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Blu-ray Seijun Suzuki : On a vu La marque du tueur

Elephant Films a créé l’événement l’été dernier auprès des cinéphiles en annonçant pour le 18 novembre une vague de trois titres de Seijun Suzuki en combo Blu-ray / DVD, au sein de son excellente collection Cinema Master Class. Grande nouvelle pour les amateurs : on a eu l’occasion de découvrir en avant-première le master Blu-ray non finalisé de La marque du tueur

Cliquez sur les visuels/captures respectifs pour les visualiser en HD

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Seijun Suzuki pour les nuls

Popularisé en France entre 2003 et 2005 par HK Vidéo, qui lui avait consacré trois coffrets intitulés « Films noirs et série rose », Seijun Suzuki a, pour la meilleure période de sa carrière, collaboré entre 1956 et 1968 avec le studio Nikkatsu, pour lequel il a enchainé presque 40 films de série B, destinés à être projetés en double-programme avec un « grand » film, tourné avec un budget plus confortable. Iconoclaste et brillant (en plus d’être prolifique), le réal japonais a signé durant cette période une série de chefs d’œuvres mémorables, bouleversant les codes du film de yakuza autant que ceux du « pinku eiga » (film érotique soft). Slalomant sans transition, et souvent même au cœur d’un même film, entre les délires pop des productions US des années 50-60 et l’élégance classieuse d’un Jean-Pierre Melville, Suzuki a su laisser son empreinte baroque et ultra-stylisée au sein d’un cinéma japonais en plein déclin, au point que ses films ont depuis longtemps surpassé dans les mémoires les « grands » films auxquels ils étaient couplés lors de leur exploitation en salles.

Un poil plus cohérent que HK Vidéo dans sa politique éditoriale, Elephant Films a décidé de commencer (on espère que les autres films suivront !) avec trois polars mettant en scène le surprenant Jo Shishido, le fameux acteur aux grosses joues dont le charisme animal illumine littéralement l’écran. Il s’agit donc du diptyque La jeunesse de la bête / Detective bureau 2-3 (dont le sous-titre français est « Crevez, vermines ! »), ainsi que La marque du tueur, dont les audaces et libertés formelles vaudront à Suzuki de se faire mettre à la porte de la Nikkatsu.

Présentation-Seijun-Suzuki-Elephant-Films

La marque du tueur, ou le Film Noir vu par Suzuki

Noir et blanc, femmes fatales, faux semblants et tueurs à gages : dans La marque du tueur, on nage en plein Film Noir. Sauf que Suzuki pousse le genre jusqu’à ses retranchements les plus absurdes : avec sa Femme Fatale d’opérette n’ayant que la mort à la bouche, ses tueurs à gages que l’esprit de compétition pousse a se pisser dessus plutôt que de tourner le dos à leur ennemi, les personnages en deviennent ridicules, et par là même souvent drôles.

Car malgré sa noirceur d’apparence, renforcée par un noir et blanc plongeant peu à peu les personnages dans la pénombre (formellement autant que psychologiquement), le film de Seijun Suzuki est une caricature féroce et souvent hilarante d’une société japonaise qui pousse tout un chacun à la déshumanisation par la recherche du succès à tout prix. Une société où chez les tueurs comme dans les bureaux, tout le monde perd la tête à force de vouloir devenir le n°1, anonyme et abstrait au point même qu’au début du film, les deux tueurs (respectivement n°3 et n°4) s’interrogent sur son existence réelle. Amusants aussi sont les troubles obsessionnels compulsifs des personnages. Entre un héros obsédé par l’odeur du riz en train de bouillir, sa femme, fausse ingénue et vraie salope ou encore Misako, la Femme Fatale ultra-mortifère clouant les papillons et les hommes avec ses aiguilles mortelles, Suzuki sait imposer des personnages hauts en couleurs, dont les manies et obsessions prêtent évidemment à sourire.

Gentiment décalé, sacrément violent, avec sa musique jazzy et sa mise en scène osant toutes les folies dans un véritable bouillon de créativité, La marque du tueur s’avère une expérience déroutante, mais indubitablement marquante, puisque des réalisateurs tels que Quentin Tarantino ou Jim Jarmusch (impossible de ne pas penser à ce film en voyant Ghost dog, la voie du samouraï) se réclament encore aujourd’hui de son héritage.

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La marque du tueur en Haute Définition

On vous le disait en préambule : suite à nos demandes répétées autant qu’enfiévrées concernant cette sortie tant attendue, Elephant Films nous a donc livré, avant tout le monde, une copie Blu-ray de La marque du tueur. Cela dit, l’éditeur ne nous a fourni qu’un Blu-ray non finalisé du film, sans menus ni suppléments, histoire de se faire une idée de la qualité de la copie. On l’en remercie d’ailleurs encore chaudement.

Alors, quid de la qualité du master me demanderez-vous ? Les amoureux du cinéma de Seijun Suzuki peuvent être rassurés : Elephant a de nouveau fourni un très beau boulot sur cette vague de combos Blu-ray / DVD. Le master est de toute beauté, respectant tout à fait le boulot sur le noir et blanc fait sur le film. La définition et le piqué sont d’une précision redoutable, le grain argentique est absolument respecté (les amateurs de DNR à tout crin en seront pour leurs frais), et le tout est encodé en 1080p. Bref, c’est tout bon, on attend maintenant le reste de la vague pour une chronique complète, rendez-vous dans trois semaines !

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