Accident-Une

Accident de Joseph Losey en Blu-ray version restaurée chez Studio Canal

En 1967, Accident marquait la deuxième collaboration entre Joseph Losey et l’écrivain, dramaturge, metteur en scène de théâtre et ici scénariste, Harold Pinter. Un binôme de profonde amitié et de travail entamé trois ans plus tôt avec The Servant et qui se poursuivra trois ans plus tard avec Le Messager (Palme d’or à Cannes et toujours inédit en Blu-ray chez nous alors qu’il est disponible en Angleterre et en Allemagne depuis 2010 chez Studio Canal). On a coutume de présenter ces trois films comme une véritable trilogie au centre d’une filmographie qui atteint là sa plénitude artistique que Losey ne retrouvera plus qu’avec Monsieur Klein en 1976 (disponible en DVD chez SC). Sa sortie en Blu-ray chez Studio Canal en même temps que The Servant (lire notre papier), permet de réévaluer, si cela était encore possible, une œuvre fondamentale et extrêmement lucide sur les apparences trompeuses et la pseudo normalité de nos sociétés dites civilisées.

Accident-AfficheAu sein de cette édition, on trouve un petit livret qui propose des extraits d’un chapitre consacré au film, issus de l’ouvrage Un florilège de Joseph Losey par Denitza Bantcheva (Éditions du Revif, Paris 2014). Il s’agit d’un excellent texte qui s’emploie surtout à analyser les quelques thématiques du film tout en les contextualisant quelque peu par rapport au reste de la filmo de Losey. On vous conseille au demeurant de vous procurer vivement ce livre tant le reste est à l’avenant. Denitza Bantcheva y développe en effet des argumentations claires qui approfondissent avec bonheur la vision de chaque film traité selon un chapitrage on ne peut plus simple : un film, un chapitre.

À propos d'AccidentPhoto de tournage

Accident raconte l’histoire d’un homme ordinaire (Dirk Bogarde une fois de plus remarquable), professeur à l’université d’Oxford, la quarantaine, marié, deux enfants, que le quotidien de sa vie pèse de plus en plus. Il est obsédé par une de ses étudiantes, il envie la jeunesse de son fiancé et les conquêtes de son ami à qui tout semble réussir. En apparence c’est cela Accident. Un film sur la crise de la quarantaine et sur le sentiment très humain que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. En apparence seulement. Le génie de Losey est d’avoir imprimé à cette histoire somme toute assez banale et expérimentée par beaucoup, un traitement qui désarçonne le spectateur par son côté très en retrait. Comme si Losey, en plus de ne pas prendre parti en renvoyant tous les protagonistes dos à dos, s’en amuse tordant d’un côté le coup aux exigences de la bienséance sociale puis s’y soumettant de la plus cruelle des façons. La critique est bien là pourtant, affleurant chaque plan, chaque regard, chaque dialogue. Comme lors de cette séquence hallucinante ou notre (anti) héros revoit un amour de jeunesse que Losey met en scène en désynchronisant la bande son et les dialogues de ce que l’on voit à l’image. Le malaise est évident et un goût de cendre envahit l’arrière-palais à l’issue d’une aventure sans lendemain. Le point de vue est omniscient, de celui qui ne juge pas mais qui donne à manger aux voyeurs que nous sommes, de celui qui établit une sorte de constat à la fois définitif et brillant avec plus que jamais une résonance actuelle indéniable.

Un Blu-ray plus que recommandable si ce n’était la disparition d’un bonus essentiel.

Outre le livret évoqué plus haut, on trouve au sein de cette édition plusieurs modules vidéos (en VOST) faisant intervenir quatre protagonistes anglais. L’un est le biographe officiel de Dirk Bogarde, un autre est le réalisateur d’un documentaire sur Harold Pinter. On a aussi droit au critique de cinéma qui en neuf minutes n’apporte pas grand chose de plus ou encore une maitresse de conférence  qui met en exergue le rôle et la position de la femme dans Accident. De loin le segment le plus intéressant. On précisera que ces interventions connaissent un gros problème d’encodage son qui vous obligera à bien pousser le potard de votre ampli pour commencer à entendre quelque chose. Après, vous me direz et ce à juste titre, qu’il reste les sous-titres ;o)

Ceci étant dit, on regrettera la disparition de l’excellent documentaire intitulé À propos d’Accident présent sur le DVD Studio Canal édité la première fois en 2005. D’une durée de 33 minutes et réalisé par Philippe Saada, il faisait intervenir Harold Pinter, Gerry Fisher (directeur de la photo) et Michel Ciment. Le plus surprenant est qu’on le retrouve sur le Blu-ray UK paru en avril 2013 édité par… Studio Canal. Problème de pertes de droits ? La branche anglaise de SC est plus riche ? De fait, si vous possédez le DVD SC, surtout ne le bazardez pas.

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Il est évident que l’apport majeur de cette édition est dans son versant technique. Accident a en effet bénéficié d’une très très belle restauration renvoyant aux calendes grecques tout ce que vous avez bien pu voir du film jusqu’ici. Peu ou pas d’imperfections de pellicules à constater, des contrastes saisissants, une colorimétrie retrouvée, une définition sans failles et un dégrainage plus que discret. De la belle ouvrage comme dirait l’autre que vient confirmer un encodage jamais pris en défaut même dans les scènes de nuit. Au niveau du mix, on a droit là aussi à un encodage DTS-HD MA 2.0 Mono tant en VO qu’en VF. Celle-ci met en avant un doublage soigné bien que se focalisant un peu trop sur les dialogues au détriment des ambiances. Un équilibre que l’on retrouve fort logiquement et naturellement en VO. On précisera que l’édition UK propose un encodage en PCM 2.0 pour l’unique piste audio anglaise. Un format qui a le mérite d’être sans compression mais qui lors d’une écoute comparative ne nous a pas semblé prendre le pas sur le DTS-HD MA de notre édition française.

Pour finir, on s’en voudrait de ne pas signaler le très joli packaging choisit. Un digibook cartonné façon petit livre du plus bel effet qui enterre le ventru boîtier plastique de l’édition UK.

Image : 4/5
Son : 4/5
Bonus : 3,5/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

 

AccidentÉdition Blu-ray (version restaurée)

Éditeur : Studio Canal Vidéo
Date de sortie : 27 janvier 2015

Accident-Blu-ray-StudioCanal-France

Spécifications techniques :
– Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Anglais DTS-HD MA & Français DTS-HD MA 2.0 mono
– Sous-titres : Français
– Durée : 106 min
– 1 BD-50

Bonus (VOSTF et HD) :
– Entretiens :

  • Harrry Burton (10min 42s)

Accident-Bonus-Harry Burton

  • John Coldstream (6min 19s)

Accident-Bonus-John Coldstream

  • Melanie Williams

Accident-Bonus-Melanie Williams

  • Tim Robey

Accident-Bonus-Tim Robey

– Bande annonce d’origine (SD, 3min05s)

Une réflexion sur « Accident de Joseph Losey en Blu-ray version restaurée chez Studio Canal »

  1. J’ai l’impression en te lisant que la copie chimique est supérieure à celle utilisée par le DVD où un plan était en très mauvais état, et quelques autres plans dégradés par pas mal de poussières négatives. Quant au format 1.66, les captures montrent ici qu’il est ici bien respecté. Le DVD mentionnait 1.75 au verso mais je ne me souviens plus si cette mention était erronée ou non et je n’ai plus les captures que j’en avais faites sous les yeux pour en avoir le coeur net.
    Le documentaire de 33 mintues était en effet très bien : dommage que le BRD ne le reprenne pas. On y apprenait notamment que Losey avait organisé le film autour des yeux de Jacqueline Sassard. Et c’était le premier film photographié par Gerry Fisher, un des meilleurs directeurs photo des années 1970.
    La séquence avec Delphine Seyrig est techniquement très inspirée par MURIEL OU LE TEMPS D’UN RETOUR d’Alain Resnais avec la même Delphine Seyrig. A noter que D.S. et J.S. parlent anglais avec leurs voix, ne furent donc pas doublées.
    Un point très important : le professeur joué par D.B. n’enseigne pas n’importe quelle matière à Oxford mais l’histoire de la philosophie. Or ACCIDENT exprime, dans son titre même, l’idée de la contingence, idée d’abord aristotélicienne (où l’accident s’oppose au nécessaire) qui fut reprise en profondeur par les divers systèmes existentialistes des années 1930 en France comme en Allemagne : l’accident, chez Martin Heidegger comme chez Gabriel Marcel ou chez Jean-Paul Sartre, signifie mieux la réalité que la nécessité scientifique procédurale qui n’atteint qu’une couche superficielle du réel.
    En dépit des affirmations de Pinter (qui affichait son marxisme) et de certains critiques français des années 1967, ACCIDENT n’est donc pas spécifiquement marxiste. A propos de marxisme, j’attends une édition digne de sa splendeur plastique de L’ASSASSINAT DE TROTSKY, l’un des meilleurs films de Losey des années 1970, l’un des plus raffinés plastiquement.

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