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Housebound, ou le fourre-tout horrifique

Remarqué et primé dans nombre de festivals dédiés au cinéma fantastique et/ou horrifique en 2014, le phénomène Housebound arrive le 16 Février en DVD dans les bacs de vos revendeurs, sous la bannière de Luminor Films. Le premier film du néo-zélandais Gerard Johnstone méritait-il de passer par la case ciné ? Le débat est ouvert. Ce qui est certain par contre c’est qu’il fait office de haut du panier par rapport à la production DTV actuelle…

Housebound - Luminor Films - 16 février 2015

Housebound en festivals

Dernière « bête à festivals » en date à atterrir chez nous en DVD, après avoir écumé les salles obscures remplies de festivaliers chevelus aux T-shirts bariolés (SXSW, PIFFF, NIFFF, FIFFS…), Housebound nous arrive tout auréolé d’une gloire glanée aux quatre coins du petit monde du festival de ciné fantastique, empochant même au passage une très enthousiaste recommandation par Peter Jackson himself. Bien sûr, si Sir Jackson s’est exprimé sur le premier film de Gerard Johnstone, c’est uniquement parce que celui-ci est tout comme lui un produit 100% néo-zélandais.

On vous épargnera les différents jeux de mots qu’on pourrait faire sur les Antipodes (laissons ce privilège à Mad Movies !), mais le fait est que dans son créneau, Housebound est un film très singulier. Singulier déjà, parce qu’il investit plusieurs genres, sans jamais y aller franchement. Si la séquence d’ouverture annonce clairement la couleur, avec ses deux braqueurs rois de la loose, le film est une comédie. À la différence près que contrairement à nombre de comédies, elle ne provoque que très rarement le rire. On sourit certes avec régularité, mais on ne se tape pas les cuisses comme quand, par exemple, DSK affirme sérieusement qu’il ignorait que les escort-girls qu’il côtoyait pratiquaient l’amour tarifé. Housebound est donc une étrange comédie.

Housebound - Luminor Films - 16 février 2015

Durant sa première demie-heure, la comédie laisse peu à peu s’installer cette ambiance particulière propre au film de maison hantée des années 80, avec ces vieilles bâtisses à la fois linéaires et labyrinthiques, qui craquent de partout, et dont les escaliers poussiéreux, les couloirs sombres et les pièces fermées à clé évoquent une présence cachée dans chaque recoin. On pense naturellement à plusieurs séries B tournées pendant ces décennies ou le téléphone portable n’existait pas : le chef d’œuvre Poltergeist de Tobe Hooper bien-sûr, le nanar Amityville et ses suites tout aussi nanardesques, les deux premiers films de la franchise House de Steve Miner, le sympathique Sous-sol de la peur de Wes Craven… On pense aussi à des films plus récents, qui rendaient hommage aux films de cette époque en déplaçant sciemment leurs intrigues dans les années 70/80 : House of the devil de Ti West, Monster house de Gil Kenan (qui vient d’ailleurs de tourner le remake de Poltergeist), et bien sûr, puisqu’il faut citer le fan n°1 de Tolkien en Nouvelle Zélande : Fantômes contre fantômes de Peter Jackson. Cela dit encore une fois, si Johnstone choisit d’investir cette frange cinéma d’horreur, en en utilisant certaines ficelles de façon très habile, son film finit par à nouveau bifurquer, délaissant totalement le surnaturel pour nous proposer un virage à 180° vers un tout autre genre : celui du thriller. Housebound est donc un étrange film d’horreur.

Housebound - Luminor Films - 16 février 2015

Au rythme d’environ un « twist » toutes les quatre minutes, Housebound abandonne donc l’histoire de fantômes pour entrer de plain pied – pour un temps – en mode thriller survolté, un indice ou une découverte en chassant une autre, sans le moindre souci de cohérence, l’idée directrice étant d’aller de l’avant. Et quand enfin le jeu du chat et de la souris se termine, c’est sur une note très inattendue, tendre et presque émouvante. Housebound est donc également un bien étrange thriller.

Ce mélange des genres, mêlé à la volonté farouche de ne se fixer dans aucune case préconçue, c’est à la fois la force et la faiblesse du film de Gerard Johnstone. Car à force de sans cesse tourner autour du pot sans jamais investir un genre de façon franche et frontale, il manque malheureusement un peu le coche. Pas assez drôle pour être une bonne comédie, pas assez flippant pour être qualifié de bon film d’horreur, pas assez soutenu pour s’imposer comme un thriller de premier ordre. Problème d’équilibre, ou de gestion du rythme peut-être. Cela dit, Johnstone fait tout de même preuve d’un indéniable savoir-faire technique, et sa réalisation s’avère brillante de A à Z, et le film propose de très beaux moments épars : la visite de la cave, la scène de l’ours en peluche, la découverte des dessins… Le tout reste toujours plaisant, mais le spectateur reste un peu coincé le cul entre trois chaises.

Housebound - Luminor Films - 16 février 2015

Housebound à la maison

Il n’est point étonnant que Housebound ait réussi à trouver son public en festivals. La liesse populaire, l’euphorie, la bonne ambiance des projos lors de ces festivals dédiés au cinéma fantastique fait toujours son office, augmentant automatiquement le capital sympathie autour d’un « bon » film (car même bancal, Housebound reste un bon film), souvent ressenti comme excellent par le public. Dans la chaleur cosy de son « home sweet home », la réception est différente.

Et c’est là qu’intervient le DVD édité par Luminor Films. Retenez bien le nom de cet éditeur, car si son catalogue comporte pour le moment peu de titres, il s’agit pour l’essentiel de petites pépites, notamment pour les amateurs de cinéma de genre (l’épatant John dies at the end, Goal of the dead, ABCs of Death…). Uniquement proposé sur support DVD, le master ne s’en sort pas trop mal (définition, couleurs), mais on dénote tout de même quelques menus problèmes de compression, surtout sur les arrière-plans les plus sombres, qui pixellisent et font de curieux halos disgracieux. Côté son en revanche, la piste audio, uniquement proposée en version originale (sous-titrée en français of course) et en Dolby Digital 5.1, s’avère rapidement bien immersive, et propose une spatialisation des effets plutôt bien travaillée (surtout au niveau des bruits dans la maison), même si on n’est pas dans une ambiance de démo sonore sismique à la Transformers telle que les affectionne notre chroniqueur Stéphane Argentin. En guise de bonus, une bande-annonce et puis c’est tout.

Housebound - Luminor Films - 16 février 2015

Housebound (Luminor Films) – 16 février 2015

2014 • 107 min • Ratio 16/9 – 2.35
Couleur • VO Dolbly Digital 5.1
Sous-titres français • Chapitrage

Résumé : Assigné à résidence dans la maison où elle a grandi, Kylie Bucknell trouve sa peine d’autant plus insupportable qu’elle doit la purger avec sa mère Myriam, une pipelette bien intentionnée, convaincue que la maison est hantée. Kylie ne voit dans les superstitions de sa mère qu’une distraction pour échapper à une routine faite de légumes bouillis et de commérages de province. Mais quand elle commence elle aussi à entendre des chuchotements troublants et des heurts étranges pendant la nuit, Kylie se demande si elle a hérité de l’imagination débordante de sa mère ou si la maison est en effet hantée par un esprit hostile qui n’est pas particulièrement ravi de son retour…

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