Araignées, poupées : Peurs primaires chez Sidonis

Si on vous dit « L’horrible invasion », vous pensez à quoi ? Au deuxième tour des départementales ? Bon, OK, oui, c’est vrai, on vous le concède. MAIS ! Amis bisseux z’et cinéphages, L’horrible invasion, c’est aussi le titre d’un petit classique du fantastique US avec des grosses n’araignées pleines de pattes poilues, longtemps invisible chez nous, que Sidonis, dans sa grande sagesse, a choisi d’éditer sur support DVD en février 2015, dans sa collection « Classiques du Fantastique ». Et comme une araignée de nos jours ne suffit plus forcément à éloigner madame du téléviseur, l’éditeur a également choisi de sortir, en Blu-ray et dans la même collection, le très attendu Dolls – Les poupées de Stuart Gordon. Voilà donc un double-programme fantastique old school assez épatant, qui devrait remuer les peurs primaires de vos compagnes au point de les faire déserter le living room, et vous permettre de renouer vos vieilles amours avec votre pack de bières et votre canapé…

DVD L'horrible invasion Sidonis

L’horrible invasion (John ‘Bud’ Cardos, 1978)

Après le succès incroyable des Dents de la mer de Steven Spielberg en 1975, les producteurs de tous bords se sont jetés à corps perdu dans les films traitant de menace animale. Des créatures de la mer ou des airs, en passant par celles de la terre comme les lapins, les crapauds, limaces et autres vers de terre (même les tomates !), il en pleuvait de partout dans les années 70, chaque espèce rivalisant de malice pour renverser de façon meurtrière le règne de l’homme. L’horrible invasion, réalisé par John ‘Bud’ Cardos en 1977, s’inscrit dans cette veine à bestioles du cinéma fantastique, et traite quant à lui d’une invasion d’araignées – ce film n’est donc pas conseillé aux femmes… D’autant que les araignées ayant réussi le casting pour le film ne sont pas les petites mémères que l’on trouve dans nos greniers et nos boites aux lettres, non, mais de grosses mygales velues. Rititi, ratata

Depuis de nombreuses années maintenant, L’horrible invasion était devenu quasi-invisible, et cette discrétion forcée entretenait tout doucement sa réputation de film culte. Et il faut avouer que durant sa première demi-heure, ce fameux statut pourra vraiment paraître usurpé au spectateur, qui suivra sans passion (mais sans ennui non plus, remarquez) et avec une mise en scène vraiment fonctionnelle la trajectoire de plusieurs personnages, dont un amusant William Shatner en gentleman vétérinaire, dans une quelconque bourgade redneck reculée du trou du cul des États-Unis. C’est dans son deuxième tiers que le film de Cardos commence à devenir vraiment intéressant, quand la fameuse invasion débute, le film devenant d’un coup un véritable cauchemar pour arachnophobes, un grand spectacle à la hauteur de ce que laissait supposer son titre français.

Époque oblige, pas de recours au numérique pour filmer les bêbêtes à poils : 5 000 véritables mygales, que la légende autour du film déclare illégalement importées du Mexique, sont amenées à même le plateau, les acteurs jouent la plupart du temps vraiment aux côtés des vivaces arachnides. Cette volonté naturaliste permettra non seulement d’éviter des effets spéciaux qui vieillissent mal, mais se révélera également particulièrement efficace et stressante pour le spectateur, qui s’avère bien conscient que tous ces monstres à huit pattes sont bel et bien réels. Ajoutez à cela une agréable patine 70’s bien aride et poussiéreuse et un génial dernier plan apocalyptique, quelque-part entre ceux qu’affectionnait Lucio Fulci (L’au-delà, L’enfer des zombies) ou ceux, grandioses, de certains épisodes de la série La quatrième dimension, et vous obtenez un classique instantané de la série B horrifique, qui n’a finalement pas volé sa réputation de film culte.

DVD L'horrible invasion Sidonis

Format 1.85 respecté, master impeccable à la patine un peu old school, montage intégral et « uncut » : Sidonis met tout le monde d’accord avec son transfert DVD de L’horrible invasion. L’image est belle, bien lumineuse ; les petits points blancs épars ne gênent absolument pas le visionnage : ils ajoutent au contraire au cachet « vintage », presque « grindhouse », du film. Côté son, on notera tout d’abord que certains passages, absents du montage français, seront automatiquement proposés en version originale quelle que soit la piste son sélectionnée. Les deux mixages (VF / VOSTF) sont disponibles en Dolby Digital 2.0 mono d’origine, la VO passe globalement mieux dans le rendu des dialogues.

Dans la section suppléments, on retrouvera l’habituel petit module orchestré par le trio Christophe Champclaux / Marc Toullec / Linda Tahir Meriau. Une fois n’est pas coutume, c’est Mister Champclaux qui présente le sujet, consacré aux « bêbêtes » du cinéma fantastique, avec un soin tout particulier apporté aux anecdotes de tournage quand on en arrive au cas de L’horrible invasion. Une galerie photo et une bande-annonce complètent la section.

DVD L'horrible invasion Sidonis

L’horrible invasion (Sidonis) – 3 février 2015

1978 • 97 min • Ratio 16/9 – 1.85
Couleur • VF/VO Dolbly Digital 2.0
Sous-titres français • Chapitrage

Dolls – Les poupées (Stuart Gordon, 1987)

Produit par Brian Yuzna et réalisé par Stuart Gordon pour le compte de Empire, la boîte de prod du prolifique Charles Band, Dolls fut probablement vécu, en 1987, comme une récréation par ses auteurs après les soucis de tournage et l’échec cuisant de leur film précédent, le pourtant sympathique From beyond – Aux portes de l’au-delà. Dépassant les problèmes d’écriture du scénario signé Ed Naha, habitué des productions horrifiques des années 80 (Troll, C.H.U.D. II…) et collaborateur de longue date de Gordon et Yuzna (il a écrit Chérie, j’ai rétréci les gosses avec eux), les duettistes décident de se concentrer sur l’efficacité de la mise en scène et sur les effets spéciaux du film, qui se décline comme une espèce (aujourd’hui disparue) de conte horrifique pouvant à la fois être vu par les adultes et les enfants.

Prenant place dans un manoir gothique, dont les occupants fabriquent de très classiques poupées, le film oppose grossièrement le glorieux passé à l’ultra-contemporanéité de ses personnages, qui exhibent fièrement chewing-gums, jeux électroniques et look à la Madonna (plus 80’s, tu meurs étouffé dans le spandex fluo !). Mais c’est aussi en partie ses faiblesses d’écriture, rattrapées par un rythme, un humour et des effets spéciaux du tonnerre, qui font aujourd’hui le charme de Dolls. Comme dans le cas de Rocky IV par exemple, le film est tout à fait charmant tel qu’il est, ses maladresses faisant partie intégrante de son histoire et composant aujourd’hui une partie de sa force d’attraction.

Blu-ray Dolls Les poupées Stuart Gordon Sidonis

Construit, à la façon de nombreux films à l’époque, autour d’un personnage central incarné par une enfant se révélant rapidement plus sensée que les adultes qui l’entourent, le film de Gordon s’inscrit surtout dans la veine puissante et riche d’un certain cinéma des années 80 abordant de façon frontale la notion de « conte », à une époque bénie où des adultes signaient des films destinés à un public enfantin sans exclure les parents ou systématiquement niveler par le bas dans la crétinerie ou la niaiserie pure et simple. Dolls est donc pensé pour être vu par les enfants, mais leur propose de la matière à cauchemars, des idées sombres et brillantes mêlant innocence et cruauté et de mémorables séquences décalées et/ou effrayantes qu’aucun producteur n’oserait aujourd’hui financer sans peur de voir toutes les ligues de vertu lui tomber sur le râble en criant à la perversion de la jeunesse. Avec le recul, on le rapprocherait presque d’autres « grands » films pour enfants des années 80, tels que Bandits, bandits (1981), Dark crystal (1982), Princess Bride (1987) ou encore Erik le viking (1989).

Blu-ray Dolls Les poupées Stuart Gordon Sidonis

S’il n’est certes pas de première fraicheur (taches et autres petits points blancs), le master HD de Dolls – Les poupées, proposé en 1080p, a quand même une sacrée patate. Un peu trop passé au réducteur de bruit peut-être, mais riche d’une gestion des couleurs et surtout des noirs assez bluffants, le Blu-ray édité par Sidonis affiche un beau piqué et une belle stabilité. On perd un peu en définition sur certains plans en basse lumière ou certains stockshots en extérieur, mais la galette rend globalement plutôt justice à la belle photo signée Mac Ahlberg. Des deux pistes VF / VO toutes deux disponibles en DTS-HD Master Audio mono d’origine, on choisira sans hésiter la version anglaise – même si la nostalgie nous attire toujours vers ces VF ayant bercé notre enfance, force est de constater que la VO est plus dynamique et ample que sa petite sœur française.

Rayon bonus, en plus d’une galerie photos et de la bande-annonce du film, Sidonis nous livre un petit module consacré au film, intitulé La maison des poupées et orchestré par le trio Christophe Champclaux (réalisation) / Marc Toullec (écriture) / Linda Tahir Meriau (présentation). Marc Toullec connait bien son sujet, mais Linda Tahir n’est pas encore à 100% à l’aise devant la caméra.

Blu-ray Dolls les poupées Sidonis

Dolls – Les poupées (Sidonis) – 3 février 2015

1987 • 77 min • Ratio 16/9 – 1.85
Couleur • VF/VO DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres français • Chapitrage

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