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Le 7ème juré : Un Lautner inédit en Blu-ray

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Le 7ème juré n’avait jamais eu jusqu’ici les honneurs d’une sortie en DVD (1). C’est donc avec une joie non dissimulée que l’on accueillait l’annonce faite il y a quelques mois  par Pathé de sa sortie dans une édition combo DVD + Blu-ray découlant du plan pluriannuel de numérisation et de restauration de son catalogue. D’autant qu’il s’agit là d’un des films majeurs dans la filmographie d’un Georges Lautner qui au passage ne se privait pas pour répéter que c’était son préféré. On ne le contredira pas tant Le 7ème juré n’a par exemple rien à envier aux meilleurs films de Claude Chabrol sur cette bourgeoisie de province bouffée de l’intérieur.

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Le film préféré de Lautner

On ne le sait peut-être pas assez mais avant Les Tontons flingueurs, Lautner a réalisé quelques morceaux de peloche qu’il serait de bon ton de ne pas jeter aux orties. On pense à Arrêtez les tambours et à Marche ou crève. On pourrait d’ailleurs imaginer que Le Septième juré constituerait comme une sorte d’apogée de cette première période bien plus noire et engagée que la suite de sa carrière. On précisera toutefois que Le 7ème juré était et reste une œuvre de commande initiée par Bernard Blier qui voulait absolument porter à l’écran le roman de Francis Didelot au titre éponyme afin d’interpréter le rôle de ce pharmacien et donc notable de la ville de Pontarlier qui sur un coup de sang étrangle une jeune femme par trop provocatrice à son goût.

À quelques exceptions près (on pense par exemple à Mort d’un pourri réalisé en 1977 qui sort en même temps et que l’on traitera dans un futur papier), le cinéma de Lautner ne se montrera jamais aussi exigeant en termes de mise en scène et d’écriture. Il suffit de jeter un œil aux dix premières minutes du film pour s’en convaincre. Le personnage joué par Blier digère un copieux déjeuner dominical en une marche lourde et terne à l’ombre d’arbres clairsemés laissant passer un soleil estival que l’on devine étouffant. La caméra de Lautner filme cela en contre-plongé comme s’il voulait accentuer la solitude de l’homme perdu dans ses pensées. Et puis le voici qui tombe sur une créature à demi dévêtue prenant un bain de soleil seule près de l’eau. La tentation n’en est que trop vive et les plans en contre-plongés encore plus accentués ou proposant une ligne de fuite hors norme sont là pour annoncer et appuyer la suite inexorable. Une telle grammaire, un tel découpage, une telle exigence visuelle laissent encore aujourd’hui pantois quant à la modernité de la démonstration et de ce que cela sous-tend pour le devenir du personnage.

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

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Le-7ème-Juré-Bernard-Blier

On pense alors tout naturellement à Dupont Lajoie (1974) qu’Yves Boisset avait su amener en de tel sommet narratif et immersif avec le constat toujours aussi amer d’une humanité en apparence policée mais où la bête ne dort que d’un œil. Le 7ème juré prolonge la réflexion en dressant avec lucidité le constat de cette société française de province à la hiérarchisation sacralisée et momifiée à tous les étages. La bourgeoisie est dégénérescente, la jeunesse se cogne au mur de la ville comme un poisson dans un bocal et le reste de la population étouffe lentement mais sûrement. Bernard Blier y joue une partition détonante. Il est ce pharmacien aussi abruti par le soleil accablant du début que par sa condition de notable d’une ville où rien ne se passe sinon une routine anxiogène appelée le bonheur. Lautner le cadre alors en gros plan comme pour mieux traquer cette fêlure entrevue quelques secondes lors du meurtre introductif et qui ne fera que s’amplifier par la suite.

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À cela s’ajoute des dialogues au cordeau signés Pierre Laroche à qui l’on doit entre autres la co-écriture avec Jacques Prévert des Visiteurs du soir. L’homme est moins connu que le scénariste poète sus-cité mais il a dans sa besace près d’une cinquantaine de films à son actif en plus d’avoir été un chroniqueur cinéma au Canard Enchainé (comme quoi !). Il s’inscrit dans cette tradition française aujourd’hui quasi perdue entre Prévert justement, Henri Jeanson et Audiard qui savaient donner aux films des lignes de dialogues qui finissaient de les ranger instantanément dans la catégorie intemporelle. Aujourd’hui, on dirait culte. Lautner l’avait très bien compris. Trop peut-être puisque par la suite il laissera quelque peu de côté ses qualités de cinéaste au profit de répliques, comédies et autres polars répondant aux attentes du moment qui ont certes pour la plupart traversé les décennies mais dont il faut bien admettre un manque patent d’ambition à la mise en scène. Son cinéma devenant un condensé de plaisir immédiat pour le spectateur conquis d’avance ainsi que pour sa famille d’acteurs qu’il aimait à retrouver. Le tout avec cette intelligence de perpétuer le plus possible une recette qui marche.

Un Blu-ray au-dessus de tout soupçon

Avec cette sortie, Pathé vient donc de combler un trou significatif dans la filmo en vidéo de Lautner mais aussi dans le champ franco français d’une période cinématographique que l’on redécouvre plus intensément d’année en année. La faute sans aucun doute à une génération, celle de la Nouvelle Vague, qui ne laissait que peu de places à autre chose que leurs propres réalisations et qui a contribué à quelque peu enfouir ces films peu dignes à leurs yeux d’une mise en avant positive. Et le correctif est juste magistral. Procédant d’une restauration exemplaire, le master est juste sublime avec un encodage à l’avenant. La très belle photo en noir & blanc signée Maurice Fellous qui fut un collaborateur de longue date de Lautner, est admirablement retranscrite. Les contrastes sont aux abonnés présents, le dégrainnage est quant à lui bien absent pour notre plus grand bonheur ce qui permet une définition à pleurer pour un film de plus de 50 ans. La partie sonore n’est pas en reste avec un mono 2.0 DTS-HD Master Audio retranscrivant à la perfection les timbres de voix et ces dialogues de haute volée. Les effets et ambiances ne sont pas oubliés. Le mariage entre les deux est optimal. On signalera la présence salutaire d’une piste en audiovision ainsi que des sous-titres pour sourds et malentendants là aussi plus que bienvenus.

On saluera aussi l’effort de l’éditeur de nous proposer deux compléments de choix. Tout d’abord un petit montage comparatif entre la version connue en France et une autre à l’internationale précédé d’un carton explicatif que l’on vous laisse découvrir ci-dessous.

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Mais le plat de résistance est un documentaire constitué d’entretiens inédits avec entre autre Bertrand Blier et Yves Rodallec (assistant opérateur) qui reviennent via des anecdotes peu connues sinon de spécialistes du cinéaste sur les origines et le tournage d’un film qui ne semble avoir laissé que de bons souvenirs. Ils sont accompagnés de Philippe Lombard et de Jean-Pierre Guérand qui de par leur connaissance sur le film et le cinéaste impriment un recul très informatif. On y apprend par exemple que Danièle Delorme, qui joue la femme du pharmacien, avait accepté ce second rôle alors qu’elle était une actrice de premier plan, afin de permettre de boucler le tournage de La Guerre des boutons que sa société La Guéville produisait avec son mari Yves Robert. On précisera que l’on trouve aussi un extrait de l’émission La Traversée du miroir diffusée sur France 5 entre 1999 et 2011 et présentée par PPDA qui recevait alors Georges Lautner. Le tout est intitulé Un film qui me ressemble. Il s’agit d’un document réalisé par Jérôme Wybon dont on connaît le savoir-faire en la matière.

(1) Edit 18/03 : Jérôme Wybon a tenu à rectifier cette assertion en précisant que le film était déjà sorti en DVD à la demande chez Pathé en 2011 mais le meurtre était censuré de quelques secondes par rapport au master HD du Blu-Ray.

Image : 4,5/5
Son : 4/5
Bonus : 3,5/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Le 7ème Juré – Édition Combo Blu-ray + DVD

Éditeur : Pathé Vidéo
Date de sortie : 4 février 2015

 

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Spécifications techniques Blu-ray :
– Image (Master restauré 2K) : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD MA 2.0 Mono et Audiovision
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants et Anglais
– Durée : 1h45
– 1 BD-50

Bonus :
Un film qui me ressemble (25min22s, HD), entretiens avec Bertrand Blier, Yves Rodallec, Philippe Lombard et Jean-Pierre Guérand

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– Bande-annonce (2min39s,HD)
– Montage alternatif du meurtre (2min55s, HD)

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Spécifications techniques DVD :
– Image (Master restauré 2K) : 1.66:1 compatible 16/9
– Langues : Français DD 2.0 Mono et Audiovision
– Sous-titres : Français pour sourds et malentendants et Anglais
– Durée : 1h 41
– 1 DVD-9

3 réflexions sur « Le 7ème juré : Un Lautner inédit en Blu-ray »

  1. Le cinéma français classique de genre des années 1945-1965 est aujourd’hui une terra incognita à redécouvrir : la télévision (l’ORTF surtout, en raison de son activité contemporaine), René Chateau y avait contribué en VHS puis en DVD et les hasards de l’édition vidéo major y contribuent aujourd’hui, à mesure que le BRD permet au catalogue de revivre. Je dis 1965 parce que le catalogue postérieur 1965 à nos jours fut un peu mieux distribué en vidéo, un peu mieux télédiffusé ces trentes dernières années.

    PS
    Je serais curieux de savoir ce que signifie l’expression de Jérôme Wybon (qui avait eu le privilège, si ma mémoire est bonne, de rencontrer Robert S. Baker) : « DVD sorti à la demande » ? Cela veut dire qu’on pouvait téléphoner à Pathé pour leur demander de fabriquer un DVD du 7ème JURE si on voulait le visionner ? Le rêve du cinéphile… mais j’ai l’impression que je rêve, justement et que cela doit vouloir dire autre chose… mais quoi ?

  2. Salut Francis,
    Pour ton PS je peux répondre à la place de Jérôme. Les DVD à la demande que Pathé (et Gaumont) ont mis en place en France reprennent le principe que les Studios US avaient institué il y a quelques années (Warner Archives, Universal, Sony…). L’idée c’est de proposer à l’attention des cinéphiles des titres sans avoir à gérer de stocks. Ils sont en général non disponibles en magasin ou sur les sites de e-commerce. On ne les trouve que sur les sites des éditeurs et ils sont édités en petites quantités répondant à la demande au fil de l’eau. Gaumont a été le premier à le faire en France et cela a tellement marché qu’on en trouve maintenant dans les MK2 Store ou à la Fnac. Warner France fait cela aussi avec des collections intitulées Trésors de Warner qu’ils vendent en exclu sur leur site mais aussi à la Fnac. Il s’agit bien souvent de titres non restaurés et proposés sans aucun bonus.

    Voici quelques liens :

    Gaumont : http://boutique.gaumont.fr/fr/theme_5_Gaumont_3343_DVD.php

    Pathé : http://www.boutique-pathe.com/exclusivites.html

    Warner : https://www.warnerbros.fr/stores/tresors-warner

  3. Merci pour cet éclaircissement, Sandy !
    Je viens de lire attentivement tes 3 liens.

    Je recommande en priorité :

    WARNER collection TCM
    – La Chute d’un caïd [The Rise and Fall of Legs Diamond] (B. Boetticher)
    WARNER collection FILMS CRIMINELS
    – Les Complices de la dernière chance [The Last Run] (R. Fleischer)
    et j’ai noté aussi, dans cette seconde collection, des films B historiquement intéressants tels
    – I Was a Communist Fort the F.B.I.
    – Al Capone
    sans oublier quelques classiques appartenant soit à leur collection TCM, soit à leur collection Western
    – La Toile d’araignée (Minnelli)
    – La Loi de la prairie (Wise)
    – La Fille du désert (Walsh)

    GAUMONT à la demande :
    assez riche catalogue parmi lequel je recommande en priorité :
    – La Beauté du diable (Clair)
    – La Fiancée des ténèbres (Poligny)
    – Le Grand jeu (Siodmak)
    – L’Affaire des poisons (Decoin)
    – Les Salauds vont en enfer (Hossein)
    – Le Vice et la vertu (Vadim)

    PATHE à la demande :
    assez riche catalogue parmi lequel je recommande en priorité :
    – Romulus et Rémus (Corbucci)
    – Le Géant de la vallée des rois (Campogaliani)
    – New York appelle Superdragon (Ferroni sous pseudonyme)
    – les films français ou coprod. français signés Borderie, Grangier, Hunebelle relevant de genres divers : espionnage, policier, comédie, comédie dramatique, etc.

    PS Gaumont
    Dans leur catalogue normal je recommande :
    * en BRD
    – Les Yeux sans visage (la meilleure édition vidéo : format respecté et full HD)
    – Razzia sur la chnouf
    – Le Rouge est mis
    – Du riffifi chez les hommes
    – Un taxi pour Tobrouk

    *en DVD
    – Le Dos au mur
    – Cartes sur table
    – 7 hommes en or
    – La Vérité sur bébé Donge

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