Archives de catégorie : Critiques Ciné

Meltem : Tragédie (forcément) grecque

C’est le nom d’un vent du Nord, frais et tempétueux, et c’est le prénom d’un joli brin de femme aux origines franco-grecques : Meltem interprétée par la diaphane Daphné Patakia. Jeune étudiante en restauration, elle débarque avec deux potes d’études et de banlieue sur la petite île de Lesbos afin d’y passer une villégiature d’été sous forme de retour aux sources, dans la jolie maison de feu sa mère hellène occupée par son beau père. Mais comme dans toute bonne tragédie grecque qui se respecte les augures sont mauvais et les bagages ont été perdus dès avant le début de cette odyssée, sous forme de retour à Ithaque…

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La Mule : Sur la route de Honkytonk Man

À l’intérieur de son 4×4 noir métallisé flambant neuf un homme d’un certain âge sillonne les routes du sud des États-Unis. À la radio, on entend de vieilles mélodies qu’il accompagne de sa voix rocailleuse mais étonnamment entraînante. Elles parlent de la vie, de l’amour et du temps qui passe. Sur le bas-côté, une voiture est à l’arrêt. L’homme décide de se ranger pour voir ce qu’il en est. Une famille est en détresse ne sachant pas changer une roue et à la recherche d’un peu de réseau afin de trouver un tuto sur le web (sic !). L’homme ricane et se propose de porter assistance à ces « négros » certes fort sympathiques mais qui symbolisent que trop à ses yeux les limites de cette époque 2.0. Malaise dans la salle et chez le couple. Le père insistant alors sur la terminologie « black » : « Le mot nègre ne doit plus être utilisé Monsieur. » Petit sourire en coin de Clint Eastwood qu’il prolongera vers la fin de La Mule par un regard caméra d’une rare intensité. Tout le cinéma du dernier géant d’Hollywood tient dans cette cédille de mise en scène en forme justement de regard sans filtre porté ici sur ses contemporains.

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Amanda : Ce sentiment du deuil

Amanda ne semble s’inscrire dans aucun des courants du cinéma français actuel. Si tant est qu’il en existe d’ailleurs. Mais si l’on devait absolument « caser » le troisième long de Mikhaël Hers, disons qu’on pourrait lui trouver des accointances avec ce que fait de son côté Mia Hansen-Løve. Quelque chose qui s’apparenterait à un cinéma de l’humain plongé dans les affres de la vie et surtout de la mort. Oui car Mikhaël Hers semble être particulièrement attiré par le traitement du deuil ou comment gérer la mort quand celle-ci ne prend pas la peine de s’annoncer. Dans, Ce sentiment de l’été, son précédent long, elle rapprochait finalement des existences disparates. Dans Amanda, elle va unir un homme et une enfant tout le long d’un film bouleversant de pudeur rohmérienne.

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Chien de garde : Dressage familial québécois

Alors que cette semaine est chargée en blockbusters divers et en sorties de films cannois, une œuvre fragile venue du Québec est également à l’affiche. La province canadienne a le vent en poupe ces quinze dernières années avec un renouveau de son cinéma bien au-delà de ses œuvres les plus visibles signées Xavier Dolan, Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée. Côté fictions, d’autres cinéastes méritent amplement le détour, et en particulier Denis Côté, Sébastien Pilote, Karl Lemieux ou Chloé Robichaud. Sans compter ceux qui ne trouvent guère de distributeurs en France, qu’on peine à voir en dehors des festivals et qui comptent. Il semble donc d’autant plus nécessaire d’accueillir un premier film comme Chien de garde de Sophie Dupuis qui représentera le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars. Continuer la lecture de Chien de garde : Dressage familial québécois

Breaking Away : American Flyers

Le nom de Peter Yates vous dit forcément quelque chose. Ou alors c’est que vous vous êtes paumés sur ce site. On ne voit pas sinon. Dans le cas contraire, car vous avez décidé de rester coûte que coûte parmi nous pour vous instruire, on sait que l’homme est surtout connu pour avoir réalisé Krull, un somptueux film d’heroic fantasy aux effets spéciaux qui n’ont pas vieillis d’un pouce et point d’orgue d’une filmo en tous points remarquable… Vous êtes toujours là ? C’est que définitivement vous n’avez rien à faire ici-bas. Ou alors c’est que vous n’êtes pas bégueule. Ou peut-être même que vous êtes sous anxiolytique. Bref, on s’essuie la bave, on s’éloigne du clavier pour ne pas faire disjoncter l’ordi et nous on reprend. Peter Yates c’est Bullit bande d’ignares. Le film matriciel de la poursuite en bagnole comme Die Hard fut celui de la prise d’otages et du marcel (on déconne à peine). Mais pas que en fait parce que outre Krull dont plus personne ne parle (à tort) aujourd’hui, on doit aussi à ce réalisateur d’origine britannique une foultitude de très bons films plus ou moins méconnus. Et Breaking Away en fait définitivement parti.

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