Le projet Atticus : Vrai faux film d’horreur roublard

Après avoir fait sensation lors du dernier festival de Gérardmer, Le projet Atticus débarque directement en  Blu-ray dans les bacs de France et de Navarre, sous les couleurs de M6 Vidéo. L’occasion pour Digital Ciné de revenir sur un film déroutant, slalomant entre le classique DTV de possession démoniaque et une volonté nette de proposer autre-chose que le tout venant de l’horreur sur celluloïd…

Le projet Atticus - Blu-ray M6 Vidéo

Faux documentaire & faux film d’horreur

Depuis le carton au box-office de Blair witch project en 1999, le procédé stylistique d’un cinéma « à la première personne », avec le recours à une caméra [très faussement] subjective, a été utilisé des dizaines, et même probablement, sans exagération aucune, des centaines de fois dans le genre très populaire du cinéma fantastique ou d’épouvante. C’est un artifice très en vogue dans l’horreur contemporaine, au point que beaucoup de cinéphiles considèrent ce type de mise en scène, couramment appelé « found footage », comme la plaie du genre horrifique. Il est clair aussi que ce type de cinéma cadré à la va-vite, laissant une place prépondérante au hors-champ et ne répondant plus à aucune grammaire cinématographique établie, a ouvert la porte à des nuées, des pelletées, des vagues entières de films plus ou moins amateurs (ou amateurisants). Les cinéastes n’ont plus à se casser la tête à chercher des axes de prise de vue, les producteurs sont satisfaits car les coûts sont réduits, et en plus, le public est au rendez-vous… Depuis 2010, le succès jamais vraiment démenti de la saga Paranormal Activity a contribué à pérenniser ce style, et à priori, il semble que le genre du found footage ait encore de beaux jours devant lui. Si certains réalisateurs établis ont certes parfois réussi à niveler le procédé par le haut et à nous livrer quelques bandes efficaces, voire carrément indispensables (on pense par exemple à l’épatant Cloverfield et à l’excellent The Bay), la grande majorité des films tournés en utilisant ce procédé ne parviennent pas réellement à créer le climat d’angoisse suffisant pour réellement convaincre le cinéphile exigeant (ou non).

Bien loin d’être aussi insignifiant que l’on pouvait le craindre, Le projet Atticus ne fait pas partie du genre « found footage » à proprement parler. Même si M6 Vidéo a transformé le titre original pour coller au « Projet » Blair Witch, même si le film emploie largement les ficelles du found footage, forcément usées par quinze ans d’utilisation quasi-intensive, ce Projet Atticus serait d’avantage à classer dans la catégorie des « documenteurs », ou faux documentaires. En effet, les séquences filmées au centre Atticus dans le film (censées prendre lieu et place dans les années 70, entre 1975 et 1976 précisément) sont largement entrecoupés de témoignages actuels, les intervenants directs ou leurs enfants revenant sur les événements dramatiques s’étant déroulés à l’époque. Techniquement imparable (la reconstitution des bandes vidéo de l’institut sont vraiment bluffantes de réalisme), le film de Chris Sparling, par ailleurs scénariste de l’excellent Buried, fait d’ailleurs également le choix de s’écarter du genre horrifique à proprement parler. Si le fond du récit traite bien de possession démoniaque, le scénariste / réalisateur s’attarde beaucoup plus sur la récupération des « pouvoirs » de la victime et ses possibles déclinaisons militaires par le gouvernement américain que sur les scènes de « flippe » appartenant au cahier des charges de tout film de possession depuis L’exorciste. De fait, le spectateur ressent parfaitement, ne serait-ce que dans la volonté farouche de placer son intrigue dans les années 70 aux États-Unis, sur fond de guerre froide et de manipulations politiques en tous sens, l’objectif du cinéaste d’inscrire son film dans la plus pure tradition des films de « complot » ayant fleuri tout au long des années 70.

Au final, l’objectif de Sparling se révèle atteint : Le projet Atticus mérite clairement le coup d’œil. Si le film manque de rythme, il parvient tout de même à capter l’attention du spectateur durant toute sa durée, et se révèle par moments réellement impressionnant : les acteurs, tous excellents, ainsi que la facture technique vraiment époustouflante des séquences faussement tournées dans les glorieuses années 70, tout cela contribue au charme du film de Sparling, lui permettant de s’imposer comme un bon petit film horrifique sortant clairement des sentiers battus, et n’ayant pas volé le petit buzz qu’il a créé autour de lui lors du dernier festival du film fantastique de Gérardmer.

Le projet Atticus - Blu-ray M6 Vidéo

Faux doc mais vrai Blu-ray

Difficile de juger la qualité d’un Blu-ray tel que Le projet Atticus.  Probablement tourné en utilisant plusieurs types de pellicule (ou très fortement traficoté en post-prod), la galette affiche, selon les passages, une définition et un piqué plus ou moins pointus. Mais gardons à l’esprit qu’il s’agit là d’une des particularités du film, et le Blu-ray édité par M6 Vidéo semble faire honneur au travail sur l’image, les couleurs et les différends formats utilisés lors du tournage. Là où on pourra tiquer légèrement (mais on ignore s’il s’agit d’une volonté des auteurs), c’est sur la présence d’un effet très accentué de « banding » horizontal sur toutes les séquences dites « anciennes », sur toute la durée du film, et disparaissant durant les témoignages contemporains et sur les photos, qui affichent une définition nettement plus précise. Côté son, VF et VO sont mixées en DTS-HD Master Audio 5.1, le rendu est très enveloppant, et les effets de surprise vous feront à coup sûr sursauter dans vos fauteuils. Si la version originale reste forcément plus convaincante, le doublage de la version française est soigné.

Rayon bonus, l’éditeur nous propose tout d’abord une série de scènes coupées, à l’intérêt variable. Ces dernières reviennent, pêle-mêle, sur les procès ayant suivi l’affaire, sur les origines de l’institut Atticus ou encore sur la thérapie du Dr West (rigolo la façon dont ce nom nous évoque le chef d’œuvre de Stuart Gordon Re-Animator), dont les enregistrements sont un peu plus longs que dans le montage final. Un peu redondantes, voire carrément inutiles, on comprend la volonté du réalisateur Chris Spalding d’alléger un peu son récit. Le second supplément proposé par M6 Vidéo est un making of ayant la particularité d’être très court (une dizaine de minutes). On y revient essentiellement sur la volonté de « faire vrai » et sur l’interprétation de Rya Kihlstedt. Il est d’ailleurs amusant d’écouter l’ambition du réalisateur Chris Sparling, dont le désir le plus fou est qu’un téléspectateur tombant sur son film en zappant par hasard ne puisse pas déterminer s’il s’agit d’un film ou d’un documentaire. Autrement dit, sa volonté manifeste est que Le projet Atticus ressemble, in fine, à un téléfilm. Dommage que le making of ne nous en apprenne pas plus sur le boulot de post-production effectué pour « vieillir » les images et, éventuellement, les différents médias utilisés pour obtenir ce rendu visuel bluffant.

Le projet Atticus - Blu-ray M6 Vidéo

Image : 4/5
Son : 4/5
Bonus : 3/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Le projet Atticus – Blu-ray

Éditeur : M6 Vidéo
Date de sortie : 18 mars 2015

Spécifications techniques Blu-ray :
– Image : 1.85:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Anglais / Français DTS-HD MA 5.1
– Sous-titres : Français
– Durée : 1h23
– 1 BD-50

Bonus :
– Scènes coupées
– Making of

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