Délivre-nous du mal : Blu-ray satisfait ou remboursé !

Adapté de la véritable histoire de Ralph Sarchie, flic New Yorkais ayant été confronté au surnaturel, Délivre-nous du mal permet à Scott Derrickson de revenir à son genre de prédilection, l’horreur. Deux ans à peine après Sinister, le réalisateur américain prend donc le parti de replonger le spectateur dans son univers très réaliste d’où peut surgir à tout moment la terreur… Et puisque Sony Home Entertainment a mis en place un système de « satisfait ou remboursé » pour le film en DVD et Blu-ray, cela valait bien une séance de rattrapage en haute définition…

Délivre-nous du mal - Sony Pictures Home Entertainment France

Un « master of horror » orienté grand public

Au sein de la nouvelle vague de « masters of horror » se démarquant de plus en plus nettement depuis une dizaine d’années (et dont les têtes de file sont les indépendants Rob Zombie et Jim Mickle. On vous en parlait il y a quelques mois), Scott Derrickson fait office de cas à part, dans le sens où il est le seul à systématiquement officier pour des studios depuis 2005, avec des budgets pour le moins confortables. Par conséquent, ses films sont également d’avantage « vus » que ceux de ses collègues, pour la simple et bonne raison qu’ils sortent systématiquement dans les salles obscures, quand ceux de ses confrères sont souvent relégués à la case DTV (Direct To Video). Pour ne citer qu’un exemple, même le très attendu revival du film de cannibales The Green inferno, réalisé par Eli Roth, dont les droits ont été acquis par Wild Bunch l’année dernière, ne bénéficiera que d’une distribution en VOD puis en DVD / Blu-ray dans l’hexagone en 2015, alors même qu’au moins dix millions de déviants rêvaient de le découvrir en salles (d’après une étude très sérieuse menée auprès de cinq de mes copains).

Chaque médaille a néanmoins son revers. Si les films d’horreur de Scott Derrickson sortent dans les salles et explosent tous les records sur les réseaux sociaux, ils sont fatalement un peu plus riches en concessions au public « mainstream », et par conséquent souvent vaguement oubliés par les fans purs et durs de films horrifiques. Pour preuve, quand notre confrère Simon Riaux dressait un « Top 10 des nouveaux maitres du cinéma d’horreur » fin 2013, il faisait le choix de citer l’horrible Oren Peli (Paranormal activity) et oubliait Derrickson. Pourtant, le moins que l’on puisse dire est bien que le réalisateur de Sinister a su faire montre, au fil des années, d’un savoir faire technique autrement plus impressionnant que celui de Peli, dont les talents de metteur en scène se bornent à l’installation anti-cinématographique de systèmes de vidéo-surveillance hors de prix dans des villas de parvenus.

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Délivre-nous du mal - Sony Pictures Home Entertainment France

Un parcours jalonné d’horreur(s)

Revenons rapidement sur la carrière de Scott Derrickson avant Délivre-nous du mal, qui est, vous l’aurez compris, le film qui nous intéresse aujourd’hui. Une carrière uniquement placée sous le signe de l’horreur puisque, ceux qui l’ont vu ne me contrediront pas, son passage par la science-fiction avec le remake de Le jour où la Terre s’arrêta était également une horreur (pouf, pouf, pouf / NDSG).

Après avoir signé le scénario de Urban legend 2, Derrickson se voit confier par les Weinstein la réalisation du cinquième épisode de la saga Hellraiser, intitulé Hellraiser V : Inferno. En réalité, pour son incursion dans le petit monde des cénobites, Derrickson avait repris et proposé à Miramax / Dimension Films un scénario existant trainant sur ses étagères, qu’il avait écrit avec son complice Paul Harris Boardman, mais qu’ils n’arrivaient pas à financer en l’état. Le polar originel fut donc remanié pour y intégrer l’univers d’Hellraiser. Et au final, les duettistes livreront avec cet Inferno un des meilleurs films de la franchise. La photo est superbe, et même si les cénobites n’occupent que peu de place dans le récit, les visions cauchemardesques inspirées du chef d’œuvre L’échelle de Jacob font mouche, et contribuent à faire du film un brillant coup d’essai, même si ce n’est pas du goût de tout le monde…

Délivre-nous du mal - Sony Pictures Home Entertainment France

Réalisateur et scénariste du premier film de la saga, Clive Barker déclarera : « Ce film est juste une abomination. (…) C’est vraiment horrible et incroyablement mauvais, et ça n’aurait jamais du être fait. (…) Je déteste la façon dont Pinhead est traité dans ce film. Ça me déprime. Ça me contrarie en partie vis à vis de Doug (Bradley, interprète de Pinhead, NDT), en partie vis à vis de moi, et en partie vis à vis des gens qui aiment ces films. » Il est sûr que pour un cinéaste voyant la franchise Hellraiser comme son bébé / sa créature, cette plongée au cœur de la déchéance d’un homme ne sachant plus discerner la réalité des visions issues de son subconscient moralisateur a de quoi troubler. Mais force est de constater qu’Hellraiser V apportait du sang neuf et une créativité certaine à une saga bien chancelante. Pour le plaisir, voici ce que Derrickson avait répondu à Barker : « Je dois admettre que la réaction de Clive n’est pas complètement inattendue. La franchise Hellraiser s’est (à mon sens) trop concentrée dans une seule et même direction et s’est essoufflée. La seule option intéressante pour aborder une nouvelle suite semble être la piste de la totale réinvention. Bien sûr, Clive Barker n’appréciera pas ça. Je n’ai jamais pensé qu’il aimerait voir l’iconographie chérie de sa création balancée par la fenêtre et remplacée par de toutes nouvelles règles. (…) Le film propose un canevas moral éloigné des films précédents, et éloigné des goûts personnels de Clive Barker. Simplement, j’ai renversé la franchise de Clive Barker en proposant un point de vue qu’il ne partage pas, et cela le fout en rogne. (…) Je voudrais simplement que le public note bien que son rejet du film n’est pas du à des lacunes de scénario ou de qualité, mais à la violation de ce qu’il considère comme intéressant (sinon sacré) dans la mythologie Hellraiser. En résumé, les spectateurs devront garder l’esprit ouvert. »

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Son deuxième film d’horreur a bénéficié d’un budget nettement plus confortable (20 millions de dollars, soit dix fois plus que pour son Hellraiser), puisqu’il était réalisé pour le compte de Sony Pictures. Il s’agissait de L’exorcisme d’Emily Rose. Slalomant entre le film de procès et le film d’épouvante, il ne parvenait que partiellement à convaincre. Néanmoins, dans ses passages purement fantastiques, le cinéaste montrait un savoir faire assez redoutable, comme notamment sur la séquence prenant place dans la résidence étudiante, avec ses éclairages que n’auraient pas renié Mario Bava ou Dario Argento.

Avec Sinister en 2012, il trouve enfin la consécration aux yeux à la fois du public mais également de la critique. Sur un point de départ sympathique, le film ne tenait néanmoins pas toutes ses promesses. Annoncé comme un grand film « de peur », Sinister peinait à installer durablement l’angoisse, la faute à des problèmes de continuité ou des incohérences sur les vidéos hantées, qui tendaient à sortir le spectateur du film. Si l’ambiance fonctionnait par moments, on sursautait d’avantage à cause des effets de surprise ou « jump scares » relayés par un son tonitruant qu’on ne souillait réellement son bénouze de terreur. Cela dit, le film fait son petit effet, et Jerry Bruckheimer ouvre grand ses bras à Scott Derrickson pour une nouvelle plongée dans la terreur…

Délivre-nous du mal - Sony Pictures Home Entertainment France

Délivre-nous du mal : satisfait ou remboursé donc

Après un passage sur les écrans français en septembre ayant réuni 350 000 âmes en mal de frissons, voici donc qu’arrive sur support Blu-ray la cuvée Scott Derrickson estampillée 2014. Maîtrisée de bout en bout, cette descente aux Enfers fortement teintée de prosélytisme (c’était aussi le cas de L’exorcisme d’Emily Rose, la plume de Derrickson et Boardman ayant une forte tendance à regarder le ciel) s’avère, par moments, d’une redoutable efficacité. Et si une fois de plus le réalisateur a tendance à confondre « angoisse » et « jump scares », force est d’admettre que ces derniers provoqueront chez le spectateur des sursauts vraiment incontrôlables : on mettra une mention spéciale à ces deux foutus animaux, l’ours et le chien… A condition donc de ne pas être allergique au discours un peu bon-dieusard du bouzin (une constante du film de possession cela dit), le spectateur y trouvera probablement son compte, d’autant que la photo nocturne, sublimée par un encodage Blu-ray sans faille (le piqué ne souffre jamais de la basse lumière), est vraiment superbe. Côté son, c’est également un festival de dynamisme : les effets vous feront à coup sûr sauter au plafond. Les deux mixages sont proposés en DTS-HD Master Audio 5.1, qui passent tous deux des ambiances glauques finement spatialisées à des effets littéralement tonitruants.

Outre un commentaire audio de Scott Derrickson, on reste dans le très classique niveau compléments avec une série de featurettes au cœur desquelles différents membres de l’équipe, des acteurs au réalisateur en passant par Jerry Bruckheimer, se congratulent avec la langue de bois habituelle. Plus amusant, le « vrai » Ralph Sarchie, flic qui a inspiré l’histoire du film, intervient pour nous raconter comment Dieu a sauvé son âme.

Délivre-nous-du-mal-offre-remboursement

On notera également l’intrigant sticker collé sur le recto du Blu-ray : « SI VOUS N’AVEZ PAS PEUR, ON VOUS LE REMBOURSE ! ». En effet, pour tout achat effectué en magasin (et sur présentation du ticket de caisse), si vous n’êtes pas satisfait de la qualité du film, l’éditeur s’engage à vous le rembourser. Le principe est donc celui du « satisfait ou remboursé » ; de mémoire de home-cinéphile, il s’agit d’une première dans le monde de l’édition vidéo. N’empêche qu’il s’agit là d’un bon argument publicitaire, doublé d’une bonne presse pour le support Blu-ray, puisque la galette est en tous points irréprochable. On serait curieux de connaître le contenu des lettres demandant le remboursement…

Délivre-nous-du-mal-blu-rayDélivre-nous du mal (Sony Pictures Home Entertainment France)

2014 • 118 min • Ratio 16/9 – 2.35
Couleur • VO/VF DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres français • Chapitrage

Notes :
Image : 5/5
Son : 5/5
Bonus : 2/5

Captures Blu-ray – Délivre-nous du mal

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