Oshima pendaison

9 films d’Oshima en Coffret DVD/Blu-ray

Oshima en 2015, Ozu en 2014. En parallèle des rétrospectives intégrales à la Cinémathèque française de ces cinéastes japonais, on voit arriver des coffrets DVD et Blu-ray de leurs films. Et c’est avec plaisir qu’on se replonge dans des filmographies immenses dont on n’a seulement vu quelques titres majeurs et pas forcément toujours les plus représentatifs.

Nagisa Oshima

De Nagisa Oshima, un des fers de lance de la Nouvelle Vague japonaise, avec des auteurs comme Kiju Yoshida ou Masahiro Shinoda, on connaît souvent, en premier lieu, L’Empire des sens. Sulfureux par excellence, c’est l’un des rares films érotiques à être perçu avant tout comme un film d’auteur. Ceux qui creusent un peu se souviennent aussi de Furyo avec David Bowie, Takeshi Kitano et Ryuishi Sakamoto qui avait composé l’inoubliable Merry Christmas Mr Lawrence, ou de Tabou, son dernier film, sur l’homosexualité chez les samouraïs, réalisé en 1999.

C’est oublier que le cinéaste japonais est l’auteur d’une cinquantaine de métrages, longs ou courts, réalisés pour la télévision comme pour le cinéma entre 1959 et 1999. Les films d’Oshima sont souvent politiques et polémiques, toujours engagés, et cultivent aussi bien l’absurde que le tragique, l’érotisme et l’horreur. Carlotta en avait déjà édité ces dernières années : Les Contes cruels de la jeunesse, L’Enterrement du soleil, Nuit et brouillard au Japon, Une ville d’amour et d’espoir, Les Plaisirs de la chair, L’Obsédé en plein jour, Le Retour des trois soûlards, A propos des chansons paillardes au Japon et Été japonais : double suicide. La plupart de ces films sont encore édités actuellement.

Affiche-Furyo-Version-Restaurée

Aujourd’hui, voilà neuf autres titres inédits en France en DVD ou Blu-ray, huit longs : La Pendaison, Le Petit garçon, La Cérémonie, Carnets secrets des ninjas, Journal du voleur de Shinjuku, Le Piège, Il est mort après la guerre et Une petite sœur pour l’été et un court : Le Journal de Yunbogi. Comme les films cités auparavant, le coffret couvre la période cinématographique d’Oshima qui précède L’Empire des sens et nous révèle donc des œuvres que l’on connaît moins. Parmi ces films, on trouve de l’excellent et du moins bon mais toujours des curiosités qu’il est encore important aujourd’hui de voir comme ces étonnants Carnets secrets, seule incursion d’Oshima dans le dessin non-animé. La vision, certes subjective mais originale et innovante, que nous offre ces métrages donne un aperçu du Japon des années 60, les dessous d’une société qui ne sait plus où elle en est, et de la diversité du cinéma japonais de l’époque aussi puissant que violent.

Des genres qui pourraient être considérés comme « bis » ici sont arpentés par des auteurs comme Oshima en long et en large, voire détournés. Son cinéma est un cinéma de la crise et de la révolte, celle des étudiants et des difficultés de l’après-guerre, de l’éclatement de la cellule familiale et de l’honneur bafoué. Même dans ses films les plus intimes comme La Cérémonie, duquel il dit que c’est celui qui est le plus proche de sa vie, on retrouve l’histoire contemporaine du Japon. Les thèmes sont connus mais le point de vue et le traitement sont différents de ce qu’on voit ailleurs et surtout la maîtrise formelle d’Oshima est incontestable. Sans être aussi révolutionnaire que Masao Adashi ou délicieusement cru chez Koji Wakamatsu, Oshima nous livre une pensée critique cohérente et aiguisée de son pays, parfois en révélant certains côtés absurdes et sans se départir d’une pensée sur le cinéma et les images. En cela, Il est mort après la guerre fait figure de manifeste.

Petit Garçon Oshima
Le Coffret Oshima

Et surtout le coffret Oshima est une réussite, à quelques détails près. Dans leur écrin noir, les neufs films restaurés en deux temps, d’abord au Japon puis par La Cinémathèque de Bologne, s’offrent à nous dans une seconde jeunesse. Certes, il pourra rester sur certains masters quelques poussières ou imperfections dû à l’âge et à la rareté des films mais à l’exception du Journal de Yunbogi un peu plus abîmé, les autres sont nets. Bien sûr, les trois Blu-ray de La Pendaison, Le Petit Garçon et la Cérémonie sont de qualité supérieure et pratiquement sans aucun défaut mais les autres films uniquement en DVD ne sont pas en reste. La colorimétrie si singulière de ces films et le noir et blanc sont en général bien respectés avec peut-être un léger bémol pour Le Piège et ses blancs un peu trop intenses mais rien d’important. Enfin, on notera que le résultat n’est pas optimal sur Une petite sœur pour l’été, bien nettoyé mais au rendu visuel beaucoup moins précis, ou sur Il est mort après la guerre qui souffre d’un problème de macroblocking au début. Dans l’ensemble toutefois, le travail effectué est excellent.

Cliquez sur les captures Blu-ray et DVD ci-dessous pour les visualiser au format HD natif

Oshima - La PendaisonLa Pendaison

Oshima - Le Petit garçonLe Petit garçon

Oshima - La CérémonieLa Cérémonie

Oshima - Mort après la guerreIl est mort après la guerre

Oshima - Une petite soeur pour l'étéUne Petite sœur pour l’été

Oshima - Le Journal du voleur de ShinjukuLe Journal du voleur de Shinjuku

Oshima - Le piègeLe Piège

Oshima - Carnets secrets des NinjasCarnets Secrets des Ninjas

Oshima - Le Journal de YunbogiLe Journal de Yunbogi

Côté son, c’est la même chose, on est dans le bon voire le très bon. Les Blu-ray des films d’Oshima sont proposés en DTS-HD MA mono 1.0 et les DVD sont en DD mono 1.0. Aucune version française n’est incluse. Les pistes se valent pratiquement toute à quelques nuances près. Elles sont assez dynamiques pour un mono et elles mettent l’accent sur les dialogues et la musique sans pour autant édulcorer les sons ambiants.

C’est sur les bonus que le coffret pêche un peu. Nous n’avons droit qu’aux bandes annonces et à de courtes présentations des films par Mathieu Capel. Ce dernier remet à chaque fois les films dans leur contexte et propose un regard intéressant mais beaucoup trop bref. On n’aurait pas été contre des analyses plus approfondies ou une contextualisation plus poussée.

Image : 4/5
Son : 4,5/5
Suppléments : 2/5

 

Coffret Oshima Carlotta

Coffret Nagisa Oshima (Carlotta) – 3 Blu-ray et 6 DVD le 4 mars 2015

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
3 BD 50 • 1080/23.98p
ENCODAGE AVC
Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0  • Sous-Titres Français • Formats 1.85 et 2.35 respectés • Couleurs et N&B • Durée des Films : 113min (La Pendaison), 93min (Le Petit Garçon), 118min (La Cérémonie)

6 DVD 9 • Version Originale Dolby Digital mono 1.0  • Sous-Titres Français • Formats 1.33, 1.85 et 2.35 respectés • Couleurs et N&B • Durée des Films : 113min (Carnets secrets des Ninja), 24min (Le Journal de Yunbogi), 92min (Le Journal du voleur de Shinjuku), 101min (Le Piège), 90min (Il est mort après la guerre), 91min (Une petite sœur pour l’été)

Suppléments pour chaque film : Bande-annonce et introduction par Mathieu Capel

Une réflexion sur « 9 films d’Oshima en Coffret DVD/Blu-ray »

  1. Ne pas oublier le policier + fantastique + érotique L’EMPIRE DE LA PASSION [Ai no borei] (Jap. 1979) qui est probablement son chef-d’oeuvre ! Il vaut encore mieux (*) que L’EMPIRE DES SENS [Ai no corrida] (Jap. 1976) qui n’est d’ailleurs qu’une variation de LA VERITABLE HISTOIRE D’ABE SADA (Jap. 1975) de Noboru Tanaka à qui revient le mérite de l’adaptation originale du fait-divers réel. Cela dit je recommande le coffret Arte contenant les deux EMPIRES d’Oshima.

    Pour en revenir à cette troisième (et dernière, je pense ?) vague Carlotta-Oshima, LA PENDAISON et LA CEREMONIE sont les plus célèbres… Ils furent longtemps visibles en reprise à Paris dans les salles Arts et Essais : on pouvait encore les visionner vers 1980 au quartier Latin. JOURNAL D’UN VOLEUR DE SHINJUKU, UNE PETITE SOEUR POUR L’ETE sont un peu oubliés aujourd’hui et les autres titres sont franchement oubliés, à redécouvrir ou à découvrir (LE PETIT GARCON) tout court. C’est une troisième vague Carlotta d’abord plus délicat et plus difficile que les deux vagues précédentes. Je la réserverais à ceux souhaitant posséder l’intégrale Carlotta de Oshima, par souci de complétude, à ceux possédant déjà les deux précédents coffrets, donc. Et j’ajouterai qu’il vaut mieux découvrir l’oeuvre d’Oshima dans l’ordre chronologique de sa production pour mesurer à quel point la politisation progressive a pu l’envahir, le modifier, la transformer sous l’effet de l’influence marxiste-léniniste durant les années 1970.

    La période 1960-1965 couverte par les deux précédentes vagues Carlotta était, globalement, plus aisément accessible car moins avant-gardiste, moins formaliste : CONTES CRUELS DE LA JEUNESSE, LA TOMBE DU SOLEIL / L’ENTERREMENT DU SOLEIL, LES PLAISIRS DE LA CHAIR sont trois films traditionnels avec juste assez d’expérimentation pour les rendre encore plus épicés mais toujours facilement séduisant pour un public appréciant le cinéma policier, la critique sociale, le néo-réalisme dont ils sont les héritiers empoisonnés, sulfureux. NUIT ET BROUILLARD AU JAPON était, en revanche, déjà vicié par un formalisme trop envahissant et une critique politique qui se veut virulente mais paraît aujourd’hui enfantine.

    Défaut amplifié par LA CEREMONIE, par exemple, d’une manière glacée. Le problème d’Oshima à cette époque est qu’il rêvait d’imiter Jean-Luc Godard mais pas le Godard de VIVRE SA VIE, du MEPRIS, de WEEK-END ou de PIERROT LE FOU, plutôt le Godard de films tels que LA CHINOISE ou LOIN DU VIETNAM, considérant donc ouvertement le cinéma comme un procédé de propagande marxiste-léniniste de tendance maoïste. Je dois avouer que je préfère de beaucoup, en matière de contestation, le lyrisme sauvage de Koji Wakamatsu (ou celui, à la même époque d’un José Benazéraf qui aimait d’ailleurs le cinéma de Wakamatsu).

    La période 1970 passée, sa rigidité politique et ses errements esthétiques abandonnés, Oshima retrouvera un cinéma plus chaleureux avec les deux EMPIRE entre 1975 et 1980, sans renier pour autant sa veine sociale ni sa veine formaliste. Cette dernière veine qui menace toujours chez lui de prendre le pas sur le restant : témoin son documentaire assez médiocre (sauf l’hommage accordé à son contemporain Shohei Immamura, hommage légitime et sympathique) sur le cinéma japonais qu’Arte avait en son temps diffusé et qu’on trouve en bonus, si j’ai bonne mémoire, dans le coffret Arte des deux EMPIRES.

    Troisième coffret complétant parfaitement les deux coffrets précédents, cela dit.

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