Elementaire mon cher... Lock Holmes

Test Blu-ray : Élémentaire, mon cher… Lock Holmes

Élémentaire, mon cher… Lock Holmes, qui vient de sortir – enfin ! – en édition Combo Blu-ray + DVD chez Elephant Films, est-elle la meilleure adaptation cinématographique des aventures de Sherlock Holmes ? Les admirateurs les plus intégristes de l’univers des duettistes de Baker Street vont répondront certainement que non… Mais en prenant le contrepied de ce qu’on attendait d’eux, Tom Eberhardt et ses scénaristes, Gary Murphy et Larry Strawther, n’ont-ils pas choisi le meilleur angle d’attaque pour rendre hommage aux personnages créés par Conan Doyle ?

Elémentaire mon cher Lock Holmes - Jaquette Blu-ray

Il est en effet amusant de constater à quel point les œuvres qui apportent le plus de fraicheur à une figure « mythique » de la littérature ou de la culture populaire sont celles qui osent prendre des distances avec les univers auxquels elles se confrontent. Décalage rigolard, outrances, anachronismes, transposition dans un autre « monde » diégétique… Tous les moyens, même les moins avouables, sont bons pour ne pas tomber dans la redite… Et à l’occasion dépoussiérer quelques figures par trop connues !

L’adaptation est une trahison

Certaines adaptations n’ont pas peur de changer le champs lexical de l’œuvre originale en y apportant une touche de folie, souvent inattendue. Au final, elles modifient la perception du public tout en conservant l’essence du mythe. Pensons au diptyque OSS 117, au Batman returns de Tim Burton, à Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre signé Chabat, ou même aux adaptations 100% barrées tournant autour de certaines séries TV (Charlie’s angels, Starsky & Hutch…) : des films aux antipodes de leurs modèles littéraires ou télévisuels, réussissant l’exploit d’éviter la moquerie avec tendresse (les héros ne sont jamais tournés en ridicule mais demeurent attachants), et donnent finalement un nouveau souffle aux personnages qu’elles abordent. Bien sûr, ce n’est plus tout à fait la même chose, les puristes sont parfois circonspects, voire franchement mécontents, mais trahison ou pas, le fait est que l’on est en présence d’œuvres uniques, à l’identité forte, et qui ont le mérite de marquer durablement les mémoires.

Elementaire mon Sherlock Holmes

C’est le romancier / réalisateur britannique Clive Barker qui, à la sortie de Hellraiser II : Les écorchés, résumait le mieux l’esprit d’une bonne adaptation : « Voici un phénomène extraordinaire : dès que l’on crée une histoire ou une image qui trouve la faveur du public, on la perd. Elle vous quitte, la petite salope ; elle devient la propriété des fans. Ce sont eux qui élaborent leur propre mythologie autour d’elle ; eux qui conçoivent des suites et des prologues ; eux qui vous signalent les points faibles de votre récit. Il n’existe pas de plus beau compliment à mes yeux. (…) Après Hellraiser : Le pacte est venu Hellraiser II : Les écorchés, dans lequel le scénariste Peter Atkins et le réalisateur Tony Randel ont tissé leur propre suite à partir du premier épisode. Ce n’était pas le film que j’aurais tourné, mais il était extrêmement intéressant de voir comment d’autres esprits et d’autres talents traitaient ces idées ; comment ils exploraient des prolongements que je n’avais même pas envisagés lorsque j’avais pris la plume. (…) Mais j’en suis néanmoins très fier. Pas seulement parce que des créateurs aussi doués ont été suffisamment séduits par les concepts de Hellraiser pour prolonger son univers fictif avec leurs propres récits, mais parce que – voyez ! – ce salaud de petit film que j’ai tourné a désormais sa propre vie. »

D’ailleurs, si vous m’autorisez une légère digression (si vous ne m’autorisez pas, passez au chapitre suivant ou allez vous faire mettre), le fait que George Lucas ait fini par céder à d’autres la mainmise qu’il avait sur l’univers Star Wars est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver à la saga, et augure – croisons les doigts ! – du meilleur pour l’avenir de la franchise. Il suffit de jeter un œil, même distrait, à la deuxième trilogie initiée par l’extrêmement décevant Episode I, pour en convenir. Dans le même esprit, si les meilleures choses jamais arrivées à la mythologie Star Wars sont L’empire contre-attaque d’Irvin Kershner et l’éphémère Clone Wars de Genndy Tartakovsky, n’oublions pas que ces deux créations étaient peu appréciées de Lucas, qui les considérait comme des trahisons. Espérons donc que J.J. Abrams saura se défaire de l’ombre un peu trop envahissante de Papy Lucas pour insuffler du neuf dans une saga qui en a bien besoin.

Elementaire mon Sherlock Holmes

Et Sherlock dans tout ça ?

Vous avez lu le titre de l’article, et comprenez où je vais en venir : abordons maintenant le cas des différentes adaptations cinématographiques s’attaquant au personnage de Sherlock Holmes. Quelques 85 ans après la mort de Sir Arthur Conan Doyle, lesquelles retiendra-t-on en priorité en haut de notre TOP ? [oui, on est pas sur Topito mais on aime les tops sur DigitalCiné] Surement pas les sympathiques mais trop sages films mettant en scène Basil Rathbone, non ! L’œuvre littéraire traverse les années et se suffit à elle-même, un « décalque » cinématographique n’en sera jamais qu’une pâle copie, fade et sans âme (oui, c’est à toi que je parle, Robert Rodriguez !). Les principaux films nous revenant naturellement en mémoire proposeront une nette « valeur ajoutée ».

On pensera d’abord au Chien des Baskerville (Terence Fisher, 1959), démarcation gothique du personnage et chef d’œuvre made in Hammer. Ensuite vient le formidable Secret de la pyramide (Young Sherlock Holmes, Barry Levinson, 1985), production Amblin du milieu des années 80. Plus proche de nous, et quitte à faire rugir les orfraies de la critique intellectuellement correcte, on pense aussi à Guy Ritchie, qui déchaînait un maelstrom de bruit et de fureur autour d’un personnage complètement réinventé dans Sherlock Holmes : Jeu d’ombres (2011), et en profitait pour signer un chef d’œuvre (le premier de sa carrière), dont la déconstruction systématique – narrative et formelle – nous amène aux limites de l’abstraction. Un actioner littéralement révolutionnaire, que n’aurait pas renié un Tsui Hark.

Et entre ces deux là, en 1988 précisément, il y a eu Élémentaire, mon cher… Lock Holmes (Without a clue, Tom Eberhardt), qu’Elephant Films vient d’avoir la très bonne idée d’exhumer pour nous en offrir un beau combo Blu-ray / DVD. Étonnamment peu connu dans l’hexagone, Élémentaire… nourrit cependant un mini-culte auprès d’une petite frange de cinéphiles français depuis de nombreuses années : la précédente édition « collector » DVD du film, éditée par PVB Éditions en 2002, pouvait atteindre des cimes insoupçonnées sur le marché de l’occasion – Mais Elephant remet les pendules à l’heure avec cette nouvelle édition.

Elementaire mon Sherlock Holmes

Élémentaire, mon cher… Lock Holmes

Prenant comme postulat de départ une inversion des rôles au sein du duo de Baker Street (Watson étant considéré comme le cerveau, et Holmes un acteur raté engagé pour donner le change auprès du reste du monde), le film est un véritable joyau d’écriture comique. Un bijou de l’humour sur celluloïd, ciselé au millimètre, proposant une mécanique du gag à l’impact proprement irrésistible : il n’est pas UNE réplique ou un élément du récit qui ne fasse pas mouche à un moment donné. Le film de Tom Eberhardt enchaine les gags verbaux et visuels avec une maestria presque inouïe et des acteurs tout simplement EX-TRA-OR-DI-NAI-RES (Michael Caine est au meilleur de sa forme, et même Ben Kingsley révèle un tempérament comique jusque là insoupçonné), bref, c’est un véritable état de grâce de la grosse rigolade, qu’on ne retrouvera guère que quelques dix années plus tard dans l’imparable Mary à tout prix (There’s something about Mary, Bobby & Peter Farrelly, 1998).

Mais le véritable exploit du film – et non des moindres – est de viser dans le mille dans à peu près 100% des cas. À la façon des classiques classieux de Blake Edwards avec Peter Sellers (The party en tête de pile), Élémentaire… fera rire tout le monde. Que l’on soit amateur des ZAZ ou de Woody Allen, des Monty Python ou des frères Farrelly, chaque public y trouvera son compte ; pour l’avoir montré à plusieurs dizaines de personnes au fil des années, il n’en est pas une seule dont les zygomatiques aient résisté à la tornade hilarante qu’est le film ; même les plus culs serrés finissent par se dérider.

Riche d’une version française épatante (avec Dominique Paturel et le regretté Philippe « Gargamel » Dumat dans les rôles de Holmes et Watson), le film de Tom Eberhardt s’appréciera aussi bien dans la langue de Liermo qu’en VO ; plus de vingt-cinq ans après sa réalisation, cette comédie résiste au temps et aux visions répétées. La marque des grands, qu’on vous dit !

Elementaire mon Sherlock Holmes

À film indispensable, Blu-ray indispensable

Le titre de la section est éloquent – mais ne partez pas ! On va aborder cette nouvelle édition d’Élémentaire, mon cher… Lock Holmes dans le détail. Vous l’aurez compris cela dit : vous pouvez reléguer votre ancienne édition DVD au placard ou caler un meuble avec ; mis à part une poignée de suppléments (pas forcément des plus intéressants), elle ne présentera plus aucun intérêt. C’est une relique du passé. Tournons nous vers l’avenir !

Et l’avenir, c’est un master HD de grande classe, de haute tenue, que dis-je, de haute volée roulant, respectant le grain argentique et la patine visuelle très 80’s du film d’Eberhardt, malgré un léger lissage au réducteur de bruit. La restauration entreprise par les britanniques de ITV Studios a fait des merveilles même si des points blancs épars subsistent, l’essentiel étant que l’on redécouvre le film, qui plus est proposé en 1080p. En deux mots comme en cent, c’est le panard intégral : même les scènes en basse lumière ne dépareillent pas. Voilà de quoi permettre à ceusses ne connaissant pas le film de le découvrir dans des conditions idéales. En bonus, le film en SD sur un bon vieux DVD, comme pour mieux constater l’écart qualitatif entre les deux supports. Côté son, on sera heureux de ré-entendre la VF d’origine évoquée plus haut aux côtés de la VO, toutes deux encodées en DTS-HD Master Audio 2.0, et proposées dans des mixages clairs et sans souffle.

Le seul bémol concerne donc les suppléments : outre les bandes-annonces des collections « Michael Caine » et « Guerre froide » (celle du Secret du rapport Quiller vaut d’ailleurs son pesant de cacahuètes), on n’a rien à se mettre sous la dent. Qu’à cela ne tienne, certains films se suffisent à eux-mêmes, et quand il est présenté en haute définition, cela suffit à notre bonheur !

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