Reflets dans un œil d’or en Blu-ray

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Reflets dans un œil d’or restait inédit chez nous en DVD. Une incongruité (pour rester poli) enfin réparée avec ce combo DVD / Blu-ray édité par la branche française de Warner Home Video. On dit bien française car outre le fait qu’il ne soit pour l’instant uniquement disponible à la Fnac selon un process bien rôdé maintenant entre les deux sociétés, il est aussi exclusif à notre territoire. Une initiative franco-française dont on ne peut que se réjouir mais qui est loin de complètement convaincre.  Explications.

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Reflets dans un œil d’or fait parti de ces films à l’aura indéniable pour tout jeune ou non cinéphile qui voudrait s’y aventurer pour la première fois. Sa vision n’est en effet jamais définitive et doit s’appréhender comme une œuvre en sans cesse mutation à mettre en parallèle avec l’évolution de son propre vécu. À la première vision il est un exercice de style fascinant et bouleversant propre à engendrer des vocations du côté de la direction de la photo au hasard. En deuxième lecture, il est un formidable morceau de peloche que l’on peut contextualiser dans son époque (la guerre du Vietnam est proche et l’Amérique commence à vaciller sur ses fondations et ses certitudes) avec un couple Brando / Taylor qui s’en donne à cœur joie pour torpiller une société gangrénée de l’intérieur. Aujourd’hui et avec un peu de bouteille, on y prend pleine face la tragédie du couple et de l’intime. De celle d’un mariage qui n’a plus que les apparences et où se propage une folie environnante et perverse dont aucun des personnages ne sort vraiment indemne.

Reflets dans un œil d’or symbolise quelque part cette Amérique qui en apparence présente bien ou qui veut s’en convaincre mais d’où sourd irrémédiablement des épisodes de violence incontrôlables comme un écho  à sa jeune histoire de pionniers du nouveau monde.

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Une édition qui a le mérite d’exister

Redécouvrir une telle pièce maîtresse dans la filmo de Huston est donc un privilège qui se savoure avec d’autant plus de délectation que cette édition propose en plus du Blu-ray tant attendu, la version dite dorée en DVD (il y a un troisième disque DVD pour la version couleur « normale »). Il faut en effet savoir que John Huston a beaucoup expérimenté le rendu de ses films. Sur Reflets dans un œil d’or il a poussé le curseur très loin en demandant à son fidèle directeur de la photo Oswald Morris (ils collaboreront sur huit films) de travailler sur une pellicule précédemment trempée dans un bain doré. À l’image cela donne bien cette dominante gold qui est de temps à autre contrebalancée par un élément dans le cadre qui conserve sa couleur initiale (le rouge bien souvent). Du coup, le DVD présentant le film ainsi est loin d’être une coquetterie puisqu’il met à jour les intentions initiales du cinéaste qui après les deux premières semaines d’exploitation au cinéma avait du se résigner à ressortir le film dans une version à la colorimétrie plus classique.

Alors pourquoi ne pas avoir proposé cette version en Blu-ray ? D’autant que le master est de très bonne tenu. De sources proches du dossier comme dirait l’apprenti journaliste paraphrasant pour le site de Libé une news AFP (belle digression on en convient), il serait très compliqué pour ne pas dire impossible d’upgrader cela en HD. On peut en effet imaginer que les différentes étapes de scan ou d’immersion pour nettoyage par exemple soient impossibles à effectuer avec une pellicule ainsi modifiée. Quoi qu’il en soit, il s’agit là d’un joli cadeau fait à tous ceux qui n’avaient jamais eu la chance de voir le film ainsi, d’autant que la copie est supérieure à celle du Blu-ray.

On le sait, une image HD ne pardonne pas si sa source n’est pas parfaite. Ce qui peut passer en DVD devient problématique en Blu-ray. Et ici les multiples points blancs et autres petites scories esthétiques doublés d’une stabilité du télécinéma pas toujours probante entachent quelque peu le confort visuel du spectateur. C’est que le master n’est pas issu d’une restauration. Économiquement compréhensible puisque cette édition, rappelons le, est une initiative française à l’instar du Bal des vampires ou de La nuit américaine sortis l’année dernière chez le même éditeur. Heureusement, l’encodage donne à voir une belle définition et une fluidité (24 images/seconde oblige) accrue. Mais elle amène aussi d’autres problèmes comme lors des scènes de nuit qui manquent cruellement d’homogénéité dans les noirs (en tirant vers le bleu) qu’il faut artificiellement booster au niveau des contrastes au risque de les boucher quelque peu. Au final, si l’on est donc loin du Saint Graal visuel, reconnaissons tout de même que le travail accompli est loin d’être déshonorant, il est même optimum à notre sens compte tenu du budget dont devait disposer l’éditeur pour enfin palier cette absence majeure à leur catalogue.

Cliquez sur les captures ci-dessous pour les visualiser dans leur format natif respectif

Reflet_CapDVD_Gold_1Version dorée en DVD

Reflet_CapBR_1Version classique en Blu-ray

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La partie son quant à elle ne prête le flanc à aucune critique. La VF comme la VO sont encodées en DTS-HD MA 2.0 Mono (le verso de la jaquette mentionne 1.0). La VF est d’origine et présente les défauts de tout doublage à savoir voix très présentes au détriment des ambiances. La VO propose bien entendu un environnement moins tranché et moins artificiel.

Que dire ensuite de la partie bonus puisqu’elle n’existe pas sinon via un livret pour faire bonne figure écrit par Monsieur Michel Ciment. Son texte bien trop court et donc frustrant a tout de même le mérite de distiller quelques informations et une analyse bienvenue. Au-delà rien donc et on ne peut que le regretter tout en ayant la bienveillance de mettre cela une nouvelle fois sur le compte d’un environnement économique étriqué.

Par contre, on sera plus qu’allergique au packaging choisit par Warner France. Une sorte de digipack trois volets avec insertion problématique des galettes. Le facing en transparence est pourtant réussi mais sa prise en main est fragile surtout en son verso qui ne supporte pas une pression trop forte des doigts au risque de l’abimer. Quelque chose de plus classique aurait ici peut-être permis de dégager un petit budget pour une analyse vidéo ou un livret plus conséquent. Qui sait ?

Image : 3.5/5

Son : 4/5

Bonus : 1/5

Reflets dans un oeil d'or - Packshot 3D Reflets dans un œil d’or (Warner Home Video)

Informations techniques BD : 16×9 2.40 – Audio : Mono Français et Anglais DTS-HD MA 2.0 – Sous-titres : Français
Informations techniques DVD (Version standard et version dorée) : 16×9 2.40 – Audio : Mono Français et Anglais DD 2.0 – Sous-titres : Français

Disponible depuis 08 octobre 2014

2 réflexions sur « Reflets dans un œil d’or en Blu-ray »

  1. Cette absence de bonus est d’autant plus regrettable que sur l’édition DVD zone 1 sortie en 2006, existait une vidéo muette (d’une vingtaine de minutes si ma mémoire est bonne) prise sur le tournage du film. Notons également que seule la version dorée était disponible dans cette édition.

  2. Vous avez tout à fait raison. Mais reprécisons que cette sortie n’est le fruit que de la seule initiative de la branche française qui de fait n’a pas du avoir accès à ce bonus. Mais je suis très heureux que vous l’ayez mentionné puisque j’ai omis de le dire dans mon papier.

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