Garçon ! Une Tourtel, et on n’oublie pas de faire tourner le Blu-ray…

Dans la longue et prestigieuse filmo de Claude Sautet, Garçon ! est certainement à mettre à part à plus d’un titre. Considéré par beaucoup et par Sautet lui-même (cf Conversation avec Sautet de Michel Boujut) comme une œuvre mineure pour ne pas dire plus, il marque en fait une rupture chez un cinéaste qui ne va plus réaliser que trois autres films sur les 18 années restantes de sa vie. Une fin de cycle que décrypte avec beaucoup de pertinence le documentaire intitulé ainsi et présent en guise de bonus au sein de cet excellent Blu-ray édité par Pathé.

Affiche du film Garçon !

Il est vrai que ce Garçon ! porte d’une certaine manière à son paroxysme la « méthode Sautet » que l’on pourrait résumer arbitrairement en un seul mot : empathie. De celle que l’homme entretient avec sa troupe d’acteurs et de techniciens depuis quasiment le début. De celle qui traverse les histoires qu’il choisit de raconter empreinte d’humanité et de ces petites choses de la vie qui derrière sa caméra deviennent extraordinaires. Où ses personnages, quasiment tous issus de cette classe moyenne petite bourgeoisie aujourd’hui pratiquement disparue, naviguent souvent à vue et n’ont pas assez d’une existence pour se détruire ou s’épanouir. Le cinéma de Sautet raconte cela avec simplicité, sans jamais s’appesantir, sans excès de dialogues, préférant un regard caméra, un subtil traveling là ou encore un plan très serré empreint d’une réelle timidité si besoin.

Avec Garçon !, et parce que Sautet se sent redevable d’un film à la super star Montand, le voici qui remet le couvert avec un scénario original en association avec son compagnon de longue route Jean-Loup Dabadie (Garçon ! est en effet leur cinquième mais dernière collaboration ensemble). L’histoire d’un garçon de café, chef de rang, dans une grande brasserie parisienne qui vit avec son ami Gilbert lui-aussi travaillant dans le même établissement. Ancien danseur de claquettes, il accumule les conquêtes, mais au final il est bien seul et la vie file entre ses doigts. Il a tout de même un dernier rêve : monter un petit parc d’attraction sur le terrain qu’il possède en bord de mer sur l’île de Noirmoutier. On a bien vite compris que les enjeux sont ici anodins. On est dans une sorte de caricature sociale avec beaucoup de silhouettes, déjà fantômes d’une décennie passée et deux ou trois caractères centraux dans des rôles aux coutures un peu lâches.

Bonus Blu-ray - Garçon !Capture issue du documentaire La Fin d’un cycle

La direction d’acteurs est pourtant bien là. Jacques Villeret (l’ami Serge) est touchant à souhait, Nicole Garcia (la dernière conquête) exprime bien cette fragilité doublée d’une force de caractère indéniable propre au bestiaire Sautet et puis Montand en vieux beau virevolte en salle comme en cuisine pour porter avec légèreté les plats de la vie. À ce titre, les séquences de « coup de feu » sont d’une rare poésie visuelle entre chorégraphie magistrale et réalité à la limite du documentaire. À l’évidence Sautet a adoré filmer ces passages réglant le tout comme un chef d’orchestre virtuose.  Outre les enjeux, ce qui manque aussi est la fluidité, le liant entre les personnages, les séquences et leur finalité. On a comme l’impression d’assister à des morceaux de destin souvent brillants sans que pour autant Sautet et Labadie sachent vraiment où ils vont.

La faute à un Yves Montand qui si dans un premier temps fut enthousiaste, renâclât par la suite à jouer un loufiat, un larbin comme il le disait, obligeant les deux compères à « étoffer » quelque peu son passé mais aussi à lui donner cette drôle d’ambition de monter un parc d’attraction. Ce qui donne cette fin sur une plage pleine de monde où, entouré de quelques uns de ses amis dont on ne sait finalement que très peu de choses, il anime cette bizarrerie scénaristique qui se termine sous une pluie battante et des faux-airs de film musical à la Jacques Demy. Pour autant, Garçon ! est loin d’être un mauvais film. Il fait certes penser à un navire un peu ivre mais il reste le témoignage assez précieux d’une époque révolue où le cinéma français savait toujours mettre en valeur ses artisans aux talents indéniables.

Le documentaire présent sur cette édition Blu-ray et mentionné plus haut en trifouille d’ailleurs avec bonheur les arcanes et ne dit rien d’autre finalement En s’appuyant sur des images du tournage éloquentes (Sautet au travail, de l’or en barre) précieuses et peu vues se situant quasi exclusivement au Studio d’Épinay où la majeure partie du film à été réalisée (les séquences de brasserie principalement), le montage de 50 minutes (chose assez rare aujourd’hui pour un bonus) raconte l’histoire d’une production pas de tout repos. Il est émaillé d’intervenants de premières mains dont Dabadi, N.T. Binh à qui l’on doit avec Dominique Rabourdin, un bouquin définitif mais épuisé sur Sautet, le compositeur Philippe Sarde, la monteuse Jacqueline Thiédot ou encore de documents d’époque avec le réalisateur. On y retrouve toutes les infos égrenées plus haut et beaucoup plus. Un contrepoint idéal en quelque sorte.

Bonus Blu-ray - Garçon !Capture issue du documentaire La Fin d’un cycle

Il s’accompagne de scènes coupées. En fait les 9 premières minutes issues du montage vu en salles lors de la sortie du film. Sautet aimait revenir sur ses films mais à la différence d’autres cinéastes qui rajoutent des scènes, lui en retire dès qu’il le peut afin de faire disparaître ici une redondance, là des explications de texte trop fortes à son goût… Une quête incessante de l’épure qui colle avec l’ADN formelle et philosophique de son cinéma. Un segment plus que bienvenu pour bien comprendre comment travaillait Claude Sautet.

Et puis Pathé nous laisse avec la bande annonce restaurée qui fait bien entendu échos au très bon master 2K découvert lors de la vision du film grâce à un encodage quasi sans faille. Quasi, car lors de certaines séquences diurnes, on est surpris de découvrir des arrières-plans un peu instables et des noirs pas toujours profonds. Pas de quoi toutefois remettre en cause un très bon travail qui rend compte d’une photo peu contrastée aux couleurs tirant souvent vers le monochrome qu’accentue lors des séquences de brasserie, la fumée omniprésente des cigarettes et autres cigares.  Quant au DTS-HD MA en mono, il est juste parfait de dynamique et de précision pour une bande son de cette époque.

Image : 3,5/5
Son : 4/5
Bonus : 3,5/5

Cliquez sur les captures Blu-ray ci-dessous pour les visualiser au format HD natif 1920×1080

Garçon ! – Édition Combo Collector Blu-ray + DVD

Éditeur : Pathé
Date de sortie : 1er juillet 2015

Jaquette Blu-ray - Garçon !

Spécifications techniques Blu-ray :
– Image (Master restauré 2K) : 1.66:1 encodée en AVC 1080/24p
– Langues : Français DTS-HD MA 2.0 Mono et Audiovision
– Sous-titres : Français, Anglais et Français pour sourds et malentendants
– Durée : 1h31
– 1 BD-50

Bonus :
La Fin d’un cycle (50min59s, HD), un documentaire rétrospectif de Jérôme Wybon, avec les interviews de Jean-Loup Dabadie, N.T. Binh, Jacqueline Thiédot et Philippe Sarde ainsi que les propos d’époque de Claude Sautet et d’Yves Montand.

Bonus Blu-ray - Garçon !

Bonus Blu-ray - Garçon !

Bonus Blu-ray - Garçon !

Bonus Blu-ray - Garçon !

Bonus Blu-ray - Garçon !

Bonus Blu-ray - Garçon !

– Scènes coupées (9min29s, SD)

Bonus Blu-ray - Garçon !

– Bande-annonce restaurée (2min04s, HD)

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