Printemps tardif - Image une chronique Blu-ray

Coffret Blu-ray – Ozu en 20 films : Printemps tardif (1949)

Printemps tardif apparaît donc au sein de ce deuxième Blu-ray sur les 11 que comporte le coffret Ozu édité par Carlotta. Il a bénéficié d’une nouvelle restauration 4K en 2015 effectuée par la Shochiku au Japon et Cineric à New-York à partir des meilleures sources disponibles (interpositifs, copie 35mm mais pas le négatif original considéré comme perdu). On le sait, les pays asiatiques ne se sont mis que très récemment à développer des politiques de conservation de leurs films de patrimoine. Et le Japon n’a jamais été le poisson pilote de la région en la matière. Mais depuis une bonne dizaine d’années, les choses changent et aujourd’hui la possibilité de découvrir ainsi ce premier film dit « de la maturité » de Yasujirō Ozu ne peut qu’enchanter les sens et tous les amoureux de son cinéma. En guise de « complément de programme », l’éditeur a inséré Où sont les rêves de jeunesse ?, un film muet de 1932 déjà présent au sein du coffret DVD Vol 1 datant de 2006 et Amis de combat, un fragment de 14 minutes conservé d’un plus long métrage perdu réalisé en 1929 totalement inédit en vidéo chez nous – SG

Printemps tardif - Affiche japonaise

Écrit par Kogo Noda et Ozu d’après un roman de Kazuo Hirotsu, Printemps tardif est le premier titre de ce qu’on nomme au Japon la « trilogie Noriko » tournée par Ozu avec en vedette l’actrice Setsuko Hara que les spectateurs japonais surnommaient la « vierge éternelle ». Les deux autres titres de cette trilogie sont Été précoce (1951) puis Voyage à Tokyo (1953) qui sont aussi présents au sein de ce coffret. Hara y incarne une jeune femme prénommée Noriko qui est une sorte d’ange, discrètement érotique en raison de sa beauté et obstinément vouée au culte de sa famille, qu’elle fait passer avant son bonheur personnel. Noriko incarnée par Hara est, dans le cinéma de Ozu, le symbole de la génération courageuse née avant-guerre puis confrontée à la reconstruction après-guerre. Elle maintient intacte les valeurs traditionnelles japonaises, en dépit des difficultés sociales et matérielles. La relation entre l’actrice et son cinéaste était si esthétiquement intense qu’elle renonça définitivement au cinéma après la mort de Ozu, alors qu’elle était au sommet de sa popularité. Sur le plan syntaxique, la plénitude est d’emblée atteinte. Il suffit de comparer ce titre de 1949 avec Récit d’un propriétaire (1947) pour mesurer l’évolution. Il était un père en 1942 l’annonçait certes déjà mais on peut vraiment dire qu’ici, le style définitif est atteint : les grands classiques d’Ozu reprendront sa morphologie, sa syntaxe et une partie de son casting jusqu’en 1962. À noter la très belle séquence de représentation de théâtre No qui est aussi le moment de basculement du film. C’est en effet là que Noriko et le spectateur tombent dans le piège tendu par le père afin de la décider à se marier. Un stratagème que l’on ne comprendra qu’à la fin. Montage parfois sophistiqué, presque esthétisant et les enchaînements réservent des surprises, opposant éléments naturels et « impermanence » humaine. À noter aussi l’insistance sur les signes de la présence américaine : panneaux en anglais, publicité pour Coca-cola, remarque sur le physique du fiancé ressemblant à Gary Cooper (qu’on ne verra jamais à l’écran). Elle est discrètement opposée à la représentation de la reconstruction du Japon par les Japonais : après le chaos, l’ordre est retrouvé et le dialogue des générations assure la continuité non seulement religieuse, morale,  sociale, mais encore nationale.

Une restauration 4K tardive mais réussie

Précisons d’entrée que cette restauration 4K de Printemps tardif est inédite en vidéo partout ailleurs sauf au Japon où La Shochiku l’a édité en décembre 2015 avec des sous-titres anglais. Quant à l’édition Blu-ray Criterion, elle date de 2012. À l’époque, l’éditeur américain était parti de plusieurs sources bien moins préservées permettant lors de la restauration et du scan HD un résultat certes probant mais totalement enterré ici. Le petit comparatif ci-dessous devrait sans problème vous convaincre et on ne parle même pas ici du DVD Carlotta issu du fameux et très beau coffret édité en 2006. Bien entendu tout n’est pas parfait. En fonction des éléments sources on sent bien que la définition n’est pas la même. Parfois magnifique, parfois vacillante. Mais à l’arrivée, on appréciera le grain toujours présent, un gain notable en stabilité et surtout des contrastes bien plus appuyés permettant in fine un rendu flatteur pour les yeux. Même constat au niveau du son qui chez Criterion accusait un rendu quelque peu étouffé alors qu’ici le mono encodé en DTS-HD MA 1.0 reste certes limité mais offre tout de même une amplitude beaucoup plus prégnante et bienvenue – SG

Cliquez sur les captures Blu-ray Criterion Vs Carlotta de Printemps tardif ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Coffret Blu-ray Ozu en 20 filmsPrintemps tardif (Banshun – 1949) – Coffret 11 Blu-ray

Réalisateur : Yasujirō Ozu
Éditeur : Carlotta Films
Sortie le : 6 novembre 2019

Tokyo et Kyoto, 1949. Noriko, âgée de 27 ans et convalescente d’une maladie contractée durant la Seconde guerre mondiale, vit seule avec son père veuf Somiya. Son père, sa tante et une amie tentent de la convaincre de se marier mais Noriko refuse d’abandonner son père. Sa tante ne renonce pourtant pas : elle trouve pour elle un possible prétendant et elle élabore un stratagème destiné à convaincre Noriko que son père peut bien vivre sans elle.

Spécifications techniques Blu-ray 2 :

  • Image issue d’une restauration 4K : 1.37:1 encodée  en AVC 1080/24p
  • Langues : Japonais DTS-HD MA 1.0 mono (48 kHz / 24-bit)
  • Sous-titres : Français débrayables
  • Durée : 1h 48min 33s
  • 1 BD-50

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Bonus :

  • Où sont les rêves de jeunesse ? (Seishun no yume ima izuko – 1932 – 1.33 – 85min 16s – SD encodé en Mpeg4 – Muet sans accompagnement musical avec des STF lors des intertitres)

Trois étudiants se lient d’amitié et courtisent une serveuse de bar. Lorsque le père de l’un deux, Tetsuo, meurt, il hérite de l’entreprise familiale et embauche ses camarades. Scénario de Kogo Noda. Une comédie parodiant ce qui se faisait aux États-Unis à la même époque. Nombreux extérieurs, plusieurs mouvements de caméra. Savoureuses allusions aux théories économiques de Smith et de Ricardo. Question posée au concours d’entrée : « Qu’est-ce que l’inflation ? », terme popularisé par la crise économique allemande et la crise économique de 1929. État argentique assez bon.

  • Amis de combat / Combats amicaux à la japonaise (Wasei kenka tomodachi – 1929 – 1.33 – 14min 25s – SD encodé en Mpeg4 – Muet sans accompagnement musical avec des STF lors des intertitres)

Il s’agit d’un fragment de 14 minutes conservé d’un plus long métrage perdu, tourné en 9,5mm puis transféré pour restauration en 35mm. Deux amis pauvres mais partageant tout recueillent dans leur appartement une jeune femme blessée par un accident de la route.

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