une mise en scène abrupte pour ne pas dire au cordeau. Fleischer s’amusant à nettoyer de sa réalisation tous mouvements inutiles et tous plans qui ne servent pas stricto sensu une narration qui en deviendrait ascétique s’il n’y avait pas quelques moments de pure pétage de plombs comme cette attaque en plein jour et en pleine ville du fourgon de prisonniers avec à son bord Majestyk et Frank Renda, le tueur à gage de la pègre sus-cité, joué par un hénaurme Al Lettieri qui était devenu le méchant iconique au cinéma de cette décennie. Mr. Majestyk est un film rectiligne qui ne s’embarrasse donc pas avec des considérations morales ou des vraisemblances de scénario. L’idée est de pousser à bout Bronson pour qu’à la fin cela ressemble beaucoup à règlements de comptes à OK Corral. Et pour tout dire cela marche du tonnerre à partir du moment où le genre est votre ami. Enfin le sous-genre dit du « Payback movie » à ne pas confondre avec celui qui fera les beaux jours de l’acteur du « Revenge movie ». Là, il s’agit juste de venger des pastèques qui se sont fait dézinguer à la sulfateuse. Mais comme Majestyk y tient à ses pastèques…

Mr. MajestykAl Lettieri

Le film de vidéo club que l’on se matait entre potes autour d’une pizza achetée au petit restaurateur du coin (Domino’s pizza ne s’implante en France qu’en 1989. Oui ça sent le vécu) est devenu donc cette pépite qu’il fait bon d’éditer en Blu-ray pour aficionados de la première et de la dernière heure. On n’est pas loin ici de l’acquisition en forme de geste militant pour ne pas dire coup de pied au cul à l’encontre de tous ceux qui se gaussaient et qui doivent se gausser encore que l’on puisse apprécier ce genre de films. Non que celui-ci se soit transformé en un peu plus de 30 ans de bouse à chef-d’œuvre incompris mais plus en quelque chose d’entre les deux qui rappelle que le cinéma peut aussi être un plaisir immédiat avec comme critère central celui de la revoyure ad vitam æternam. Une prolongation au final assez rare et somme toute précieuse.

Celle-ci peut d’ailleurs comme ici se doubler d’une expérience de visionnage inédite que se targue d’apporter fort justement cette édition Blu-ray même si tout n’est pas parfait. Surtout lors des séquences en basse lumière où les noirs sont bouchés avec un grain très très présent. On en veut pour preuve la séquence dite de la cabane de chasse où Majestyk et Frank Renda se bourrent le pif avec gourmandise. On n’y voit quand même goutte. On aura beau désépaissir le réglage contraste ou encore celui de la luminosité, rien n’y fait sinon de rendre l’image terne et sans plus aucune profondeur de champs. On mettra cela sur le compte de la captation d’époque et d’une pellicule pas forcément au top (oui on a des parts chez WildSide). Pas certain en effet qu’une production de la sorte bénéficiait du « state of the art » en matière de matos d’autant que personne ne devait penser accoucher sur le tournage d’un quelconque film définitif à même de marquer une carrière à jamais.

Mr. Majestyk

Ce qu’a posteriori pense le directeur de la photo Richard H. Kline qui au sein des bonus produits exclusivement pour WildSide par Fiction Factory, la boîte basée en Allemagne de Robert Fischer spécialiste dans la chose, ne tarit pas d’éloges sur le film et subséquemment sur son travail. C’est assez touchant car on a beau chercher, Mr. Majestyk ne bénéficie pas d’une photo qui le distingue du tout venant de l’époque sinon que Bronson est toujours très bien éclairé. Idem d’ailleurs avec l’autre entretien que propose cette édition en la personne de Lee Purcell qui joue dans le film la régulière de Renda. On a d’ailleurs un peu oublié d’en parler plus haut car son jeu effacé ne méritait pas plus que cela qu’on la mentionne même si elle tient à un moment un rôle central. Là aussi on a donc droit à un témoignage empreint d’une nostalgie bienveillante et certainement enjolivée surtout quand l’actrice décrit un Bronson affable, sociable et courtois. Des attributs à l’opposé de ce qu’en dit FAL au sein du livret mentionné plus haut qui commence au demeurant par des témoignages de différentes personnalités comme John Landis ou Claudia Cardinale qui l’ont côtoyé à un moment ou à un autre. D’ailleurs on ne se prive pas du plaisir de reproduire ici les propos de Landis qui comme chacun le sait fut cascadeur dans une précédente vie : Charles Bronson ? Il n’était vraiment pas du genre à vous taper sur le ventre. Il restait tout seul dans son coin. Dans Les Collines de la terreur, où je travaillais comme cascadeur, il jouait le rôle d’un Indien et n’était vêtu que d’un pagne, du début à la fin. Je me souviens que je me disais, en voyant cet homme de cinquante et un ou cinquante-deux ans : « Eh bien, il tient la forme ! » Il n’était pas très grand, mais il était musclé et avait une présence irrésistible. Il restait assis dans son coin, l’air mauvais. Personne ne lui adressait jamais la parole.

On pourrait quand même penser le contraire à l’écoute de la VF d’époque tant le doublage de Bronson (la voix de Roger Moore quand il était James Bond) fait parfois bien rire même si c’est à son insu.  L’exemple le plus fendard est celui que nous vous proposons en VOST ci-dessous (de 13 à 24s). En français cela donne : « Tu pètes de la gueule comme une petite frappe de banlieue. Je te dis tout de suite que ça me laisse froid. Si tu l’ouvres encore, je te file ton avoine ». De la réplique de cours de récré digne de La Classe américaine. Mais une VF que l’on déconseillera de toute façon sinon donc pour un petit écart façon tourisme sonore tant celle-ci semble cuite à l’étouffé avec comme dommages collatéraux la quasi disparition de tous les sons d’ambiance. La VO est bien entendu beaucoup plus naturelle en précisant tout de même que les deux encodages sont proposés en DTS-HD MA 2.0 mono. On vous conseille d’ailleurs de ramener la chose à du 1.0 depuis votre ampli histoire de récupérer tout le dynamisme et l’intelligibilité des dialogues tout en laissant au reste du mixage la possibilité de s’exprimer pleinement. Vous aurez alors droit à une véritable réussite dans le genre.

Notes :
– Image : 3,5/5
– Son : 4/5
– Bonus : 3,5/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Mr. Majestyck - Packshot BRD 2DMr. Majestyk – Édition Blu-ray + DVD + Livret – de Richard Fleischer (USA – 1974) – WildSide Vidéo – Sortie le 5 octobre 2016

Vétéran du Vietnam, Vince Majestyk n’aspire aujourd’hui qu’à une seule chose : mener une existence paisible en dirigeant son exploitation de pastèques. Sa rencontre avec Bobby Kopas, crapule locale, va provoquer une redoutable réaction en chaîne et placer en travers de sa route Frank Renda, tueur à gages des plus sadiques… L’heure de l’affrontement a sonné. La lutte sera acharnée…

Spécifications techniques Blu-ray :

  • Image : 1.85:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Anglais et Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
  • Sous-titres : Français, Anglais
  • Durée : 1h 43min 46s

Mr. Majestyk - Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre - Packshot Blu-ray

Bonus :

  • Colorado cool : entretien avec le directeur de la photographie Richard H. Kilne (13min59s, VOST, HD)
  • Colorado chic : entretien avec l’actrice Lee Purcell (27min57s, HD, VOST)
  • Un livret exclusif de 86 pages sur le film et sa genèse, spécialement écrit pour cette édition par Frédéric Albert Lévy, illustré de photos d’archive rares.

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