Archives de catégorie : Critiques Ciné

Chien de garde : Dressage familial québécois

Alors que cette semaine est chargée en blockbusters divers et en sorties de films cannois, une œuvre fragile venue du Québec est également à l’affiche. La province canadienne a le vent en poupe ces quinze dernières années avec un renouveau de son cinéma bien au-delà de ses œuvres les plus visibles signées Xavier Dolan, Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée. Côté fictions, d’autres cinéastes méritent amplement le détour, et en particulier Denis Côté, Sébastien Pilote, Karl Lemieux ou Chloé Robichaud. Sans compter ceux qui ne trouvent guère de distributeurs en France, qu’on peine à voir en dehors des festivals et qui comptent. Il semble donc d’autant plus nécessaire d’accueillir un premier film comme Chien de garde de Sophie Dupuis qui représentera le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars. Continuer la lecture de Chien de garde : Dressage familial québécois

Breaking Away : American Flyers

Le nom de Peter Yates vous dit forcément quelque chose. Ou alors c’est que vous vous êtes paumés sur ce site. On ne voit pas sinon. Dans le cas contraire, car vous avez décidé de rester coûte que coûte parmi nous pour vous instruire, on sait que l’homme est surtout connu pour avoir réalisé Krull, un somptueux film d’heroic fantasy aux effets spéciaux qui n’ont pas vieillis d’un pouce et point d’orgue d’une filmo en tous points remarquable… Vous êtes toujours là ? C’est que définitivement vous n’avez rien à faire ici-bas. Ou alors c’est que vous n’êtes pas bégueule. Ou peut-être même que vous êtes sous anxiolytique. Bref, on s’essuie la bave, on s’éloigne du clavier pour ne pas faire disjoncter l’ordi et nous on reprend. Peter Yates c’est Bullit bande d’ignares. Le film matriciel de la poursuite en bagnole comme Die Hard fut celui de la prise d’otages et du marcel (on déconne à peine). Mais pas que en fait parce que outre Krull dont plus personne ne parle (à tort) aujourd’hui, on doit aussi à ce réalisateur d’origine britannique une foultitude de très bons films plus ou moins méconnus. Et Breaking Away en fait définitivement parti.

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First Man : L’anti Étoffe des héros

En seulement quatre longs métrages, Damien Chazelle s’est définitivement imposé comme le réalisateur de sa génération. Celui des à peine trentenaires. Avec First Man il confirme ce que l’on ressentait jusqu’ici. Un cinéaste qui avance à contre-courant des modes actuelles mais à découvert. A contrario de ce que l’on peut constater par ailleurs, ses films ne sont pas le résultat d’opérations commandos en vue d’assouvir des pulsions de contrebandiers, passage obligatoire aujourd’hui pour faire un autre cinéma, mais bien des œuvres totalement assumées, pleines et déliées, fortes et imposantes. Pour autant, il y a bien une zone d’ombre dans tout ça. Une fêlure extrême, patiente et impavide. Quelque chose de plus en plus indicible que Chazelle s’emploie méticuleusement et systématiquement à enfouir sans pour autant jamais réellement y parvenir. Mais sans elle, son cinéma ne serait que parfait.

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Chris the Swiss – Animation engagée

Documentaire animé. Si cette expression n’était pas encore familière à un grand nombre de cinéphiles voilà quelques années, elle devrait maintenant faire partie du vocabulaire des festivaliers cannois. En 2018, pas moins de quatre long-métrages revêtant cette forme, y furent présentés et tous vont sortir dans les salles ces prochain(e)s semaines / mois : Another day of life, Samouni road, Le Procès contre Mandela et les autres et, premier en date, Chris the Swiss d’Anja Kofmel qu’on avait pu découvrir à la Semaine de la critique. Continuer la lecture de Chris the Swiss – Animation engagée

The Intruder (1961) : BlacKkKlansman

The Intruder de Roger Corman est un titre unique dans sa filmographie à plus d’un titre. Précisons d’abord qu’il date de 1961 et non pas de 1962, contrairement à certaines mentions qu’on trouve encore sur Internet ou dans diverses filmographies. C’est celui dont Corman demeure le plus fier mais le seul qui perdit de l’argent – si on l’en croit – dans sa prolifique carrière de producteur-réalisateur. Tourné entre Pit and the Pendulum [La Chambre des tortures] (USA 1961) et Premature Burial [L’Enterré vivant] (USA 1962), il ne fut pas distribué commercialement chez nous. Dans la mesure où il était signé Corman, ce film noir était davantage connu, entre 1960 et 1970, des spécialistes du cinéma fantastique que des critiques français généralistes. En 1965 par exemple, Georges Sadoul savait que Corman avait adapté des contes d’Edgar Poe mais il ignorait jusqu’à l’existence de The Intruder qui l’aurait pourtant enthousiasmé.

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