Le Flingueur - Image Une Test Blu-ray

Le Flingueur en Blu-ray chez WildSide’s Land

On avait laissé Charles Bronson sur DC dans la peau d’un certain Monsieur Majestyk, un exploitant de pastèques peu influençable aux prises avec un tueur à gages redoutable, dans un film au même blaze réalisé en 1974 par Richard Fleischer. On le retrouve ici deux ans plus jeune mais à la renommée déjà bien établie en flingueur aux méthodes chirurgicales dans un métrage cette fois-ci réalisé par Michael Winner. Deux titres édités par WildSide qui explore ainsi sans trop y toucher ce cinéma US du début des années 70 non encore baptisé le Nouvel Hollywood.

Le Flingueur (1972) - Affiche France

Le Flingueur est la deuxième des cinq collaborations entre Winner et Bronson. L’un est anglais, l’autre, sévèrement burné, est né dans une mine au fin fond de la Pennsylvanie (enfin, il paraît). Entre les deux, une alchimie totale faite de peu de mots comme ces quinze premières minutes muettes décortiquant chaque mouvement d’Arthur Bishop, un « mechanic » (le titre en VO), maquillant un contrat en accident. Cette mise en scène dans la mise en scène est un véritable morceau de bravoure et il va sans dire une mise en abîme du travail des deux bonshommes. Précise, chronométrée, assurée, rigoureuse, déshumanisée. Dans le film, elle est mise au service d’une organisation forcément mystérieuse qui cible les gêneurs et emploi cet exécuteur pour ses basses besognes. Pour ce qui est de l’histoire du cinéma, elle s’inscrit dans un mouvement où toutes les règles sont remises à plat au sein d’une société qui n’a plus aucun référent et qui doit se réinventer.

Capture bonus Le Flingueur - Michael Winner / Charles Bonson

Ainsi, le personnage du tueur à gages est ici montré telle une machine froide, une mécanique très loin des canons « romantiques » que l’on pouvait admirer par exemple dans les films noirs des années 50. Par romantique, on entend une caractérisation extrême qui doit provoquer chez le spectateur toutes sortes d’émotions censées enrichir l’histoire. Dans Le Flingueur, le jeu monolithe de Bronson (les aficionados diraient plutôt épuré) assoit son personnage dans quelque chose d’immuable qui expulse d’emblée le spectateur aux confins d’un voyeurisme nouveau mais tout aussi pervers. Et ce n’est pas sa rencontre avec Steve McKenna, le fils d’un membre de l’organisation dont il vient de tuer le père, qui va changer grand chose. Certes, on y décèle tout de suite l’homosexualité sous-jacente même si l’on sait que Bronson ne voulait pas en entendre parler (Winner dirigeant alors la star à la manière de Wise avec Charlton Heston sur Ben-Hur). Certes, Bishop finira par « l’initier » histoire de combler sa solitude et d’assurer quelque part une sorte de descendance. Certes, la décision sera lourde de conséquences.

Capture bonus Le Flingueur - Jan-Michael Vincent - Supercopter

Jan-Michael Vincent joue McKenna, le bellâtre aux cheveux d’or que Bronson prendra sous son aile. Pour la petite histoire, l’acteur s’est surtout fait connaître en France lors de la diffusion au milieu des années 80 sur feu La Cinq de la série Supercopter. On ne sait pas trop s’il joue mal ou s’il est mauvais par nature mais au final il ne dénote pas au sein de cet univers codifié où les dés semblent pipés d’avance et où même la seule femme est une pute de luxe qui écrit des poèmes. Au passage, celle-ci est jouée par Jill Ireland, épouse à la ville de Bronson qui accessoirement l’a imposé à la prod et ancienne conquête de Michael Winner (une information qui n’avait pas été portée à la connaissance de Bronson à l’époque. On peut comprendre pourquoi). Le binôme à l’écran marche en tout cas et la carapace de Bishop semble donc même se fendiller bien aidé par le rictus qui ne quitte plus l’acteur lors des deux dernières bobines. Mais le twist final rappellera avec une veulerie totalement jouissive qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Capture bonus Le Flingueur - Michael Winner / Charles Bonson Chato's LandMichale Winner et Charles Bronson sur le tournage de Chato’s Land

Beaucoup s’accorde à dire que Le Flingueur est le meilleur film de Michael Winner. Même si nous n’avons pas vu toute sa filmo, on pourra déjà lui préférer Chato’s Land (Les Collines de la terreur), sa première collaboration avec un Bronson qui incarnait un Apache en quête de vengeance. Peu de dialogues, une économie de moyens dans la mise en scène itou, des paysages arides qui font échos aux tourments intérieurs de l’Apache Chato ainsi qu’à la musculature de dingue de Bronson… Yep, Le Flingueur c’est donc un cran en dessous mais y a quand même moyen de trouver le tout bien fun, bien retors et surtout ultra moderne de par son traitement délétère ou d’un autre âge. C’est comme on veut. Ce qui est certain en tout cas, c’est que Le Flingueur traverse les décennies en se bonifiant non comme un bon vin mais comme une gnôle bien badass issue d’une distillerie forcément redneck et forcément clandestine.

Et sinon quid de cette édition ?

Ben oui tiens, c’est bien sympa ta logorrhée un peu tiédasse autour du film mais est-ce que ça vaut le coup de l’acheter ton truc ? Parce que bon, il doit bien traîner quelque part une VHS du film dans la cave de mes parents qui ferait certainement l’affaire pour le revoir un soir entre couilles. Alors ok, elle ne doit pas être de toute fraîcheur (la K7) et puis il faudrait aussi réparer le magnétoscope. Mais quand on aime, on ne compte pas. Et puis surtout… Mais quoi ? Qu’est-ce qu’y a ?

Je disais donc avant que vous ne gueuliez Monsieur que vous y gagneriez. Déjà, on parle d’un beau coffret à seulement 25 euros max. Qu’il y a un livret écrit par Samuel Blumenfeld à l’intérieur qui par ailleurs a pour habitude de se répandre dans Le Monde. Ce qui est quand même un gage de qualité même si JB Thoret semble avoir du mal à comprendre pourquoi il a été blacklisté alors qu’à l’évidence il est certainement l’un des meilleurs spécialistes en France du cinéma ricain de cette décennie. Certes (oui, on sait, on aime bien ce mot). Mais on lui rétorquera que déjà ce serait sympa de répondre à nos demandes d’interviews que l’on avait faites à l’occasion de la sortie en octobre de son très beau doc We Blew it. Comment Monsieur vous ne voyez pas le rapport ? Ben nous si et en plus on dit/écrit ce que l’on veut sur DC. On est encore chez nous merde !

Le Flingueur - Thoret - Facebook

Pour revenir au texte de Blumenfeld, reconnaissons lui l’idée du travail bien fait. On y trouve toutes les anecdotes utiles autour du tournage que nous avons en partie volées pour enrichir la logorrhée sus-nommée. Il est de plus richement illustré comme souvent chez l’éditeur. Mais ce n’est pas tout, on trouve aussi au sein des arcanes digitales de la galette (Blu-ray comme DVD) un excellent entretien avec Dwayne Epstein, un historien qui semble être le biographe de Lee Marvin et qui est sur le point de pondre un livre sur Bronson. On n’a pas cherché à en savoir plus mais ce qu’il dit est donc plutôt enrichissant même si forcément il y a des doublons avec ce que l’on peut lire chez Blumenfeld. Mais comme WildSide se dit qu’avec le niveau de lecture qui ne cesse de baisser en France, autant remettre un tantinet le couvert en vidéo. De plus, c’est la fameuse boîte teutonne Fiction Factory drivée par l’excellent Robert Fischer qui produit la chose à l’attention (pour l’instant exclusive) de l’éditeur au chat miaulant à l’agonie. L’autre petit morceau de bravoure est la présence d’un doc audio où l’on entend le cinéaste Monte Hellman ne pas trop se souvenir avoir bossé trois mois en pré-prod sur le film avant de s’être fait jeter au profit de Winner. On peut comprendre que sa mémoire ait un peu classé le dossier au fin fond du cortex gauche de son cerveau (c’est en effet là que l’on trie les poubelles normalement) mais le témoignage reste de première main comme dirait un ami mais néanmoins membre de la rédac qui se reconnaîtra.

Le Flingueur - Bonus BRD - Livret page 1Extrait du livret (Page 1)

Quant à la partie purement technique, on peut affirmer sans trop se tromper que voilà une image bien supérieure à votre K7. Même S-VHS. Quant à celle du DVD MGM, on n’a pas voulu y jeter un œil mais là aussi, vous pouvez l’utiliser en guise de décoration pour votre sapin. C’est de saison. Pour autant, le master utilisé n’est pas exempte de reproches. On y trouve par exemple quelques tâches qui prouvent que nous ne sommes pas en face d’une copie restaurée mais certainement d’un positif bien conservé permettant un encodage de qualité. À tel point d’ailleurs qu’il met à nue certains plans moins bien définis que l’on peut attribuer au master plutôt qu’à la captation de l’époque. Sans parler de la dichotomie formaliste qui saute dorénavant beaucoup mieux à la rétine avec d’un côté un directeur de la photo qui signe les plans se déroulant aux États-Unis dans une veine plutôt naturaliste et un autre qui commet ceux de la partie italienne aux tonalités plus froides et dures. On regrettera juste des noirs bouchés dans les séquences diurnes qu’il faut plus attribuer ici à une utilisation peu convaincante de la Nuit américaine qu’à un encodage déficient.

Quant au son, c’est la routine habituelle quoi ! De la VO et de la VF proposées en DTS-HD Master audio 2.0. Il va sans dire que l’on n’a pas écouté le doublage français que l’on devine génial puisque d’époque et qui plaira donc à tous les puristes qui ont visionnés le film dans les conditions optimales d’une location au vidéo club du quartier. Mais quoi de mieux en effet que d’entendre la voix rocailleuse de Bronson aussi chiche soit-elle dans ses intonations binaires originales. Vos poils non rasés des oreilles pourront alors se hérisser de plaisir même si le mono reste un peu trop étriqué lors des scènes de courses-poursuites en bagnole ou à moto. De toute façon, si vous voulez vous faire un F&F et faire péter le caisson de basse, changez de galette.

Bref Monsieur, si je puis me permettre, (re)découvrir le film de Winner dans ces conditions confine à l’expérience boboiste ultime. Une autre façon de dire entre couilles en gros quoi (cherchez pas il fallait que je les place deux fois au sein de ce texte. Un pari perdu à la con). Merci pour votre attention.

Notes :

  • Image : 3,5/5
  • Son : 3,5/5
  • Bonus : 4/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

 

Le Flingueur - Jaquette Blu-ray 3DLe Flingueur (The Mechanic) de Michael Winner (USA – 1972) – Édition Blu-ray + DVD + Livret – WildSide – Sortie le 15 novembre 2017

Arthur Bishop est un tueur à gages pour le compte de la mafia. Sa rapidité, son professionnalisme et son perfectionnisme lui ont valu d’être surnommé « le flingueur ». Mais Bishop vieillit, et ne semble plus être en mesure d’assurer seul ses contrats. Il décide de prendre sous son aile Steve McKenna, un jeune chien fou arrogant et sûr de lui, et de lui apprendre ce qu’il sait du métier…

Spécifications techniques Blu-ray :

  • Image : 1.85:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Anglais et Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
  • Sous-titres : Français
  • Durée : 90min (pile poil)
  • 1 BD-50

Le Flinguer - Jaquette ouverte

Bonus (en HD et en VOST) :

  • American Samouraï : entretien avec Dwayne Epstein, historien du cinéma et biographe de Charles Bronson (29min 58s)
  • Hired Hand : l’homme de main, ou comment le cinéaste Monte Hellman a failli réaliser Le Flingueur (11min 03s)

Livret de 86 pages écrit par Samuel Blumenfeld accompagné de photos d’archives

Laisser un commentaire