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Les dimanches de ville d’Avray : Un blu-ray à la beauté évanescente

Voilà un film français peu connu en nos contrées mais à la réputation bien établie aux États-Unis où il reçu d’ailleurs en 1963 l’Oscar du meilleur film étranger. Une récompense qui prolongeait un accueil et des critiques dithyrambiques à l’issue de sa première projection new-yorkaise alors que dans le même temps à Paris, les jeunes turcs des Cahiers du Cinéma passaient leur chemin. Pour autant, Les dimanches de ville d’Avray attira près d’un million et de demi de spectateurs dans les salles françaises à l’issue de quoi le film signé Serge Bourguignon tomba dans un oubli relatif que la ressortie au cinéma en avril 2010 et maintenant en DVD et Blu-ray permet de gommer.

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Cette arrivée en home vidéo va certainement aussi permettre à une nouvelle génération de cinéphiles et cinéphages de (re)découvrir un film qui n’a rien perdu de sa beauté formelle et de l’émotion qu’il sait encore provoquer aujourd’hui. Cybèle ou les dimanches de ville d’Avray (c’est le titre que l’on découvre sur la jaquette. Peut-être une volonté du réalisateur) raconte l’histoire d’un ancien pilote de chasse de l’armée devenu amnésique suite à un crash lors de sa dernière mission qui traîne son spleen et sa relative solitude dans une ville de la banlieue parisienne jusqu’au jour où il tombe littéralement nez à nez avec Cybèle un soir de déambulation sur le quai de la gare. Cybèle ou plutôt Françoise de son vrai prénom, est une enfant que son père emmène à l’orphelinat du coin en lui cachant le fait qu’il ne la reverra plus. Entre les deux c’est immédiatement « le coup de foudre ». De celui d’un homme hanté par les bribes d’un passé fragmenté où il reste persuadé d’avoir tué une enfant lors de son dernier raid aérien en Asie, de celui d’une petite fille sans famille à la recherche d’un père mais aussi d’un confident. De cette union à la pureté sans tâche mais à contre-courant de la morale et des bonnes mœurs bourgeoises s’épanouit un film  à la fragilité de verre et à la beauté toute de noir et blanc évanescente. Serge Bourguignon appuie ses cadres sans pour autant prendre la main du spectateur. Cette relative liberté du regard fait de son métrage un parcours des sens remarquable sans que pour autant rien ne soit laissé au hasard. En cela le couple à l’écran qui s’abime sur le mur d’une société qui ne peut les comprendre est en parfaite symbiose avec la mise en scène et le sens donné à celle-ci. Hardy Krüger et Patricia Gozzi de par leur interprétation habitée finissent d’amener le film en des frontières qui aujourd’hui seraient plus que jamais impossible à justifier ou très mal comprises, voire totalement rejetées. C’est d’ailleurs, au-delà de sa beauté intrinsèque et inaltérable, ce qui fait aussi de cette œuvre et bien malgré elle  sa modernité éclatante.

Cliquez sur les captures ci-dessous pour les visualiser dans leur format natif

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Serge Bourguignon ne s’attarde pas sur ce versant « sociologique » au sein du bonus qui lui est consacré. Pour autant, il s’agit d’une très belle interview orchestrée par Jean Ollé-Laprune. Pendant près de 40 minutes le cinéaste revient sur ses années de formation et sur les circonstances qui l’ont amené à réaliser ce film. Parmi celles-ci, il y a Le Sourire, un court-métrage palmé d’or à Cannes en 1960, restauré pour la circonstance par WildSide et présent ici comme deuxième complément. Tourné en Birmanie, il raconte en quelque sorte les tribulations d’un petit garçon sur la route de son monastère essayant tant bien que mal de ne pas trop se faire distancer par le vieux moine qui l’accompagne. L’enfant est en effet fasciné par la nature et les hommes s’arrêtant à chaque fois pour mieux s’en imprégner au détour d’épisodes pittoresques, bucoliques ou comiques. On comprend que l’enfant fait son noviciat et que Bourguignon, par son film qui ne repose que sur la bande son (magnifique partition de Georges Delerue) et une voix off de Michel Bouquet récitant un poème certainement bouddhiste, nous fait partager sa fascination pour cette culture et sa religion basée essentiellement sur la transmission et les cycles incessants de la vie .

Le-sourire-Serge-BourguignonL’homme est par ailleurs passionnant à écouter car il sait agrémenter ses réponses d’anecdotes et de ressentis personnels parfois émouvants. Mais ce qui frappe surtout est la précision de ses souvenirs et la façon très rigoureuse qu’il a de nous les faire partager. Un peu à l’image de son film en quelque sorte.

Serge-BourguignonL’édition s’achève par une galerie d’images toutes très belles que l’on peut aussi voir pour parti au sein de l’interview du cinéaste en guise d’illustrations. On y trouve aussi des coupures de presse de l’époque se faisant l’écho de la formidable réception du film aux États-Unis.

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Au rayon des manques on regrettera l’absence d’interventions de Hardy Krüger et de Patricia Gozzi qui auraient été sans aucun doute un intéressant contre-point à la parole du cinéaste. Il faudra se tourner vers l’édition Criterion pour les entendre.

Quelques mots enfin sur l’image et le son qui nous ont paru en tous points remarquables. Le noir & blanc choisit un peu contraint et forcé par Bourguignon (pour des raisons de budget car faire le film en couleur lui enlevait une semaine de tournage) et magnifié par Henri Decaë est judicieusement retranscrit. L’encodage met en valeur la restauration 2K tout en privilégiant un contraste d’ensemble jamais appuyé. Pour autant l’image ne perd jamais en définition même si l’on soupçonne un dégrainage un tantinet au dessus de la moyenne. Du côté de la bande son, la musique de Maurice Jarre s’assure une seconde jeunesse grâce à un DTD-HD MA 2.0 mono maîtrisé qui permet aussi de (re)découvrir le travail tout en nuance du mix original.

Image : 4/5

Son : 4/5

Bonus : 3.5/5

 

Les dimanches de la ville d’Avray - Packshot Blu-ray 3D

Cybèle ou les dimanches de ville d’Avray (WildSide Video) – 22 octobre 2014

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
Master Restauré – Noir & Blanc
Format image : 2.35 – Résolution film : 1080, 24p
Format son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Durée : 1h50

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