Lord Jim en Blu-ray

Richard Brooks n’est pas encore trop tendance en numérique. La preuve, Lord Jim n’est que le deuxième film à être édité en Blu-ray après Les professionnels. Et encore il s’agit d’une « exclusivité » française signée Wild Side. Pourtant, voici un cinéaste qui a laissé derrière lui quelques morceaux de péloche dignes de figurer au Panthéon du 7ème art.

On pense à Graine de violence, le premier film à se pencher sur la violence dans le système éducatif importé par ces jeunes issues des quartiers pauvres et dont Class 1984 s’en fera l’écho bien plus tard. Il y a La dernière chasse, un western qui n’a rien à envier aux meilleurs Ford ou Hawks de la période que suivront dans les années 70 Les professionnels et La chevauchée sauvage devenus depuis des classiques. On pourra aussi citer  De sang froid, magnifique adaptation du livre de Truman Capote et À la recherche de Mr. Goodbar désespérément inédit en DVD chez nous.

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Et puis il y a la trilogie fabuleuse La chatte sur un toit brulant / Elmer Gantry et Doux oiseaux de jeunesse qui s’attachaient à porter à l’écran des œuvres littéraires ou théâtrales jugées difficiles ou impossibles. Brooks voulait prolonger cet état de grâce avec le Lord Jim de Joseph Conrad (le même qui verra plus tard son Au cœur des ténèbres porté à l’écran par un certain Francis Ford Coppola) tout en surfant sur un cinéma d’aventure filmé en 70MM dont Lawrence d’Arabie était devenu le mètre étalon. Le résultat ne fut pas à la hauteur des espérances de la Columbia puisque Lord Jim reste l’un des plus gros échecs commerciaux du Studio. Pour Peter O’Toole et la plupart des acteurs, il s’agira d’un tournage aux motivations qui iront souvent consciemment ou non à l’encontre du film. Quant à Brooks, il reniera en partie son œuvre jugeant qu’il n’aurait jamais du vouloir faire de Lord Jim un film d’aventure quand le livre de Conrad est d’abord l’histoire d’une tentative impossible de rédemption vue de l’intérieur.

Lord Jim - Photo 1

Il est indéniable que Lord Jim a sa place dans la filmo de Brooks en ce sens que s’il n’a pas la force narrative d’un Elmer Gantry, le souffle épique des Professionnels, la justesse d’interprétation de La chatte sur un toit brûlant… il n’en demeure pas moins un film flamboyant et malade de ses contradictions. Un film qui à la différence de ceux cités plus haut ne se regarde pas comme quelque chose de définitif mais plus comme une œuvre mouvante, difficilement catégorisable et finalement en parfaite adéquation avec le matériau complexe du roman. Peter O’Toole était certainement l’acteur parfait pour interpréter ce personnage éminemment idéaliste et romantique qui aurait quelque part apporté avec lui son vécu du désert. Il est Lord Jim comme il fut T. E. Lawrence à la différence toutefois que la réalisation de Brooks lui donne en plus une dureté inédite propre à l’anti héros absolu qu’il est et qui ne peut que laisser dans un premier temps le public sur le bas-côté. Lord Jim est un film qui ne s’apprivoise que partiellement et qui ne se donne jamais complètement. Il n’en reste pas moins encore plus aujourd’hui qu’hier un morceau de bravoure qui n’a de cesse de fasciner.

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Lord Jim disposait jusqu’ici d’un DVD édité en 2005 par Sony Pictures. Il permettait de (re)découvrir le film dans des conditions correctes pour l’époque bien que déjà critiquables. Aux-États-unis, dans sa collection à la demande, Sony a ressorti en 2012 un nouveau DVD reprenant le master restauré en 2006. On suppose que Wild Side a fait de même pour cette édition.

Étonnamment si l’upgrade est bien là, celui-ci ne saute pas immédiatement aux yeux de DVD à DVD. Les captures ci-dessous sont là pour l’indiquer (et non le prouver car on sait l’exercice propre à discussion). La photo quasi monochrome et peu lumineuse signée Freddie Young met aussi du temps à dompter nos rétines donnant en effet cette impression calorimétrique un peu fade du début. En fait c’est dans les nombreuses séquences diurnes que la différence se fait. Plus de détails et plus d’informations doublés par un encodage sérieux finissent par emporter le morceau. Des points positifs que le Blu-ray s’emploie à bonifier tout en accentuant la définition d’une manière plus que bienvenue.

Reste que nous n’avons pas affaire là à une restauration récente et l’impression d’ensemble est assez loin des règles subjectives établies aujourd’hui en la matière. Mais au risque de passer pour un vieux c***, cela nous convient parfaitement. L’image ne semble ainsi pas dévitalisée (oui un peu comme une dent qui ne sentirait plus rien). Elle garde un véritable côté organique et sensuelle qui ne peut que se confondre avec ce film mutant. Non qu’elle présente des défauts ou autres scories, disons juste qu’elle offre le flanc à la critique juvénile de ceux qui découvrent l’histoire du cinéma en numérique.

 

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Lord Jim - Capture DVD Sony-1
 DVD Sony
   Lord Jim - Capture DVD WS-1DVD WildSide
Lord Jim - Capture Blu-ray 1
Blu-ray

 

 

 Lord Jim - Capture DVD Sony-2DVD Sony

Lord Jim - Capture DVD WS-2DVD WildSide

Lord Jim - Capture Blu-ray 2Blu-ray

 

Lord Jim - Capture DVD Sony-3DVD Sony

Lord Jim - Capture DVD WS-3DVD WildSide

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Lord Jim - Capture DVD Sony-4DVD Sony

Lord Jim - Capture DVD WS-4DVD WildSide

Lord Jim - Capture Blu-ray WS-4Blu-ray

 

Lord Jim - Capture DVD Sony-5DVD Sony

Lord Jim - Capture DVD WS-5DVD WildSide

Lord Jim - Capture Blu-ray WS-5Blu-ray

Le DVD Sony proposait le montage original du film. En effet Lord Jim connu une exploitation tronquée de 12 minutes en France impliquant le non doublage de ces passages. De fait, ceux qui arboraient la langue de Shakespeare et choisissaient la VF pouvaient être surpris de découvrir certaines séquences en VOST.

Wild Side propose quant à lui de découvrir Lord Jim dans ces deux montages distincts mais seulement en Blu-ray. Le DVD n’affichant en effet que le montage français en VF bien entendu et en VOST. Il s’agit là d’un petit point regrettable que l’on ne s’explique pas trop. On notera sinon le choix sonore sur la VO puisque celle-ci est encodée en DTS et en DD 2.0 mono alors que seule cette dernière est proposée pour la VF. Sur le Blu-ray l’encodage est en DTS MA 2.0 mono quelle que soit la langue ou le montage. Nous n’avons pas cherché à comparer ce qui de toute façon n’est pas comparable. La VO DTS MA 2.0 mono permet tout simplement de (re)voir le film dans des conditions optimales en 2014.

Le DVD Sony ne proposait aucun bonus si ce n’était deux bandes-annonces issus de son fabuleux catalogue (Le pont de la rivière Kwaï et Les fous du roi). Wild Side corrige l’erreur en proposant au moins la bande-annonce du film certes très abîmée car d’époque mais sous titrée en français.

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Car le morceau de choix se situe plutôt du côté du bouquin inclus avec cette édition. Rédigé par un certain Patrick Brion que l’on ne présente plus, richement illustré de photos et d’archives rarement vus, il revient en détail sur les coulisses de cette super production. Pour ceux qui ont la chance de posséder le beau livre sur Richard Brooks du même auteur et sorti en 1986 aux éditions du Chêne, ils n’apprendront rien de nouveau puisqu’il s’agit ni plus ni moins que d’une mise à jour de son texte rédigé à l’époque sur Lord Jim. Deux ou trois nouvelles sources lui donnent la possibilité d’étoffer quelque peu sa réflexion mais cela s’arrête là. Point de critique ici. Non juste le sentiment encore une fois que décidément ce cinéaste n’a pas plus que cela les faveurs de la cinéphilie française et mondiale pour être si peu étudié en quasiment 30 ans. Et puis le livre de Brion sur Brooks est de toute façon épuisée (mais que l’on peut trouver tout de même sur le Web).

En toute fin du livre on trouvera aussi un très intéressant texte signé Giordano Guillem de la team Wild Side qui revient très précisément sur les passages coupés du montage français tout en essayant d’en comprendre les raisons. Un travail que l’on pourra très facilement visualiser en revoyant pour le coup le film en VF.

 

PS : Vers les dernières pages et en guise de notes on peut aussi apprendre qu’il existe un documentaire (de 18 minutes) sur le film signé par un journaliste anglais du nom de Ludovic Kennedy intitulé Do It on the Whistle. On regrette qu’il ne soit visible sur cette édition. Quoi qu’il en soit, il en existe une copie archivée à l’Université de UCLA en Californie.

 

Image : 3.5/5

Son : 4/5

Bonus : 4/5

 

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Lord Jim (Wild Side)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
Master restauré – Couleur – Format image : 2.21, 16/9e comp. 4/3 – Format son : Anglais Dolby Digital & DTS Mono d’origine 2.0, Français Dolby Digital 2.0 – Sous-titres: Français – Durée : 2h17

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Master restauré – Couleur – Format image : 2.21 – Résolution film : 1080, 24p – Format son : Anglais & Français DTS Master Audio Mono d’origine – Sous-titres : Français – Durée : 2h22 (Version courte) ; 2h34 (Version longue)

Disponible depuis le 02 juillet

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