Marie-Octobre - Image une test BRD

Marie-Octobre en Blu-ray chez Pathé

Dernière grande réalisation signée Julien Duvivier, Marie-Octobre n’est pourtant pas un film somme qui pourrait à lui seul résumer une filmographie mouchetée d’autant de chefs-d’œuvre que de ratages. Toutefois, il est l’un des derniers rejetons de ce cinéma dit de qualité française qui sera traînée dans la boue par les jeunes turcs de la Nouvelle Vague. Un cinéma qui selon Godard, Truffaut et bien d’autres sent la naphtaline avec derrière la caméra des réalisateurs qui ne savent tout simplement pas filmer (sic !). Si Marie-Octobre est en effet un film au classicisme éprouvé de par sa réalisation où rien n’achoppe, elle n’en demeure pas moins exclusivement pensée pour être au service d’une histoire passionnante qui dix ans avant Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls, remettait quelque part déjà en cause le mythe de la France entièrement résistante pendant l’occupation allemande.

Marie-Octobre - Affiche

On sait que Duvivier fut durablement impressionné par 12 hommes en colère de Sidney Lumet où l’utilisation du huit clos comme principal instrument de mise en scène capable d’emmener le spectateur dans les mêmes affres du  doute que les 12 protagonistes à l’écran, était portée à son paroxysme. Quand on lui propose d’adapter le roman au titre éponyme de Jacques Robert qu’il finira avec l’intéressé par en concentrer l’action dans quasiment une seule et même pièce, on sent bien chez Duvivier la tentation de prolonger l’extraordinaire travail de Lumet. Ce qu’il fera mais à sa façon, c’est à dire en fluidifiant au maximum sa réalisation afin que les retournements de situation et autres aspérités du récit soient certes mis en avant mais en douceur et dans la continuité d’un ensemble qui se veut inéluctable. En effet, si dans le film de Lumet, un doute persiste jusqu’au bout quant à la culpabilité ou non de la personne qu’ils ont à juger, dans Marie-Octobre, l’identité du coupable à la fin ne fait aucun doute.

Marie-Octobre - Photo d'exploitation

En fait ce qui intéresse Duvivier, ce n’est même pas tant de révéler le nom du traître qui a donc donné le réseau de résistants un soir de 1944, mais de mettre en place toute une méthodologie et toute une grammaire visuelle qui ne souffrent d’aucune discussion possible dans la tête du spectateur. L’inéluctabilité de la mise en scène certes mais au service d’une histoire par ailleurs haletante et encapuchonnée de dialogues signées Henri Jeanson qui s’en donne ici à cœur joie dans la façon de cristalliser les tensions ou les traits de caractère de chacun sans jamais oublier de temps à autre une saillie qu’Audiard n’aurait pas renié. Morceau choisi. Quand on demande au personnage joué par Ventura s’il n’a pas la télé chez lui, celui-ci de répondre du tac au tac : «  Ah non comme cinéma à domicile j’ai ma femme. » Ce qui d’ailleurs fait dire que la force du film réside aussi dans cette propension pour le spectateur à sans cesse marcher sur des sables mouvants. Entre le grave et le plus léger, chacun à sa petite zone d’ombre quand ce ne sont pas des révélations à balancer.

Et pour cela Duvivier avait besoin d’acteurs au calibre éprouvé. Ce qui est le cas avec cette propension du côté du cinéaste à savoir tenir ce bestiaire d’une main ferme. On le sait, ce n’est pas la moindre de ses qualités. Outre ses aptitudes techniques qui en faisait un homme écouté et respecté sur un tournage, Duvivier était un formidable directeur d’acteurs. Oh pas en se répandant de recommandations façon Actor’s Studio mais plutôt en étant le plus sibyllin possible, permettant au comédien d’affirmer la personnalité de son personnage en s’aidant des dialogues qui doivent se suffire à eux-mêmes. D’où d’ailleurs la préférence du cinéaste à travailler avec des acteurs accomplis plutôt qu’avec des jeunes premiers.

Marie-Octobre - Photo d'exploitation

À l’écran cela donne un ballet ininterrompu et sans cesse renouvelé composé de joutes oratoires au cordeau accentué par un montage alerte et des cadres souvent à la marge : contre-plongée pour appuyer certaines révélations, profondeur de champ travaillé pour accentuer l’impression d’animaux en cage ou encore cadres à la Citizen Kane où les boiseries du plafond ont tendance à écraser toutes velléités d’échapper à son destin. C’est franchement brillant et fait montre d’une maîtrise du langage cinéma que l’on peine encore à retrouver aujourd’hui, détruit s’il en est par une Nouvelle Vague qui a voulu faire table rase d’un héritage que l’on ne redécouvre que depuis une vingtaine d’années. Marie-Octobre est ainsi un modèle du genre. De ce cinéma dit de papa qui n’a rien perdu de son tranchant, de sa causticité et surtout de sa modernité.

On ne peut ainsi que rendre justice à Pathé d’effectuer ce travail de restauration qui n’est donc pas que technique. Car en « exhumant » de la sorte un tel film de patrimoine, c’est tout le cinéma français qui en sort grandit. D’autant que Marie-Octobre se pare ici de ses plus beaux atours. On a droit à une image de toute beauté où le N&B de la photo signée Robert Lefebvre laisse pantois. La profondeur de champs évoquée plus haut n’est pas ici un vain mot mais une impression qui donne le vertige. La définition est quant à elle magnifique laissant découvrir des détails tout bonnement jamais vus pour celles ou ceux qui ont en tête le DVD édité en son temps par René Chateau que Pathé reprit à l’identique en 2012 (pour la partie image en tout cas). Idem pour le son qui bénéficie d’un encodage DTS-HD MA mono à la hauteur du médium. Autant dire que les dialogues sont superbement mis en valeur sans pour autant laisser de côté tout ce que la bande son compte d’artefacts pour appuyer le suspense et autres coups de théâtre.

Marie-Octobre - Capture Blu-ray bonus

Et puis Pathé nous propose en guise de bonus un doc intitulé Une femme en colère avec en fil rouge un entretien avec Eric Bonnefille, auteur d’un bouquin sur le cinéaste, qui contextualise le film avec aisance, revenant sur certaines assertions connues (l’admiration de Duvivier à l’égard du film de Lumet, son côté difficile dans ses rapports humains…) et d’autres moins connues (la bonne entente sur le tournage et le côté hâbleur de certains acteurs faisant rire Duvivier himself, lui qui était plutôt du genre ascétique…). Il y a aussi d’autres intervenants comme Hubert Niogret, autre spécialiste du cinéaste, ou encore Henri Jeanson dans un document d’époque connu où il rappelle ses relations tumultueuses avec Duvivier et enfin Danielle Darrieux au coin du feu qui se plaint du titre du film qui a changé alors qu’en fait il n’en est rien. Mais surtout voici un doc qui remet l’homme et son cinéma au centre du village cinématographique français n’hésitant pas à rappeler certaines saillies critiques de l’époque cataloguant par exemple Duvivier « d’excellent ouvrier » (extrait d’un texte favorable au film). Heureusement que le temps répare certaines injustices. Il est juste dommage que Duvivier ne soit plus là pour en être témoin.

Notes :

  • Image : 4,5/5
  • Son : 4/5
  • Bonus : 3/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

 

Marie-Octobre - Jaquette Blu-rayMarie-Octobre – Édition Collector Combo Blu-Ray + DVD – de Julien Duvivier (France – 1959) – Pathé Vidéo – Sortie le 7 décembre 2016

Marie-Octobre, directrice d’une maison de couture, réunit les membres du réseau de résistance dont elle faisait partie en 1944 pour découvrir lequel d’entre eux les a trahis…

Spécifications techniques Blu-ray :

  • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono, Audiodescription (pour malvoyants)
  • Sous-titres : Français pour sourds et malentendants, Anglais
  • Durée : 1h39min 04s

Bonus :

  • Une femme en colère par Éric Bonnefille (17min01s, HD)
  • Film annonce (3min41s, HD)

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