Darkman - Image une test Blu-ray

Darkman : Une Édition Ultimate Blu-ray sur le grill

Quand Sam Raimi réalise Darkman, il n’a pas encore bézef comme films à son actif. Mais il a déjà les deux premiers Evil Dead (sur trois) qui vont lui coller et lui collent encore au train aujourd’hui. Ô, il a bien réalisé entre les deux Mort sur le grill (Crimewave – 1985) qu’il ne renie pas mais qui reste un douloureux souvenir à bien des égards (Paul L. Smith ingérable et redoublé en postprod, conflits en tous genres avec les producteurs, Bruce Campbell dégoûté des pratiques hollywoodiennes n’obtenant qu’un second rôle malgré l’appui de Raimi, les frères Coen, auteurs du script, vaccinés eux aussi et qui jusqu’en 2012 avec Gambit : Arnaque à l’anglaise ne laisseront plus personne le soin de réaliser à leur place leurs scénarii…). C’est donc avec la peau déjà un peu tanné mais avec toujours cette envie chevillée au corps de faire des films que le grand Sam s’attelle à ce Darkman qui rétrospectivement annonce les deux meilleures adaptations de Spider-Man au cinéma à ce jour.

Darkman ou le Spider-Man 0.0 (et celui qui dit la tête à Toto…)

Le jeune freluquet d’alors qui barbouille ici ces quelques lignes avait découvert le film bien avant sa sortie suite à une proposition malhonnête admonestée dans les couloirs d’une fac parisienne. L’idée était en effet de faire partie d’une projection test organisée par le distributeur afin de donner à l’issue son avis sur le film. Le souvenir d’alors et qui est resté depuis est un truc protéiforme qui partait dans tous les sens (entre cartoon et dark universe) avec surtout des effets-spéciaux à l’état embryonnaire. Le Darkman que l’on nous montrait n’était en effet pas « fini ». Génial. Et il nous faut alors être honnête. On n’a jamais voulu le revoir. Mais le redécouvrir aujourd’hui dans les conditions de ce Blu-ray était une occasion à côté de laquelle on ne pouvait toutefois pas passer.

Darkman - Affiche

Bien nous en a pris tant ce Darkman reste certes cet objet à la fois annonciateur et antinomique de la vague de super héros que l’on nous sert à toutes les sauces aujourd’hui mais aussi le témoin d’une époque malheureusement révolue où les bonnes idées de mise en scène commandaient ou découlaient d’aléas, de compromissions et de système D qui ne font pas forcément un grand film, mais dont la richesse visuelle, inventive, immersive et foisonnante sont sans égal à l’aune, au hasard, des standards actuels du genre. De fait, Darkman reste sans aucun doute cet objet protéiforme décrit plus haut. Entre la volonté évidente de répondre au Batman de Burton sorti un an plus tôt et l’hommage au bestiaire des Monstres de la Universal. Il suffit de voir comment le Studio mappemonde a voulu pas plus tard qu’il y a quelques mois faire renaître de ses cendres le personnage de La Momie où un certain Tom Cruise s’y vautre avec une maturité toute complaisante, pour jauger de la réussite de ce Darkman.

Réussite toute relative certes. Inutile en effet de réécrire l’histoire d’autant que ce jugement par décennies interposées en prenant pour mètre étalon la production ambiante, à ses limites. Darkman de Sam Raimi reste ce film un peu gauche mais survitaminé qui enchaîne une histoire pour le moins convenue mais non sans surprises. C’est bien entendu le traitement par moment contrebandier qui lui permet cette revalorisation temporelle incessante. Et surtout point ici de philosophie de comptoir à deux balles (oui c’est un pléonasme mais on assume) avec des super-héros en moule burnes. Nope, ici on parle de la descente aux enfers d’un homme un peu cartoon certes mais qui paradoxalement en a dans le falzar. Il exprime le mal-être d’une société déjà fortement déshumanisée et défigurée. Et puis surtout la fin est autant que possible jusqu’au-boutiste compte tenu d’un production qui voyait in fine en Darkman le blockbuster de l’été (ce qui n’était pas le cas au début). Un truc que l’on ne voit plus aujourd’hui ou alors chez DC Comics mais façon bien lourd, bien éléphant dans un magasin de porcelaine.

Darkman - Edition Ultime Blu-ray

Avec Darkman, la dérision, l’humour potache et la caricature affleurent sans arrêt démontrant bien que Sam Raimi avait compris et avait déjà digéré ce qu’il régurgitera à l’envie mais surtout avec un aplomb démentiel dans son deuxième Spider-Man. Son Darkman peut donc se voir comme un travail préparatoire mais aussi comme le laboratoire du cinéaste qu’il est devenu aujourd’hui. Avec des hauts et des bas mais toujours avec la passion de l’homme patient et le respect du spectateur pour que d’une manière ou d’une autre il y trouve son compte.

Darkman est passé à L’Atelier

Transition toute trouvée pour parler de ce Blu-ray à qui le fan de la première heure et/ou le pisse froid de la deuxième ne pourront pas reprocher grand chose. C’est que l’éditeur, fort d’une campagne de crowdfunding brillamment orchestrée, a vu grand. Outre la reprise des bonus déjà présents sur l’édition US de Shout Factory parue en 2014, l’éditeur français L’Atelier d’Images s’est fendu d’un entretien bien de chez nous avec les deux journalistes spécialistes (entre autres genres) que sont Julien Dupuy et Stéphane Moïssakis. On y cause influences à commencer par le cinéma de Murneau ou le Freaks de Tod Browning, expressionnisme forcément allemand et bien entendu techniques du muet. Il y est question aussi d’un tournage compliqué avec entre autre Frances McDormand (remplaçant au pied levé une Julia Roberts partie finalement sur Pretty Woman) qui se demande encore comment elle a atterri sur ce film si ce n’est peut-être parce que son mari Joel Coen l’a pistonné auprès de son pote Sam Raimi. Ce qu’elle sous-entend par ailleurs dans l’un des deux modules interview (le plus récent) qui lui est consacré. Les deux compères qui ne sont pas mariés à la ville mais presque n’oublient pas enfin d’évoquer cette volonté de Raimi à sortir à tout prix de l’ornière film d’horreur dans laquelle la déjà saga Evil Dead semblait le cantonner et celle de réaliser enfin un film au sein du giron d’un grand Studio.

On a donc là un document qui vaut son pesant de cahouètes pouvant même se voir alone. Mais il serait tout de même dommage de ne pas passer une tête sur les « suppléments Shout Factory » mentionnés plus haut. On pourra en effet y trouver des interventions de Liam Neeson ou comme on l’a déjà dit de Frances McDormand qui balance d’ailleurs pépouze qu’à l’époque du casting du film sa principale occupation consistait à répondre aux courriers de fans du groupe AC/DC. Rien que ça. Le plus intéressant se situe tout de même du côté des intervenants techniques comme Tony Gardner, le responsable du masque en latex qui bardait la tronche de Neeson ou encore des deux gars en charge des décors et du design du film. On pourra aussi trouver un intérêt (certes suranné) a entendre un Sam Raimi vintage parler du film d’une manière toute condescendante ou alors c’est que l’exercice l’ennuyait passablement. Ce que semble confirmer sa non présence 25 ans plus tard. Ne pas bouder non plus la featurette d’époque plutôt sympatoche puisque montrant quelques images du tournage assez précieuses. Bon allez, si on devait être un tantinet pusillanime, on regrettera juste l’absence du commentaire audio de Bill Pope, le directeur de la photo alors très prolixe en info sur les effets spéciaux à une époque où le numérique n’était qu’un doux rêve. Et comme L’Atelier d’images a pris la peine de sous-titrer l’intégralité des bonus, on n’aurait pas été totalement contre l’idée de réécouter la chose en ayant la possibilité d’assimiler certains passages qui dans la langue de l’Oncle Sam sont assez ardus à la comprenette surtout pour un néophyte, au hasard, en effets optiques.

Mais au final, on serait bien injuste de s’arrêter à cela vu que par ailleurs l’éditeur propose les deux suites sur un second Blu-ray (on va être honnête, on n’y a même pas jeté une demie rétine), le film en DVD pour le prêter à un ami ou à un voisin qui n’a pas eu la bonne idée de s’équiper en Blu-ray et surtout le comic book Darkman Vs Army of Darkness inédit en France dont nous vous proposons une planche ci-dessous (cliquable pour tout bien lire). Bon, si avec ça, vous n’êtes pas convaincus, on ne peut plus grand chose pour vous.

Darkman - Comic

Allez ouste, on ne veut plus vous voir. Quoi l’image ? Et bien qu’est-ce qu’elle a l’image ? Ah oui b*** l’image. On allait presque oublier de vous en parler dites donc. Bon alors reprenons. Il est évident que par rapport au DVD Universal, c’est le jour et la nuit (si l’on peut dire, hu hu !) mais pour ceux qui s’étaient procurés l’import Blu-ray Universal et subséquemment l’édition Shout Factory (non Monsieur cela ne sent pas le vécu cette histoire) c’est bien du même master dont on parle. On ne va pas jusqu’à vous proposer un comparatif captures entre les trois éditions (on a autre chose à foutre quand même dans la vie) mais on peut quand même vous dire que la différence est minime. On retrouve ainsi les mêmes scories d’une pelloche vintage dont la qualité intrinsèque n’était pas de toute façon la préoccupation première du Hollywood de l’époque. Pour autant et outre les quelques pétouilles inhérentes à ce qui n’est pas restauré, le tout s’en sort honorablement même si à l’évidence, le DNR a semble-t-il été pas mal mis à contribution sur certaines séquences de nuit. Ceci étant dit, le plaisir de la (re)voyure reste entier.

C’est bon, on peut y aller ? Quoi encore ? Ah oui le son p***. On reprend. Il y a une VF que l’on n’a pas écouté (oui on sait, il y a des mordus de la chose. Mais on s’en fout à DC) et une VO encodée en DTS-HD Master Audio 5.1. Pas de quoi faire descendre ou monter les voisins a qui donc vous pourrez toujours prêter le DVD, mais quelques passages qui mettront quand même à contribution une installation digne de ce nom, entre la musique reconnaissable à bien des égards signée Danny Elfman ou encore la séquence dite en hélicoptère cartoonesque au possible qui réveilleront pour le coup jusqu’à vos enceintes arrières.

Une réclamation de plus et on ressort le Eastwood du Maître de guerre

Notes :

  • Image : 3,5/5
  • Son : 4/5
  • Bonus : 4,5/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Darkman - Jaquette Blu-ray 3DDarkman – Édition Ultime limitée et numérotée Blu-ray + DVD + Comic Book – de Sam Raimi (USA – 1990) – L’Atelier d’images – Sortie le 7 novembre 2017

Le professeur Peyton Westlake est en passe de réaliser une découverte capitale dans le domaine de la synthèse de cellules de la peau lorsqu’un gang, mené par le sadique Robert G. Durant, anéantit son laboratoire. Peyton est alors laissé pour mort. Mais bientôt une ombre bientôt connue sous le nom de Darkman commence à s’en prendre aux hommes de Durant…

Disque 1 : Le film en Blu-ray et les bonus

Spécifications techniques :

  • Image : 1.85:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, Français DTS-HD Master Audio 2.0
  • Sous-titres : Français
  • Durée : 1h 35min 33s

Darkman - Packshot ouvert

Bonus (HD et VOSTF) :

  • Making of d’époque (8min 37s)
  • Storyboards (98 planches, 8min 01s)
  • Darkman vu d’aujourd’hui
    • Sam Raimi et ses influences : interview de Julien Dupuy et Stéphane Moïssakis (14min 50s)
    • L’univers de Darkman : interview du directeur artistique et du responsable des décors (16min 04s)
    • Disséquer Darkman : interview de Liam Neeson (7min 11s)
    • Souvenirs d’une expérience pas comme les autres : interview de Frances McDormand (10 min23s)
    • Mon nom est Durant : interview de Larry Drake (15min 19s)
    • Les Hommes de Durant : interview de Dan Bell et Danny Hicks (12min 25s)
    • Le Visage de la vengeance : interview du responsable des maquillages (12min 48s)
  • Darkman vu d’hier
    • Interview de Sam Raimi (27min 46s)
    • Interview de Liam Neeson (33min 36s)
    • Interview de Frances McDormand (24min 50s)
    • Interview de Colin Friels (14min 41s)
  • Matériel promotionnel d’époque
    • Bande annonce (1min 42s)
    • 11 Spots TV (4min 13s)
  • Galerie de photos
    • Coulisses du tournage
    • Maquillage
    • Affiches et photos presse
    • Photos

Disque 2 : Darkman II et Darkman III en Blu-ray + les bandes annonces des deux films d’époque

Disque 3 : Le film en DVD + les bandes annonces des trois films d’époque

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