Le Prisonnier d'Alcatraz - Image une test Blu-ray

Le Prisonnier d’Alcatraz en Blu-ray+DVD+Livre chez WildSide

Malgré la baisse continuelle des ventes de la vidéo physique, WildSide (et quelques autres éditeurs indépendants français) poursuit, pour notre plus grand bonheur, la mise en valeur de classiques ou pépites du cinéma via des éditions souvent remarquables. Il s’agit en effet de contextualiser un film de la façon la plus pertinente possible afin de lui donner un éclairage nouveau ou tout simplement inédit. Le fait est que la perception que l’on peut avoir d’un film, quelque soit ses qualités, évolue sans cesse. En bien ou en mal parce que les générations passent, que les sociétés changent et que pour les meilleurs, le matériau qui compose une œuvre de cinéma ne peut et ne doit pas se momifier. Le Prisonnier d’Alcatraz est à ce titre un choix assez pertinent en ce sens que voilà un film qui n’a jamais été considéré comme un classique instantané. Il n’en demeure pas moins qu’il a récolté 4 nominations aux Oscars en 1963 et qu’il a fort bien marché dans les salles. À tel point que l’Amérique s’était passionné pendant un temps pour ce prisonnier ornithologue condamné à vie et à l’isolement le plus strict de 1909 à sa mort en 1963.

Le Prisonnier d'Alcatraz - Affiche France

Mais que reste-il aujourd’hui de ce Prisonnier d’Alcatraz au titre finalement assez trompeur, au tournage plutôt chaotique et à la critique sous-jacente de l’univers carcéral assez frontale ? Quelque chose qui tient à la divine surprise sans cesse renouvelée à chaque nouvelle vision. Car très sincèrement voilà une œuvre qui était loin de réunir tous les atouts sur le papier pour traverser ainsi  l’écueil du temps.

Dès le début, le film est motivé par l’obligation financière pour Burt Lancaster de rembourser des dettes contractées suite à la faillite de sa boîte de prod. La fameuse association Hecht-Hill-Lancaster d’où émergeât par exemple Le Grand chantage en 1957 (que WildSide propose aussi dans une très belle édition Combo dont vous pouvez retrouver notre chronique en cliquant sur ce lien) n’est plus suite à des fours à répétition et une gestion calamiteuse pour ne pas dire somptuaire de la société. Lancaster s’engage donc sur une série de 4 films pour le compte de la United Artists moyennant des cachets extrêmement minorés ainsi qu’une participation financière de sa poche à hauteur de 1.500.000 dollars pour chaque film. Le Prisonnier d’Alcatraz est le deuxième de ces quatre films. Mais tout cela ne veut pas dire que Lancaster veut expédier les affaires courantes histoire de se libérer de ses obligations. Non, Le Prisonnier d’Alcatraz est son bébé qu’il veut maîtriser de bout en bout en partant de surcroît d’un bouquin qui faisait alors sensation et dont il percevait très bien tout le parti qu’il pouvait en tirer pour son image.

Le Prisonnier d'Alcatraz

Aux origines, il y a donc un livre, Birdman of Alcatraz, paru en 1955. Il est signé Tom Gaddis qui a voulu raconter le destin de Robert Stroud, un prisonnier condamné à vie pour un double meurtre (dont un maton) qui est devenu depuis l’isolement de sa cellule une sorte de chercheur universitaire spécialisé dans l’ornithologie. Best-seller instantané, c’était donc tout naturellement qu’Hollywood en avait acheté les droits pour porter cette histoire à l’écran. Dans le même temps, les américains signaient pétitions sur pétitions pour que cet homme recouvre enfin la liberté. Mais les différents producteurs qui s’étaient intéressés à la chose se sont successivement cassés les dents devant la complexité d’une entreprise qui butait surtout et systématiquement sur une administration pénitentiaire se refusant à leur fournir la moindre aide de peur qu’un éventuel film vienne mettre en cause l’intégrité d’une institution déjà bien mise à mal quant aux méthodes d’incarcération d’un autre âge de plus en plus critiquées. Quand Lancaster s’empare du projet, il fait fi de ces difficultés en décidant par exemple de recréer totalement les décors de la prison tout en jouant de ses relations pour rencontrer le prisonnier afin de s’imprégner le plus possible d’un personnage dont il décèle très vite le potentiel du côté de l’Académie des Oscars.

On profitera à ce stade pour souligner que d’Alcatraz il n’en est que peu question en fait sinon lors du dernier quart du film au moment de la célèbre révolte de quelques prisonniers au cours de laquelle Robert Stroud semble avoir une implication trouble. C’est en effet lors des dernières années de son incarcération qu’il va être transféré sur le célèbre rocher niché en pleine baie de San Francisco. Un endroit d’ailleurs où il ne pourra même plus garder et entretenir ses oiseaux qu’il avait patiemment soignés et élevés depuis sa cellule de la prison fédérale de Leavenworth au Kansas plus de vingt ans durant. Oui car au-delà du titre, le film semble aussi prendre des libertés avec la personnalité même de Robert Stroud présenté comme un homme en rébellion permanente contre une société qui semble l’avoir rejeté et un système carcéral dont la dernière des préoccupations est de permettre aux prisonniers de se réinsérer. Il n’est aussi jamais fait mention de son homosexualité décrite comme violente dans certains rapports administratifs (entendre par là qu’il ne fallait pas le laisser seul avec un autre prisonnier) bien que les relations avec sa mère ultra protectrice qui s’est en outre opposée à son mariage contractée avec une fidèle lectrice de ses travaux donne des pistes en ce sens (on pense à Norman Bates).

Le Prisonnier d'AlcatrazBurt Lancaster

Si Burt Lancaster aborde le personnage sous cet angle au début (force brute qui ne supporte pas l’injustice mais aussi colère sourde qui peut éclater à tout moment), la suite fait de Stroud un homme au caractère plus apaisé et donc plus à même de rencontrer l’assentiment du spectateur. Le film en fait même un chercheur devenu une pointure en son domaine et ce uniquement par sa seule volonté et jamais avec l’aide du système. On veut bien croire qu’il y a dans tout cela une part de vérité mais la démonstration est bien trop tranchée pour ne pas avoir des doutes quant à ce que l’on veut nous faire croire. Et pourtant, avec le temps, la prestation de Lancaster se révèle bien plus subtile qu’elle pouvait en avoir l’air. Si l’on se détache de la réalité historique et que l’on prend ce film comme une charge toujours actuelle de la façon dont nos sociétés traitent de la punition / réhabilitation par l’enfermement, Le Prisonnier d’Alcatraz est malheureusement d’une modernité à toute épreuve même si le discours peut manquer par moment de subtilité.

La réalisation de John Frankenheimer y est aussi pour beaucoup. Lui qui a remplacé le britannique Charles Crichton (réalisateur au hasard de De l’or en barres ou de Tortillard pour Titfield disponibles en Blu-ray chez StudioCanal) après seulement une semaine de tournage pour divergence de points de vue avec Burt Lancaster, signe ici une mise en scène que l’on pensait certainement à tort bien trop classique. Cet homme qui venait de la télévision comme beaucoup de ses contemporains le feront par la suite (Friedkin pour ne citer que lui) avait pour lui de travailler vite et bien. À la revoyure, on se rend compte que si le film sert Lancaster, il ne le fait pas au détriment d’un angle passe-partout ou lisse. On y décèle plus aujourd’hui comme un sentiment omniscient. Comme si, un peu en contrebandier, on voulait sans cesse nous faire prendre du recul. Une gageure en soi ne serait-ce que quand on sait qu’il fallait sans cesse tourner dans des décors étriqués et voulus comme tels par Lancaster histoire d’être au plus proche de la réalité mais aussi de son visage et de son jeu d’acteur. Et puis il y a aussi cette photo signée Burnett Guffey qui, à la demande de Frankenheimer, remplaça John Alton au seizième jour de tournage. Un choix adoubé par Lancaster vu que l’homme était déjà à la photo de Tant qu’ il y aura des hommes de Fred Zinnemann (disponible en Blu-ray chez Sony) qui lui avait valu sa première nomination à l’Oscar du meilleur acteur. Guffey joue beaucoup avec les contrastes dans un style qui rappelle forcément l’école expressionniste germanique de l’entre-deux-guerres. Son noir et blanc découpe l’image au scalpel et exacerbe quelque part le caractère entier recherché par Lancaster pour rendre compte de son personnage.

Le Prisonnier d'Alcatraz - Telly SavalasTelly Savalas

Le master utilisé pour ce Blu-ray s’approprie à merveille cette tessiture et ce ressenti. L’encodage sans faute fait le reste. C’est le même que celui utilisé en 2014 par Twilight Times aux États-Unis sans que pour autant le résultat soit le même car WildSide semble avoir mieux maîtrisé l’encodage offrant par exemple des contrastes bien plus denses. Une autre édition ricaine chez Olive cette fois-ci a vu le jour en ce début d’année. Nous ne l’avons pas eu entre les mains mais Beaver en parle ici en précisant qu’avec WildSide, il n’y a pas de différences ou presque. Mais au final, celui qui parle le mieux du travail de Guffey c’est encore le vétéran Richard H. Kline, énorme directeur de la photo alors caméraman sur Le Prisonnier d’Alcatraz. En un peu moins de 30 minutes au sein du seul bonus vidéo de cette édition (si l’on met de côté la bande-annonce d’époque que l’on vous propose ci-dessous), il revient sur un tournage pas de tout repos mais aussi sur sa perception toute personnelle de Stroud. Et on peut dire que le bonhomme n’a pas la langue dans sa poche sur le sujet. Richard H. Kline n’est de toute façon pas un inconnu puisqu’il intervenait déjà avec la même franchise de ton au sein des bonus de Mr. Majestyk de Richard Fleischer édité par WildSide (notre chronique cliquable ici au cas où cela pourrait intéresser quelqu’un) et de Furie de De Palma édité par Carlotta. Un tir groupé dont l’origine est à chercher du côté de la célèbre société allemande Fiction Factory qui produit ce genre de suppléments de qualité car souvent fouillés et extrêmement documentés.

Capture issu du Blu-ray cliquable et visible en mode HD native (1920*1080)

Le Prisonnier d'Alcatraz - Karl Malden - Capture Blu-rayKarl Malden

Kline apporte ainsi et à sa manière de l’eau au moulin de la perception malléable d’un film au fur et à mesure du temps qui passe. On sent en effet son discours un chouïa appuyé dans le sens de l’histoire. On n’est pas tout à fait certain que celui-ci aurait été le même il y a une vingtaine d’années quand il prend sa retraite et qu’il ne doit plus rien au système à commencer par le polir dans le sens du poil. Là, il est heureux que l’on se souvienne de lui  et de son rôle finalement mineur au sein d’un film qui a acquis ses lettres de noblesse sur le tard. Un sentiment toutefois contrecarré par le journaliste (mais aussi éditeur, scénariste, réalisateur et accessoirement le fils de l’écrivain Jean-Patrick Manchette) Doug Headline qui dans un texte qui s’étale sur 200 pages accompagnant cette édition ne tarit pas d’éloges pour ce Prisonnier d’Alcatraz. Il en souligne sa modernité, son ubiquité et son aspect bien plus protéiforme que son vernis hollywoodien veut bien le laisser croire en premier lieu. Soit. Mais ce qui fait, comme toujours dans cette collection, tout le sel et le prix de ce petit livre richement illustré, ce sont les infos autour de la production distillées avec un sens du rythme et de l’abattage éprouvé qui en font limite un petit récit policier façon pulp du meilleur effet.

Et puis, la lecture terminée, on a surtout qu’une seule envie c’est de se revoir le film une énième fois. On en profitera alors pour apprécier le travail d’encodage sur le son qui est du même acabit que l’attention portée à l’image. Soit une VO (on prévient, on n’a pas écouté la VF) dans un mono certes frontal mais qui ne laisse rien au hasard dans sa propension à retranscrire fidèlement les silences uniquement interrompus par les pépiements d’oiseaux, les conversations orageuses entre un directeur de prison obtus et un prisonnier qui ne l’est pas moins ou ces explosions et coups de feu en fin de métrage. Autant dire que voilà une édition qui ne peut que donner matière à réflexion autour d’un film dont le support Blu-ray offre ici le plus beau des écrins possibles en vidéo.

Le Prisonnier d'Alcatraz - Jaquette Blu-ray 3DLe Prisonnier d’Alcatraz de John Frankenheimer (Birdman of Alcatraz – USA – 1962) – Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret – Wild Side – Sortie le 6 juin 2018

Après deux meurtres de sang-froid, Robert Stroud est incarcéré en isolement à la prison de Laevenworth dans le Kansas. Un jour, il trouve dans la cour un moineau blessé et décide de le recueillir. Il finit par le soigner et l’apprivoiser. Étudiant dès lors sans relâche, il passe maître en ornithologie et devient peu à peu l’homme aux canaris. Jusqu’au jour où son transfert immédiat vers Alcatraz lui est annoncé…

 

Spécifications techniques :

  • Image : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
  • Langues : Anglais et Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
  • Sous-titres : Français (non débrayable)
  • Durée : 2h 28min 41s
  • 1 BD-50
  • Livre collector de 200 pages écrit par Doug Headline

Bonus :

  • Une illusion de liberté (28min 27s, VOST, HD) : entretien avec Richard H. Kline, cameraman sur le film
  • Bande annonce d’époque (3min 3s, HD, VO)

On précise à toutes fins utiles que toutes les captures de cet article sont cliquables et visibles en mode HD native (1920*1080)

 

  Lâchez-vous !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *